Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘café’

L’HUMEUR DU POEME (Jacques Taurand)

Posted by arbrealettres sur 31 août 2022



L’HUMEUR DU POEME

On communie
au café du matin
La ville est sur ses jambes
Le temps monte dans mes veines

Au comptoir
l’humanité s’échange
un rêve de pastis
côtoie celui d’un petit blanc

C’est comme hier cet aujourd’hui
et son odeur de croissant
Paris court à ses rendez-vous
Le regard du ciel est dans les yeux des gens

Le macadam règle ses pas
sur ceux du cœur
La Seine accroche aux berges
son mouvant taffetas de souvenirs
Et moi je vais tranquille
suivant l’humeur de mon poème.

(Jacques Taurand)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Illustration: Robert Doisneau

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Nous partirons sans avoir percé tous les secrets (Gaëlle Josse)

Posted by arbrealettres sur 3 août 2022




    

nous partirons sans avoir percé tous les
secrets sans avoir entendu tous les chants sans
avoir cueilli tous les fruits

nous partirons inachevés
comme un poème juste
commencé sur une table face à
la fenêtre auprès d’une tasse de
café à demi pleine

(Gaëlle Josse)

Recueil: et recoudre le soleil
Traduction:
Editions: NOTAB/LIA

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Premières journées de chaleur (Albert Camus)

Posted by arbrealettres sur 17 juillet 2022



Mark Berens 170194 [800x600]

Premières journées de chaleur.
Etouffant.
Toutes les bêtes sont sur le flanc.
Quand la journée décline,
la qualité étrange de l’air au-dessus de la ville.

Les bruits qui montent et s’y perdent comme des ballons.
Immobilité des arbres et des hommes.
Sur les terrasses, mauresques
qui devisent en attendant le soir.
Café qu’on grille et dont l’odeur monte aussi.

Heure tendre et désespérée.
Rien á embrasser.
Rien où se jeter à genoux,
éperdu de reconnaissance.

(Albert Camus)

Illustration: Mark Berens

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

J’ai écrit ces textes (Gaëlle Josse)

Posted by arbrealettres sur 15 juillet 2022




    
J’ai écrit ces textes dans des carnets, des cahiers,
sur des pages volantes, des agendas, des tickets, des listes,
des enveloppes, des marque-pages ou dans mon téléphone ;
je les ai écrits dans les gares, les trains, les hôtels,
les cafés, chez moi, dans le métro, en ville et en d’autres lieux.

La poésie demeure pour moi comme une apparition, une attention portée à l’infime,
comme le surgissement d’un éclat fugace au coeur de nos vies.
L’éclosion d’invisibles soleils.

Peut-être, à cet instant-là, les mots peuvent-ils saisir quelque chose de ce jaillissement.
Elle est le regard nu, débarrassé de ce qui pèse, de ce qui encombre,
elle est le retour à la source, la lumière qui s’at-tarde sur un mur,
le frémissement qui parcourt un visage, la chaleur d’un corps aimé,
elle est le mot que l’on attend et qui nous sauvera peut-être.

J’ai eu envie de vous offrir aujourd’hui
cette moisson de mots cueillis jour après jour,
qu’ils aient été d’orage ou d’allégresse.

Mais vivants.
Vivants, oui, et vibrants, toujours.

(Gaëlle Josse)

Recueil: et recoudre le soleil
Traduction:
Editions:NOTAB/LIA

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

BERCEUSE (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 29 mars 2022




Illustration: ArbreaPhotos
    
BERCEUSE

Endormons-nous, petit chat noir.
Voici que j’ai mis l’éteignoir
Sur la chandelle.
Tu vas penser à des oiseaux
Sous bois, à de félins museaux…
Moi rêver d’Elle.

Nous n’avons pas pris de café,
Et, dans notre lit bien chauffé
(Qui veille pleure.)
Nous dormirons, pattes dans bras.
Pendant que tu ronronneras,
J’oublierai l’heure.

Sous tes yeux fins, appesantis,
Reluiront les oaristys
De la gouttière.
Comme chaque nuit, je croirai
La voir, qui froide a déchiré
Ma vie entière.

Et ton cauchemar sur les toits
Te dira l’horreur d’être trois
Dans une idylle.
Je subirai les yeux railleurs
De son faux cousin, et ses pleurs
De crocodile.

Si tu t’éveilles en sursaut
Griffé, mordu, tombant du haut
Du toit, moi-même
Je mourrai sous le coup félon
D’une épée au bout du bras long
Du fat qu’elle aime.

Puis, hors du lit, au matin gris,
Nous chercherons, toi, des souris
Moi, des liquides
Qui nous fassent oublier tout,
Car, au fond, l’homme et le matou
Sont bien stupides.

(Charles Cros)

Recueil: le chat en cent poèmes
Traduction:
Editions: Omnibus

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Jean-Daniel (Charles-Ferdinand Ramuz)

Posted by arbrealettres sur 6 mars 2022



Illustration: Marfa Indoukaeva
    
Jean-Daniel

I

Ce jour-là, quand je t’ai vue,
j’étais comme quand on regarde le soleil;
j’avais un grand feu dans la tête,
je ne savais plus ce que je faisais,
j’allais tout de travers comme un qui a trop bu,
et mes mains tremblaient.

Je suis allé tout seul par le sentier des bois,
je croyais te voir marcher devant moi,
et je te parlais,
mais tu ne me répondais pas.

J’avais peur de te voir, j’avais peur de t’entendre,
j’avais peur du bruit de tes pieds dans l’herbe,
j’avais peur de ton rire dans les branches;
Et je me disais: «Tu es fou,
ah! si on te voyait, comme on se moquerait de toi! »
Ça ne servait à rien du tout.

Et, quand je suis rentré, c’était minuit passé,
mais je n’ai pas pu m’endormir.
Et le lendemain, en soignant mes bêtes,
je répétais ton nom, je disais: « Marianne… »
Les bêtes tournaient la tête pour entendre;
je me fâchais, je leur criais: « Ça vous regarde?
allons, tranquilles, eh! Comtesse, eh! la Rousse… »
et je les prenais par les cornes.

Ça a duré ainsi trois jours
et puis je n’ai plus eu la force.
Il a fallu que je la revoie.
Elle est venue, elle a passé,
elle n’a pas pris garde à moi.

II

Les amoureux, c’est pour les filles
comme un écureuil dans un arbre;
elles s’amusent à le voir grimper:
sitôt qu’il est loin, il est oublié.
Elles ne pensent qu’à des bagues,
à des chapeaux, à des colliers;
qu’est-ce que çа leur fait qu’on souffre?
sitôt qu’on est loin, on est oublié.

C’est des miroirs à alouettes,
ça brille à distance, mais, quand on est près,
ça n’est plus rien que des morceaux de verre.
Il faut être bien fou pour leur courir après.

