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Poésie

Posts Tagged ‘hésitant’

Ô inconnue discrète (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 6 avril 2019



Ô mes amis, vous tous, je ne renie
aucun de vous; ni même ce passant
qui n’était de l’inconcevable vie
qu’un doux regard ouvert et hésitant.

Combien de fois un être, malgré lui,
arrête de son oeil ou de son geste
l’imperceptible fuite d’autrui,
en lui rendant un instant manifeste.

Les inconnus. Ils ont leur large part
à notre sort que chaque jour complète.
Précise bien, ô inconnue discrète,
mon coeur distrait, en levant ton regard.

(Rainer Maria Rilke)

Illustration: Eugène de Blaas

 

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JE VEUX ÊTRE TOUT EN AMOUR (Claribel Alegría)

Posted by arbrealettres sur 27 mars 2019




    
JE VEUX ÊTRE TOUT EN AMOUR

Je veux être tout en amour
l’amant
la maîtresse
le vertige
la brise
l’eau qui reflète
et ce nuage blanc
fugitif
hésitant
qui nous recouvre un instant.

FRONTIÈRES

J’étais le nuage
et la pluie
et la mer
et je veux être le crépuscule
et le rempart
et toi.

***

Quiero ser todo en el amor…

Quiero ser todo en el amor
el amante
la amada
el vértigo
la brisa
el agua que refleja
y esa nube blanca
vaporosa
indecisa
que nos cubre
un instante.

Fronteras

Fui la nube
y la lluvia
y el mar
y quiero ser la tarde
y la muralla
y tú.

***

QUERO SER TUDO NO AMOR

Quero ser tudo no amor
o amante
a amada
a vertigem
a brisa
a água que reflete
e essa nuvem branca
vaporosa
indecisa
que nos cobre num instante.

FRONTEIRA

Fui nuvem
e chuva
e mar
quero ser a tarde
e a muralha
e tu.

***

VOGLIO OGNI COSA INNAMORATA

Voglio ogni cosa innamorata
l’amante
l’amato
stordimento
la brezza
lo specchio dell’acqua
e quella nuvola bianca
vaporosa
indecisa
che per un istante ci copre.

FRONTIERE

Ero la nuvola
e la pioggia
e il mare
e voglio essere la sera
e il muro
e te.

***

VREAU SĂ FIU TOTUL ÎN IUBIRE

Vreau să fiu totul în iubire
amantul
iubita
vertijul
briza
apa în care se reflectă
norul acela alb,
vaporos,
nehotărât,
care ne-acoperă
o clipă.

FRONTIERE

Am fost norul
și ploaia
și marea
și vreau să fiu înserarea
și peretele
și tu.

***

ΘΕΛΩ ΝΑ `ΜΑΙ Η ΑΓΑΠΗ ΣΕ ΟΛΑ

Θέλω να `μαι η αγάπη σε όλα
στον εραστή
η λατρευτή
ζάλη
η αύρα
ο καθρέφτης του νερού
κι εκείνο τ’ άσπρο σύνεφο
ατμός
αναποφάσιστος
που στιγμιαία σε καλύπτει

ΣΥΝΟΡΑ

Ήμουν το σύνεφο
κι η βροχή
κι η θάλασσα
και θέλω να γίνω το φεγγάρι
κι ο τοίχος
κι εσύ

***

IK WIL ALLES ZIJN IN DE LIEFDE

Ik wil alles zijn in de liefde
de minnaar
de minnares
de duizeling
de bries
het water dat weerspiegelt
en deze vluchtige
weifelende
witte wolk
die ons een ogenblik toedekt.

GRENZEN

Ik was de wolk
en de regen
en de zee
en ik wil de avond zijn
en de muur
en jou.

***

Пусть все любовью будет во мне

Пусть все любовью будет во мне,
и возлюбленная
и любовник
головокружение
и ветер с моря
зеркало моря
и это белое облако
такое тонкое
нерешительное
укрывшее нас на единый миг

Границы

Я была облаком
и была дождем
и была морем
и хочу быть закатом
и стеной
и хочу быть тобой

***

I WANT TO BE EVERYTHING IN LOVE

I want to be everything in love
the lover
the beloved
dizziness
the breeze
the reflecting water
and that white cloud
vaporous
indecisive
that covers us for an instant.

BORDERS

I was the cloud
and the rain
and the sea
and I want to be the noon
and the wall
and you.

***

ICH MÖCHTE ALLES IN DER LIEBE SEIN

Ich möchte alles in der Liebe sein
der Liebhaber
die Geliebte
der Taumel
die Brise
das glitzernde Wasser
und die weiße Wolke,
dampfend,
unentschlossen,
die uns einen Augenblick bedeckt.

GRENZEN

Ich war die Wolke
und der Regen
und das Meer
und ich möchte der Abend sein
und die Mauer
und du.

