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Poésie

Posts Tagged ‘obscurité’

Ô vent caressant (Yosano Akiko)

Posted by arbrealettres sur 30 juillet 2020



Illustration: Jacqueline Roberts
    
Ô vent caressant
Venu de l’obscurité
Des nuits de printemps,
Epargne veux-tu un temps
Cette chevelure d’enfant !

(Yosano Akiko)

 

Recueil: Cheveux emmêlés
Traduction: Claire Dodane
Editions: Les Belles Lettres

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Bonne nuit (Seamus Heaney)

Posted by arbrealettres sur 25 juillet 2020



Le loquet se soulève,
un îlot de lumière
S’étend dans la cour.

Voûtant le dos sous la porte basse,
Dans ce couloir doré ils passent
Puis s’évanouissent dans l’obscurité.

Flaque d’eau, pavés ronds, chambranle et seuil
Restent figés dans ce bloc de lumière
Jusqu’à ce qu’à grands pas,
au-delà de son ombre
Elle rentre,
et que tout redevienne noir.

(Seamus Heaney)


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La nuit (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 1 juillet 2020



    

La nuit

I.

Le ciel d’étain au ciel de cuivre
Succède. La nuit fait un pas.
Les choses de l’ombre vont vivre.
Les arbres se parlent tout bas.

Le vent, soufflant des empyrées,
Fait frissonner dans l’onde où luit
Le drap d’or des claires soirées,
Les sombres moires de la nuit.

Puis la nuit fait un pas encore.
Tout à l’heure, tout écoutait ;
Maintenant nul bruit n’ose éclore ;
Tout s’enfuit, se cache et se tait.

Tout ce qui vit, existe ou pense,
Regarde avec anxiété
S’avancer ce sombre silence
Dans cette sombre immensité.

C’est l’heure où toute créature
Sent distinctement dans les cieux,
Dans la grande étendue obscure
Le grand Être mystérieux !

II.

Dans ses réflexions profondes,
Ce Dieu qui détruit en créant,
Que pense-t-il de tous ces mondes
Qui vont du chaos au néant ?

Est-ce à nous qu’il prête l’oreille ?
Est-ce aux anges ? Est-ce aux démons ?
A quoi songe-t-il, lui qui veille
A l’heure trouble où nous dormons ?

Que de soleils, spectres sublimes,
Que d’astres à l’orbe éclatant,
Que de mondes dans ces abîmes
Dont peut-être il n’est pas content !

Ainsi que des monstres énormes
Dans l’océan illimité,
Que de créations difformes
Roulent dans cette obscurité !

L’univers, où sa sève coule,
Mérite-t-il de le fixer ?
Ne va-t-il pas briser ce moule,
Tout jeter, et recommencer ?

III.

Nul asile que la prière !
Cette heure sombre nous fait voir
La création tout entière
Comme un grand édifice noir !

Quand flottent les ombres glacées,
Quand l’azur s’éclipse à nos yeux,
Ce sont d’effrayantes pensées
Que celles qui viennent des cieux !

Oh ! la nuit muette et livide
Fait vibrer quelque chose en nous !
Pourquoi cherche-t-on dans le vide ?
Pourquoi tombe-t-on à genoux ?

Quelle est cette secrète fibre ?
D’où vient que, sous ce morne effroi,
Le moineau ne se sent plus libre,
Le lion ne se sent plus roi ?

Questions dans l’ombre enfouies !
Au fond du ciel de deuil couvert,
Dans ces profondeurs inouïes
Où l’âme plonge, où l’oeil se perd,

Que se passe-t-il de terrible
Qui fait que l’homme, esprit banni,
A peur de votre calme horrible,
Ô ténèbres de l’infini ?

(Victor Hugo)

 

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Jour nuit soleil et arbres (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 19 juin 2020



Jean Tardieu
    
(Recueil Jours pétrifiés)
Jour nuit soleil et arbres

Certains mots sont tellement élimés, distendus, que ‘l’on peut voir le jour au travers.
Immenses lieux communs, légers comme des nappes de brouillard – par cela même difficile à manœuvrer.
Mais ces hautes figures vidées, termes interchangeables, déjà près de passer dans le camp des signes algébriques,
ne prenant un sens que par leur place et leur fonction, semblent propres à des combinaisons précises
chaque fois que l’esprit touche au mystère de l’apparition et de l’évanouissement des objets.

