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Poésie

Posts Tagged ‘obscurité’

Oh que quelqu’un nous parle ! (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 25 janvier 2020



Illustration: Laurent S
    
Oh que quelqu’un nous parle ! Oh ! que quelqu’un nous dise
Que nous ne sommes point à jamais dans la bise
Et dans l’âpre ouragan, et dans l’obscurité !
Qu’un jour nous sortirons de ce vent irrité
Qu’on verra, cieux profonds, subitement éclore
Un éblouissement d’aube et de météore,
Et qu’alors frissonnants, comme un essaim qui fuit,
Nous nous envolerons des branches de la nuit !

(Victor Hugo)

 

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Océan (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 25 janvier 2020



    

Océan

Les hommes passeront, la poussière éperdue
Passera, les oiseaux fuiront dans l’étendue,
Les chevaux passeront, les vagues passeront,
Les nuages fuiront et s’évanouiront,
Les chars s’envoleront dans la rumeur des routes
Mais les obscurités, les questions, les doutes,
Resteront, sans qu’on voie un peu de jour qui point
Mais les ombres sont là qui ne passeront point
Mais on aura toujours, quoi qu’on rêve et qu’on fasse,
Devant soi, le prodige et la nuit face à face
Mais on ne verra rien, jamais, jamais, jamais,
Pas même une blancheur sur de vagues sommets,
Pas même un mouvement de souffles et de bouches,
Dans l’immobilité des ténèbres farouches.

(Victor Hugo)

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PONTS (Ilse Tielsch)

Posted by arbrealettres sur 16 janvier 2020



Illustration: Oskar Kokoschka    
    
PONTS

Construisons des ponts
dit-il
de pierres et de métal
indestructibles grâce au poids
des hommes en cuirasse
qui nous sauveront.

Tressons des objets flexibles
dit-elle
lianes et rameaux verts
passerelles perpétuelles de rivage en rivage
pour les pas pressés de ceux
qui fuient les hommes en cuirasse.

Je construis avec ce que j’ai
dis-je
et lance mon cœur par-dessus l’abîme
il trace une voie dans l’obscurité
celle que je vous offre tel un pont de fortune
il est étroit
mais il porte.

***

BRIDGES

Let us build bridges,
he says,
of stone and steel
indestructible by the weight
of the armored who will save us.

Let’s braid flexible things,
she says,
lianas and green twigs
solid footbridges from shore-to-shore
for the hasty steps
of those who flee from the armored.

I build with what I have,
but it holds.

***

BRÜCKEN

Laß uns Brücken baun
sagt er
aus Steinen und Stahl
unzerstörbar vom Gewicht
der Gepanzerten
die uns retten werden
Laß uns Biegsames flechten
sagt sie
Lianen und grünes Gezweig
haltbare Stege von Ufer zu Ufer
für die eiligen Tritte derer
die vor den Gepanzerten fliehn
Ich baue mit dem was ich habe
sag ich
und werfe mein Herze über den Abgrund
es zieht eine Spur durch das Dunkel
die biete ich euch als Notbrücke an
sie ist schmal
doch sie trägt.

***

BRUGGEN

Laat ons bruggen bouwen
zegt hij
van stenen en staal
onverwoestbaar door het gewicht
van de gewapenden die ons zullen redden

Laat ons buigzame dingen vlechten
zegt ze
lianen en groen takwerk
duurzame loopbruggen van oever naar oever
voor de haastige schreden van hen
die voor de gewapenden vluchten

Ik bouw met wat ik heb
zeg ik
en werp mijn hart over de afgrond
het trekt een spoor door het duister
dat bied ik jullie als noodbrug aan
ze is smal
maar ze draagt.

***

***

PONTI

Lasciateci costruire ponti,
egli dice,
di pietra e acciaio
indistruttibili per il peso
del blindato che ci salverà.

Lasciateci intrecciare qualcosa di flessibile,
lei dice,
liane e ramoscelli verdi
solidi camminamenti da sponda a sponda
per i passi frettolosi
di quelli che fuggono dal blindato.

