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Poésie

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LES CORBEAUX (Georg Trakl)

Posted by arbrealettres sur 23 avril 2018




LES CORBEAUX

Au-dessus du coin noir s’affairent
A midi les corbeaux au cri dur.
Leur ombre effleure la biche
Et parfois on les voit, bougons, se poser.

Ô comme ils troublent le brun silence
Dans lequel un labour s’exalte
Comme femme charmée d’un lourd pressentiment,
Et parfois on entend leurs querelles

Pour une charogne qu’ils flairent quelque part,
Puis soudain ils mettent cap au nord
Et disparaissent tel un convoi mortuaire
Dans les airs qui tremblent de volupté.

***

DIE RABEN

Über den schwarzen Winkel hasten
Am Mittag die Raben mit hartem Schrei.
Ihr Schatten streift an der Hirschkuh vorbei
Und manchmal sieht man sie mürrisch rasten.

O wie sie die braune Stille stören,
In der ein Acker sich verzückt,
Wie ein Weib, das schwere Ahnung berückt,
Und manchmal kann man sie keifen hören

Um ein Aas, das sie irgendwo wittern,
Und plötzlich richten nach Nord sie den Flug
Und schwinden wie ein Leichenzug
In Lüften, die von Wollust zittern.

(Georg Trakl)

Illustration: Vincent Van Gogh

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LE DÉPART D’UN AMI (Textes chinois)

Posted by arbrealettres sur 21 avril 2018




    
LE DÉPART D’UN AMI
Li-Taï-Pé

Par la verte montagne, aux rudes chemins,
je vous reconduis jusqu’à l’enceinte du Nord.

L’eau écumante roule autour des murs, et se perd vers l’orient.
C’est à cet endroit que nous nous séparons…

Je m’en retourne, solitaire, et je marche péniblement.
Il me semble, maintenant, que j’ai plus de dix mille lis à parcourir.

Les nuages légers flânent, paresseusement, comme mes pensées.
Bientôt le soleil se couche,
et je sens plus vivement encore, la tristesse de la séparation.

Par-dessus les broussailles une dernière fois,
j’agite la main, au moment où vous allez disparaître.

D’un long hennissement, mon cheval cherche à rappeler le vôtre…
Mais c’est un chant d’oiseau qui lui répond !…

(Textes chinois)

 

Recueil: Le Livre de Jade
Traduction: Judith Gautier
Editions: Plon

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Là-haut, vers la bleuissante lumière (Johann Wolfgang Von Goethe)

Posted by arbrealettres sur 21 avril 2018




    
Là-haut, vers la bleuissante lumière,
Sur les nuages sombres, se révèle,
pareille au séraphin, pareille à Elle,
Une figure adorable et légère.
Ainsi régnait, dans la danse animée,
L’image aimée entre les plus aimées.

Mais tu ne peux l’aérien mirage
Longtemps tenir pour Son propre portrait.
Rentre en ton coeur ! Là tu vois mieux ses traits,
Là, elle bouge avec mille visages.
Là, de plusieurs l’Unique est composée,
Toujours, toujours plus chère à la pensée.

Telle elle était, à sa porte attendant,
Telle elle fut, par degrés m’exaltant,
Et telle, après l’avant-dernier baiser,
Vint sur ma bouche appuyer le dernier,
Telle, vivante, elle entra dans cette âme
Et dans ce coeur, écrite avec des flammes.

Ah ! Dans ce coeur, muraille crénelée
Qui, sûr rempart pour soi-même et pour Elle,
Pour Elle heureux de sa propre durée
Ne se connaît qu’autant qu’il la révèle
Et, par de tendres chaînes libéré,
Ne bat encor que pour remercier.

Le désir d’être aimé s’était éteint,
Évanoui, comme la faculté d’aimer,
Lorsque le goût d’espérer me revint
Et les projets joyeux et décidés.
Amour ! Si tu nous donnes la ferveur,
De tes présents j’ai reçu le meilleur.

Et c’est par Elle ! — A mon corps anxieux,
À mon esprit par un poids oppressé
Rien ne s’offrait que spectres pour les yeux
Et le désert pour le coeur désolé.
Mais maintenant, sur un seuil que je sais
Elle se montre, et le soleil paraît.

La Paix de Dieu, dit-on, rend l’âme heureuse,
Mieux que Raison donnant félicité.
Je la compare à la Paix Amoureuse
Quand près de nous se tient l’être adoré.
Le coeur repose et rien ne peut ternir
Le sentiment de lui appartenir.

L’effort du coeur qui s’élève, s’élance,
Vers l’Inconnu et cherche à se donner,
pur, au Plus Pur avec reconnaissance,
Trouvant en soi le sens de l’Innomé.
Ainsi les coeurs pieux ! — Ainsi s’éveille,
Près d’Elle, en moi, félicité pareille.

