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Posts Tagged ‘rôder’

Une rumeur d’épouvante rôde en ville (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 23 mars 2019



Une rumeur d’épouvante rôde en ville,
Se glisse dans les maisons comme un voleur.
Pourquoi ne pas relire, avant de m’endormir,
Le conte de Barbe-Bleue ?

Comment la septième monta l’escalier,
Comment elle appela sa soeur cadette,
Et guetta, retenant son souffle,
Ses frères bien-aimés, ou la terrible messagère…

Une poussière s’élève comme un nuage de neige,
Les frères vont entrer au galop dans la cour du château,
Et sur la nuque innocente et gracile,
Le tranchant de la hache ne se lèvera pas.

Consolée à présent par cette cavalcade,
Je devrais m’endormir tranquille
Mais qu’a-t-il, ce coeur, à battre comme un enragé,
Et le sommeil, pourquoi ne vient-il pas ?

(Anna Akhmatova)

Illustration: Walter Crane

 

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Rien! (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 13 février 2019



Rien! Une graine
la terre ouverte
la pluie qui rôde

(Jean Joubert)

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La fente (Jacques Chessex)

Posted by arbrealettres sur 10 novembre 2018



Illustration:  Gustave Courbet
    
La fente

Si je regarde en toi fente

dans tes pentes dans tes plis sondant
Descendant par l’ombre et la moire à ton noir
Si je rôde et respire à tes alentours
Glissant du relief par la zone rose
Au secret gorgé de ce noir À la faille à la gorge, fente dans sa plissure avisant

Maintenant scrutant la buée belle à voir
Ce glissement à ta chaleur déjà liquide
Madame la fente où règne l’Odeur

O regardant par l’entaille le délice

de sueur, de fétide miel
Dans le val ce silence noir
De sombre suc musicien
Si descendant rôdant encore à cette orée
Je me tue à percer un chemin autre À la caverne visiteur épuisé de zèle
Quand la tonne parfumée exhale
Et coule en pluie à ta paroi

ruisselante robe définitive À ma bouche bien avant le drap des morts

O fente si je viens en toi

Par la langue et l’œil ouvrant ta nuit sacrée

Descendant par les haltes un songe noir comme un fleuve

Enfoui l’oubli muet dans tes pentes
Si j’allume au fond de la chambre
Cette lampe, fente, tes alentours sur la strie
Noire à l’ombre offrant la glu à me tuer
Visiteur encore rêvant mangeant la lumineuse suie

(Jacques Chessex)

 

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La raison la moins claire (Jean Pérol)

Posted by arbrealettres sur 3 novembre 2018




Illustration
    
La raison la moins claire

Je voyais des beautés qui planaient imprenables
sur les plages léchées où les algues séchaient
Des seins qui soulevaient leur forme sur le sable
des jambes tourmentées quand le foehn rôdait

M’éblouissaient l’éclair de neige des aisselles
M’éblouissait leur pente douce vers la mer
L’horizon s’arrêtait sur des courbes de sel
Deux framboises gonflaient transpercées de lumière

Des jambes se lovaient jusqu’à l’humble repaire

Il manquait à l’amour
sa raison la moins claire.

(Jean Pérol)

 

Recueil: Poésie I (1953-1978)
Traduction:
Editions: De la Différence

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Le merveilleux (Michel Camus)

Posted by arbrealettres sur 2 novembre 2018



Le merveilleux rôde autour de nous,
devant nos fenêtres fermées, le mur
d’angoisse de notre face, la chambre
obscure de notre coeur
Seulement les êtres poreux se laissent
envahir par l’émerveillement
du silence

Et l’horreur?
Et si l’horreur venait de l’homme
coupé du merveilleux?

(Michel Camus)

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LES TRAQUÉS (Pierre Béarn)

Posted by arbrealettres sur 27 octobre 2018



LES TRAQUÉS
(fragment)

Où sommes-nous sur le dos du monde ?
Nous avons tant roulé
d’un sabord sur l’autre
et piqué du nez dans l’embrun
que les méridiens sont brisés.

Le froid du vent ne trouve plus d’obstacle
sur le spardeck nu
c’est un torrent d’herbes mouillées qui dévale.

De la nuit, rien ne naît que ce filin
qui tombe dans ma main durcie.
On entend, comme d’un cachot, rôder la vie
et la Vie c’est la mer façonnant nos destins.

Le vie c’est aussi ce filin dans ma main
ce filin rude et froid qui vient d’en haut
du ciel peut-être
et qui vibre dans ma main.

Je le tirais á moi lorsque j’étais enfant
et la cloche éclatait d’orgueil !
Puis la nuit se peuplait d’étoiles vagabondes
qui glissaient en cercle vers moi
et l’église emmurait alors la voie lactée.

Si je tirais la cloche
dans ce vent d’herbes mouillées
viendraient-ils les vieux de mon village
sur la mer illimitée ?

Si j’éveillais le bruit des heures sur nos têtes
l’église de la nuit serait-elle assez grande
pour accueillir tous ces errants que j’ai perdus ?

Mais les heures ne sont plus saluées par des cloches
dans les sillons de nuit la guerre nous a vidés
loin des villages
loin des étoiles qui vagabondent.

Le vent nous reste, avec la mer, avec la nuit,
près de la Mort qu’il faut servir.

La cloche des heures ne sonne plus
mais les glas sont infinis

(Pierre Béarn)

Illustration: ArbreaPhotos
 

 

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À SEXTE (Marie Noël)

Posted by arbrealettres sur 24 septembre 2018



    

À SEXTE
Je suis à toi. Sauve-moi.
Ps. 118-94. (Office de Sexte.)