***

我想成为爱的万物

我想成为爱的万物
爱人者
被爱者
晕眩
微风
反光的水
和那朵朵白云
蒸汽缭绕的
那瞬间
覆盖我们的犹豫

边 界

我过去是云朵
与雨水
和海洋
而我想成为正午
与墙
和你。

***

Ez dixwazim di evînê de her tişt bim

Ez dixwazim di evînê de her tişt bim
evîndar
evînder
sergêj
şine
ava çirusî
û ewrê sipîye,
yê hulmayî,
bê biryar
yê bîhnekê dinyayê dinixumîne.

Sînor

Ez ew ewra bûm
ew barana
û zeryaya
lê ez dixwazim bibim êvar
û dîwar
û tu.

(Claribel Alegría)

 

Recueil: ITHACA 520
Traduction: Français Germain Droogenbroodt – Elisabeth Gerlache / Espagnol (Nicaragua) / Portugais José Eduardo Degrazia / Italien Luca Benassi / Roumain Gabriela Căluțiu Sonnenberg / Grec Manolis Aligizakis / Néerlandais Germain Droogenbroodt / Russe Vyacheslav Kupriyanov / Anglais Stanley H. Barkan / Allemand Wolfgang Klinck / Chinois Zhou Dao Mo / Kurde Husên Hebeş
Editions: POINT

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LA PETITE SENSATION D’AMOUR (Jacqueline Risset)

Posted by arbrealettres sur 3 janvier 2019




    
LA PETITE SENSATION D’AMOUR

« ainsi absent la mémoire posée
et plus tranquille, et apte… »

dans cette période il est possible une fois
de se livrer à la fragilité cristalline

la brûlure dans la vitre
« venant vers vous »

atomes très petits d’où très peu sûrs
hésitants très petits corps nus

le rire
qui découvre les dents

(Jacqueline Risset)

 

Recueil: L’Amour de loin
Traduction:
Editions: Flammarion

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JOURS FERMES (Georges Drano)

Posted by arbrealettres sur 10 septembre 2018



JOURS FERMES

Il y a quelqu’un d’hésitant en soi
une face qui hésite en face de soi
et ne disparaît pas aux angles
une histoire d’avant
en haut, au-dessus, une histoire appelée hier et encore

une terre organique près de soi
un voyage contre la surface de soi
contre le réseau
une réduction par le dedans
un parler dans le sillage de soi
et en avant
il y a l’action toute prête en soi et qui n’a pas lieu
l’histoire sans histoire d’être venu et de parler.

(Georges Drano)

 

 

 

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L’ESPRIT HÉSITANT (William Carlos Williams)

Posted by arbrealettres sur 19 mars 2018



 

L’ESPRIT HÉSITANT

PARFOIS le fleuve
devient un fleuve dans l’esprit

ou de l’esprit
ou dans et de l’esprit
ses rives neigent
la marée qui descend
fait une ligne sombre entre
l’eau et le rivage

Et l’esprit hésitant
qui regarde les flots
conçoit
la ressemblance qu’il

va trouver — une complexe
image : quelque chose
comme de blancs sourcils
liés par un ruban

une pensée charbonneuse
au delà, oui bien au delà
des traits mobiles
des eaux au cours

rapide, avant
que la marée
ne change
et monte de nouveau, peut-être.

***

THE MIND HÉSITANT

SOMETIMES the river
becomes a river in the mind
or of the mind
or in and of the mind

its banks snow
the tide falling a dark
rim lies between
the water and the shore

And the mind hesitant
regarding the stream
senses
a likeness which it

will find — a complex
image : something
of white brows
bound by a ribbon

of sooty thought
beyond, yes well beyond
the mobile features
of swiftly

flowing waters, before
the tide will
change
and rise again, maybe

(William Carlos Williams)

Illustration

 

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Remords en costume de nuit (Luis Cernuda)

Posted by arbrealettres sur 28 décembre 2017



Illustration
    
Remords en costume de nuit

Un homme gris marche dans la rue de brouillard ;
Personne ne le devine. C’est un corps vide ;
Vide comme pampa, comme mer, comme vent,
Déserts d’amertume sous un ciel implacable.

C’est le temps passé, et ses ailes maintenant
trouvent parmi les ombres une force pâle ;
C’est le remords, qui de nuit, hésitant,
Secrètement approche une ombre insouciante.

Ne serrez pas cette main. Plein d’orgueil le lierre
S’élèvera recouvrant les troncs de l’hiver.
Invisible dans le calme l’homme gris marche.
N’entendez-vous pas les morts ? Mais la terre est sourde.

***

Remordimiento en traje de noche

Un hombre gris avanza por la calle de niebla;
No lo sospecha nadie. Es un cuerpo vacío;
Vacío como pampa, como mar, como viento,
Desiertos tan amargos bajo un cielo implacable.