A son regard, comme au feu du soleil,
Comme au vent printanier, à son haleine,
La glace fond, de l’amour de soi-même,
Qui résistait, aux longs hivers pareil.
Et l’égoïsme, autant que l’intérêt.
Lorsqu’Elle vient, frissonne et disparaît.

***

Wie leicht und zierlich, klar und zart gewoben
Schwebt, seraphgleich, aus ernster Wolken Chor,
Als glich’ es ihr, am blauen Äther droben
Ein schlank Gebild aus lichtem Duft empor!
So sahst du sie in frohem Tanze walten,
Die lieblichste der lieblichsten Gestalten.

Doch nur Momente darfst dich unterwinden,
Ein Luftgebild statt ihrer festzuhalten;
Ins Herz zurück ! dort wirst du’s besser finden,
Dort regt sie sich in wechselnden Gestalten :
Zu Vielen bildet Eine sich hinüber,
So tausendfach, und immer, immer lieber.

Wie zum Empfang sie an den Pforten weilte
Und mich von dannauf stufen weis beglückte,
Selbst nach dem letzten Kuß mich noch ereilte,
Den letztesten mir auf die Lippen drückte :
So klar beweglich bleibt das Bild der Lieben,
Mit Flammenschrift, ins treue Herz geschrieben.

Ins Herz, das fest, wie zinnenhohe Mauer,
Sich ihr bewahrt und sie in sich bewahret,
Für sie sich freut an seiner eignen Dauer,
Nur weiß von sich, wenn sie sich offenbaret,
Sich freier fühlt in so geliebten Schranken
Und nur noch schlägt, für alles ihr zu danken.

War Fähigkeit, zu lieben, war Bedürfen
Von Gegenliebe weggelöscht, verschwunden,
1st Hoffnungslust zu freudigen Entwürfen,
Entschlüssen, rascher Tat sogleich gefunden !
Wenn Liebe je den Liebenden begeistet;
Ward es an mir aufs lieblichste geleistet;

Und zwar durch sie I— Wie lag ein inures Bangen
Auf Geist und Körper, unwillkommner Schwere :
Von Schauerbildern rings der Blick umfangen
1m wüsten Raum beklommner Herzensleere ;
Nun dämmert Hoffnung von bekannter Schwelle,
Sie selbst erscheint in milder Sonnenhelle.

Dem Frieden Gottes, welcher euch hienieden
Mehr als Vernunft beseliget— wir lesens
Vergleich ich wohl der Liebe heitern Frieden
In Gegenwart des allgeliebten Wesens;
Da ruht das Herz, und nichts vermag zu stören
Den tiefsten Sinn, den Sinn : ihr zu gehören.

In unsers Busens Reine wogt ein Streben,
Sich einem Höhern, Reinern, Unbekannten
Aus Dankbarkeit freiwillig hinzugeben,
Enträtselnd sich den ewig Ungenannten ;
Wir heißens : fromm sein !— Solcher seligen Höhe
Fühl ich mich teilhaft, wenn ich vor ihr stehe.

Vor ihrem Blick, wie vor der Sonne Walten,
Vor ihrem Atem, wie vor Frühlingslüften,
Zerschmilzt, so längst sich eisig starr gehalten,
Der Selbstsinn tief in winterlichen Grüften;
Kein Eigennutz, kein Eigenwille dauert,
Vor ihrem Kommen sind sie weggeschauert.

(Johann Wolfgang Von Goethe)

 

Recueil: Elégie de Marienbad
Traduction: Jean Tardieu
Editions: Gallimard

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LES CORBEAUX (Georg Trakl)

Posted by arbrealettres sur 20 avril 2018



 

LES CORBEAUX

Au-dessus du coin noir s’affairent
A midi les corbeaux au cri dur.
Leur ombre effleure la biche
Et parfois on les voit, bougons, se poser.

Ô comme ils troublent le brun silence
Dans lequel un labour s’exalte
Comme femme charmée d’un lourd pressentiment,
Et parfois on entend leurs querelles

Pour une charogne qu’ils flairent quelque part,
Puis soudain ils mettent cap au nord
Et disparaissent tel un convoi mortuaire
Dans les airs qui tremblent de volupté.

(Georg Trakl)

Illustration: Jean François Millet

 

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Le jardin (Béatrice Douvre)

Posted by arbrealettres sur 18 avril 2018




    
Le jardin

Arrête-toi au fond de ce jardin
Pour l’air et pour le peu de roses
Arrête-toi, je te rejoins
Tu es plus belle que mon attente
Plus terrible encore quand le temps cesse
Car tu as cessé de vivre dans le temps

Mémoire
Poussant le grillage de fer
Pas à pas sur les terres humides
De la rosée plus que le jour

Je te rejoins
Il n’y a plus personne dans ce jardin
Les quelques pas avaient gravé la terre
C’était mon pas

Ô disparue derrière les ronces.

(Béatrice Douvre)

 

Recueil: Oeuvre poétique
Traduction:
Editions: Voix d’Encre

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La nuit de l’ange (Béatrice Douvre)

Posted by arbrealettres sur 18 avril 2018




    
La nuit de l’ange

L’harmonie se resserre comme un mur franchissable
La musique d’un ange se perd dans le jardin
Tu écoutais ce chant avec des yeux de boue
Les deux mains de personne secouaient ta chevelure

Et venaient des oiseaux émus de ton âge
Agités d’ailes blanches et de cris de nuit bleue
Tu marchais habitée d’un grand secret d’enfant
Dans ce jardin des roses de personne

Puis la nuit se fit claire aggravée d’une lampe
Et l’ombre de la lampe éteignait ton sourire
L’ange fut un instant ton ami, disparu
Sur la terre trempée d’un plus haut souvenir.

(Béatrice Douvre)

 

Recueil: Oeuvre poétique
Traduction:
Editions: Voix d’Encre

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Le retour dans la montagne (Gao Shi)

Posted by arbrealettres sur 11 avril 2018




    
Le retour dans la montagne

On respire un air vif et pur,
et voilà que le soleil disparaît
dans les froides profondeurs de ces rochers immenses.

Je veux vous reconduire jusqu’à votre montagne ;
ami, je connais maintenant votre cœur.

Quand l’âge mûr succède à l’active jeunesse,
le temps est venu de cesser la lutte
et de s’appartenir à soi-même ;

Vous avez su, je le vois, comprendre la vie,
et régler la vôtre comme il faut.
Qu’il vous plaise de marcher ou de vous reposer,
rien ne vous poursuit ni ne vous arrête ;

Sans entendre d’autre murmure que celui des sources,
d’autres bruits que ceux du vent ou de la pluie,
Vous foulez un sol toujours jonché
des fruits du song ou des fleurs du cannelier.

Les simples que vous vendez vous procurent largement
de quoi subvenir à vos faibles dépenses ;
Vous recueillez enfin ces herbes précieuses,
dont les sucs puissants donnent la longévité.

Les nuages blancs sont de gracieux compagnons
qui vous exhortent à boire ;

En quelque endroit que vous vous retiriez pour dormir,
la lune brillante n’est-elle point près de vous ?

J’emporte, moi, de cette journée,
des souvenirs que ne peut effacer le sommeil ;
Nous allons donc nous revoir en songe,
car mon esprit, cherchant le vôtre,
saura bien revenir ici.

(Gao Shi)

 

 

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C’est la deuxième fois (Jean-Louis Giovannoni)

Posted by arbrealettres sur 8 avril 2018




Illustration: ArbreaPhotos
    

C’est la deuxième fois que je passe devant
la cour d’école où se trouve un chat noir.
Il est venu vers moi — je n’ai donc pas
disparu.

(Jean-Louis Giovannoni)

 

Recueil: Les mots sont des vêtements endormis
Traduction:
Editions: Unes

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INTÉRIEUR (Paul Auster)

Posted by arbrealettres sur 8 avril 2018



 

INTÉRIEUR

Chair déchirée
du tout autre.
Et chaque chose ici, comme si c’était la dernière chose
à dire : le son d’un mot
marié à la mort, et la vie
qui est cette force en moi
à disparaître.

Volets clos. La poussière
d’un moi antérieur, vidant l’espace
que je ne remplis pas. Cette lumière
qui croît au coin de la pièce,
là où la pièce
entière
a basculé.

La nuit ressasse. Une voix qui ne me parle
que de choses infimes.
Pas même des choses — mais de leurs noms.
Et où n’est aucun nom —
de pierres. Le tintamarre des chèvres
remontant par les villages
de midi. Un scarabée
dévoré dans la sphère
de sa propre fiente. Et le pullulement violet
des papillons au loin.

Dans l’impossibilité des mots,
dans le mot imprononcé
qui asphyxie,
je me trouve.

(Paul Auster)

Illustration: Léon Bonnat

 

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UNE BONNE FORTUNE SUR LE CHEMIN (Textes chinois)

Posted by arbrealettres sur 7 avril 2018




    
UNE BONNE FORTUNE SUR LE CHEMIN
Li-Taï-Pé

Je montais un cheval superbe, à l’allure fière et gracieuse.
Il marchait dans les fleurs, dont les arbres printaniers jonchaient la route.

Voici que je vis venir vers moi, un char fermé,
un de ceux dont le nom est : cinq nuages…

Quand il passa à mon côté, je chatouillai légèrement ses roues, du bout de mon fouet.
Alors, écartant le rideau de perles, une femme ravissante m’éblouit de son sourire.

Puis, avant de disparaître, d’un geste furtif,
elle m’indiqua, au loin, une haute maison aux toitures rouges…

Et ce fut comme si elle me disait : « Votre petite servante habite là… »

(Dynastie des Thang, VIIIe siècle de notre ère.)

(Textes chinois)

 

Recueil: Le Livre de Jade
Traduction: Judith Gautier
Editions: Plon

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