I
Est-ce pour moi ce jour ces tremblantes prairies
ce soleil dans les yeux ce gravier encore chaud
ces volets agités par le vent, cette pluie
sur les feuilles, ce mur sans drame, cet oiseau ?

II
L’esprit porté vers le bruit de la mer
que je ne peux entendre
ou bien vers cet espace interdit aux étoiles
dont je garde le souvenir
je rencontre la voix la chaleur
l’odeur des arbres surprenants
j’embrasse un corps mystérieux
je serre les mains des amis

III
De quelle vie et de quel monde ont-ils parlé ?

– De jours pleins de soleil où nous nous avançons,
d’espace qui résiste à peine à nos mains et de nuits
que n’épaissira plus l’obscurité légère.

IV
Entre les murs un visage survint
qui se donnait le devoir de sourire
et m’entraîna vers une autre fenêtre
d’où le nuage à ce moment sortait.

Tout était lourd d’un orage secret
un homme en bleu sur le seuil s’avançait
le tonnerre éclata dans ma poitrine
un chien les oreilles basses
rentrait à reculons.

V
Mémoire
Et l’ombre encor tournait autour des arbres
et le soleil perdait ses larges feuilles
et l’étendue le temps engloutissait
et j’étais là je regardais.

VI
Je dissipe un bien que j’ignore
je me repais d’un inconnu
je ne sais pas quel est ce jour ni comment faire
pour être admis.

VII
Comme alors le soleil (il était dans la nuit
il roule il apparaît avec silence
avec amour, gardant pour lui l’horreur)
ainsi viendront les jours du tonnerre enchaîné
ainsi les monstres souriants ainsi les arbres
les bras ouverts, ainsi les derniers criminels
ainsi
la joie.

VIII
Quand la nuit de mon coeur descendra dans mes mains
et de mes mains dans l’eau qui baigne toutes choses
ayant plongé je remonterai nu
dans toutes les images :
un mot pour chaque feuille un geste pour chaque ombre
« c’est moi je vous entends c’est moi qui vous connais
et c’est moi qui vous change. »

IX
Je n’attends pas un dieu plus pur que le jour même
il monte je le vois ma vie est dans ses mains :
la terre qui s’étend sous les arbres que j’aime
prolonge dans le ciel les fleuves les chemins…
Je pars j’ai cent mille ans pour cet heureux voyage.

X
Epitaphe
Pour briser le lien du jour et des saisons
pour savoir quelle était cette voix inconnue
sur le pont du soleil à l’écart de ma vie
je me suis arrêté.
Et les fleuves ont fui, l’ombre s’est reconnue
espace les yeux blancs j’écoute et parle encore
je me souviens de tout même d’avoir été.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: Jean Tardieu Un poète
Traduction:
Editions: Gallimard Jeunesse

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NE SUIVEZ PAS LES ÉTOILES DE LA NUIT (Germain Droogenbroodt)

Posted by arbrealettres sur 14 juin 2020



Illustration: Vincent Van Gogh    
    
Dutch, English, Spanish, French, Italian, German, Portuguese, Romanian, Polish, Greek, Chinese, Arab, Hindi, Japanese, Farsi, Bulgarian, Icelandic, Russian, Malaysia

VOLG VAN DE NACHT niet de sterren
maar stroomopwaarts de duisternis
die aards en tastbaar is

spaar de aalmoes niet
deel met de nachtnomaden
het brood en de wijn

werp rozen in de dageraad.

GERMAIN DROOGENBROODT
Uit “Tegenlicht – Contraluz”
Uitgeverij POINT 2004

***

Don’t follow the stars of the night
but upstream the darkness,
which is earthly and palpable.

Don’t spare the alms —
share bread and wine
with the nomads of the night.

Throw roses at the break of day.

GERMAIN DROOGENBROODT
From “Counterlight”
POINT Editions 2004

***

NO SIGAS DE LA NOCHE las estrellas
sino río arriba la oscuridad
terrestre y palpable

no ahorres la limosna
comparte con los nómadas de la noche
el pan y el vino

arroja rosas en el alba.

GERMAIN DROOGENBROODT

Traducción de Rafael Carcelén en colaboración con el autor
de “el Camino – Contraluz”
Calima Ediciones 2004, Palma de Mallorca &
Editorial POINT 2004, Bélgica-España

***

NE SUIVEZ PAS LES ÉTOILES de la nuit

mais à contre-courant
l’obscurité
terrestre et perceptible

n’épargnez pas l’aumône
partagez avec les nomades de nuit
le pain et le vin

jetez des roses
dans l’aube.