Es el tiempo pasado, y sus alas ahora
Entre la sombra encuentran una pálida fuerza;
Es el remordimiento, que de noche, dudando,
En secreto aproxima su sombra descuidada.

No estrechéis esa mano. La yedra altivamente
Ascenderá cubriendo los troncos del invierno.
Invisible en la calma el hombre gris camina.
¿ No sentís a los muertos? Mas la tierra está sorda.

(Luis Cernuda)

 

Recueil: Un fleuve, un amour
Traduction: Jacques Ancet
Editions: Fata Morgana

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Scherzo pour un elfe (Luis Cernuda)

Posted by arbrealettres sur 20 décembre 2017




    
Scherzo pour un elfe

Délicate créature :
Je souhaite que ma voix
Ne trouble pas le sortilège
Orangé de cette forêt,
Ton élément naturel,
Par ses troncs obscurs
Élevée jusqu’au ciel.

Je voudrais, en cette
Soirée translucide,
Dense comme une grappe,
Sur toi laisser une empreinte, une forme,
Jouer des branches et des feuilles,
Toi, dans le vent hésitant.

Arôme diffus, tu erres
Du pas gris des songes
Et te perds dans la brume
Que l’étang exhale,
Pensée amusée
D’un dieu amoureux.

Tu inspires l’air tout entier
Par ta magie s’épanouit,
Comme une fleur, librement,
Le désir de l’homme
Et ce repos souverain
Qui soulage la vie.

Toujours incertaine, tel l’écho
De quelque lèvre, au loin,
D’aulnes en aulnes
A la blancheur nordique,
Vibre ta svelte musique
Et dans un feu soupire.

L’amour pèse-t-il donc
Sur ton corps invisible ?
Et ses tricheries obscures
Sur le monde, par toi nous
Rappellent-elles, désir éternel,
Combien nous sommes éphémères ?

Souris, parle-moi, chante,
Si tu es bien cette extase
Entraînant les feuilles ardentes,
Dépouilles de ta seule couronne,
Avec une passion insatiable,
A se révéler dans la mort.

Sais-tu mourir aussi, mourir
Comme la beauté humaine,
Fils subtil de la forêt ?
Tu t’apaises sur la mousse,
La brume te fait taire,
Un nuage vient sculpter,
Tel un iris de nacre légère,
L’ennui que tu portes aux jours.

Je crois encore voir tes yeux,
Leur malice sereine,
Au delà des cimes nues,
Dans l’air profond
Et déjà glacé, alors que la nuit
Impérieuse se lève.

(Luis Cernuda)

 

Recueil: Les nuages
Traduction: Anthony Bellanger
Editions: Fata Morgana

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Papillons Hésitants (Siu Yin)

Posted by arbrealettres sur 25 novembre 2017



    

Papillons Hésitants, grêles, les papillons, deux par deux, frôlent la balustrade décorée.
De temps en temps, la belle leur jette un regard à la dérobée.
Leurs ailes sont si faibles, leur vol est si près, mais la belle ne peut leur faire du mal;
Elle tente de les attraper dans les fleurs et n’y parvient jamais.

(Siu Yin)

 

 

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MAISON ET CONDUITE (Carlos Drummond de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 11 mai 2017




    
MAISON ET CONDUITE

Les parties lumière
et les parties noires
du vaste manoir
découpent en plein
milieu mon cœur.

Je suis l’un ou l’autre
mouvant caractère
selon la lumière
qu’en moi il infuse
ou qui se refuse.

Ange-de-splendeur,
petite crapule,
je n’ai pas contrôle
sur moi dans la cave
ou sur le balcon.

Serai-je les deux
à l’exact instant
où j’ouvre la porte,
encore hésitants,
et la porte et moi?

Le vaste manoir
de lumière-et-d’ombre
c’est lui qui décide
comme jugera
de moi l’opinion
des grands, sans appel
pour mon moi confus
dans l’indéfinie
tombée de la nuit.

(Carlos Drummond de Andrade)

 

Recueil: La machine du monde et autres poèmes
Traduction: Didier Lamaison et Claudia Poncioni
Editions: Gallimard

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ô inconnue discrète (Rilke)

Posted by arbrealettres sur 12 novembre 2016



Ô mes amis, vous tous, je ne renie
aucun de vous; ni même ce passant
qui n’était de l’inconcevable vie
qu’un doux regard ouvert et hésitant.

Combien de fois un être, malgré lui,
arrête de son oeil ou de son geste
l’imperceptible fuite d’autrui,
en lui rendant un instant manifeste.

Les inconnus. Ils ont leur large part
à notre sort que chaque jour complète.
Précise bien, ô inconnue discrète,
mon coeur distrait, en levant ton regard.

(Rilke)


Illustration: Jean-Baptiste Valadié

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