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Posts Tagged ‘bouger’

Quand le chat sourit (Jacques Bussy)

Posted by arbrealettres sur 4 avril 2022




Illustration: ArbreaPhotos
    

Quand le chat sourit

Dans le tiroir
Qu’il est beau
Le désordre!

Je déchire le papier.
Ah!
Le bruit du papier!

Au-delà de la porte
Délicieux
L’enfer

Oiseaux dans les platanes,
Bougez!
Je possède la vitre

Mais, je sui chat,
Je ne me souviens
De rien d’autre.

(Jacques Bussy)

Recueil: le chat en cent poèmes
Traduction:
Editions: Omnibus

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Le Petit Chat (Edmond Rostand)

Posted by arbrealettres sur 2 avril 2022




Illustration: ArbreaPhotos
    
Le Petit Chat

C’est un petit chat noir effronté comme un page,
Je le laisse jouer sur ma table souvent.
Quelquefois il s’assied sans faire de tapage,
On dirait un joli presse-papier vivant.

Rien en lui, pas un poil de son velours ne bouge ;
Longtemps, il reste là, noir sur un feuillet blanc,
A ces minets tirant leur langue de drap rouge,
Qu’on fait pour essuyer les plumes, ressemblant.

Quand il s’amuse, il est extrêmement comique,
Pataud et gracieux, tel un ourson drôlet.
Souvent je m’accroupis pour suivre sa mimique
Quand on met devant lui la soucoupe de lait.

Tout d’abord de son nez délicat il le flaire,
La frôle, puis, à coups de langue très petits,
Il le happe ; et dès lors il est à son affaire
Et l’on entend, pendant qu’il boit, un clapotis.

Il boit, bougeant la queue et sans faire une pause,
Et ne relève enfin son joli museau plat
Que lorsqu’il a passé sa langue rêche et rose
Partout, bien proprement débarbouillé le plat.

Alors il se pourlèche un moment les moustaches,
Avec l’air étonné d’avoir déjà fini.
Et comme il s’aperçoit qu’il s’est fait quelques taches,
Il se lisse à nouveau, lustre son poil terni.

Ses yeux jaunes et bleus sont comme deux agates ;
Il les ferme à demi, parfois, en reniflant,
Se renverse, ayant pris son museau dans ses pattes,
Avec des airs de tigre étendu sur le flanc.

Mais le voilà qui sort de cette nonchalance,
Et, faisant le gros dos, il a l’air d’un manchon ;
Alors, pour l’intriguer un peu, je lui balance,
Au bout d’une ficelle invisible, un bouchon.

Il fuit en galopant et la mine effrayée,
Puis revient au bouchon, le regarde, et d’abord
Tient suspendue en l’air sa patte repliée,
Puis l’abat, et saisit le bouchon, et le mord.

Je tire la ficelle, alors, sans qu’il le voie,
Et le bouchon s’éloigne, et le chat noir le suit,
Faisant des ronds avec sa patte qu’il envoie,
Puis saute de côté, puis revient, puis refuit.

Mais dès que je lui dis : « Il faut que je travaille,
Venez vous asseoir là, sans faire le méchant ! »
Il s’assied… Et j’entends, pendant que j’écrivaille,
Le petit bruit mouillé qu’il fait en se léchant.

(Edmond Rostand)

Recueil: Les Musardises
Traduction:
Editions:

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Jean-Daniel (Charles-Ferdinand Ramuz)

Posted by arbrealettres sur 6 mars 2022



Illustration: Marfa Indoukaeva
    
Jean-Daniel

I

Ce jour-là, quand je t’ai vue,
j’étais comme quand on regarde le soleil;
j’avais un grand feu dans la tête,
je ne savais plus ce que je faisais,
j’allais tout de travers comme un qui a trop bu,
et mes mains tremblaient.

Je suis allé tout seul par le sentier des bois,
je croyais te voir marcher devant moi,
et je te parlais,
mais tu ne me répondais pas.

J’avais peur de te voir, j’avais peur de t’entendre,
j’avais peur du bruit de tes pieds dans l’herbe,
j’avais peur de ton rire dans les branches;
Et je me disais: «Tu es fou,
ah! si on te voyait, comme on se moquerait de toi! »
Ça ne servait à rien du tout.

Et, quand je suis rentré, c’était minuit passé,
mais je n’ai pas pu m’endormir.
Et le lendemain, en soignant mes bêtes,
je répétais ton nom, je disais: « Marianne… »
Les bêtes tournaient la tête pour entendre;
je me fâchais, je leur criais: « Ça vous regarde?
allons, tranquilles, eh! Comtesse, eh! la Rousse… »
et je les prenais par les cornes.

Ça a duré ainsi trois jours
et puis je n’ai plus eu la force.
Il a fallu que je la revoie.
Elle est venue, elle a passé,
elle n’a pas pris garde à moi.

II

Les amoureux, c’est pour les filles
comme un écureuil dans un arbre;
elles s’amusent à le voir grimper:
sitôt qu’il est loin, il est oublié.
Elles ne pensent qu’à des bagues,
à des chapeaux, à des colliers;
qu’est-ce que çа leur fait qu’on souffre?
sitôt qu’on est loin, on est oublié.

C’est des miroirs à alouettes,
ça brille à distance, mais, quand on est près,
ça n’est plus rien que des morceaux de verre.
Il faut être bien fou pour leur courir après.

Ces filles, c’est comme des poupées
faites avec des ficelles et du carton;
ça a des joues en porcelaine,
ça a le ventre plein de son.

Mais on a beau dire et beau faire,
on n’y peut rien:
quand on est pris, c’est qu’on l’est bien.

III

Je lui demandé pardon dans mes pensées
de l’avoir ainsi méprisée.
Je sais qu’elle est douce et qu’elle a bon coeur.

Je sais qu’elle ne me connaît pas
et qu’il serait bien étonnant
qu’elle eût fait attention à moi
puisqu’elle ne me connaît pas.

Seulement il est dur d’être seul quand on aime.
On est comme fou, on se met en colère,
on pleure, on rit, sans savoir pourquoi.
On n’est pas juste quelquefois,
tant on a mal au coeur qui aime.

Mon coeur a mal, et moi je suis
comme un oiseau qui s’est envolé
et qui ne peut plus se poser,
et qui se sent bien fatigué
loin de son nid.

IV

Elle vit avec sa mère qui est vieille.
Elle l’aide à tenir le ménage.
Elle lave la vaisselle,
elle fait le dîner et les savonnages,
elle travaille du matin au soir:
il n’y a pas beaucoup de filles
qui font comme elle leur devoir.

Quand elle coud, ses doigts vont vite
comme au jeu de pigeon vole,
sa tête se penche sous la lampe,
sous la lampe sa tête se penche,
elle est appliquée et vaillante.

