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QUAND ELLE ÉTAIT LÀ… (Li Bo)

Posted by arbrealettres sur 16 juin 2021




    

QUAND ELLE ÉTAIT LÀ…
(Sur l’air « Désir mutuel »)

Quand elle était là,
c’était comme si la maison
débordait de fleurs.
Aujourd’hui ne reste
qu’une chambre vide.
Les couvertures brodées,
enroulées sur son lit,
jamais personne
ne les a touchées.
Après trois ans,
elles exhalent encore
son parfum délicat.
Si loin de moi,
et pourtant toujours là,
toujours là,
mais jamais de retour…
Les feuilles mortes
descendent en tourbillons,
je pense à elle,
rosée blanche
sur la mousse verte…

(Li Bo)

 

Recueil: Neige sur la montagne du lotus Chants et vers de la Chine ancienne
Traduction: Ferdinand Stočes
Editions: Picquier poche

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Mélancolies manutentionnaire (Jules Supervielle)

Posted by arbrealettres sur 10 juin 2021



Mélancolies manutentionnaire

(…)
J’ai dans mes sabots de la paille,
Avec un bel épi qui dépasse et me raille ;
La porte ne s’ouvre pas,
Le poêle ne fume pas,
Et j’entends qu’on ne vient pas.
Être bien seul avec soi-même,
Ah ! c’est un mets bien délicat !
Des soldats rient ; mais c’est derrière ma fenêtre.
Ils s’éloignent ;
Tout est derrière ma fenêtre,
La vie, les caporaux, les corvées,
Et la fourragère et son cocher laid.
Je me rends visite à moi-même
Et bien que ce plaisir fût longuement mûri,
Il me trouve tout ahuri !
(…)

(Jules Supervielle)

Illustration: Sophie Rocco

 

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J’AIME TA LETTRE (Léopold Sédar Senghor)

Posted by arbrealettres sur 4 juin 2021




    
J’AIME TA LETTRE

J’aime ta lettre, plus douce que l’après-midi du Samedi
Et les vacances, ta parole de songe bleu.

La fragrance des mangues me monte à la nuque
Et comme un vin de palme un soir d’orage, l’arôme féminin des goyaves.

Les tempêtes suscitent les humeurs, le palais blanc s’ébranle dans ses assises de basalte
L’on est long à dormir, allongé sous la lampe sous la violette du Cap.
La saison s’est annoncée sur les toits aux vents violents du Sud-Ouest
Tendue de tornades, pétrie de passions.

Les roses altières les lauriers-roses délacent leurs derniers parfums
Signares à la fin du bal
Les fleurs se fanent délicates des bauhinias tigrées
Quand les tamariniers aux senteurs de citron allument leurs étoiles d’or.
Du ravin monte, assaillant mes narines, l’odeur des serpents noirs
Qui intronise l’hivernage.

Dans le parc les paons pavoisent, en la saison des amours.
Rutilent dessus les pelouses, pourpres princiers, les flamboyants
Aux coeurs splendides, et les grands canas d’écarlate et d’or.
M’assaillent toutes les odeurs de l’humidité primor-diale, et les pourritures opimes.
Ce sont noces de la chair et du sang — si seulement noces de l’âme, quand dans mes bras
Tu serais, mangue mûre et goyave ouverte, souffle inspirant ah ! haleine fraîche fervente…

J’aime ta lettre bleue, plus douce que l’hysope
Et sa tendresse, qui me dit que tu es m’amie.

(Léopold Sédar Senghor)

 

Recueil: Anthologie Poésie africaine six poètes d Afrique francophone
Traduction:
Editions: Points

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Délicatement (Annick Carré)

Posted by arbrealettres sur 19 janvier 2021



Illustration: Josephine Wall
    
Délicatement
Tenir serrés
Au creux de ses poings
Des grains de ciel
Des bribes de lumières

Tourner
S’élever
Suivre le souffle des arbres

S’accorder
Se laisser envoûter
Ivre
Libre

Et lâcher.

A l’infini
Célébrer la beauté de l’instant

(Annick Carré)

 

Recueil: Bruissement d’elles
Traduction:
Editions: L’Harmattan

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L’appel du tam-tam (Léopold Sédar Senghor)

Posted by arbrealettres sur 6 juillet 2020



Mains blanches,
Gestes délicats,
Gestes apaisants.

Mais l’appel du tam-tam
bondissant
par monts
et
continents

Qui l’apaisera, mon coeur,
A l’appel du tam-tam
bondissant,
véhément,
lancinant?