Costruisco con ciò che ho,
ma duraturo.

***

PUENTES

Construyamos puentes
dice él
con piedras y acero
indestructibles para el peso
de los acorazados
que nos salvarán

Trencemos cosas flexibles
dice ella
lianas y ramas verdes
puentes peatonales duraderos de orilla a orilla
para los pasos rápidos de aquellos
que huyen de los acorazados

Yo construyo con lo que tengo
y arrojo mi corazón por encima del abismo
para que trace una huella en la oscuridad
eso les ofrezco como un puente de emergencia
es estrecho
pero sostiene.

***

ΓΕΦΥΡΕΣ

Ας φτιάξουμε γέφυρες, είπε εκείνος,
με σίδερο και πέτρα
άφθαρτες κι αιώνιες
μες στην αρματωσιά τους και στο βάρος τους
που θα μας σώσει
Ας πλέξουμε ευλύγιστα πράγματα,
είπε εκείνη,

από κισσό και πράσινα κλαδάκια
μονοπάτια σταθερά από ακτή σ’ ακτή
για τα γρήγορα βήματα αυτών
που τρέχουν να ξεφύγουν
απ’ την αρματωσιά

Φτιάχνω με υλικά που έχω
κι αντέχει στο πέρασμα του χρόνου.

***

***

桥 梁

让我们架起桥梁,
他说,
用石头和钢建造
将拯救我们的装甲部队
的重量压不垮的桥梁。
让我们编织柔软的东西,
她说,
用藤蔓和嫩枝
编织岸对岸的坚实人行桥
为那些逃离装甲部队
的人的匆忙脚步而设。
我用我拥有的来建造
但它是靠得住的

***

橋を築こう
彼は言う 。
石と鉄でできた橋を。
装甲車が渡っても壊れない橋を。
きっと私たちを救ってくれるから。
柔らかいものを編みましょう
彼女は言う 。
つるや緑の小枝でつくるのです。
両岸をつなぐ丈夫な人道橋を。
軍隊から急いで逃げる人たちのために。
わたしは 私自身の力で築く
それこそが 芯となりうる

Recueil: ITHACA 612
Traduction: Français Germain Droogenbroodt – Elisabeth Gerlache / Anglais Stanley Barkan / Allemand Wolfgang Klinck / Néerlandais Germain Droogenbroodt / Indi Jyotirmaya Thakur / Italien Luca Benassi / Espagnol Rafael Carcelén / Grec Manolis Aligizakis / Arabe / Chinois William Zhou / Japonais /
Editions: POINT

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Ici dans l’obscurité (Leonardo Sinisgalli)

Posted by arbrealettres sur 11 janvier 2020



Ici dans l’obscurité ton ciel se déssèche,
Ta pupille languit
Comme une étoile, tu flaires
Au-dedans des fleurs ton propre sang.
Près des fleurs tu restes immobile:
La rose ne te ressemble pas.
Tu regardes avec étonnement
Contre le mur, qui t’éblouissent,
Les rayons d’une roue,
Et au fil des années l’envie qui descend
Du pubis jusque sur la cuisse.
Tu en suis le chemin
Comme derrière un nuage.

(Leonardo Sinisgalli)


Illustration: Gilbert Garcin

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Ma sandale se casse (Hosai)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2019



butant dans quelque chose
la lanière de ma sandale se casse
dans l’obscurité

(Hosai)

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QUE PENSENT LES ÉTOILES (Itzhak-Leibush Peretz)

Posted by arbrealettres sur 18 novembre 2019




Illustration: Vincent Van Gogh

    
QUE PENSENT LES ÉTOILES

Que méditent, à quoi pensent
Les étoiles dans leur transe
Lorsque les larmes qui luisent
Au fond des yeux s’y calcinent ?
Que pense donc, à quoi rêve
La triste source flétrie ?
Fulgure-t-elle, sa brève
Lueur parfois dans la vie,
L’éclair qui nous irradie?
Nous qui recherchons sans trêve
Dans les jours d’obscurité
Pour la pauvre humanité
Le chemin qu’elle perdit?