GERMAIN DROOGENBROODT
Traduction de Elisabeth Gerlache
de “Contre-lumière”

***

Non inseguire le stelle notturne
ma controcorrente l’oscurità
terrestre e palpabile

non risparmiare l’elemosina
spartisci con i nomadi della notte
il pane e il vino

getta rose nell’alba.

GERMAIN DROOGENBROODT
Traduzione di Tiziana Orrù
di “Controluce”
Edizione puntoacapo, Novi Ligure, Italia

***

FOLGE DER NACHT, nicht den Sternen
sondern stromaufwärts der Finsternis
die irdisch und greifbar ist

spare an den Almosen nicht
teile mit den Nachtnomaden
das Brot und den Wein

wirf Rosen in die Morgenröte.

GERMAIN DROOGENBROODT
Nachdichtung in Zusammenarbeit mit dem Autor von
Charlotte Karner und Roman Baumgartner
Aus “Gegenlicht ─ Contraluz »

***

NÃO SIGAS AS ESTRELAS da noite
mas rio acima a escuridão
terrestre e palpável
não poupes a esmola

divida-a com os nómades da noite

o pão e o vinho
arroja rosas no amanhecer.

GERMAIN DROOGENBROODT

Tradução ao português: José Eduardo Degrazia

***

NU TE CĂLĂUZI după stelele nopții
ci după întunecimea din susul râului

terestră și palpabilă
nu cruța ce-i al tău
împarte pâinea și vinul
cu nomazii nopții

întâmpină cu trandafiri revărsatul zorilor.

GERMAIN DROOGENBROODT

Traducere: Daniela Andronache
Din „Counterlight ─ Contralumină”, Ed. Ex Ponto, Constanța 2004

***

Nie podążaj za gwiazdami nocy
ale pod prąd ciemności,
która jest taka realna i namacalna.

Nie skąp jałmużny —
dziel chleb i wino
z nomadami nocy.

Rzucaj róże u progu dnia.

GERMAIN DROOGENBROODT

Przekład na polski: Mirosław Grudzień – Małgorzata Żurecka
[z:] “Counterlight”[‘Przeciwświatło’]
Wyd. POINT Editions 2004 r.

***

ΜΗΝ ΑΚΟΛΟΥΘΕΙΣ

Μην ακολουθείς τ’ άστρα της νύχτας
σκοτάδι μόνο αντίθετα στο ρεύμα
μα γήινο και χειροπιαστό

δώσε αφειδώς ελεημοσύνη
μοιράσου το ψωμί και το κρασί
με τους νομάδες της νυχτιάς
μες στο ξημέρωμα πέταξε ρόδα.

Μετάφραση Μανώλη Αλυγιζάκη//

GERMAIN DROOGENBROODT
Translated in Greek by Manolis Aligizakis
From “Counterlight”
POINT Editions 2004

***

别跟夜晚的星星走
但走向黑暗的上游
黑暗就是人间的和可触的

不要吝啬施舍
与夜晚的游牧人
分享面包和葡萄酒

在天破晓时抛玫瑰。

原 作:西班牙 乔曼·卓根布鲁特

汉 译:中 国 周道模 2020-6-5
GERMAIN DROOGENBROODT

Chinese translation: William Zhou
From “Counterlight”, POINT Editions 2004

***

لا تهتدوا بنجوم الليل وأحرى لكم
أن تمخروا عباب الظلام،
فأنتم أدرى به وهو الأقرب إليكم.
لا تبذروا خبزكم الشهي ـ
ونبيذكم
مع من ترتحلون في الليل.
أنثروا الزهور مع إشراقة النهار.

جيرمان دروغنبروت
ترجمة عن الانجليزية: سارة سليم

من “Counterlight”
POINT Editions 2004

***

के तारों के
पीछे मत जाओ
लेकिन अंधेरे के ऊपर,
जो सांसारिकऔर गूढ़ है।
भिक्षा देना मत छोड़ो-
रोटी और शराब बांटे
रात के खानाबदोशों
के साथ।
दिन की भोर में
गुलाब फेंकते हैं।
जर्मेन ड्रोजेनोब्रोड्ट

Hindi translation by Jyotirmaya Thakur.