Hélas ! hélas ! je suis dans le trouble verger
Où les fleurs et les fruits m’entourent de danger.
Les oiseaux sont muets, les arbres n’ont pas d’ombre,
Des crapauds haletants se collent au puits sombre.

Je tourne dans le cercle enflammé des iris.
Hélas ! dans le soleil ma chair brûle et les lis
De leur bouquet pesant d’essences déréglées
Me provoquent sans fin tout le long des allées.

Sans fin à chaque bord des sentiers continus
Des oeillets jaillissants agacent mes pieds nus
Et les roses d’hier trop vite épanouies
Se renversent pâmant sur mes mains éblouies.

Et ce jardin d’embûche où je vais sans secours
Est plein de vigne folle et de cerisiers lourds,
De seringas ardents d’où s’échappent des fièvres
Et de framboises aussi douces que des lèvres.

Et je voudrais manger à la branche qui pend,
À pleine bouche ainsi qu’un animal gourmand,
Les cerises, sang mûr, d’une avide sucée,
Ivre et de vermillon la face éclaboussée ;

Je voudrais arracher aux rosiers palpitants,
Comme on plume un oiseau sans y mettre le temps,
À pleine main leurs pétales et, la main pleine,
Les écraser sur ma poitrine hors d’haleine ;

Je voudrais me rouler sur la terre au sein chaud,
Les yeux brouillés d’azur éclatant, vaste, haut ;
Je voudrais… qui m’allume ainsi qu’une fournaise ?…
Des femmes au cou nu s’en vont cueillir la fraise…

Alarme ! éveille-toi, pauvre moine engourdi !
C’est le vieux guet-apens du démon de Midi.
Fuis sans rouvrir les yeux, fuis, piétine la vie
Qui voudrait être et ne doit pas être assouvie.

Fuis ! Mais où fuir ? Où donc ? Où ? J’ai les pieds trop las.
Où donc ?… La mauvaise herbe est haute sous mes pas,
Derrière et devant moi partout la Bête rôde
Sous les fleurs, sur le ciel, dans la broussaille chaude,

Et je sens, comme un fruit où chemine le ver,
Un serpent doux et chaud qui me suce la chair
Et chaque battement de mon coeur me torture…
Par où t’échapperai je, ô maudite Nature ?

Quelle verge d’épine ou quels charbons ardents
Me guérira du mal dont je grince les dents ?
Quel fouet aux noeuds de plomb, quelle source glacée
Me guérira du mal que j’ai dans la pensée ?

Faut-il me laisser choir à mon dam entraîné,
Comme un oiseau par un reptile fasciné
Ou me débattre encor bien qu’à bout de courage ?…
Mais Seigneur, c’est à Vous de faire votre ouvrage.

Je suis votre brebis, Vous êtes mon berger.
Comme un agneau perdu me laisserez-vous manger ?
À l’aide ! Poursuivez ce loup qui me menace,
Courez et jetez-lui des pierres à la face ;

Car si vous me laissiez périr à l’abandon,
Ce Vous serait, Seigneur, un bien piteux renom
De mauvais pâtre et pour le soin de votre gloire
À personne, ô mon Dieu, ne le donnez à croire.

(Marie Noël)

 

Recueil: Les Chansons et les Heures / Le Rosaire des joies
Traduction:
Editions: Gallimard

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Regains (Patrice de La Tour du Pin)

Posted by arbrealettres sur 1 août 2018



Regains

Regains… tout le reste de la plaine est fauché;
Ce vague de l’esprit qui rôdait sur les chaumes
S’en ira balayé par le vent; le fantôme
De l’éternelle inquiétude est desséché.

Regains… je vais pouvoir nager dans le vert tendre
Des prairies, le fouillis des odeurs végétales,
Et lécher la rosée à même les pétales…
Regains… ne pas s’abandonner, mais tout comprendre.

Laisse couler en toi l’ambiance dorée;
Puisque le désir vient d’embrasser ces collines,
Caresse-les des mains : elles sont féminines,
Frémissantes, comme des vagues nacrées.

Où vas-tu, battant l’air divin avec fureur ?
Je te croyais gonflé de calme et d’espérance,
Mûri pour la sagesse et pour la renaissance…
— Peut-être la renaissance de la douleur…

(Patrice de La Tour du Pin)


Illustration

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ELLE PASSE (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 31 juillet 2018




    
ELLE PASSE

La foudre rôde aux veines du village
Et les enfants ne savent plus sourire.
Les hommes droits portent sur leur visage
La même fleur opaque du désir.

Les cuisses nues, la gorge haute et noire,
C’est le printemps qui trace son sillage
Et qui parlait de blé perd la mémoire
Et qui dormait s’éveille à ce passage,

Flairant dans l’air les chasses de l’orage
Où se retourne une biche d’argent,
Belle à mourir, cernée par les nuages,
Epouvantée des armes et du sang.

(Jean Joubert)

 

Recueil: Anthologie personnelle
Traduction:
Editions: Actes Sud

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LE FOULARD BLEU (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 31 juillet 2018




    
LE FOULARD BLEU

Le foulard bleu que tu
tressais dans tes
cheveux que tu

serrais contre ta bouche
contre tes seins
que tu laissais

voler dans l’air le
feu le foulard bleu
longtemps complice

dans la dérive
rôde et
flotte

fine fumée
d’amour absent
brume d’exil

Que dans la mort
au moins demeure
un nom la forme

d’un visage ou bien la
flamme basse et
bleue d’un foulard.

(Jean Joubert)

 

Recueil: Anthologie personnelle
Traduction:
Editions: Actes Sud

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