Elle laisse passer les jours
sans regret du temps qui s’en va,
ayant bien employé ses heures.
Le temps s’en va, elle demeure;
et sa vie est comme un ruisseau
qui coule d’un cours bien régulier,
sous les frênes et les noisetiers,
avec les oiseaux qui viennent y boire
et l’ombre errante vers le soir
des arbres noirs sur le ciel rose.

Et les mois et les mois viendront:
quand sera-t-elle comme elle est,
bonne et gaie, à coudre et à faire la cuisine,
dans une maison qui serait à nous,
dans une maison qui serait notre maison?

V

Car, moi, je suis pauvre et sa mère est riche.
Elle a une ferme et des champs,
elle a de l’argent
tout plein son armoire.

Elle a des chevaux, des boeufs et des vaches,
deux domestiques toute l’année,
des ouvriers quand l’ouvrage est pressant;
sa grange est pleine, ses étames de même;
et elle veut un gendre qui soit riche comme elle.

Il faudrait sans doute qu’on vienne
et qu’on lui dise: «Donnez-moi
votre fille, j’ai du bien
autant que vous;
j’ai comme vous des prés, des vaches et des bois,
alors c’est à égalité, n’est-ce pas ? »
Mais qu’on aime sa fille, elle n’y pense même pas.

Elle aura pour gendre un coureur d’auberges,
une espèce de beau parleur
qui fait briller ses écus
pour qu’on sache qu’il a de quoi…
Et je n’ai que mon amour, moi.

Seulement aussi amenez-m’en un
qui travaille davantage,
qui boude moins à l’ouvrage,
qui se lève de plus grand matin.

Je dis que des bons bras, c’est de l’argent comptant;
et je porterais des montagnes,
si on me disait: C’est pour Marianne.

VI

Quand le jour est mort, une lampe brille.
C’est la lampe, la petite lampe
que tu as à ta fenêtre,
Marianne, par les temps noirs,
pour les pauvres gens qui sont sur les routes.

On n’a plus peur; on voit de loin la lampe, on dit:
« C’est la lampe de Marianne,
elle est à coudre dans sa chambre avec sa mère »;
et on va vers la lumière,
parce qu’on sait que la porte s’ouvrira.

C’est comme une étoile, celle
qui guidait les bergers dans la nuit de Noël
et ils ont été amenés par elle
dans l’étable chaude où était la crèche
entre le boeuf et l’âne.

Là où la lampe brille, là aussi il fait chaud.
Celui qui vient pousse la porte et dit bonsoir.
On ne voit pas ses yeux sous son grand chapeau.
Sa moustache est givrée, il se fait déjà tard,
et il tient à la main un gros bâton d’épine.

Moi, je suis comme un papillon de nuit
qui tourne autour de la lumière.
Je me glisse le long des murs comme un voleur
pour te voir par la fenêtre.

Je n’ose pas entrer; je n’ose pas heurter;
je regarde de loin
le linge que tu tiens.
Je reste ainsi longtemps sans bouger de mon coin,
les yeux tendus vers toi,
mais c’est mon coeur qui va pour moi.

Il va vers toi, il se tient bien tranquille;
il est dans l’ombre de tes rideaux
il est dans l’aiguille qui brille,
il est dans le fil que tu casses
de temps en temps entre tes dents.

A quoi songes-tu? Sais-tu que je suis là?
Quand je te vois rêver, je pense que c’est à moi;
je ris ensuite de ma sottise.
Mais j’attends quand même
et sans savoir quoi,
jusqu’à ce que ta lampe s’éteigne.

VII

Le dimanche matin, elle va à l’église.
Le clocher a l’air d’un peu se pencher
pour mieux voir les fleurs dans les prés
comme ferait une petite fille
qui cueille un bouquet en chantant;
et la cloche dans le clocher
sonne d’abord un long moment.

Les femmes passent deux par deux;
elles sont en noir par respect pour le bon Dieu,
elles ont leur psautier dans la main.

Les hommes attendent qu’elles soient entrées
devant le porche en causant du beau temps,
du prix du bétail, des travaux des champs;
et il y a tant d’oiseaux dans les haies
que les branches se balancent
comme quand il fait du vent.

Alors, elle aussi, elle vient, elle a des gants blancs,
une robe bleue, un chapeau de paille;
elle traverse la place,
elle entre, je ne la vois plus.

La cloche se tait, le sonneur descend,
ses gros souliers dans l’escalier
font un bruit comme quand on bat en grange;
les gens dans l’église attendent en silence;
le pasteur, avec sa robe noire,
son chapeau de soie et son rabat blanc,
approche d’un air grave dans l’ombre des arbres.
Et je me sens si seul que je voudrais pleurer…

Je serais sur le banc, assis à côté d’elle;
quand elle chanterait, j’écouterais sa voix
et elle pencherait la tête pour prier.

VIII

Comme tu es jolie sur le petit sentier,
où tu vas, portant ton panier
avec le pain et le café
pour les quatre-heures.
L’ombre des cerisiers glisse sur tes épaules,
il fait chaud, les gens se reposent,
assis dans l’herbe, tout en causant,
et, te voyant venir, ils disent:

« Voilà Marianne avec son panier. »
Ils sont contents, parce qu’ils ont faim,
ayant travaillé qu’ils n’en peuvent plus
et le foin qui sèche sent fort au soleil.

Ils te disent: «Vous avez fait
la paresseuse! »
Tu dis: « Mais non, il n’est pas quatre heures. »
Un des ouvriers regarde à sa montre,
il dit: « Que si! il est quatre heures et cinq! »
Et tout le monde
éclate de rire sans savoir pourquoi.

C’est peut-être que le café
est meilleur quand tu le verses.
Tu fais plaisir à regarder
avec ton gros jupon d’indienne;
tu fais plaisir avec cette façon que tu as
de sourire en tendant la miche
et d’avoir soin qu’on soit toujours servi.

IX

Elle est venue un soir pour la première fois.
Il faisait nuit, elle est venue sans bruit.
Je regardais partout, je ne voyais personne
et j’entendais mon coeur battre dans le silence.
Mais, quand je l’ai vue, j’ai eu presque peur
et j’aurais voulu me sauver.

Elle venait entre les saules,
elle allait lentement, est-ce qu’elle avait peur aussi ?
Ou bien est-ce que c’était de l’ombre ?

Je suis allé vers elle, je lui ai dit bonjour.
« Alors, comme ça, ça va bien? »
« Oui, merci. » Nous n’avons plus su que dire.
Il y avait un arbre, l’étang était tout près,
le vent a passé dans les roseaux
et j’ai senti sa main trembler.
« Écoute, est-ce qu’on fait un petit tour? »
« On nous verrait, non, j’aime mieux… »
« On pourrait s’asseoir. » « Ce n’est pas la peine. »
J’ai voulu parler, mais je n’ai pas pu
et elle était déjà partie.