***

夜の明るい星々につき従うのではない
暗闇の流れに逆らって歩むのだ

そのほうが土のようにたくましく生きることができる

施しを惜しんではいけない
パンとワインを分かち合うのだ
夜の遊牧民たちとともに
夜明けにバラの花をまくがいい

ジャーマン・ドローゲンブロート(2004)
「Counterlight(逆光)」より
POINT Editions 2004

***

در شب ستاره ها را دنبال نکن
اما بالادست تاریکی
که زمینی و قابل لمس است
خوبی ها را صرفه جویی نکن
نان و شراب را قسمت کن
با خانه به دوشانی از شب
گلهای رز رادر سحرگاه پرتاب کن.
جرمین دروگنبرودت
ترجمه سپیده زمانی

***

Не следвай звездите на нощта,
но тръгни срещу тъмнината,
която е суетна и осезаема.

Не пести милостинята –
споделяй хляб и вино
с номадите на мрака.

Хвърляй рози с началото на деня.

Из „Контрасветлина”
И-во POINT 2004
ПРЕВОД ОТ АНГЛИЙСКИ: ИВАН ХРИСТОВ

***

Eltið ekki stjörnur næturinnar
heldur á móti straumnum
jarðneskt og áþreifanlegt myrkrið.

Sparið ekki ölmusu —
gefið flækingum næturinnar
af brauðinu og víninu.

Varpið rósum í morgunroðann.

GERMAIN DROOGENBROODT

Þór Stefánsson þýddi
Úr “Counterlight”
POINT Editions 2004

***

Ходи не за ночными звездами,
ходи против течения
земной и зримой тьмы.

Не жалей милосердия,
с ночными странниками
дели вино и хлеб,

Разбрасывай розы на рассвете.

ГЕРМАЙН ДРОГЕНБРОДТ

ПЕРЕВОД ДАРЬИ МИШУЕВОЙ
Из: «Подсветка» – “Tegenlicht – Contraluz”
Издательство POINT 2004

***

USAH IKUT BINTANG malam
tapi mudiklah kegelapan
yang lebih duniawi dan ada kewujudan
Usah hulurkan sedekah

sebaliknya agihkanlah makanan dan minuman

kepada nomad malam.

Taburkan bunga mawar pada waktu subuh.
GERMAIN DROOGENBROODT, SEPANYOL
Penterjemah : Dr. Raja Rajeswari Seetha Raman

Sumber: “Counterlight”
POINT Editions 2004

(Germain Droogenbroodt)

Recueil: ITHACA 635
Editions: POINT
Site: http://www.point-editions.com/en/

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Mauvaise mémoire (Paul Eluard)

Posted by arbrealettres sur 19 avril 2020


 

Les cimes dispersées les oiseaux du soir
Au chevet de la rue
Les échos féminins des baisers
Et dans les abris du désir
La grande obscurité éblouissante
des rebelles qui s’embrassent.

A pleines mains la pluie
Sous les feuilles sous les lanternes
A plein silence les plâtras des heures
Dans les brouettes du trottoir
Le temps n’est pas le maître
Il s’affaisse
Comme un rire étudié
Qui dans l’ennui ne germe pas.

L’eau ignorante
la nuit étourdie
vont se perdre
La solitude falsifie toute présence
Un baiser encore un baiser un seul
Pour ne plus penser au désert.

(Paul Eluard)

 

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La Prière du Védantin (Sri Aurobindo)

Posted by arbrealettres sur 20 mars 2020



Illustration: Mejda Ben
    
La Prière du Védantin

Esprit suprême
qui médite dans le silence du coeur,
éternelle clarté,

Toi seul Tu Es !
Ah, pourquoi suis-je voilé par cette obscurité,
ma part ensoleillée

assaillie par les nuages ?
Pourquoi suis-je ainsi défiguré par le désir,
distrait, entraîné,

consumé par le feu
de fantasques passions, chassé hors de ta paix
dans le tourbillon

de chaque rafale ?
Livré au chagrin, abattu,
surpris par la luxure ?

Ne laisse pas la grisaille de mon passé
taché de sang rebuter ta compassion souveraine,
ni même la retarder,

ô Vérité solitaire !
Ni ne laisse les dieux trompeurs qui Te singent encore
abuser ma jeunesse.

Calme ces clameurs ;
car je voudrais entendre la voix éternelle et connaître
l’éternelle Volonté.

Ce brillant étalage
encombrant le seuil de l’éternité,
disperse-le — accorde-moi

un regard sans ombre,
un coeur jeune et limpide. Réprime en moi
le cri assourdissant

de ces espoirs,
efface mes siècles souillés, restaure
ma pureté.

Ô porte cachée
de la Connaissance, ouvre-toi ! Force, accomplis-toi !
Amour, déverse-toi !