Ces filles, c’est comme des poupées
faites avec des ficelles et du carton;
ça a des joues en porcelaine,
ça a le ventre plein de son.

Mais on a beau dire et beau faire,
on n’y peut rien:
quand on est pris, c’est qu’on l’est bien.

III

Je lui demandé pardon dans mes pensées
de l’avoir ainsi méprisée.
Je sais qu’elle est douce et qu’elle a bon coeur.

Je sais qu’elle ne me connaît pas
et qu’il serait bien étonnant
qu’elle eût fait attention à moi
puisqu’elle ne me connaît pas.

Seulement il est dur d’être seul quand on aime.
On est comme fou, on se met en colère,
on pleure, on rit, sans savoir pourquoi.
On n’est pas juste quelquefois,
tant on a mal au coeur qui aime.

Mon coeur a mal, et moi je suis
comme un oiseau qui s’est envolé
et qui ne peut plus se poser,
et qui se sent bien fatigué
loin de son nid.

IV

Elle vit avec sa mère qui est vieille.
Elle l’aide à tenir le ménage.
Elle lave la vaisselle,
elle fait le dîner et les savonnages,
elle travaille du matin au soir:
il n’y a pas beaucoup de filles
qui font comme elle leur devoir.

Quand elle coud, ses doigts vont vite
comme au jeu de pigeon vole,
sa tête se penche sous la lampe,
sous la lampe sa tête se penche,
elle est appliquée et vaillante.

Elle laisse passer les jours
sans regret du temps qui s’en va,
ayant bien employé ses heures.
Le temps s’en va, elle demeure;
et sa vie est comme un ruisseau
qui coule d’un cours bien régulier,
sous les frênes et les noisetiers,
avec les oiseaux qui viennent y boire
et l’ombre errante vers le soir
des arbres noirs sur le ciel rose.

Et les mois et les mois viendront:
quand sera-t-elle comme elle est,
bonne et gaie, à coudre et à faire la cuisine,
dans une maison qui serait à nous,
dans une maison qui serait notre maison?

V

Car, moi, je suis pauvre et sa mère est riche.
Elle a une ferme et des champs,
elle a de l’argent
tout plein son armoire.

Elle a des chevaux, des boeufs et des vaches,
deux domestiques toute l’année,
des ouvriers quand l’ouvrage est pressant;
sa grange est pleine, ses étames de même;
et elle veut un gendre qui soit riche comme elle.

Il faudrait sans doute qu’on vienne
et qu’on lui dise: «Donnez-moi
votre fille, j’ai du bien
autant que vous;
j’ai comme vous des prés, des vaches et des bois,
alors c’est à égalité, n’est-ce pas ? »
Mais qu’on aime sa fille, elle n’y pense même pas.

Elle aura pour gendre un coureur d’auberges,
une espèce de beau parleur
qui fait briller ses écus
pour qu’on sache qu’il a de quoi…
Et je n’ai que mon amour, moi.

Seulement aussi amenez-m’en un
qui travaille davantage,
qui boude moins à l’ouvrage,
qui se lève de plus grand matin.

Je dis que des bons bras, c’est de l’argent comptant;
et je porterais des montagnes,
si on me disait: C’est pour Marianne.

VI

Quand le jour est mort, une lampe brille.
C’est la lampe, la petite lampe
que tu as à ta fenêtre,
Marianne, par les temps noirs,
pour les pauvres gens qui sont sur les routes.

On n’a plus peur; on voit de loin la lampe, on dit:
« C’est la lampe de Marianne,
elle est à coudre dans sa chambre avec sa mère »;
et on va vers la lumière,
parce qu’on sait que la porte s’ouvrira.

C’est comme une étoile, celle
qui guidait les bergers dans la nuit de Noël
et ils ont été amenés par elle
dans l’étable chaude où était la crèche
entre le boeuf et l’âne.

Là où la lampe brille, là aussi il fait chaud.
Celui qui vient pousse la porte et dit bonsoir.
On ne voit pas ses yeux sous son grand chapeau.
Sa moustache est givrée, il se fait déjà tard,
et il tient à la main un gros bâton d’épine.

Moi, je suis comme un papillon de nuit
qui tourne autour de la lumière.
Je me glisse le long des murs comme un voleur
pour te voir par la fenêtre.

Je n’ose pas entrer; je n’ose pas heurter;
je regarde de loin
le linge que tu tiens.
Je reste ainsi longtemps sans bouger de mon coin,
les yeux tendus vers toi,
mais c’est mon coeur qui va pour moi.

Il va vers toi, il se tient bien tranquille;
il est dans l’ombre de tes rideaux
il est dans l’aiguille qui brille,
il est dans le fil que tu casses
de temps en temps entre tes dents.

A quoi songes-tu? Sais-tu que je suis là?
Quand je te vois rêver, je pense que c’est à moi;
je ris ensuite de ma sottise.
Mais j’attends quand même
et sans savoir quoi,
jusqu’à ce que ta lampe s’éteigne.

VII

Le dimanche matin, elle va à l’église.
Le clocher a l’air d’un peu se pencher
pour mieux voir les fleurs dans les prés
comme ferait une petite fille
qui cueille un bouquet en chantant;
et la cloche dans le clocher
sonne d’abord un long moment.

Les femmes passent deux par deux;
elles sont en noir par respect pour le bon Dieu,
elles ont leur psautier dans la main.

Les hommes attendent qu’elles soient entrées
devant le porche en causant du beau temps,
du prix du bétail, des travaux des champs;
et il y a tant d’oiseaux dans les haies
que les branches se balancent
comme quand il fait du vent.

Alors, elle aussi, elle vient, elle a des gants blancs,
une robe bleue, un chapeau de paille;
elle traverse la place,
elle entre, je ne la vois plus.

La cloche se tait, le sonneur descend,
ses gros souliers dans l’escalier
font un bruit comme quand on bat en grange;
les gens dans l’église attendent en silence;
le pasteur, avec sa robe noire,
son chapeau de soie et son rabat blanc,
approche d’un air grave dans l’ombre des arbres.
Et je me sens si seul que je voudrais pleurer…

Je serais sur le banc, assis à côté d’elle;
quand elle chanterait, j’écouterais sa voix
et elle pencherait la tête pour prier.

VIII

Comme tu es jolie sur le petit sentier,
où tu vas, portant ton panier
avec le pain et le café
pour les quatre-heures.
L’ombre des cerisiers glisse sur tes épaules,
il fait chaud, les gens se reposent,
assis dans l’herbe, tout en causant,
et, te voyant venir, ils disent:

« Voilà Marianne avec son panier. »
Ils sont contents, parce qu’ils ont faim,
ayant travaillé qu’ils n’en peuvent plus
et le foin qui sèche sent fort au soleil.

