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Posts Tagged ‘café’

Le petit café-tabac (Jean Villard–Gilles)

Posted by arbrealettres sur 20 mai 2018



    

Le petit café-tabac

C’était un p’tit café tabac
Qu’avait eu des hauts et des bas
Marie la patronne était chouette
De grands yeux verts, de beaux ch’veux noirs
Ca s’passait près des abattoirs
De la Villette
Sur le zinc à l’heure d’l’apéro
Elle vous troublait de vrai Pernod
D’une main langoureuse et blanche
Son corps était si ravissant
Que tous les clients rêvaient d’s’en
Payer une tranche

Comme elle avait de la vertu
Elle nous disait : « Turlututu
Doucement les gars ! Bas les pattes ! »
Et nous pour pas rester en l’air
On s’en jetait vivement un der-
-rière la cravate
Y avait Eugène un grand costaud
Qu’avait des bras comme des marteaux
Qu’aurait p’têt’ pu, mais la finette
Pensait : »Si j’flanche les autres gars
Lâcheront tous mon café-tabac »
C’était pas bête

Au mur y avait l’portrait d’Jaurès
Qu’était l’épée de Damoclès
Sur les bourgeois et leurs délices
Ils l’ont tué mais Damoclès
A passé l’épée à Thorez
Le beau Maurice
C’était le temps des Partagas
Des Voltigeurs et des Niñas
Son café, j’en pleure quand j’y pense
Le vin, les croissants croustillants
Les propos légers, pétillants
C’était la France

Depuis lors, ça s’est bien gâté
Sont venus des reîtres bottés
Aux figures sans physionomie
C’était peut-être pire que le Blitz
D’avoir chez soi ces gueules de Fritz
Quelle cochonnerie
Alors au p’tit café-tabac
Plus de café ni de tabac,
Plus rien nulle part ni bidoche
Ni pain ni vin, l’horizon noir
Rien que la faim le désespoir
Rien que du Boche

Ces messieurs n’venaient pas beaucoup
Chez la Marie discuter l’coup
Ils ne s’y sentaient pas à l’aise
Eugène a dit : « Ces salopards
Faudrait s’en occuper dare-dare
A la française
Ils l’ont fait. C’était un sale truc
Ca a fini à Ravensbruck
Pas un n’a voulu s’mettre à table
Marie là-bas, elle a maigri
Ses ch’veux noirs sont dev’nus tout gris
Son teint de sable

Délivrée enfin des SS
Elle a r’trouvé son tiroir-caisse
Les gars ? Cinq disparus sans trace
Elle a fait recrépir les murs
Avec un p’tit filet d’azur
Autour des glaces
Eugène est rentré. Un coup d’vieux,
Lui aussi. Elle a dit : « Mon Dieu ! »
Puis il y eut un grand silence
Elle a fait un geste, il a ri :
« Ah non, maintenant c’est fini
La résistance »

Elle pleurait : « Mes cheveux sont gris ! »
Il a fait : « Bah, les miens aussi
Pour moi t’es belle ma p’tite Marie
Quand on s’aime, c’est toujours l’printemps
On les a conduits l’mois suivant
A la Mairie
A la noce il y eut du bonheur
Marie était belle comme une fleur
Tout fut exquis, le vin, la danse
L’amitié. Alors ce soir-là
J’ai r’trouvé au café-tabac
La douce France.

(Jean Villard–Gilles)

 

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Pour Toi (Claude Braun)

Posted by arbrealettres sur 16 mai 2018


café

Au promontoire des certitudes revenues
Mes deux mains se rejoignent
Au tendre du visage

Par la confiance retrouvée
Et l’odeur du café
Portant l’aube étonnée

Par les bourgeons d’amour
Qui sur l’eau des fontaines
Dansent chaque midi

Par les corps apaisés
Qui fleurissent le soir
L’oreiller du silence

Au promontoire des certitudes revenues
Nos deux mains se rejoignent
Au tendre du visage…

(Claude Braun)

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L’homme poignardé (Claudine Helft)

Posted by arbrealettres sur 14 mai 2018



Illustration: Félix Vallotton

    
L’homme poignardé

C’était un dimanche,
mon coeur pensait loin.

Un bruit d’avion nommait l’homme poignardé.
Il pleuvait triste sur la mélodie
croassante des pigeons parisiens
lancinant ce bruit d’avion qui tournait.
Il pleuvait prières, liens, et regrets,
des jeunesses et des joies altérées.
Il pleuvait un silence sur l’épaisseur
du monde à repenser dans le souvenir
et dans l’avenir, sous un filet de rire
mince, où coulait l’enfance de nos fils.
Un dimanche sans rose, et sans café,
Un dimanche sans croissant, sans miracle.
Un sale dimanche de guerre larvéе.
de mauvaises odeurs et de poubelles
Dimanche d’un homme seul et désarmé
d’un homme réel, ami des libertés
et qui court, sans le savoir, vers un poignard.