X

Elle m’a dit: «J’ai bien senti
tout de suite
que tu serais mon bon ami
N’est-ce pas? la première fois
qu’on se voit,
on ne s’aime pas,
pour bien dire, encore,
mais çа vient tout tranquillement
avec le temps.
Parce que, tu sais, ma mère est bien bonne
et je l’aime bien aussi,
mais ce n’est pas tout dans la vie.
On peut travailler du matin au soir
et être bien sage, çа n’empêche pas
qu’on pense parfois à des choses.

On se dit: «Il y en a qui ont des enfants,
il y en a qui se sont fait
des trousseaux d’une beauté
qu’on ne peut pas s’imaginer,
et on rêve à se marier
quand même. »

Elle m’a dit: «Je t’aime tellement
qu’il me faudrait bien venir à cent ans
pour t’aimer jusqu’au bout
et que je ne sais pas si j’y arriverais. »
Elle m’a dit: «Et toi, est-ce que tu m’aimes autant? »
« Ah! lui ai-je dit, qu’est-ce que tu penses? »
Et je lui ai serré la main
tellement fort qu’elle a crié.

XI

J’ai été au soleil et je pensais à toi.
Tu es toujours avec moi,
comme avant, mais avec un sourire,
à présent que je sais que, moi aussi, je vais
à tes côtés dans ta pensée.

Des oiseaux tombaient des branches,
l’herbe était fleurie, les foins mûrissaient;
j’avais ma faux, j’ai fauché,
ma faux allait toute seule.

Je suis revenu chercher la charrette,
j’ai chargé mon herbe; la roue grinçait
comme quand tu chantes pour le plaisir
ou pour te tenir compagnie.

Et puis le soir venu, j’ai pensé : « Que fait-elle? »
Je m’étais assis sur un banc,
j’avais mis mes mains dans mes poches;
je fumais ma pipe, je te voyais venir;
et tu étais dans la fumée
comme un de ces anges avec des ailes bleues
qui sont dans les livres.

XII

Je ne sais pas pourquoi
d’autres fois je suis triste
et je n’ai de coeur à rien faire.
Il faudrait faucher, il faudrait semer,
mais je dis: «Tant pis!» qu’il pleuve ou qu’il grêle,
ça m’est bien égal.
C’est ainsi quelquefois sans raison,
à cause d’une manière qu’elle a eue de me parler,
à cause d’un air qu’elle a eu de me regarder,
à cause de son rire,
à cause de sa voix qui était changée et de ses yeux
qui se sont baissés devant les miens,
comme si elle me cachait quelque chose.

Et pourtant je suis heureux quand même.
Je l’accuse à tort parce que je l’aime.
C’est pour me faire mal, et puis je me repens.
J’ai honte de moi, je me dis: «Tout va bien»;
et le bonheur me revient
comme quand la lune sort
de derrière un gros nuage.

XIII

Si ta mère savait pourtant que nous nous aimons,
et que le soir je viens t’accompagner
jusque tout près de la maison,
si elle savait que nous nous fréquentons
et que, cette fois, c’est pour de bon,
que dirait-elle ?

Elle qui a un front ridé,
des mains noires toutes tremblantes,
elle qui ne se souvient plus
de sa jeunesse;
elle qui a oublié le temps où elle allait danser,
et qui ne sait plus ce que c’est
tout le bonheur qu’on a d’aimer,
ta mère, qu’est-ce qu’elle penserait?

Nous ne parlons pas de ces choses
pour ne pas gâter notre bonheur;
nous nous regardons seulement
pour nous redonner du courage.
Car nous ne faisons rien de mal,
n’est-ce pas? il est naturel
d’être amoureux comme nous sommes;
ils ont tous été comme nous.
Et je dis: «Vois-tu, il faudra s’aimer d’autant plus,
d’autant plus fort, d’autant plus doux;
alors peut-être que ta mère aura pitié,
et elle nous laissera nous aimer. »

XIV

Marianne a pleuré, il faisait du soleil,
la cuisine était rose.
Ses larmes coulaient sur ses joues.
Elle a pris son mouchoir, elle a pleuré dedans,
elle s’est assise, n’ayant plus de force.

«Est-ce que c’est vrai que tu l’aimes tant? »
Marianne n’a rien répondu.
«J’aurais voulu pour toi quelqu’un d’autre. »

Marianne a secoué la tête.
«J’ai la raison que tu n’as pas,
j’ai connu la vie, je suis vieille.
Il n’y a pas que l’amour,
l’amour est beau, mais l’amour passe,
tandis que l’argent, ça dure une vie
et qu’on en laisse à ses enfants.»

Marianne a pleuré si fort
qu’on l’entendait depuis dehors.

« Mais maintenant que je t’ai dit ce que je pensais,
je ne voudrais pas te faire de la peine.
Prends ton amoureux si tu l’aimes… »

Marianne a levé la tête
et elle a cessé de pleurer.
« Je crois que c’est un bon garçon,
il aura soin de la maison,
il ne boit pas, il est sérieux,
eh bien, puisque tu le veux,
mariez-vous et soyez heureux. »

Elle a embrassé sa mère sur le front,
elle l’a prise par le cou:
«Tu permettras que je te l’amène?…
Tu verras que j’avais raison. »

XV

Le jour de notre noce, j’y pense tout le temps,
il fera un soleil comme on n’a jamais vu;
il fera bon aller en char
à cause du vent frais qui vous souffle au visage,
quand la bonne jument va trottant sur la route
et qu’on claque du fouet pour qu’elle aille plus fort.
On lui donnera de l’avoine,
en veux-tu, en voilà;
on l’étrillera bien qu’elle ait l’air d’un cheval
comme ceux de la ville;
et trotte! et tu auras ton voile qui s’envole,

et tu souriras au travers
parce qu’il aura l’air
de faire signe aux arbres
comme quand on agite un mouchoir au départ.

On se regardera, on dira: « On s’en va,
on commence le grand voyage;
heureusement qu’il n’y a pas
des océans à traverser. »
Et quand nous serons arrivés,
la cloche sonnera, la porte s’ouvrira,
l’orgue se mettra à jouer;
tu diras oui, je dirai oui;
et nos voix trembleront un peu
et hésiteront à cause du monde
et parce qu’on n’aime à se dire ces choses
que tout doucement à l’oreille.

XVI

Notre maison est blanche, elle est sous les noyers,
ta mère tricote près de la fenêtre;
iI fait chaud, on va moissonner,
mais, comme les foins sont rentrés,
on a un moment pour se reposer.