Ils te disent: «Vous avez fait
la paresseuse! »
Tu dis: « Mais non, il n’est pas quatre heures. »
Un des ouvriers regarde à sa montre,
il dit: « Que si! il est quatre heures et cinq! »
Et tout le monde
éclate de rire sans savoir pourquoi.

C’est peut-être que le café
est meilleur quand tu le verses.
Tu fais plaisir à regarder
avec ton gros jupon d’indienne;
tu fais plaisir avec cette façon que tu as
de sourire en tendant la miche
et d’avoir soin qu’on soit toujours servi.

IX

Elle est venue un soir pour la première fois.
Il faisait nuit, elle est venue sans bruit.
Je regardais partout, je ne voyais personne
et j’entendais mon coeur battre dans le silence.
Mais, quand je l’ai vue, j’ai eu presque peur
et j’aurais voulu me sauver.

Elle venait entre les saules,
elle allait lentement, est-ce qu’elle avait peur aussi ?
Ou bien est-ce que c’était de l’ombre ?

Je suis allé vers elle, je lui ai dit bonjour.
« Alors, comme ça, ça va bien? »
« Oui, merci. » Nous n’avons plus su que dire.
Il y avait un arbre, l’étang était tout près,
le vent a passé dans les roseaux
et j’ai senti sa main trembler.
« Écoute, est-ce qu’on fait un petit tour? »
« On nous verrait, non, j’aime mieux… »
« On pourrait s’asseoir. » « Ce n’est pas la peine. »
J’ai voulu parler, mais je n’ai pas pu
et elle était déjà partie.

X

Elle m’a dit: «J’ai bien senti
tout de suite
que tu serais mon bon ami
N’est-ce pas? la première fois
qu’on se voit,
on ne s’aime pas,
pour bien dire, encore,
mais çа vient tout tranquillement
avec le temps.
Parce que, tu sais, ma mère est bien bonne
et je l’aime bien aussi,
mais ce n’est pas tout dans la vie.
On peut travailler du matin au soir
et être bien sage, çа n’empêche pas
qu’on pense parfois à des choses.

On se dit: «Il y en a qui ont des enfants,
il y en a qui se sont fait
des trousseaux d’une beauté
qu’on ne peut pas s’imaginer,
et on rêve à se marier
quand même. »

Elle m’a dit: «Je t’aime tellement
qu’il me faudrait bien venir à cent ans
pour t’aimer jusqu’au bout
et que je ne sais pas si j’y arriverais. »
Elle m’a dit: «Et toi, est-ce que tu m’aimes autant? »
« Ah! lui ai-je dit, qu’est-ce que tu penses? »
Et je lui ai serré la main
tellement fort qu’elle a crié.

XI

J’ai été au soleil et je pensais à toi.
Tu es toujours avec moi,
comme avant, mais avec un sourire,
à présent que je sais que, moi aussi, je vais
à tes côtés dans ta pensée.

Des oiseaux tombaient des branches,
l’herbe était fleurie, les foins mûrissaient;
j’avais ma faux, j’ai fauché,
ma faux allait toute seule.

Je suis revenu chercher la charrette,
j’ai chargé mon herbe; la roue grinçait
comme quand tu chantes pour le plaisir
ou pour te tenir compagnie.

Et puis le soir venu, j’ai pensé : « Que fait-elle? »
Je m’étais assis sur un banc,
j’avais mis mes mains dans mes poches;
je fumais ma pipe, je te voyais venir;
et tu étais dans la fumée
comme un de ces anges avec des ailes bleues
qui sont dans les livres.

XII

Je ne sais pas pourquoi
d’autres fois je suis triste
et je n’ai de coeur à rien faire.
Il faudrait faucher, il faudrait semer,
mais je dis: «Tant pis!» qu’il pleuve ou qu’il grêle,
ça m’est bien égal.
C’est ainsi quelquefois sans raison,
à cause d’une manière qu’elle a eue de me parler,
à cause d’un air qu’elle a eu de me regarder,
à cause de son rire,
à cause de sa voix qui était changée et de ses yeux
qui se sont baissés devant les miens,
comme si elle me cachait quelque chose.

Et pourtant je suis heureux quand même.
Je l’accuse à tort parce que je l’aime.
C’est pour me faire mal, et puis je me repens.
J’ai honte de moi, je me dis: «Tout va bien»;
et le bonheur me revient
comme quand la lune sort
de derrière un gros nuage.

XIII

Si ta mère savait pourtant que nous nous aimons,
et que le soir je viens t’accompagner
jusque tout près de la maison,
si elle savait que nous nous fréquentons
et que, cette fois, c’est pour de bon,
que dirait-elle ?

Elle qui a un front ridé,
des mains noires toutes tremblantes,
elle qui ne se souvient plus
de sa jeunesse;
elle qui a oublié le temps où elle allait danser,
et qui ne sait plus ce que c’est
tout le bonheur qu’on a d’aimer,
ta mère, qu’est-ce qu’elle penserait?

Nous ne parlons pas de ces choses
pour ne pas gâter notre bonheur;
nous nous regardons seulement
pour nous redonner du courage.
Car nous ne faisons rien de mal,
n’est-ce pas? il est naturel
d’être amoureux comme nous sommes;
ils ont tous été comme nous.
Et je dis: «Vois-tu, il faudra s’aimer d’autant plus,
d’autant plus fort, d’autant plus doux;
alors peut-être que ta mère aura pitié,
et elle nous laissera nous aimer. »

XIV

Marianne a pleuré, il faisait du soleil,
la cuisine était rose.
Ses larmes coulaient sur ses joues.
Elle a pris son mouchoir, elle a pleuré dedans,
elle s’est assise, n’ayant plus de force.

«Est-ce que c’est vrai que tu l’aimes tant? »
Marianne n’a rien répondu.
«J’aurais voulu pour toi quelqu’un d’autre. »

Marianne a secoué la tête.
«J’ai la raison que tu n’as pas,
j’ai connu la vie, je suis vieille.
Il n’y a pas que l’amour,
l’amour est beau, mais l’amour passe,
tandis que l’argent, ça dure une vie
et qu’on en laisse à ses enfants.»

Marianne a pleuré si fort
qu’on l’entendait depuis dehors.