(Claudine Helft)

 

Recueil: Une indécente éternité
Traduction:
Editions: De la Différence

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Café de la marine (Paul Louis Rossi)

Posted by arbrealettres sur 5 mai 2018



 

Café de la marine

Mon poids de peines
Sur ton chaland belle marinière
Il n’irait pas jusqu’à la mer

Si tu m’aperçois sur la rive
A tanguer comme une barque entre deux vins
Honore mon passage d’un sourire

Ou si tu veux tends tes bras blancs
Quand tu me verras m’en allant
Pâle avec mes lèvres d’eau

Comment fais-tu pour remonter ainsi
Le cours des fleuves
Moi qui vais toujours à la dérive

Et pourquoi faut-il que j’aie moi
Point matelot ni à voile ni à vapeur
Une péniche dans le coeur

Mon poids de peines sur ton chaland
Belle marinière
Il n’irait pas jusqu’à la mer

(Paul Louis Rossi)

Illustration

 

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Coin de rue (Charles Trenet)

Posted by arbrealettres sur 1 mai 2018


 


 

-Coin-de-rue [1280x768]

Coin de rue

J’ me souviens d´un coin de rue
Aujourd´hui disparu
Mon enfance jouait par là
Je me souviens de cela
Il y avait une palissade
Un taillis d´embuscades
Les voyous de mon quartier
V’naient s´y batailler

A présent, il y a un café,
Un comptoir flambant qui fait d’ l´effet
Une fleuriste qui vend ses fleurs aux amants
Et même aux enterrements

Je revois mon coin de rue
Aujourd´hui disparu
Je me souviens d´un triste soir
Où le cœur sans espoir
Je pleurais en attendant
Un amour de quinze ans
Un amour qui fut perdu
Juste à ce coin de rue

Et depuis, j´ai beaucoup voyagé
Trop souvent en pays étrangers
Mondes neufs, constructions ou démolitions
Vous m’ donnez des visions

Je crois voir mon coin de rue
Et soudain apparus
Je retrouve ma palissade
Mes copains, mes glissades
Mon muguet d’deux sous d’printemps
Mes quinze ans… mes vingt ans
Tout c’ qui fut et qui n´est plus
Tout mon vieux coin de rue.

(Charles Trenet)

Illustration

 

 

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Le matin je m’éveille en chantant (Guy Béart)

Posted by arbrealettres sur 24 avril 2018



chanter

Le matin je m’éveille en chantant

Le matin, je m´éveille en chantant
Et le soir, je me couche en dansant {x2}
Entre temps, je fais la sieste
Voilà tout ce qui me reste
Ou je me fais du café
On ne se soigne jamais assez

La, la, la, la, la, la, la, la, la,…

Le matin, je me lave en chantant
Et le soir, je me baigne en dansant {x2}
Entre temps, je me promène
Une activité moyenne
Me conduit à m´ reposer
On ne se soigne jamais assez

La, la, la, la, la, la, la, la, la,…

Le matin, on s´embrasse en chantant
Et le soir, on s´enlace en dansant {x2}
Entre temps, on se caresse
Y´a vraiment rien qui nous presse
On va même se recoucher
On ne se soigne jamais assez

La, la, la, la, la, la, la, la, la,…

Le matin, je m´éveille en chantant
Et le soir, je me couche en dansant {x2}
Jamais je ne m´intéresse
A la bombe vengeresse
Qui un jour f ´ra tout sauter
On ne nous soigne jamais assez
Le matin, je m´éveille en chantant

(Guy Béart)

 

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Passer (Hédi Kaddour)

Posted by arbrealettres sur 27 mars 2018



passer

on trouve encore
dans le café de l’avenue
le bois et le cuivre
dont s’exalte un travail du moi
puis l’écart entre un homme
attablé derrière la vitre
et son regard
creusé par on ne sait quoi
fait oublier la durée belle

(Hédi Kaddour)


Illustration

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Au café (Gilbert Trolliet)

Posted by arbrealettres sur 23 mars 2018



Au café

Les uns
Sortes d’assis
Ressassaient la minute
Qui fondait comme sucre.

D’autres
Entraient
Toujours d’autres
S’en viennent
Poussés par l’habitude
Et le froid du dehors –

Le grand froid du dehors.

(Gilbert Trolliet)

Illustration: Edgar Degas

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PREMIER COLORIAGE (Eurydice El-Etr)

Posted by arbrealettres sur 20 mars 2018




    
PREMIER COLORIAGE

– Attention, ma jolie, ne déborde pas du dessin.
– Déborder, comme le café ?

(Eurydice El-Etr)

 

Recueil: Je tousse de la lumière
Traduction:
Editions: La Délirante

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Thé et café (J.J. Grandville)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2018



Thé et café

Le fleur de café voulut un jour faire le voyage de Chine
pour aller rendre visite à sa soeur la fleur de thé.
Celle-ci la reçut avec une bienveillance dans laquelle perçait un
léger sentiment de supériorité.
Pour la fleur de thé, en effet, le café n’était qu’une fleur barbare
avec laquelle elle consentait à entrer en relations
malgré la distance qui sépare une Chinoise civilisée
d’une étrangère encore plongée dans les ténèbres de l’ignorance:

—Ma noblesse est de six mille ans plus vieille que la vôtre,
elle date de la fondation même du royaume de Chine,
qui est le plus ancien des royaumes connus.
—Vous êtes si fade, s’écria le café, que les Chinois eux-mêmes
ont été obligés de vous abandonner pour l’opium.
Vous n’êtes plus pour eux un excitant, père de doux rêves,
mais une simple boisson de table, comme chez nous le
cidre ou la petite bière.
—J’ai conquis, répliqua le thé avec vivacité,
un peuple qui a vaincu les Chinois.
Je règne en Angleterre.
—Et moi en France.
—J’ai inspiré Walter Scott et lord Byron.
-J’ai animé la verve de Molière et de Voltaire.
—Vous êtes un poison lent.
—Et vous un vulgaire digestif.
—Tu brûles, moi je console.
—Je fortifie, tu fais languir.
—A moi le coeur.
—A moi la tête.

Les deux fleurs exaspérées allaient se prendre aux feuilles,
lorsqu’elles convinrent de s’en rapporter à un tribunal mi-parti de buveurs de thé et de café.
Ce tribunal siège depuis des siècles, il n’a pu encore formuler un jugement.

(J.J. Grandville)

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