(Sri Aurobindo)

 

Recueil: Poésie
Traduction: Français Cristof Alward-Pitoëff
Editions: Sri Aurobindo Ashram Trust

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Durga Stotra (Sri Aurobindo)

Posted by arbrealettres sur 19 mars 2020




    
Durga Stotra

Mère Durga ! Chevalière au lion, donneuse de tous les pouvoirs, Mère,
bien-aimée de Shiva! Nous, la jeunesse du Bengale, nés de ta Puissance,
sommes réunis dans ton temple pour t’adresser notre prière.
Écoute, ô Mère ! Descends sur notre terre du Bengale ! Manifeste-toi !

Mère Durga! D’âge en âge, naissance après naissance, nous venons ici-bas
dans un corps humain, accomplissons ton oeuvre et regagnons le foyer de Ta Félicité.
Cette fois encore, en cette naissance, nous voici, consacrés à ton oeuvre.
Écoute, ô Mère ! Descends sur notre terre du Bengale ! Sois avec nous, notre Sauveuse !

Mère Durga! Chevalière au lion, trident en main, ton corps de beauté
couvert d’une armure, Mère, donneuse de victoire ! L’Inde attend ta venue,
impatiente de te voir sous ta forme de Grâce et de Bonté. Écoute, ô Mère !
Descends sur notre terre du Bengale ! Manifeste-toi !

Mère Durga! Donneuse de force, d’amour, de connaissance !
Toi qui dans l’essence de ta nature es la Shakti-de-Puissance ! Ô Redoutable,
au double visage de Douceur et de Violence ! Dans la bataille de la vie,
dans la bataille de l’Inde, c’est toi qui nous as envoyés comme tes guerriers.

Ô Mère, accorde à nos coeurs et nos esprits l’énergie du Titan,
l’audace et la hardiesse du Titan dans toutes nos actions. Accorde, ô Mère,
à notre coeur et notre intelligence la force de caractère et la connaissance d’un dieu !

Mère Durga ! Le peuple de l’Inde, noble entre tous, était englouti dans d’épaisses
ténèbres. Mais voici que peu à peu, ô Mère, tu te lèves à l’extrême horizon
et l’Aurore resplendit dans le rougeoiement de ton corps-de-ciel qui dissipe l’obscurité.
Que l’immense lumière se répande, ô Mère, et disperse les ténèbres !

Mère Durga ! Parée de profonde verdure, ornée de la Toute-Beauté, toi qui maintiens,
toi en qui reposent la connaissance, l’amour et la force, c’est sur la terre du Bengale
que tu t’incarnes aujourd’hui; cachée jusqu’ à présent, repliée sur elle-même,
elle concentrait ses énergies. Mais l’âge est venu, le jour est venu et déjà
elle se redresse, notre Mère du Bengale, portant l’Inde entière sur ses épaules.
Viens, ô Mère ! Manifeste-toi !

Mère Durga! Nous, tes enfants, que par ta grâce, sous ton empire,
nous puissions accomplir la grande oeuvre, le grand idéal. Anéantis en nous
la petitesse, anéantis l’égoïsme, anéantis la peur !

Mère Durga! Toi qui revêts le visage de Kâlî, portant à ton cou une guirlande de crânes,
vêtue d’espace, brandissant l’épée, ô Déesse, triomphatrice de l’Asura!
De ton rugissement féroce et impitoyable, fais périr les passions-ennemies de l’âme,
qu’il n’en reste plus une seule vivante au fond de nous.

Que nous devenions purs et sans souillure. Telle est notre prière, ô Mère !
Manifeste-toi!

Mère Durga! L’Inde moribonde est abîmée dans l’égoïsme, la peur, la petitesse.
Rends-nous grands et dignes des plus hautes tentatives, rends-nous magnanimes
et sincères dans notre volonté inflexible d’atteindre la Vérité.
Chasse tout misérable désir, toute impuissance, toute paresse,
que plus jamais nous ne soyons paralysés par la peur !

Mère Durga! Shakti-du-Yoga! Que ton pouvoir immense s’étende partout !
Nous sommes tes enfants bien-aimés. Fais largement briller parmi nous
l’enseignement perdu, la fermeté, la puissance de la pensée,
la dévotion et la foi, l’austérité et la chasteté, la connaissance de la Vérité,
et à travers nous répands-les sur le monde. Pour aider et secourir l’humanité,
toi, Durga, annihilatrice de toute adversité,
ô Mère-du-monde ! Manifeste-toi !