« Mais maintenant que je t’ai dit ce que je pensais,
je ne voudrais pas te faire de la peine.
Prends ton amoureux si tu l’aimes… »

Marianne a levé la tête
et elle a cessé de pleurer.
« Je crois que c’est un bon garçon,
il aura soin de la maison,
il ne boit pas, il est sérieux,
eh bien, puisque tu le veux,
mariez-vous et soyez heureux. »

Elle a embrassé sa mère sur le front,
elle l’a prise par le cou:
«Tu permettras que je te l’amène?…
Tu verras que j’avais raison. »

XV

Le jour de notre noce, j’y pense tout le temps,
il fera un soleil comme on n’a jamais vu;
il fera bon aller en char
à cause du vent frais qui vous souffle au visage,
quand la bonne jument va trottant sur la route
et qu’on claque du fouet pour qu’elle aille plus fort.
On lui donnera de l’avoine,
en veux-tu, en voilà;
on l’étrillera bien qu’elle ait l’air d’un cheval
comme ceux de la ville;
et trotte! et tu auras ton voile qui s’envole,

et tu souriras au travers
parce qu’il aura l’air
de faire signe aux arbres
comme quand on agite un mouchoir au départ.

On se regardera, on dira: « On s’en va,
on commence le grand voyage;
heureusement qu’il n’y a pas
des océans à traverser. »
Et quand nous serons arrivés,
la cloche sonnera, la porte s’ouvrira,
l’orgue se mettra à jouer;
tu diras oui, je dirai oui;
et nos voix trembleront un peu
et hésiteront à cause du monde
et parce qu’on n’aime à se dire ces choses
que tout doucement à l’oreille.

XVI

Notre maison est blanche, elle est sous les noyers,
ta mère tricote près de la fenêtre;
iI fait chaud, on va moissonner,
mais, comme les foins sont rentrés,
on a un moment pour se reposer.

Tu mets les verres sur la table pour le dîner.
Du rucher, je te vois passer dans la cuisine,
et ta chanson me vient parmi
le bourdonnement des abeilles.

Ta mère s’est levée, elle a mis son tricot
et ses aiguilles dans la corbeille;
elle a l’air heureux de vivre avec nous,
nous sommes heureux de vivre avec elle.

Ne sommes-nous pas heureux de nous aimer,
d’être ensemble, de travailler,
de voir mûrir les foins, les moissons se dorer,
et, plus tard, vers l’automne,
les arbres plus lourds du poids de leurs fruits
jusqu’à terre se pencher?

Tu vas dans la maison, faisant un petit bruit,
et, du matin au soir, c’est toi qui veilles à tout;
pendant que, moi, je vais faucher
et que les chars rentrent grinçants,
hauts et carrés,
comme des petites maisons roulantes.

VII

Un jour je te verrai venir un peu plus lasse
et lourde d’un fardeau que tu n’as pas connu,
tandis que s’épaissit ta taille,
marchant dans le jardin où les roses fleurissent
et je t’aimerai encore un peu plus.

Je songe que tu portes deux vies
et qu’il me faut donc t’aimer doublement
pour toi-même et puis pour celui
qui va naître de tes souffrances.

Je sens que j’ai grandi vers de nouveaux aspects
d’où le monde paraît avec des tristesses,
mais missi avec des joies accrues en nombre;

et, quand je sens ta main s’appuyer sur mon bras,
et l’ombre de ton front se poser sur ma joue,
il me semble avancer sûrement avec toi
vers la réalisation d’une promesse.

XVIII

L’enfant que nous aurons ne nous quittera pas.
Il grandira dans la campagne.
Il sera paysan comme nous.
Il portera la blouse comme son père a fait,
et, comme son père, il traira les vaches;
il fera les moissons, il fera les regains,
il fauchera les foins;
il étendra peu à peu son domaine;
et, lorsque nous serons trop vieux,
quand l’heure du repos sera pour nous venue,
il nous remplacera, maître de la maison.

Il aimera comme nous avons aimé;
les jeux de nos petits-enfants
entoureront notre vieillesse.

Ce sera une après-midi de beau temps;
je serai assis au soleil,
j’aurai joint les mains sur ma canne,
il fera clair sur la campagne;
et toi, utile encore avec tes vieilles mains,
tu iras et viendras, tout près, dans le jardin,
nous acheminant ainsi ensemble
vers l’autre repos, qui est sans fin.

Nos derniers jours seront paisibles,
nous aurons fait ce que nous devions faire;
il y a une tranquillité qui vient,
une grande paix descend sur la terre.

Nous nous parlerons du passé:
te souviens-tu du jour où tu avais pleuré,
te souviens-tu du jour de nos noces?
on avait sonné les deux cloches
qu’on voyait bouger en haut du clocher.

Te souviens-tu du temps des cerises
et on se faisait avec des boucles d’oreilles,
et du vieux prunier qu’on secouait
pour en faire tomber les prunes?

Le cadet des garçons arrive alors et dit:
«Grand’mère, la poule chante,
elle a fait l’oeuf. »
«Va voir dans la paille, mon ami.»
Et nous sourions de le voir qui court
tant qu’il peut, à travers la cour,
sur ses grosses jambes trop courtes.

(Charles-Ferdinand Ramuz)

Recueil: Le Petit Village
Traduction:
Editions: Héros-Limite

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Les quatre-heures (Charles-Ferdinand Ramuz)

Posted by arbrealettres sur 3 mars 2022




Illustration: Daniel Ridgway
    
Les quatre-heures

A quatre heures, sous un arbre, on boit le café.

Une petite fille bien sage
l’a apporté dans un panier
avec le pain et le fromage;
il n’est ni trop froid ni trop chaud
il est tout juste comme il faut.

Les hommes et les femmes sont assis en rond,
chacun sa tasse à la main; ils parlent
du temps qu’il fait, de la moisson
qui va venir, et des ouvrages
qui changent selon les saisons,
mais sont toujours aussi pressants,
si bien qu’on n’a jamais le temps…

Le temps de quoi?… on se demande.

Un oiseau bouge dans les branches, les
sauterelles craquent dans le foin…
Oui, le temps de quoi?… Et on se regarde.

Mais, dès qu’on a vidé sa tasse, dès
qu’on a mangé à sa faim: «Est-ce
qu’on y va?… » Vous voyez bien: on
n’a jamais le temps de rien.

(Charles-Ferdinand Ramuz)

Recueil: Le Petit Village
Traduction:
Editions: Héros-Limite

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

TOUS LES PIANOS DANS LE BOIS (Michael Harlow)

Posted by arbrealettres sur 26 février 2022



   Illustration: Van Gogh 
    
Poem in French, English, Spanish, Dutch and in Arabic, Armenian, Bangla, Catalan, Chinese, Farsi, German, Greek, Hebrew, Hindi, Icelandic, Indonesian, Irish (Gaelic), Italian, Japanese, Kiswahili, Kurdish, Macedonian, Polish, Portuguese, Romanian, Russian, Serbian, Sicilian, Tamil

Painting by Vincent van Gogh

Poem of the Week Ithaca 717 “ALL THE PIANOS IN THE WOOD”, Michael Harlow, New Zealand

from: “The Gnosis Notebooks

– All translations are made in collaboration with Germain Droogenbroodt –

***

TOUS LES PIANOS DANS LE BOIS

J’aime bien jouer sur les touches noires
parce que je pense que la musique de nuit
est la clé qui mène au rêve.
J’aime la musique de rêve
plus réelle que le thé de Chine et
que tout le café de la Guadeloupe.
Et j’aime par-dessus tout
que tous les oiseaux d’amour
libèrent leurs cœurs, de sorte que le monde blessé
sache à nouveau que celui qui danse sur un pied
n’est pas obligé d’oublier l’autre.