(Léopold Sédar Senghor)

Illustration

 

 

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A une valseuse (Albert Lozeau)

Posted by arbrealettres sur 16 juin 2020



 

Liz McKay  -ImpressioniArtistiche-7 [1280x768]

A une valseuse

Pendant que vous valsez, belle, gaie et légère
Dans les bras du premier venu,
Et que vous acceptez l’étreinte passagère
D’un étranger, d’un inconnu,

Vous la femme si bonne et la vierge si pure
Ignorant tout du sombre mal,
Vous subissez, modeste et douce, la souillure
Des désirs qu’avive le bal.

Et sans en rien savoir, livrée à la cadence,
Vous ne sentez pas que des bras
Vous possèdent bien plus que n’exige la danse;
Vous valsez et ne pensez pas.

Mais moi qui vous adore et tremble de le dire,
Qui vous aime comme de loin,
Qui connais la vertu de votre cher sourire,
Hélas ! moi qui ne danse point,

Je ne mérite pas cette faveur insigne
De presser vos petits doigts blancs,
Et je n’ai pas le droit, moi l’ami trop indigne,
Qu’a le dernier de vos galants…

Valsez, charmante fée aux jolis pieds agiles,
Qu’on se repasse tour à tour
Comme ces fins bijoux délicats et fragiles
Qu’on admire et qu’on aime… un jour !

(Albert Lozeau)

Illustration: Liz McKay

 

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LE POTIER (Tristan Klingsor)

Posted by arbrealettres sur 27 mars 2020



 

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LE POTIER

On dit : c’est un faiseur de jolies choses
Qui cueille des sourires charmants
Tout le long de sa route
Avec des roses,
Des lilas et des muscats;
On dit : c’est un amuseur seulement,
Un ciseleur de vers délicats;
On dit tout cela sans doute,
Mais sait-on si le potier songeant,
Qu’on voit penché sur son tour
Avec le burin, les émaux et les vernis,
Ne s’attarde pas à orner avec amour
La précieuse coupe d’argent
Pour distraire son coeur d’une peine infinie ?

(Tristan Klingsor)

Illustration: Stephen Darlington

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LES DEUX BIEN-AIMES ET LE VALET DE LA MORT (Pierre Morhange)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2020



LES DEUX BIEN-AIMES ET LE VALET DE LA MORT

Si tu t’occupes encore des ombres
Viens me chercher car je n’en peux plus
Fais-moi glisser comme tu veux
Car je suis changé en ombre
Et je ne peux m’arracher.
Arrache-moi sans Lui faire de mal
Tu es délicat, coupe délicatement
Et détale
Qu’Elle tombe et meure
Et que j’erre autre part.

(Pierre Morhange)

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GRAVE QUESTION (Armand Do)

Posted by arbrealettres sur 4 janvier 2020




GRAVE QUESTION

C’est un long jardin à promenade
Tendre; j’imagine que c’est là
Où Pierrot donnait la sérénade
A la fille du Pulcinella.

Or, voilà qu’une Anglaise rouquine,
Jeune qu’on présume fille au pair,
Les bras nus et la jupe coquine,
Y promène un mouflet au bon air.

Et, lorsque la belle Albion repose
Ses charmes délicats sur un banc,
Je regarde, troublé, et je n’ose
Surprendre le bucolique instant.

La beauté que j’admire à mon aise
Est-elle dans l’air du temps, ou bien
Dans l’âme rêveuse de l’Anglaise,
Ou dans le genou marmoréen ?

(Armand Do)

Illustration: Delphin Enjolras

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L’éclat qui de tes pieds monte à ta chevelure (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 21 décembre 2019



L’éclat qui de tes pieds monte à ta chevelure,
turgescence entourant ta forme délicate,
n’est pas nacre de mer, n’est jamais argent froid :
tu es faite de pain, pain aimé par le feu.

Avec toi la farine éleva son grenier,
poussa, développée par la chance du temps,
et tandis que doublait le froment de tes seins
le charbon de l’amour travaillait dans la terre.

Oh le pain de ton front, de tes jambes, ta bouche,
dévoré, renaissant avec l’éclat du jour,
ma bien-aimée, bannière des boulangeries,

c’est le feu qui te donna la leçon de sang,
être sacrée, la farine te l’enseigna,
et tu reçus du pain le langage et l’arôme.

***

La luz que de tus pies sube a tu cabellera,
la turgencia que envuelve tu forma delicada,
no es de nácar marino, nunca de plata fría :
eres de pan, de pan amado por el fuego.

La harina levantó su granero contigo
y creció incrementada por la edad venturosa,
cuando los cereales duplicaron tu pecho
mi amor era el carbón trabajando en la tierra.

Oh, pan tu frente, pan tus piernas, pan tu boca,
pan que devoro y nace con luz cada mañana,
bienamada, bandera de las panaderías,

una lección de sangre te dio el fuego,
de la harina aprendiste a ser sagrada,
y del pan el idioma y el aroma.

(Pablo Neruda)

Illustration: Sonia Dziabas

 

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