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Poésie

Posts Tagged ‘disparaître’

Dernier voeu (Théophile Gautier)

Posted by arbrealettres sur 8 juin 2017



Dernier voeu

Voilà longtemps que je vous aime
– L’aveu remonte à dix-huit ans ! –
Vous êtes rose, je suis blême;
J’ai les hivers, vous les printemps.
Des lilas blancs de cimetière
Près de mes tempes ont fleuri;
J’aurai bientôt la touffe entière
Pour ombrager mon front flétri.
Mon soleil pâli qui décline
Va disparaître à l’horizon,
Et sur la funèbre colline
Je vois ma dernière maison.
Oh ! que de votre lèvre il tombe
Sur ma lèvre un tardif baiser,
Pour que je puisse dans ma tombe,
Le cœur tranquille, reposer !

(Théophile Gautier)

Illustration: Edmond François Aman-Jean

 

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CIEL NOCTURNE ET CHUTE D’ÉTOILE (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 8 juin 2017



CIEL NOCTURNE ET CHUTE D’ÉTOILE

Le ciel, grand, plein de retenue splendide,
une provision d’espace, un excès de monde.
Et nous, trop loin pour nous laisser façonner,
trop près pour nous en détourner.

Là-bas une étoile tombe ! Et notre désir à la voir,
d’un regard bouleversé, rivé à elle et pressant :
Quelles choses ont commencé et lesquelles disparu ?
Quelles choses sont coupables ? Et lesquelles pardonnées ?

***

NACHTHIMMEL UND STERNENFALL

Der Himmel, groß, voll herrlicher Verhaltung,
ein Vorrat Raum, ein Übermaß von Welt.
Und wir, zu ferne für die Angestaltung,
zu nahe für die Abkehr hingestellt.

Da fällt ein Stern! Und unser Wunsch an ihn,
bestürzten Aufblicks, dringend angeschlossen:
Was ist begonnen, und was ist verflossen?
Was ist verschuldet? Und was ist verziehn?

(Rainer Maria Rilke)

 

 

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Pas seulement (Homero Aridjis)

Posted by arbrealettres sur 29 mai 2017



    
Pas seulement les langues des hommes se meurent
Pas seulement le bronze de la tête de Sulla s’ouvre
Pas seulement le tigre de Bali disparaît

des langages privés s’éteignent
des rêves nous brûlent les yeux
des animaux meurent d’irréalité dans les rues

Pas seulement les cimetières des époques passées
sont pleins de dieux oubliés
l’amour des hommes est fait de paroles perdues

(Homero Aridjis)

 

Recueil: Les poèmes solaires
Traduction: Ivan Alechine
Editions: Mercure de France

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RECHERCHE D’UNE DÉFINlTION (Paul Auster)

Posted by arbrealettres sur 27 mai 2017



 

Bradley Walker Tomlin number-14-1949

RECHERCHE D’UNE DÉFINlTION
(en regardant un tableau de Bradley Walker Tomlin)

Toujours la plus petite action

possible
en ce temps d’actions

plus vastes que la vie, un geste
vers l’objet qui passe

presque inaperçu. Un petit vent

agitant un feu de joie, par exemple,
que j’ai découvert l’autre jour
par hasard

sur le mur d’un musée. Presque rien
ne s’y trouve : quelques touches
de blanc

jetées négligemment sur le noir pur
du fond, rien de plus

qu’un petit geste
essayant de n’être rien

de plus que lui-même. Et pourtant
il n’est pas ici
et à mes yeux la question
ne sera jamais
d’essayer de simplifier
le monde, mais une manière de chercher un lieu
par où pénétrer le monde, une manière d’être
présent
au milieu des choses
qui nous ignorent — mais dont nous avons besoin
tout autant que nous avons besoin
de nous-mêmes. Un instant à peine auparavant
la belle

femme
qui était auprès de moi
avait dit combien elle désirait
un enfant
et qu’il était grand temps de
la féconder. Nous sommes convenus
d’écrire chacun un poème
qui utilise les mots «un petit
vent
agitant un feu de joie». Depuis ce temps-là
rien

n’a plus de sens que la petite
action
présente dans ces mots, l’action
d’essayer de prononcer

des mots

qui ne veulent presque rien dire. Jusqu’au bout
je veux être égal

à tout ce que
mon oeil m’apportera, comme si
je pouvais finalement me voir moi-même

disparaître
dans les choses presque
invisibles

qui nous entraînent nous-mêmes et tous
les enfants à naître

dans le monde.