(Michael Harlow)

, Nouvelle Zélande
Traduction Elisabeth Gerlache

***

ALL THE PIANOS IN THE WOOD

I like to play on the black keys
because I believe that night music
is the key to being dreamed.
I like the music of dreams that
is more real than ‘all the tea in China’
and ‘all the coffee in Guadalupe’.
I like it most of all that all the love
birds in the world are singing their
hearts out, so that the hurt world
will know again, that dancing
on one foot the other is not forgotten.

MICHAEL HARLOW, New Zealand

***

TODOS LOS PIANOS EN EL BOSQUE

Me gusta tocar en las teclas negras
porque creo que la música nocturna
es la clave para ser soñado.
Me gusta la música de los sueños que
es más real que todo el té de China
y todo el café de Guadalupe.
Lo que más me gusta es que todos
los pájaros del amor del mundo
canten con el corazón,
para que el mundo herido
sepa de nuevo, que bailando
en un pie no se olvida el otro.

MICHAEL HARLOW, Nueva Zelanda
Traducción Germain Droogenbroodt

***

AL DE PIANO’S IN HET BOS

Ik speel graag op de zwarte toetsen
omdat ik geloof dat nachtmuziek
de sleutel is die naar de droom toe leidt.
Ik hou van droommuziek die
reëler is dan al de thee in China
dan al de koffie in Guadalupe.
En boven alles hou ik ervan
dat alle liefdesvogels van de wereld hun
harten uitstorten, zodat de gekwetste wereld
weer weet, dat wie op één been danst
het andere niet hoeft te vergeten.

MICHAEL HARLOW, New Zealand
Vertaling Germain Droogenbroodt

***

كُلُّ آَلَاتِ البَيَانُو الخَشَبِيَّة

أُحِبُّ العَزْفَ عَلَى الَمفَاتِيحِ السَّوْدَاءَ
لِأَنَّنِي أُؤمِنُ بِأَنَّ لَيْلَةَ المُوسِيقَى هِي مِفْتَاحُ الحُلُمِ
أُحِبُّ مُوسِيقَى الأَحْلاَمِ التِي تَكُونُ حَقِيقِيةً تَمَامًا:
كَمِثْلِ كُلِّ أَنْوَاعِ الشَّاي الصِّينِي
وَ كُلِّ أَنْوَاعِ قَهْوَةَ غَوَادَالُوبِي

أَكْثَرُ مَا يُعْجِبُنِي فِي كُلِّ شَيءٍ
أَنَّ طُيورَ الحُب فِي العَالَمِ تُغَنِّي بِقُلُوبِهَا
لِتُخْبِرَ العَالَمَ المَجْرُوحَ مُجَدَّدًا
أَنَّ الرَّقْصَ عَلَى قَدَمٍ وَاحِدَةٍ لَا يُمْكِنُ نِسْيَانَهُ أَبَدًا.

ميكايل هارلو (Michael Harlow) ، نيوزلندا
ترجمة للعربية: عبد القادر كشيدة
من مجموعة « مذكرات قنوسيس (The Gnosis Notebooks)
Translated into Arab by Mesaoud Abdelkader

***

ԱՆՏԱՌԻ ԲՈԼՈՐ ԴԱՇՆԱՄՈՒՐՆԵՐԸ

Ես սիրում եմ նվագել սև ստեղների վրա,
որովհետև հավատում եմ, որ գիշերային երաժշտությունը
երազելու բանալին է:
Ես սիրում եմ երազանքների երաժշտությունը,
որն ավելի իրական է, քան Չինաստանում եղած
ողջ թեյը և Գվադալուպեի ողջ սուրճը:
Ամենից շատ սիրում եմ, որ
աշխարհի բոլոր սիրո թռչունները
իրենց սրտում եղածը երգելով դուրս են հանում,
որպեսզի վիրավոր աշխարհը կրկին գիտենա, որ
մի ոտքի վրա պարելիս՝ մյուս ոտքը չի մոռացվում:

Մայքլ Հարլոու, Նոր Զելանդիա
“The Gnosis Notebooks” -ից
Հայերեն թարգմանեց Արմենուհի Սիսյանը
Translated into Armenian by Armenuhi Sisyan

***

পৃথিবীর সব কাঠের পিয়ানো

আমি পছন্দ করি পিয়ানোর কালো সূক্ষ্ম চাবিতে বাজাতে
কারণ আমি বিশ্বাস করি রাতের সুর
স্বপ্ন দেখার চাবিকাঠি ।
আমি পছন্দ করি স্বপ্নের গান যা
‘চায়নার সব চা পানীয়’ এর থেকে বাস্তব
আর বাস্তব ‘গুয়ালুপের সব কফি থেকে’ ।
আমি সবচাইতে বেশি পছন্দ করি পৃথিবীর
সকল ভালোবাসার পাখিরা গাইছে গান তাদের
হৃদয় খুলে, কারণ যেন আহত পৃথিবী
জানতে পারে আবার, এক পায়ে
নৃত্যরত পা ভুলে যায় না অন্যটিকে ।

মাইকেল হার্লো, নিউজিল্যান্ড
থেকে: « দ্য নোসিস নোটবুকস »
Bangla Translation: Tabassum Tahmina Shagufta Hussein

***

TOTS ELS PIANOS AL BOSC

M’agrada tocar les tecles negres
perquè crec que la música nocturna
és la clau per ser somiat.
M’agrada la música dels somnis que
és més real que tot el te de la Xina
i tot el cafè de Guadalupe.
El que més m’agrada és que tots
els ocells de l’amor del món
cantin amb el cor,
per tal que el món ferit
sàpiga de nou que ballant
amb un peu no s’oblida l’altre.

MICHAEL HARLOW, Nova Zelanda
Traducció al català: Natalia Fernández Díaz-Cabal

***

树林里所有的钢琴

我喜欢弹奏黑键
因为我相信夜晚的音乐
和梦想状态是和谐的。
我喜欢梦中的音乐那比
“所有中国茶”和“所有瓜达
卢佩咖啡”都更真实。
我最喜欢的就是世界上所有的
爱情鸟儿都在歌唱它们
的心声,以便让受伤的世界
会又一次明白,一只脚
跳舞另一只脚就不会被遗忘。

原 作:新西兰 迈克尔· 哈洛
汉 译:中 国 周道模2022-1-30
Translated into Chinese by Willam Zhou

***

تمام پیانوهای در جنگل

من دوست دارم کلیدهای سیاه را بنوازم
زیرا که معتقدم آهنگ شب
کلید رویاهاست.
من موسیقی رویاهایی را دوست دارم
که واقعی تر از تمام چای‌ها در فنجان چین‌ست
و‌تمام قهوه‌‌ها‌ در گوادلوپ.
و از همه بیشتر من این را دوست دارم
که تمام پرندگان عالم از ته دل
چنان آواز بخوانند که جهان رنج کشیده
دوباره بدانند، که رقصیدن
روی آن‌ پای دیگر هرگز فراموش نمی‌شود.