Durga Mère ! Extermine en nous les vices-ennemis, puis extirpe au-dehors
tous les dangers, tous les obstacles ! Que plein de force, valeureux et noble,
le peuple de l’Inde vive à jamais dans ses forêts sacrées et dans ses champs fertiles,
au pied de ses montagnes amies du ciel, le long des rives de ses fleuves
aux eaux saintes et purifiantes. Peuple suprême par son amour et son unité,
sa vigueur et sa droiture, son art et sa littérature, son héroïsme et sa connaissance !
Telle est notre prière aux pieds de la Mère ! Manifeste-toi !

Mère Durga ! Que ta Force, la Force du Yoga, inonde et emplisse notre corps !
Nous deviendrons tes instruments, ton épée qui abat le mal, ta lampe qui dissipe
l’ignorance. Exauce cette aspiration de la jeunesse du Bengale. Toi, notre Souveraine,
guide-nous ; toi qui détruis le mal et brandis ferme l’épée ;
toi, lumière resplendissante de la connaissance, tiens haut la lampe !
Manifeste-toi !

Mère Durga! Quand nous te posséderons, nous ne déferons plus tes liens :
nous t’attacherons à nous avec la triple corde de la foi, de la dévotion et de l’amour.
Viens, Mère ! Manifeste-toi dans notre esprit, notre vie, notre corps !
Viens, révélatrice de la Voie des Héros ! Plus jamais nous ne te rejetterons !
Que notre vie entière devienne une adoration sans fin de Durga!
Que toutes nos actions soient pour toujours sacrées, pleines d’amour et d’énergie,
vouées au service de la Mère ! Telle est notre prière, ô Mère !
Descends sur notre terre du Bengale ! Manifeste-toi !

(Sri Aurobindo)

 

Recueil: Poésie
Traduction: Français Cristof Alward-Pitoëff
Editions: Sri Aurobindo Ashram Trust

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Solitude (Katherine Mansfield)

Posted by arbrealettres sur 15 mars 2020



Solitude

C’est la Solitude maintenant qui vient la nuit,
A la place du Sommeil, s’asseoir près de mon lit.
Telle une enfant fatiguée je repose et guette ses pas,
Je la regarde doucement souffler la bougie.
Elle reste assise, immobile et sans bruit,
Lasse, si lasse, laissant tomber sa tête.
Elle aussi est vieille; elle aussi a livré le combat.
De feuilles de laurier son front est couronné.

Dans l’obscurité morne, la marée lentement descend,
Se brise inassouvie sur la rive stérile.
Un vent étrange passe… puis, le silence. Je voudrais
Me tourner vers elle, la prendre par la main,
La serrer dans mes bras et attendre ainsi
Que la terre stérile soit remplie
Par la terrible monotonie de la pluie.

***

Loneliness

Now it is Loneliness who comes at night
Instead of Sleep, to sit beside my bed.
Like a tired child I lie and wait her tread,
I watch her softly blowing out the light.
Motionless sitting, neither left nor right
She turns, and weary, weary droops her head.
She, too, is old; she, too, has fought the fight.
So, with the laurel she is garlanded.

Through the sad dark the slowly ebbing tide
Breaks on a barren shore, unsatisfied.
A strange wind flows… then silence. I am fain
To turn to Loneliness, to take her hand,
Cling to her, waiting, till the barren land
Fills with the dreadful monotone of rain.

(Katherine Mansfield)


Illustration: Nicolaes Maes

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CYNTHIA (Pierre Jean Jouve)

Posted by arbrealettres sur 2 mars 2020



 

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CYNTHIA

Eclatante au-dessus des mâchoires de maisons
Elle est l’oeil brûlant d’où s’enfuit le jour quand il trahit la ville
Abandonnant les arbres noirs aux dieux infernaux ;
Aire froide elle va inonder le jardin
Et l’odeur de tilleul s’élance
Et le chant de l’herbe écrasée et le souffle de l’obscurité :
Cynthia rôde au milieu des grandes coupes vides
Et tarit les étoiles
Quand tout à coup venues des éternités sont apparues
Dix mille légions d’anges
Blancs tout immaculés
Inclinés immobiles, tous ont la même aile vue de profil
Nuages nuées envoyés à Cynthia la grande Vierge
Que veulent-ils ici-bas que veulent-ils éterniser ?

(Pierre Jean Jouve)

Illustration: ArbreaPhotos
 

 

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