Tu mets les verres sur la table pour le dîner.
Du rucher, je te vois passer dans la cuisine,
et ta chanson me vient parmi
le bourdonnement des abeilles.

Ta mère s’est levée, elle a mis son tricot
et ses aiguilles dans la corbeille;
elle a l’air heureux de vivre avec nous,
nous sommes heureux de vivre avec elle.

Ne sommes-nous pas heureux de nous aimer,
d’être ensemble, de travailler,
de voir mûrir les foins, les moissons se dorer,
et, plus tard, vers l’automne,
les arbres plus lourds du poids de leurs fruits
jusqu’à terre se pencher?

Tu vas dans la maison, faisant un petit bruit,
et, du matin au soir, c’est toi qui veilles à tout;
pendant que, moi, je vais faucher
et que les chars rentrent grinçants,
hauts et carrés,
comme des petites maisons roulantes.

VII

Un jour je te verrai venir un peu plus lasse
et lourde d’un fardeau que tu n’as pas connu,
tandis que s’épaissit ta taille,
marchant dans le jardin où les roses fleurissent
et je t’aimerai encore un peu plus.

Je songe que tu portes deux vies
et qu’il me faut donc t’aimer doublement
pour toi-même et puis pour celui
qui va naître de tes souffrances.

Je sens que j’ai grandi vers de nouveaux aspects
d’où le monde paraît avec des tristesses,
mais missi avec des joies accrues en nombre;

et, quand je sens ta main s’appuyer sur mon bras,
et l’ombre de ton front se poser sur ma joue,
il me semble avancer sûrement avec toi
vers la réalisation d’une promesse.

XVIII

L’enfant que nous aurons ne nous quittera pas.
Il grandira dans la campagne.
Il sera paysan comme nous.
Il portera la blouse comme son père a fait,
et, comme son père, il traira les vaches;
il fera les moissons, il fera les regains,
il fauchera les foins;
il étendra peu à peu son domaine;
et, lorsque nous serons trop vieux,
quand l’heure du repos sera pour nous venue,
il nous remplacera, maître de la maison.

Il aimera comme nous avons aimé;
les jeux de nos petits-enfants
entoureront notre vieillesse.

Ce sera une après-midi de beau temps;
je serai assis au soleil,
j’aurai joint les mains sur ma canne,
il fera clair sur la campagne;
et toi, utile encore avec tes vieilles mains,
tu iras et viendras, tout près, dans le jardin,
nous acheminant ainsi ensemble
vers l’autre repos, qui est sans fin.

Nos derniers jours seront paisibles,
nous aurons fait ce que nous devions faire;
il y a une tranquillité qui vient,
une grande paix descend sur la terre.

Nous nous parlerons du passé:
te souviens-tu du jour où tu avais pleuré,
te souviens-tu du jour de nos noces?
on avait sonné les deux cloches
qu’on voyait bouger en haut du clocher.

Te souviens-tu du temps des cerises
et on se faisait avec des boucles d’oreilles,
et du vieux prunier qu’on secouait
pour en faire tomber les prunes?

Le cadet des garçons arrive alors et dit:
«Grand’mère, la poule chante,
elle a fait l’oeuf. »
«Va voir dans la paille, mon ami.»
Et nous sourions de le voir qui court
tant qu’il peut, à travers la cour,
sur ses grosses jambes trop courtes.

(Charles-Ferdinand Ramuz)

Recueil: Le Petit Village
Traduction:
Editions: Héros-Limite

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Les quatre-heures (Charles-Ferdinand Ramuz)

Posted by arbrealettres sur 3 mars 2022




Illustration: Daniel Ridgway
    
Les quatre-heures

A quatre heures, sous un arbre, on boit le café.

Une petite fille bien sage
l’a apporté dans un panier
avec le pain et le fromage;
il n’est ni trop froid ni trop chaud
il est tout juste comme il faut.

Les hommes et les femmes sont assis en rond,
chacun sa tasse à la main; ils parlent
du temps qu’il fait, de la moisson
qui va venir, et des ouvrages
qui changent selon les saisons,
mais sont toujours aussi pressants,
si bien qu’on n’a jamais le temps…

Le temps de quoi?… on se demande.

Un oiseau bouge dans les branches, les
sauterelles craquent dans le foin…
Oui, le temps de quoi?… Et on se regarde.

Mais, dès qu’on a vidé sa tasse, dès
qu’on a mangé à sa faim: «Est-ce
qu’on y va?… » Vous voyez bien: on
n’a jamais le temps de rien.

(Charles-Ferdinand Ramuz)

Recueil: Le Petit Village
Traduction:
Editions: Héros-Limite

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Justement rien (James Sacré)

Posted by arbrealettres sur 29 janvier 2022




    
Justement rien
comme un coeur pas plus
comme une bouteille deux trois mots
quèque chose comme
Quoi dans ?
çа bouge quand même
poème tout comme
dis, touche-le,
un coeur qu’aurait du poil.

(James Sacré)

Recueil: Bocaux, bonbonnes, carafes et bouteilles (Comme)
Traduction:
Editions: Le Castor Astral & Le Noroît

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Sur le coeur du Berger (Marie Noël)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2021




    
Il m’a pris dans ses mains et j’ai posé la tête
Sur le coeur du Berger ainsi qu’un agneau las.
Et j’y suis bien, sa folle et plaintive conquête,
J’y suis bien et, s’il veut, je ne bougerai pas

(Marie Noël)

 

Recueil: Les Chansons et les Heures / Le Rosaire des joies
Traduction:
Editions: Gallimard

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Moi, j’aime le music-hall (Charles Trenet)

Posted by arbrealettres sur 2 décembre 2021



 

music-hall-logo [1280x768]

Moi, j’aime le music-hall

Moi j´aime le music-hall
Ses jongleurs, ses danseuses légères
Et le public qui rigole
Quand il voit des petits chiens blancs portant faux col
Moi, j´aime tous les samedis
Quand Paris allume ses lumières
Prendre vers huit heures et demie
Un billet pour être assis
Au troisième rang pas trop loin
Et déjà voilà le rideau rouge
Qui bouge, qui bouge, bouge
L´orchestre attaque un air ancien du temps de Mayol
Bravo c´est drôle, c´est très drôle
Ça c´est du bon souvenir
Du muguet qui ne meure pas, cousine
Ah! comme elles poussaient des soupirs
Les jeunes fillettes d´antan
Du monde ou d´l´usine
Qui sont devenues à présent
De vieilles grand-mamans
Ce fut vraiment Félix Mayol
Le bourreau des cœurs de leur music-hall

Mais depuis mille neuf cent
Si les jongleurs n´ont pas changé
Si les petits toutous frémissants
Sont restés bien sages sans bouger
Debout dans une pose peu commode
Les chansons ont connu d´autres modes.
Et s´il y a toujours Maurice Chevalier,
Édith Piaf, Tino Rossi et Charles Trenet
Il y a aussi et Dieu merci,
Patachou, Brassens, Léo Ferré.