مایکل هارلو، نیوزلند
ترجمه از سپیده زمانی
Translated into Farsi by Sepideh Zamani

***

ALLE KLAVIERE IM WALD

Ich spiele gerne auf den schwarzen Tasten,
weil ich glaube, dass Nachtmusik
der Schlüssel zum Träumen ist.
…Ich mag die Musik der Träume,
die realer ist als aller ‘Tee in China’
und aller ‘Kaffee in Guadeloupe’.
Ich mag es am meisten,
dass alle Liebesvögel dieser Welt
sich das Herz aus dem Leib singen,
damit die geschundene Welt
wieder weiß, dass beim Tanzen
auf einem Bein, das andere nicht zu vergessen ist.

MICHAEL HARLOW, Neuseeland
Übersetzung Germain Droogenbroodt – Wolfgang Klinck

***

ΠΙΑΝΟ ΣΤΟ ΔΑΣΟΣ

Θα `θελα να παίξω τα μαύρα πλήκτρα
γιατί πιστεύω ότι η νύχτα
είναι για όνειρα.
Μ’ αρέσει η μουσική των ονείρων
που είναι πιο αληθινά απ’ όλο το τσάί της Κίνας
κι όλο τον καφέ της Γουαδελούπης
και μ’ αρέσει πιο πολύ γιατί όλοι
οι αγαπημένοι του κόσμου τραγουδούν
μ’ όλη τους την καρδιά
που να ξέρει ο πονεμένος κόσμος
πως κι αν χορεύεις στο ένα πόδι
το άλλο ποτέ δεν το ξεχνάς

Μετάφραση Μανώλη Αλυγιζάκη
Translated by Manolis Aligizakis

MICHAEL HARLOW, New Zealand
Μετάφραση Μανώλη Αλυγιζάκη
Translated into Greek by Manolis Aligizakis

***

כל הפסנתרים שביער / מיכאל הרלו
MICHAEL HARLOW, New Zealand

אֲנִי אוֹהֵב לְנַגֵּן עַל הַקְּלִידִים הַשְּׁחוֹרִים
כִּי אֲנִי מַאֲמִין שֶׁמּוּסִיקָה לֵילִית
הִיא הַמַּפְתֵּחַ לְמָה שֶׁנֶּחֱלָם.
אֲנִי אוֹהֵב אֶת מוּסִיקַת הַחֲלוֹמוֹת שֶׁהִיא
אֲמִתִּית יוֹתֵר מֵאֲשֶׁר « כָּל תֵּה סִין »
וְ »כָל הַקָּפֶה בִּגְוַדַלֻפֶּה ».
אֲנִי אוֹהֵב יוֹתֵר מִכָּל שֶׁכָּל צִפֳּרֵי
הָאַהֲבָה שֶׁבָּעוֹלָם שָׁרוֹת מִדָּם
לִבָּן, כָּךְ שֶׁהָעוֹלָם הַפָּגוּעַ
יֵדַע שׁוּב, שֶׁכְּשֶׁרוֹקְדִים
עַל רֶגֶל אַחַת אֵין שׁוֹכְחִים אֶת הַשְּׁנִיָּה.

תרגום מאנגלית לעברית: דורית ויסמן
Translated into Hebrew by Dorit Weisman

***

जंगल में सभी पियानो

मुझे काली चाबियों पर खेलना पसंद है
क्योंकि मुझे विश्वास है कि रात का संगीत
सपने देखने की कुंजी है।
मुझे सपनों का संगीत पसंद है कि
‘ऑल टी इन चाइना’ से भी ज्यादा असली है
और ‘ग्वाडालूप में सभी कॉफी’
से अधिक वास्तविक l
मुझे यह सबसे ज्यादा पसंद है कि सारा प्यार
दुनिया में पक्षी अपना गाना गा रहे हैं
दिल से ,
ताकि आहत दुनिया को
फिर पता चलेगा,
वो नृत्य एक पैर पर
लेकिन दूसरे
को भुलाया नहीं जाता है।

माइकल हार्लो, न्यूजीलैंड
से: « द ग्नोसिस नोटबुक्स »
इथाका 717 ज्योतिर्मय ठाकुर का हिन्दी अनुवाद l
Hindi translation by Jyotirmaya Thakur.

***

ÖLL PÍANÓIN Í SKÓGINUM

Mér finnst gaman að spila á svörtu nóturnar
því að ég held að næturtónar séu
lykillinn að því að einhvern dreymi mann.
Mér finnst gaman að draumatónum sem
eru raunverulegri en „allt te í Kína”
og „allt kaffi í Guadeloupe”.
Mér finnst skemmtilegast að allir
ástarfuglar heimsins syngi
fullum hálsi, svo að heimur í sárum
komist aftur að því, að þótt dansað sé
á öðrum fæti, gleymist hinn fóturinn ekki.

MICHAEL HARLOW, Nýja Sjálandi
Þór Stefánsson þýddi
Translated into Icelandic by Thor Stefansson

***

SEMUA PIANO DI HUTAN

Aku suka bermain di tombol hitam
karena aku yakin musik malam
adalah kunci untuk diimpikan.
Aku suka musik mimpi yang
lebih nyata daripada ‘semua teh di Cina’
dan ‘semua kopi di Guadalupe’
Aku paling suka semua burung
yang indah di dunia berkicau
dengan sepenuh hati, agar dunia yang terluka
akan tahu lagi, bahwa menari
dengan satu kaki yang lain tidak terlupakan.

MICHAEL HARLOW, New Zealand
Translation Lily Siti Multatuliana (Indonesia)
Translated into Indonesian by Lily Siti Multatuliana

***

PIANÓ SA CHOILL

Seinm na heochracha dubha
Éistim le ceol na hoíche
Ceol binn na mbrionglóidí
Níos luachmhara ná tae na Síne
Ná saibhris uile na cruinne
Is breá liom thar aon ní
Cantain na n-éan suirí
A labhrann a gcroíthe amach
Ionas nach ndéanfaimid dearmad riamh
Ar bhinneas ceol na mbrionglóidí

MICHAEL HARLOW, an Nua-Shéalainn
Aistrithe go Gaeilge ag Rua Breathnach
Translated into Irish (Gaelic) by Rua Breathnach

***

TUTTI I PIANOFORTE NEL BOSCO

Mi piace suonare sui tasti neri
perchè credo che la musica notturna
sia la chiave per essere sognati.
Mi piace la musica dei sogni
che è più reale di “tutto il the della Cina”
e di “tutto il caffè di Guadalupe”.
Più di tutto mi piace che tutto l’amore
gli uccelli del mondo cantano i loro
cuori, così che il mondo ferito
conoscerà di nuovo, che ballando
su un piede solo l’altro non è dimenticato.