Que méditent donc, que pensent
Ceux-là sans cesse qui poussent
La brouette des souffrances ?
Est-ce qu’au moins sur leurs lèvres
Que pèlent et que calcinent
Les perpétuels soucis
Brille parfois un sourire ?
Un reflet de l’avenir,
D’un lendemain plus heureux
Qui nous ferait reconnaître
Dans les ténèbres des cieux
Toute dorée, une rive ?

À quoi pense la famine
Dans les caves faméliques ?
Le sommeil ne veut venir
Et la nuit n’est que silence,
Est-ce qu’au moins elle entend
Dans la paix l’écho de fer –

C’est le pas pesant des temps,
Générations en marche,
Est-ce que le ciel se fend
Parfois dans la main de Dieu ?
Est-ce qu’il voit le tonnerre,
Est-ce qu’il sait que c’est vrai?

(Itzhak-Leibush Peretz)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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La vague étrangère à la terre (Ingerborg Bachmann)

Posted by arbrealettres sur 16 novembre 2019



Illustration: Guillaume Seignac
    
La vague étrangère à la terre

De l’obscurité arrive, comme si souvent, une résonance,
Parcourant de haut en bas les cloisons ténues.
Je prête l’oreille et pense à ce jour
Qui, à peine passé, me rappelle à lui.

Mais même le jour ne peut tant me lier
Et par-dessus moi étendre son bras.
Je suis entièrement réveillée et entends un martèlement
Qui actionne mon coeur de lourds battements.

Je presse et ferme les paupières éveillées.
Les eaux des mers m’enserrant brusquement dans un rugissement,
Je les laisse s’élever autour de moi en me souvenant
Et j’ai glissé sur la pente de rêves obscurs.

Ce ne fut pas un rêve, ce fut seulement une heure,
Qui m’appela au rivage, chaude et ardente.
Tu étais, fraîche et claire, la vague d’argent,
Qui me baigne encore dans le crépuscule et le sommeil.

Je lève vers la nuit des bras chauds et tendres
Dans l’attente de la délivrance,
Quand à ma fenêtre frappent des papillons tardifs
Apportant un souffle de ton imminence.

***

Die unirdische Welle

Aus Dunkel kommt, wie schon so oft ein Tönen,
Die schmalen Wände auf und niederströmend.
Ich lausche auf und denke dieses Tages,
Der kaum vergangen, mich zu sich noch ruft.

Doch auch der Tag kann mich so sehr nicht binden
Und über mich mit seinem Arme greifen.
Ich bin ganz wach und höre einen Hammer,
Der mir das Herz bewegt mit schweren Schlägen.

Ich presse die erwachten Lieder zu.
Der Meere Wasser, die mich jäh umrauschen
Lass ich erinnernd höher um mich steigen
Und bin zu dunklen Träumen abgeglitten.

So war kein Traum, so war nur eine Stunde,
Die heiss und glühend mich zum Strande rief.
Du warst die kühle, silberhelle Welle,
Die noch im Dämmer mich, und Schlaf umspühlt.

Die warmen Arme hebe ich zur Nacht
Und warte den Erlösungen entgegen,
Wenn an mein Fenster späte Falter schlagen
Und einen Hauch von deiner Nähe bringen.

(Ingerborg Bachmann)

 

Recueil: Toute personne qui tombe a des ailes
Traduction: Françoise Rétif
Editions: Gallimard

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Les mots ont fui ma forêt solitaire (Franz Hellens)

Posted by arbrealettres sur 12 novembre 2019


 


Sarolta Bán   j-07 [1280x768]

Les mots ont fui ma forêt solitaire
Perdus d’espace, privés d’eau,
Les arbres ont encor toutes leurs feuilles
Mais sur les branches plus un oiseau.

Leur chant rythmait un silence sans fond
Et l’immobilité des jours où le vent tombe.
Le vent peut agiter les feuilles, le silence
De mort n’en est que plus profond.