(Paul Auster)

Illustration: Bradley Walker Tomlin… peut-être ce tableau dont parle Paul ?

 

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Elle dansait (Dylan Thomas)

Posted by arbrealettres sur 25 mai 2017



 

Elle dansait – silence enveloppée de lumière
Brume dans une clarté de lune;
Une musique qui charmait la vue
Mais à l’oreille, étrangère.

Un enchantement, une fée vêtue
D’un mouvement – doux comme le sommeil;
Ellipse de toutes les joies
Somme de toutes les larmes.

Sa forme: l’esprit d’un poète,
Toutes-sensations!
Elle – substance du vent,
Profil d’une pensée lyrique;

Un être, parmi les choses terrestres
– Abandonné par le ciel;
A travers le temps, sur des ailes de lumière
Vers l’illimité!

[…]

Tremblante lueur dans l’air rose
Elle semblait refluer et couler
– Péril et beauté des souvenirs –
Ô pâle du temps traversé.

Elle pleurait du souvenir de sa douleur
Et soupirait à la joie incréée.
Ah, beauté – ardente, ardente!
Oh, corps – sage et blanc!

Elle disparut, nuage du soir
Rayon radieux du couchant.
Elle disparut. La vie, un instant, illumina
Les ténèbres à la flamme d’un rêve.

(Dylan Thomas)

Illustration: Alberich Mathews

 

 

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Ceci est sa tombe (Hendrik Marsman)

Posted by arbrealettres sur 19 mai 2017




    
Ceci est sa tombe, sous les jeunes tilleuls
disparus ses mains et ses doux yeux.
comment croire que ceux qui l’aimèrent
pourront un jour la retrouver et la reconnaître?

(Hendrik Marsman)

 

Recueil: Poètes néerlandais de la modernité
Traduction: Saskia Deluy
Editions: Le Temps des Cerises

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Comme une chose (Gerrit Kouwenaar)

Posted by arbrealettres sur 18 mai 2017




    

Comme une chose

Un poème comme une chose
une porte de verre à tambour et le garçon chinois
qui toujours repasse avec d’autres plats

un gardien de parc qui lime ses ongles
parmi des enfants sibériens du maine

une vénus du temps passé ensemble avec
une araignée sur l’autoroute

un verre de lait maternel, un jaune
smoking empesé

une abeille, un petit couteau
qui piquent l’un et l’autre, un avion
qui disparaît dans la pluie d’un village

un poème comme une chose

(Gerrit Kouwenaar)

 

Recueil: Poètes néerlandais de la modernité
Traduction: Henri Deluy
Editions: Le Temps des Cerises

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Avoir tant offert (Max Alhau)

Posted by arbrealettres sur 4 mai 2017



 

Illustration: ArbreaPhotos   

    
Avoir tant offert à l’aube
et ne récolter que des lueurs avares
qui abrègent le jour,
disparaître comme des feuilles
consumées par le feu.

Qui répondra à des paroles lézardées,
à une vie sans appel,
transparente après la pluie ?

(Max Alhau)

 

Recueil: Présence de la Poésie
Editions: Editions des Vanneaux

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Amour (Aïcha Arnaout)

Posted by arbrealettres sur 3 mai 2017



 

Amour
tu m’ordonnes de paraître
et j’explose
De disparaître
et je me dissous comme un corps
dans un acide magique

(Aïcha Arnaout)

Illustration: Vladimir Ryabchikov

 

 

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Inconsolables (Max Alhau)

Posted by arbrealettres sur 3 mai 2017



 

Illustration

    

Quelques vérités nous sont octroyées :
l’unique à laquelle l’accès nous est refusé se soustrait à toute définition,
étoile noire au coeur des galaxies.

Nous disparaîtrons,
inconsolables d’avoir questionné en vain les dieux
sur ce qui nous semblait comme le seul flamboiement de l’être en ce monde.

(Max Alhau)

 

Recueil: Présence de la Poésie
Editions: Editions des Vanneaux

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