MICHAEL HARLOW, Nuova Zelanda
Traduzione di Luca Benassi

***

森のなかのピアノ

黒い鍵で遊ぶのが好きだ
夜の音楽は夢を見るための鍵
夢見る音楽が好きだ
それは中国のどんなお茶より
グアダルぺのコーヒーよりも本物だ
世界中の愛の鳥が心を歌うのが好きだ
その時、傷ついた世界は改めて知るだろう
片足で踊っても、もう一つの足のことは忘れられないことを

マイケル・ハーロー(ニュージーランド)
〜 »THe Gnosis Notebook »より
Translated into Japanese by Manabu Kitawaki

***

PIANO ZOTE KWENYE MBAO

Napenda kucheza kwenye funguo nyeusi
kwa sababu ninaamini kwamba muziki wa usiku
ndio ufunguo wa kuota ndoto.
Napenda muziki wa ndoto ambao ni halisi zaidi kuliko ‘chai yote nchini Uchina’
na ‘kahawa yote huko Guadalupe’.
Napenda zaidi ya yote upendo wote
ndege duniani wanaimbia mioyo yao, ili ulimwengu ulioumizwa ujue tena, kwamba ukicheza dansi kwa mguu mmoja, ule mwingine hausahauliki.

MICHAEL HARLOW, New Zealand
Shairi limetafsiriwa na Bob Mwangi Kihara
Translated into Kiswahili by Bob Mwangi Kihara

***

TEVAHIYA PIYANOYAN LI DARISTANÊ NE

Ez bidilxweşî li pelînên reşe piyanoyê dijenînim,
jiberku ez bawerdikim, ku mûzîka şevê
kilîtê xewna ye.
…ez ji mûzika xewnan hezdikim,
ew ji hemî çayên li Çînê rasttir e
û li hemî qehweyên li Guadalupê.
Ez ji hemî bêtir
ji çivîkên rindik li dunyayê hezdikim,
ewên ji dil diçirikînin, daku ev cîhana birîndar
ji nû va zanibe, ku dema helperkiyê
bi lingekî, nabê mera yên din jibîrbike..

MICHAEL HARLOW, Neuzîland
Translation into Kurdish by Hussein Habasch

***

СИТЕ ПИЈАНА ВО ШУМАТА

Сакам да свирам на црните клавиши
бидејќи верувам дека ноќната музика
е клучот да се биде сонуван.
Ја сакам музиката на соништата која
е пореална од „сиот чај во Кина“
и од „сето кафе во Гвадалупе“.
Најмногу од сѐ сакам тоа што љубовта
птиците низ цел свет ја пеат од дното на душата, за повредениот свет
да знае повторно дека кога се танцува на една нога
другата не се заборава.

MICHAEL HARLOW, New Zealand
МАЈКЛ ХАРЛОУ, Нов Зеланд

Превод од англиски на македонски: Даниела Андоновска-Трајковска
Translated from English into Macedonian: Daniela Andonovska-Trajkovska

***

WSZYSTKIE FORTEPIANY LASU

Lubię grać na czarnych klawiszach
gdyż wierzę, że nocna muzyka
jest kluczem do trwania w snach.
Lubię muzykę snów, która jest
prawdziwsza niż ‘cała herbata Chin’
i ‘cała kawa Guadalupe’.
Najbardziej podoba mi się, że całą miłość
ptaki świata wyśpiewują aż do wyczerpania
swych serc, tak że poraniony świat
będzie znów wiedział, że gdy tańczy
na jednej nodze, o drugiej się nie zapomina.

MICHAEL HARLOW, Nowa Zelandia
Translated to Polish: Mirosław Grudzień – Anna Maria Stępień

***
TODOS OS PIANOS DA FLORESTA

Gosto de tocar nas teclas negras
porque penso que a música nocturna
é a chave para o sonho.
Gosto da música dos sonhos que
é mais real que todo o chá na China
e todo o café em Guadalupe.
O que mais gosto é que todos
os pássaros do amor do mundo
cantem com o coração,
para que o mundo ferido
saiba de novo que, dançando
sobre um pé, não se esquece o outro.

MICHAEL HARLOW, Nova Zelândia
Tradução portuguesa: Maria do Sameiro Barroso

***

TOATE PIANELE DIN PĂDURE

Îmi place să cânt la clapele negre,
fiind încredințat că a nopții melodie
e cheia ce descuie al viselor zăvor.
Îmi place cântul ei, în el răsună vise
mai treze decât ceaiul chinezesc
mai vii decât cafeaua Guadelupei.
Mai fericit aș fi însă de ele toate
îndrăgostite păsări ale pământului
ar glăsui până tresaltă inima în piept
amintind astfel lumii suferinde
că dansând pe un picior
celălat nu rămâne uitat.

MICHAEL HARLOW, Noua Zeelandă
Traducere: Gabriela Căluțiu Sonnenberg
Translated into Romanian by Gabriela Căluțiu Sonnenberg

***

ВСЕ РОЯЛИ В ЛЕСУ

Люблю играть черными клавишами,
верю, что ночная музыка –
ключ, отворяющий мечты.
Люблю музыку мечтаний, она
реальнее, чем чай в Китае,
реальнее, чем кофе в Гваделупе.
А больше всего люблю то,
что все влюбленные пташки мира
поют сердцами наружу, а раненый мир
снова вспоминает: танцуя на одной ноге,
мы не забываем о другой.

МАЙКЛ ХАРЛОУ, Новая Зеландия
Перевод Гермайна Дрогенбродта
Перевод на русский язык Дарьи Мишуевой
Translated into Russian by Daria Mishueva

***

SVI KLAVIRI SVETA

Volim da upotrebljavam crne dirke
jer verujem da muziku
noću treba sanjati.
Obožavam muziku snova
koja je stvarnija od svih kineskih čajeva
i sve kafe u Gvadalupe.
A najviše volim to što slavuji
sveta neumorno pevaju
da bi se ranjen svet utešio
i znao
da cupkanjem na jednoj nozi
ne znači
da je druga zaboravljena.