L’obscurité bougeait au bruissement des ailes
Et chaque feuille était le mirage d’un mot
Aujourd’hui plus une aile pour réveiller l’écho
De ma sombre forêt solitaire.

*

Les eaux de la mémoire ont délaissé mes plages,
Le temps de marée haute est bien fini,
Je suis de sable sec où de blancs coquillages
Rappellent le passé dans le sol endormi.

Des pas dans mon désert marquent seuls le passage
D’une vie qui m’échappe, et de qui, de quels dieux
Inconnus, de quel temps, de quels âges ?
J’avance avec ces mêmes pas, mais d’autres yeux

*

Le silence est si dur qu’on marcherait dessus,
Le sol est un pain sec tout rond, tout noir, mon âme
Si de ce corps tout sec aussi, durci, fourbu,
Tu trouves la sortie va-t’en à coups de rames
Sur le grand fleuve roux de soleil qui voisine
Et dans ce fond d’eau claire et de fraîcheur chemine
Jusqu’au retour de pluie on terre et ciel fondus
Dans une même chair au printemps revenus
Comme deux amoureux que le soleil marie
Voient la croûte changée en nourrissante mie.

Le silence est si blanc qu’on écrirait dessus.
La page luit comme un morceau de glace lisse.
Ma plume retiens-toi de glisser, n’écris plus,
C’est un piège tendu par la froide malice
Qui du plaisir d’aller plus vite fait un don.
Ne sais-tu pas que la vitesse est sans pardon
Quand l’âme ne suit plus, quand l’esprit se dérobe,
Arrête-toi, retiens ta chute, enfonce-toi
Par la pointe en ce papier glissant qui nous daube,
L’heure viendra de rompre un silence si froid.

Le silence est si lourd qu’on se pendrait à l’arbre.
Pas une feuille, un fruit, ne bouge, on les dirait
Comme le tronc qui les porte construits en marbre
Et l’absence du bruit damne à mort la forêt.

La vie dans ce trépas ne trouve plus d’issue,
Plus d’oiseaux pour l’ouïe et le bonheur des yeux,
Plus un bourdonnement d’insecte, tout est vieux,
Sourd et muet dans l’écorce, le bois, la nue
D’où ne tombera plus une goutte de pluie,
Et dans ma chair aussi l’âme ne chante plus.

*

Je n’ai pas moins de force en mon hiver
Que la pomme de jus après l’automne,
Je marcherai jusqu’au bord de la mer
Comme le fleuve au versant s’abandonne.
Nul au monde parmi ceux qui voient clair
Ne trouvera l’endroit de ma présence,
Je serai, mort, comme le vent de mer
Qui semble finir là et plus loin recommence.

(Franz Hellens)

Illustration: Sarolta Bán

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Lourdes mes paupières (Yosano Akiko)

Posted by arbrealettres sur 2 novembre 2019



Illustration: Paul Jacoulet
    
Lourdes mes paupières
Quand je lève les yeux vers
L’oracle des dieux
La pleine nuit de mes rêves
L’obscurité de mon monde

(Yosano Akiko)

 

Recueil: Cheveux emmêlés
Traduction: Claire Dodane
Editions: Les Belles Lettres

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Dis encore que tu m’aimes (Elizabeth Browning)

Posted by arbrealettres sur 13 octobre 2019



Dis encore que tu m’aimes, une fois de
Plus encore. Bien que le mot répété
Te paraisse une chanson de coucou.

Souviens-toi que jamais sur les collines,
Vallées ou bois, sans accents de coucou
Ne vient le printemps dans toute sa verdure.

Aimé, dans l’obscurité accueillie
par l’esprit du doute, par le doute blessée
Je t’implore… « Dis que tu m’aimes . » Qui peut craindre
Trop d’étoiles, quand chacune tourne au ciel –
Trop de fleurs, quand chacune couronne l’an?

Dis que tu m’aimes… aimes … aimes – sonne l’écho
D’argent! – pour te rappeler seulement
De m’aimer en silence, de ton âme.

(Elizabeth Browning)

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