Moi, j´aime le music-hall
C´est le refuge des chanteurs poètes
Ceux qui se montent pas du col
Et qui restent pour ça de grandes gentilles vedettes
Moi j´aime Juliette Gréco
Mouloudji, Ulmer, les Frère Jacques
J´aime à tous les échos
Charles Aznavour, Gilbert Bécaud
J´aime les boulevards de Paris
Quand Yves Montand qui sourit
Les chante et ça m´enchante
J´adore aussi ces grands garçons
De la chanson,
Les Compagnons
Ding, ding, dong
Ça c´est du music-hall
On dira tout c´qu´on peut en dire
Mais ça restera toujours toujours l´école
Où l´on apprend à mieux voir,
Entendre, applaudir, à s´émouvoir
En s´fendant de larmes ou de rire.
Voilà pourquoi, la, do, mi, sol,

J´aim´rai toujours le music-hall
J´aim´rai toujours, toujours, toujours,
Toujours, toujours, le music-hall.

(Charles Trenet)

 

 

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Berges du Nil (Jacques Biolley)

Posted by arbrealettres sur 15 novembre 2021




Berges du Nil

La barque à peine accostée,
une dizaine d’enfants sont accourus,
tous avides de crayons.
J’ai donné ceux que j’avais,
sauf un que j’ai gardé.
ensuite ils ont déguerpi.
Un seul n’a pas bougé,
un seul à la peau sombre,
vêtu de bleu,
qui n’avait rien dit, rien reçu.

Quand la barque est repartie,
le garçon est resté immobile sur la berge,
debout, silencieux,
bientôt aussi petit que ce crayon bleu
qui écrit dans ma main
une histoire que je n’aime pas.

(Jacques Biolley)

 

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Certains jours (Bernard Mazo)

Posted by arbrealettres sur 7 novembre 2021



 

Certains jours
plus noirs
que la nuit
la plus noire

on ne sait plus
que faire
pour survivre

on voudrait peut-être
tout simplement
demeurer là
terrés
à ras des choses

loin très loin
de la vie meurtrière

à ne plus bouger
à ne plus parler

à enfin oublier
la déchirure béante
de nos rêves calcinés

(Bernard Mazo)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

 
Illustration: ArbreaPhotos

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GÉOGRAPHIES (Margaret Saine)

Posted by arbrealettres sur 24 octobre 2021




    
Poem in French, English, Spanish, Dutch and in Arabic, Armenian, Bangla, Catalan, Chinese, Farsi, Filipino, German, Greek, Hebrew, Hindi, Icelandic, Indonesian, Irish (Gaelic), Italian, Japanese, Kiswahili, Kurdish, Macedonian, Malay, Polish, Portuguese, Romanian, Russian, Serbian, Sicilian, Tamil, Turkish

Photo by Germain Droogenbroodt

Poem of the Week Ithaca 700 “GEOGRAPHIES”,
MARGARET SAINE, Germany

– All translations are made in collaboration with Germain Droogenbroodt –

***

GÉOGRAPHIES

… comme si l’amour était un paysage
(Ornella Mariani)

Fais-moi bouger pousse-moi
fais-moi rejoindre
des terres et des mers extrêmes
toucher de la main au ciel

C’est toi qui me fais bouger
et je coule fluide
au gré des vents
par les rivières des pays
connus et inconnus
par les géographies
de ton coeur
pays que je n’ai
jamais vu encore

Toutes les rivières me mènent
à cette terre promise …

(Margaret Saine)

***

GEOGRAPHIES

… as if love were a landscape
Ornella Mariani

Let me move, push me,
let me join
far away countries and seas,
touch the sky with my hand.

It is you who makes me move
and I flow
with the winds
by the rivers of known
and unknown countries
by the geographies
of your heart
a country that I have
not yet seen before.

All rivers lead me
to that promised land…

Translation Germain Droogenbroodt – Stanley Barkan

***

GEOGRAFÍAS

… come se l’amore fosse un paesaggio
Ornella Mariani

Haz que me mueva, empújame,
hazme llegar
a tierras y mares extremos,
tocar el cielo con la mano.

Eres tú quien me mueve
y agitado fluyo
a merced de los vientos
por los ríos de países
conocidos y desconocidos,
por las geografías
de tu corazón,
país que aún
nunca he visto.

Todos los ríos me llevan
a esta tierra prometida …

MARGARET SAINE, Alemania

Traducción Germain Droogenbroodt – Rafel Carcelén

***

GEOGRAFIEËN

… come se l’amore fosse un paesaggio
Ornella Mariani

Laat me bewegen, stuw mij
laat mij werelden
en de verste zeeën verbinden,
met mijn hand de hemel aanraken.

Jij bent het die mij doet bewegen
en stuurloos stroom ik
meegevoerd door de winden
door de rivieren van bekende
en onbekende landen
door de geografische gebieden
van je hart
een land dat ik
nooit eerder heb gezien.

Alle rivieren leiden mij
naar dat beloofde land …

Margaret Saine, Duitsland
Vertaling Germain Droogenbroodt

***

خَارِطَة

…عِنْدَمَا يُصْبِحُ الحُبُ كَمَا لَو أَنَّهُ مَنْظَرًا طَبِيعيًا
ــــأورنيلا مارياني

دَعْنِي أَتَحَرَّكْ، هَيَّا ادْفَعْنِي،
دَعْنِي أَنْظَمُ إِليكَ
عَبْرَ البُلْدَانِ وَالبِحَارِ البَعِيدَةَ
لِأَلْمِسَ السَّمَاءَ بِيدِي

أَنْتَ مَن تَجْعَلُنِي أَتَحَرَّكْ
وَأَتَدَفَّقُ مَعَ الرِّياحِ
عَلَى الأَنْهَارِ المَعْرُوفَةِ وَالبُلْدَانِ المَجْهُولَةِ
عَلَى خَارِطَةِ قَلْبِكَ
بُلْدَانٌ لَمْ أَعْرِفهَا مِن قَبْل.

كُلُ الأَنْهَارِ تَقُودُنِي
إِلَى هَذِه الأَرْضِ المَوْعُودَة

مارغريت ساين، ألمانيا
ترجمة للعربية: عبد القادر كشيدة
Translated into Arab by Mesaoud Abdelkader

***

ՍՇԽԱՐՀԱԳՐՈՒԹՅՈՒՆՆԵՐ

Եթե սերը գեղանկար լիներ
Օռնելլա Մարիանի

Թույլ տուր ինձ շարժվել, հրի՛ր ինձ,
թույլ տուր միանալ
հեռավոր երկրներին ու ծովերին,
ձեռքով երկնքին հպվել:
Դու ես, ով մղում է ինձ շարժվել
ու ես քամիների հետ
հոսում եմ
քո սրտի
աշխարհագրության
հայտնի ու անհայտ
երկրների գետերով,
երկրներ, որոնք
չեմ տեսել երբեք:
Բոլոր գետերը տանում են ինձ
դեպի այն խոստացված երկիրը…

Մարգարետ Սեին, Գերմանիա

Translated into Armenian by Armenuhi Sisyan.
Թարգմանությունը՝ Գերման Դրուգենբրուդտի
Հայերեն թարգմանությունը՝ Արմենուհի Սիսյանի

***

ভূগোল

… যেন প্রেম ছিল প্রাকৃতিক দৃশ্যের মত
—অরনেলা মারিয়ানি

আমায় নড়তে দাও, আমায় ধাক্কা দাও,
আমার যোগদান করতে দাও
দুরে কোথাও অন্য দেশে আর সমুদ্রে,
যেথায় স্পর্শ করে আমার হাতটি আকাশকে ।

তুমি সেই যে আমায় চালিত করো,
আর আমি বয়ে চলি
সাথে নিয়ে বাতাস
চেনা নদীদের
আর অচেনা দেশগুলো দিয়ে
তোমার হৃদয়ের
ভূগোল দিয়ে,
যে দেশগুলো দেখতে
আমি পাইনি কখনো ।

সব নদী আমায় এগিয়ে নিয়ে চলে
সেই প্রতিশ্রু ভূমির পানে . …

মার্গারেট সাইন, জার্মানি

অনুবাদ জার্মেইন ড্রোজেনব্রুড
Bangla Translation: Tabassum Tahmina Shagufta Hussein

***

GEOGRAFIES

… come se l’amore fosse un paesaggio
Ornella Mariani

Fes que em mogui, empeny-me,
fes-me arribar
a terres i mars extrems,
tocar el cel amb la mà.

Ets tu qui em mou
i agitat flueixo
a la mercè dels vents
pels rius de països
coneguts i desconeguts,
per les geografies
del teu cor,
país que encara
mai no he vist.

Tots els rius em porten
a aquesta terra promesa …

Margaret Saine, Alemanya
Traducció: Natalia Fernández Díaz-Cabal

***

地 理

仿佛爱情是一道风景
——奥奈拉· 马里亚尼

让我前进,推我,
让我加入
遥远的国家和海洋,
我用手触摸天空。

是你让我移动的,
而我
随风涌流
通过已知的河流
和未知的国家
通过你心灵的,
我从前未见过国家的
地理位置。

所有江河引我
奔赴那片乐土……

原 创:德 国 玛格丽特·塞恩
英 译:比利时 杰曼·卓根布鲁特
汉 译:中 国 周道模 2021-10-2
Translated into Chinese by Willam Zhou

***

جغرافیا

آن چنان‌که عشق چشم‌اندازی بود
—اورنلا مالیانی

اجازه بده حرکت کنم، مرا هل بده
اجازه بده بپیوندم
به کشورهای و دریاهای دور
و آسمان را با دستانم لمس کنم.
این تویی که مرا به حرکت در می‌آوری
و من جاری می‌شوم
با بادها
در رودخانه‌های شناخته
و ناشناخته‌ی کشورها
با جغرافیای
قلبت،
کشورهای که قبلاً هرگز ندیده‌ام
همه‌ی رودخانه‌ها مرا سوق می‌دهند
به آن سرزمین مقدس

مارگارت ساین، آلمان
ترجمه: سپیده زمانی

ترجمه: سپیده زمانی
Translatio into Farsi by Sepedih Zamani

***

MGA HEOGRAPHIYA
… tila ang pag-ibig ay isang tanawin
-Ornerlla Mariani
Hayaan mo akong gumalaw, itulak mo ako
Hayaan mo akong sumali
sa malalayong mga bansa at karagatan,
hawak ang langit sa aking mga kamay.

Ikaw ang nakakapagpakilos sa akin
at ako’y dumadaloy
kasama ang hangin
ng mga kilalang mga ilog
at ng mga hindi kilalang mga bansa
sa mga heograpiya
ng iyong puso,
mga bansang hindi ko pa nakita dati

Lahat ng ilog ay umaakay sa akin
sa lupang pangako …

MARGARET SAINE, GERMANY
Isinalin sa wikang Pilipino ni Eden Soriano Trinidad
Translated into Filipino by Eden Soriano Trinidad

***

GÉOGRAPHIEN

… als wäre die Liebe eine Landschaft
Ornella Mariani

Bewege mich schiebe mich
lass mich weite Länder
und Meere erreichen
und mit der Hand den
versprochenen Himmel berühren

Du bist’s der mich bewegt
und bewegt fließe ich
durch bekannte
und unbekannte Länder
durch die Geographien deiner Liebe
deiner Seele
in ein Land das
ich noch nie gesehen habe

Mein
versprochenes
Land.

MARGARET SAINE, Deutschland

***

ΓΕΩΓΡΑΦΙΕΣ

… σαν να `ταν η αγάπη ήταν τόπος
Ορνέλλα Μαριάνη

Άφησε με, πρώξε με
να κινηθώ, να ενωθώ
με ξένες χώρες και θάλασσες
με το χέρι μου άγγιξε τον ουρανό
Εσύ με κάνεις να κινούμαι

και να κυλώ με τον άνεμο
σε άγνωστους ποταμούς
άγνωρες χώρες
με τις γεωγραφίες της καρδιάς σου
χώρες που ποτέ δεν έχω ξαναδεί
όλα τα ποτάμια μ’ οδηγούν

στη γη της Επαγγελίας …

Μετάφραση Μανώλη Αλυγιζάκη
Translated into Greek by Manolis Aligizakis

***

גיאוגרפיות / מרגרט סיין
MARGARET SAINE, GERMANY
… כאילו אהבה היא נוף – אורנלה מאריאני

תֵּן לִי לָזוּז, דְּחֹף אוֹתִי,
תֵּן לִי לְהִתְחַבֵּר
לאֲרָצוֹת וּלְיַמִּים רְחוֹקִים,
לָגַעַת בַּשָּׁמַיִם בְּיָדִי.

זֶה אַתָּה שֶׁגּוֹרֵם לִי לָזוּז,
וַאֲנִי זוֹרֶמֶת
עִם הָרוּחוֹת
לְיַד הַנְּהָרוֹת שֶׁל אֲרָצוֹת
יְדוּעוֹת וְשֶׁאֵינָן יְדוּעוֹת
לְפִי הַגֵּאוֹגְרָפִיּוֹת
שֶׁל לִבְּךָ,
אֲרָצוֹת שֶׁמֵּעוֹלָם
לֹא רָאִיתִי.

כָּל הַנְּהָרוֹת מוֹבִילִים אוֹתִי
לְאוֹתָהּ אֶרֶץ מֻבְטַחַת…

תרגום מצרפתית לאנגלית: ג’רמיין דרוגנברודט
תרגום מאנגלית לעברית: דורית ויסמן
Translated into Hebrew by Dorit Weisman

***

भौगोलिक
… मानो प्यार एक परिदृश्य हो
—ओर्नेला मारियानी

मुझे चलने दो, मुझे धक्का दो,
मुझे शामिल होने दो
दूर देश और समुद्र,
मेरे हाथ से आसमान को छुओ l

यह तुम हो जो मुझे आगे बढ़ाते हो,
और मैं बहता हूँ
हवाओं के साथ
ज्ञात की नदियों द्वारा
और अनजान देश
भौगोलिक क्षेत्रों द्वारा
अपने दिल की,
मेरे पास जो देश हैं
पहले कभी नहीं देखा।

सभी नदियाँ मुझे ले जाती हैं
वादा की गई उस जमीन को…
मार्गरेट सेन, जर्मनी l

नतालिया फर्नांडीज डियाज़-कैबल, स्पेन l
Hindi translation by Jyotirmaya Thakur.

***

GEOGRAFI
Seakan cinta adalah pemandangan
— Ornella Mariani
Perkenankan aku beralih, beri aku dukung,
perkenankan aku gabung
dengan negara dan laut yang jauh,
dengan tangan langit kusentuh.
Kaulah yang membuatku beralih,
aku mengalir
bersama angin
dengan sungai-sungai yang terkenal
dan negara yang tidak dikenal
oleh geografi
hatimu,
negara yang aku punya
tidak pernah terlihat sebelumnya.
Oleh semua sungai, aku diarahkan
menuju tanah yang dijanjikan…
MARGARET SAINE, GERMANY
Translation Lily Siti Multatuliana (Indonesia)

***

TÍREOLAÍOCHTAÍ

… dá mba thírdhreach an grá
— Ornella Mariani

Tabhair spás dom, bata is bóthar,
lig dom imeacht
go tíortha is farraigí i gcéin,
a scamaill a láimhsiú.
Cuireann tú fuadar fúm,
sreabhaim
leis an ngaoth
trí aibhneacha thíortha
aithnide is anaithnide—
tíreolaíochtaí
thírdhreach an ghrá,
tíortha nach bhfacthas
riamh roimhe seo.
Is geall le tír tairngire
do chroí …

MARGARET SAINE, AN GHEARMÁIN
Aistriúchán Gaeilge le Rua Breathnach
Translated into Irish (Gaelic) by Rua Breathnach

***

LANDSHÆTTIR

… come se l’amore fosse un paesaggio
Ornella Mariani

Komdu mér af stað ýttu við mér
sendu mig aftur
til fjarlægra landa og hafa
að snerta himininn með höndunum

Þú kemur mér af stað
og ég flæði greiðlega
fyrir vindum
um ár þekktra
og óekktra landa
um landshætti
hjarta þíns
lands sem ég hef
enn aldrei séð

Allar árnar flytja mig
til þess fyrirheitna lands…

MARGARET SAINE, ÞÝSKALANDI

ÞÓR STEFÁNSSON ÞÝDDI
Translated into Islandic by Thor Stefánsson

***

GEOGRAFIE

… come se l’amore fosse un paesaggio
Ornella Mariani

Lasciami andare, spingimi,
lasciami unire
nazioni e mari distanti,
toccare il cielo con la mia mano.

Sei tu che mi fai andare
e io scorro
insieme ai venti
sulle acque dei fiumi di conosciute
e sconosciute nazioni
sulle geografie
del tuo cuore
una nazione che mai
ho visto prima.

Ogni fiume mi conduce
alla terra promessa …

MARGARET SAINE, Germania

Traduzione di Germain Droogenbroodt – Luca Benassi
Translated into Italian by Luca Benassi

***

地形

(…まるで愛が風景であるかのよう〜オルネラ・マリアーニ)

わたしを動かして、押して
そしてわたしを入れて

遠くの国々と海
わたしの手で空に触れるの

わたしを動かすのはあなた
そしてわたしは風に流される
知っている国と
知らない国の川によって
あなたの心の地形によって
それはこれまでまだ見たことのない国
すべての川はわたしを約束の地につれて行く

マーガレット・ゼイン(ドイツ)
Translated into Japanese by Manabu Kitawaki

***

JIOGRAFIA
… kama upendo ungekuwa mandhari
—Ornella Mariani
Wacha nisonge, unisukume,
wacha nijiunge, na
nchi zilizombali pamoja na mabahari,
niguze angani na mkono.
Wewe ndiye unaye nifanya nisonge,
na ninapeperushwa na kusonga
na upepo na kwa mito ya nchi zinazojulikana
na zile zisizojulikana
kwa jiografia
ya moyo wako,
nchi ambazo
sijawahi kuona hapo mbeleni.
Mito yote yanielekeza
kwa ardhi nilio ahidiwa …
MARGARET SAINE, UJERUMANI

Utafsiri Bob Mwangi Kihara
Translated into Kiswahili by Bob Mwangi Kihara

***

ERDNIGARIYAN

…come se l’amore fosse un paesaggio
…çawa ku evîn dîmeneke siruştî be
Omella Mariani

Xwe dilivînim, têvedidim
ta xwe bi welat
û zeryayan gîhnim
û bi destê xwe
esmanê sozdayî bipelînim

Tu yî ewê min dilivîne
û bi livînê ez diherikim
di nav welatan re
di nav erdingariyên evîna te
û hestên te re
li welatekî
ku min hîn ne dîtiye

Welatê
min î
sozdayî.

Margaret Saine, Elmaniya
Translation into Kurdish by Hussein Habasch

***

ГЕОГРАФИЈА
… кога само љубовта би можела да биде пејзаж
Орнела Маријани
Дај ми да се движам, турни ме,
дај ми да се протегнам
во далечни земји и мориња,
да го допрам небото со мојата рака.
Ти си тој кој прави да се движам
и јас лебдам
со ветровите
покрај реки во познати
и непознати земји
покрај географијата
на твоето срце
земја која не сум ја видела
досега.
Сите реки ме водат
до таа ветена земја …
МАРГАРЕТ САЈНЕ, ГЕРМАНИЈА

Превод од англиски на македонски: Даниела Андоновска-Трајковска
Translation into Macedonia language: Daniela Andonovska Trajkovska

***

GEOGRAFI

… seakannya cinta itu landskap
—Ornella Mariani
Biarkan aku bergerak, tolaklah aku,
biar kusertai
negara dan lautan yang jauh,
sentuhi langit dengan tanganku.

Engkaulah yang menggerakkan aku,
dan aku mengalir
bersama bayu
di sungai-sungai yang diketahui
dan tidak diketahui negara-negaranya
oleh geografi
hatimu,
negara-negara yang aku
belum pernah menyaksinya.

Semua sungai membawaku
ke syurga

MARGARET SAINE, JERMAN

Malayan translation by Dr. Irwan Abu Bakar

***

TOPOGRAFIE

. . . jak gdyby miłość była pejzażem
— Ornella Mariani

Spraw, żebym odleciała, pobudź mnie
spraw bym dotarła
do najdalszych lądów I mórz
abym dłonią nieba sięgnęła.
To ty sprawiasz, że się unoszę
i płynę z wiatrami
rzekami krain znanych
i nieznanych
przez topografie
Twojego serca,
kraje, jakich jeszcze
nigdy nie widziałam.
Wszystkie rzeki wiodą mnie
do tej ziemi obiecanej …

MARGARET SAINE, NIEMCY
Przekład na polski: Mirosław Grudzień ꟷ Anna Maria Stępień

***

GEOGRAFIAS

… come se l’amore fosse un paesaggio
Ornella Mariani

Faz com que me mova, empurra-me,
faz-me chegar
às terras e mares mais distantes,
tocar o tocar o céu com a mão.

És tu quem me move
e, agitada, circulo
à mercê dos ventos
pelos rios de países
conhecidos e desconhecidos,
pelas geografias
do teu coração,
país que ainda
não vi.

Todos os rios me levam
a essa terra prometida …

MARGARET SAINE, ALEMANHA
Tradução portuguesa : Maria do Sameiro Barroso

***

GEOGRAFII

… come se l’amore fosse un paesaggio
Ornella Mariani

Mișcă-mă, înghiontește-mă,
fă-mă să ajung
la pământ și mări extreme,
să ating cerul cu mâna.

Tu ești tot ce mă mișcă
iar eu, fluidă, mă scurg
la cheremul vântului
prin râuri de țări
știute și neștiute,
prin această geografie
a inimii tale,
prin țara pe care
n-am văzut-o încă.

Toate aceste râuri mă poartă
spre tărâmul făgăduit …

MARGARET SAINE, Germania

Traducere: Gabriela Căluțiu Sonnenberg
Translated into Romanian by Gabriela Căluțiu Sonnenberg

***

ГЕОГРАФИИ

… словно любовь – это картина
Орнелла Мариани

Отпусти меня, подтолкни
дай связять
мне миры и моря
и рукою достать до небес.

Ты меня заставляешь летать
я свободно парю
подгоняема ветром
над гладью рек
далеких, близких стран
по рельефу
твоего сердца
там,
где я раньше еще не была

Все реки меня приведут
в эту обещанную страну …

МАРГАРЕТ ЗАЙНЕ, ГЕРМАНИЯ

Перевод на русский язык Дарьи Мишуевой
Translated into Russian by Daria Mishueva

***

GEOGRAFIJE

… kad bi ljubav bila pejsaž
-Ornella Mariani

Dozvoli mi da se krećem,
gurni me da se pridružim
dalekim zemljama i morima,
da dirnem nebo rukom.

Ti si taj koji me pokreće,
da tečem
sa vetrovima
pored reka poznatih
i nepoznatih zemalja,
koje nikad videla nisam,
po geografiji tvoga srca.

Sve reke me vode
toj obećanoj zemlji.

MARGARET SAINE, NEMAČKA

Sa engleskog prevelar S. Piksiades
Translated into Serbian by S. Piksiades

***

GIUGRAFII

Smovitimi, ammuttatimi
facitimi uniri
terri e mari estremi,
tuccari lu celu cu la manu.

Sì tu ca mi fai moviri
e jo scurru fluidamenti
cu li venti,
a latu di li çiumi
di paisi canusciuti e scanusciuti,
nta li giugrafii
di lu to cori,
paisi ca non haju vistu ancora.

Tutti li çiumi
mi portanu a dda terra prumissa.

Margaret Saine, Germany

Traduzioni in Siciliano di Gaetano Cipolla

***

அன்பும் காதலும் இயற்கைக் காட்சி போன்று
ஓர்மிலா மரியானி

என்னை நகர விடுங்கள், தள்ளுங்கள்
என்னைச் சேர விடுங்கள்
மிகத்துலைவிலுள்ள நாடுகளும், கடல்களும்
எனது கைகளால் விண்ணைத்தொடட்டும்.
நீதான் என்னை நகரச் செய்கிறாய்
நான்
வெவ்வேறு நாடுகளின்
தெரிந்த தெரியாத ஆறுகளோடு
காற்றுடன் இழைந்து செல்கிறேன்
உனது இதயத்தின் இயல்களோடு
இதுவரை நான் காணாத நாடுகளில்

எல்லா ஆறுகளும்
வாக்குறுதி அளித்த
நிலங்களுக்கு!

Translated into Tamil by DR. N V Subbaraman

***

BAŞKA DİYARLAR

… sanki aşk bir manzaraydı
Ornella Mariani

bırak kımıldanayım, cesaret ver bana
kavuşayım
uzak diyarlara ve denizlere
dokunayım gökyüzüne elimle

sensin beni harekete geçiren
ve süzülüp gidiyorum
rüzgârların önü sıra
nehirlerinde bilinen ve
bilinmeyen ülkelerin,
yanı sıra kalbinin coğrafyasında
bir ülkede
henüz görmediğim

bütün nehirler götürüyor beni
o cennet ülkeye

Margaret Saine, Germany

İngilizceden çeviren: Muhsine Arda
Translated into Turkish by Muhsine Arda

 

Recueil: ITHACA 700
Editions: POINT
Site: http://www.point-editions.com/en/

FRIENDS ITHACA
Holland: https://boekenplan.nl
Poland: http://www.poetrybridges.com.pl
France: https://arbrealettres.wordpress.com
Poland: http://www.poetrybridges.com.pl
Romania: http://www.logossiagape.ro; http://la-gamba.net/ro; http://climate.literare.ro; http://www.curteadelaarges.ro.; https://cetatealuibucur.wordpress.com
Spain: https://www.point-editions.com; https://www.luzcultural.com
India: https://nvsr.wordpress.com; https://ourpoetryarchive.blogspot.com>
USA-Romania: http://www.iwj-magazine.com/journal02

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