MICHAEL HARLOW, Novi Zeland
Sa engleskog prevela S. Piksiades
Translated into Serbian by S. Piksiades

***

TUTTI I PIANUFORTI NTA LU BOSCU

Mi piaci sunari supra li tasti niuri
pirchì cridu ca la musica nottturna
è la chiavi pi essiri nsunnatu.
Mi piaci la musica dî sonnura
ca è chiù vera di lu te dâ Cina
E dû cafè di Guadalupe.
Mi piaci in modu particulari pi tuttu l’amuri
cantatu a vuci china di l’aceddi,
in modu ca lu munnu offisu pozza sapiri
ca ballannu cu un pedi sulu
l’autru non si scorda.

MICHAEL HARLOW, New Zealand
Traduzioni in sicilianu di Gaetano Cipolla

***

காட்டில் உள்ள எல்லா பியானோக்களும்

அந்த இரவுப் பாடல்
கனவுகளுக்குத் திறவுகோல்
என்பதை நம்புவதால் அவற்றின்- பியானோவின்
கருப்பு விரல்கட்டுகளை
மீட்ட விரும்புகிறேன்
சைனாவீல் இருக்கும் எல்லா தேநீரைக் காட்டிலும்
குடாலூப்பில் இருக்கும் எல்லா காஃபியைக் காட்டிலும்
அதிக உண்மையான, கனவுப் பாடலை விரும்புகிறேன்!
தமது இதயங்களை விட்டு வெளிக்கொணர்ந்து
உலகில் உள்ள எல்லா காதல் பறவைகளும் பாடி
காயப்பட்ட உலகம், ஒருகாலால் நடனமிடும் பொழுது
அடுத்த கால் மறக்கப்பட்டு விடக்கூடாது
என்பதைப் புரிந்து கொள்ளும் என்பதால்
நான் அப்பாடல்களை விரும்புகிறேன்

Translated into Tamil by DR. N V Subbaraman

Recueil: ITHACA 717
Editions: POINT
Site: http://www.point-editions.com/en/

FRIENDS ITHACA
Holland: https://boekenplan.nl
Poland: http://www.poetrybridges.com.pl
France: https://arbrealettres.wordpress.com
Poland: http://www.poetrybridges.com.pl
Romania: http://www.logossiagape.ro; http://la-gamba.net/ro; http://climate.literare.ro; http://www.curteadelaarges.ro.; https://cetatealuibucur.wordpress.com
Spain: https://www.point-editions.com; https://www.luzcultural.com
India: https://nvsr.wordpress.com; https://ourpoetryarchive.blogspot.com>
USA-Romania: http://www.iwj-magazine.com/journal02

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

AMERICA (WEST SIDE STORY)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2021




    
AMERICA – WEST SIDE STORY

[Rosalia]
Porto Rico,
Magnifique archipel…
Île aux embruns tropicaux.
Éternelle culture de l’ananas,

Éternelles cerises de café…

[Anita]
Porto Rico…
Dégoûtant archipel…
Île des maladies tropicales.
Toujours y soufflent les ouragans,
Toujours y augmentent la population…
Et les dettes,
Et les cris des bébés,
Et les balles qui sifflent.
J’aime l’île de Manhattan.
Fumer la pipe, c’est le paradis !

[Les Autres]
J’aime vivre en Amérique !
Pour moi tout va bien en Amérique !
Tout est gratuit en Amérique !

À bas prix en Amérique !

[Rosalia]
J’aime la ville de San Juan.

[Anita]
Je connais un bateau qui t’y emmènera.

[Rosalia]
Des milliers d’arbres en fleurs.

[Anita]
Des milliers de personnes qui grouillent !

[Toutes]
Il y a des automobiles en Amérique,
Il y a de l’acier chromé en Amérique,
Il y a des roues à rayon en Amérique,

C’est du lourd, en Amérique !

[Rosalia]
Je roulerai en Buick dans les rues de San Juan.

[Anita]
S’il y a une route à emprunter.

[Rosalia]
J’offrirai une course à mes cousins.

[Anita]
Comment tu vas t’y prendre pour les faire rentrer ?

[Toutes]
L’immigrant choisit l’Amérique,
Tout le monde se dit bonjour en Amérique ;

Personne ne se connaît en Amérique
Porto Rico est en Amérique !

[Rosalia]
J’apporterai une télé à San Juan.

[Anita]
Si il y a du courant !

[Rosalia]
Je leur offrirai une nouvelle machine à laver.

[Anita]
Qu’ont-ils à laver ?

[Toutes]
J’aime les côtes d’Amérique !
Le confort t’attend en Amérique !

Ils ont des poignées à serrure en Amérique,
Ils ont du parquet en Amérique

[Rosalia]
Quand je retournerai à San Juan.

[Anita]
Quand cesseras-tu de bavasser, va-t’en !

[Rosalia]
Tout le monde m’acclamera là-bas !

[Anita]
Là-bas, tout le monde sera parti ici !

(WEST SIDE STORY)

***

America

[Rosalia]
Puerto Rico,
You lovely island . . .
Island of tropical breezes.
Always the pineapples growing,

Always the coffee blossoms blowing . . .

[Anita]
Puerto Rico . . .
You ugly island . . .
Island of tropic diseases.
Always the hurricanes blowing,
Always the population growing . . .
And the money owing,
And the babies crying,
And the bullets flying.
I like the island Manhattan.
Smoke on your pipe and put that in!

[Les Autres]
I like to be in America!
O.K. by me in America!
Ev’rything free in America

For a small fee in America!

[Rosalia]
I like the city of San Juan.

[Anita]
I know a boat you can get on.

[Rosalia]
Hundreds of flowers in full bloom.

[Anita]
Hundreds of people in each room!

[Toutes]
Automobile in America,
Chromium steel in America,
Wire-spoke wheel in America,

Very big deal in America!

[Rosalia]
I’ll drive a Buick through San Juan.

[Anita]
If there’s a road you can drive on.

[Rosalia]
I’ll give my cousins a free ride.

[Anita]
How you get all of them inside?

[Toutes]
Immigrant goes to America,
Many hellos in America;
Nobody knows in America

Puerto Rico’s in America!

[Rosalia]
I’ll bring a T.V. to San Juan.

[Anita]
If there a current to turn on!

[Rosalia]
I’ll give them new washing machine.

[Anita]
What have they got there to keep clean?

[Toutes]
I like the shores of America!
Comfort is yours in America!
Knobs on the doors in America,

Wall-to-wall floors in America!

[Rosalia]
When I will go back to San Juan.

[Anita]
When you will shut up and get gone?

[Rosalia]
Everyone there will give big cheer!

[Anita]
Everyone there will have moved here!

Écoutez  » America  »
sur Amazon Music Unlimited (ad)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Le café brûle l’envie de partir (François de Cornière)

Posted by arbrealettres sur 4 décembre 2021


cafe

Chuchotements
des regards
le matin dans les bars
Le café brûle
l’envie de
partir

(François de Cornière)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :