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Posts Tagged ‘(Louise de Vilmorin)’

La solitude est verte (Louise de Vilmorin)

Posted by arbrealettres sur 27 juillet 2019




Chasseresse ou dévote ou porteuse de dons
La solitude est verte en des landes hantées
Comme chansons du vent aux provinces chantées
Comme le souvenir lié à l’abandon.
La solitude est verte.

Verte comme verveine au parfum jardinier
Comme mousse crépue au bord de la fontaine
Et comme le poisson messager des sirènes,
Verte comme la science au front de l’écolier.
La solitude est verte.

Verte comme la pomme en sa simplicité,
Comme la grenouille, coeur glacé des vacances,
Verte comme tes yeux de désobéissance,
Verte comme l’exil où l’amour m’a jeté.
La solitude est verte.

(Louise de Vilmorin)

Illustration: René Magritte

 

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L’étoile de mes voeux (Louise de Vilmorin)

Posted by arbrealettres sur 10 septembre 2018


L’étoile de mes voeux file un coton d’ennui
Tandis que l’araignée condamnée aux présages
Sur ton ombre brisée, oh! profil de mes nuits,
Prend l’ombre d’un baiser rapporté de voyage.

(Louise de Vilmorin)

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RIMES DU COEUR (Louise de Vilmorin)

Posted by arbrealettres sur 21 août 2018



RIMES DU COEUR

De ce temps si vite passé
Rien n’est resté à la patience.

Je n’eus pas le temps d’y penser
Ni de faire un traité d’alliance
J’ai tout pris et tout dépensé.

Chaque plaisir, chaque malaise
Trouvaient les mots qui font pâlir.

Rimes du cœur sous les mélèzes,
La forêt comprend le désir
Et pleurait pour que mieux je plaise.

J’ai pris le rire en sa saison
Quand il venait en avalanche.

Quand parfumés de déraison
S’ouvraient les jasmins à peau blanche
J’acceptais la comparaison.

Il faisait bon si j’étais bonne
Meilleur si je faisais semblant.

Les vœux qu’on ne dit à personne
Éveillés par le cri des paons
Chantaient au remords qui fredonne.

La neige tombe, ohé! traîneau
Je vais partir en promenade.

La neige anoblit mon manteau
Je suis la reine des nomades
Dans mon lit à quatre chevaux.

Je suis la reine sans coutumes
Qui connaît tous les jeux anciens.

La parole était mon costume
Et la lune mon petit chien
Jaloux d’un astre qui s’allume.

Une larme au bord de mes cils
Je dois poursuivre mon voyage.

Beau château restez de profil,
Pour rebroder vos personnages
Je prends mon aiguille et mon fil.

Le bonheur est un invalide
Qui passe en boitant comme moi.

Il n’a pas l’épaule solide
Mais je sais ce que je lui dois:
Mon cœur est plein, j’ai les mains vides.

(Louise de Vilmorin)

Illustration

 

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Mieux que les ours et la tigresse (Louise de Vilmorin)

Posted by arbrealettres sur 21 août 2018



Catherine Musnier  cirque [800x600]

Mieux que les ours et la tigresse,
La chatte grise, un gris d’iris,
La chouette devineresse,
La guenon, plurent à mon fils
Mieux que les ours et la tigresse.

« Je les ferai rire à mon tour.
Allons leur dire bon voyage;
Elles s’en vont au petit jour.
Rien qu’en leur demandant leur âge
Je les ferai rire à mon tour. »

Mon amour, en sa préférence
Aimait prolonger les plaisirs.
Elle reconnut son enfance
En cet enfant de nos désirs,
Notre amour et sa préférence.

Ces bêtes n’attiraient que nous,
Chacun s’en allait vers les cages
Où rampe et tourne le courroux
Des fauves grondant leur orage.
Ces bêtes n’attiraient que nous.

De la lune, les eaux laiteuses
Baignaient le campement forain.
Curieux, dompteurs et jongleuses,
Les acrobates et les nains
Se mouvaient en cette eau laiteuse.

Alors, devant les animaux
Qu’il voulut revoir dans leur cage,
Mon fils agita son chapeau,
Les taquina jusqu’à la rage.
Il taquina ces animaux.

Le feu d’une lampe à pétrole,
Troublé par un souffle de vent,
Projetait autant d’ombres molles
Que de lueurs en se mouvant,
Et cette flamme de pétrole

Tremblait sur de jeunes amants,
Baiser premier, seul baiser rare
Qu’interrompit le jeu dément
De mon fils et ses cris barbares.
Ce jeu fit trembler les amants.

« Enfant, ces bêtes sont savantes
Et, savantes, peuvent punir.
Ton jeu méchant les mécontente,
Prends garde, dis je, il faut partir.
Enfant, ces bêtes sont savantes. »

(Louise de Vilmorin)

Illustration: Catherine Musnier 

 

 

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L’HEURE D’AMOUR (Louise de Vilmorin)

Posted by arbrealettres sur 4 août 2018



L’HEURE D’AMOUR

Dans l’oiseau la pendule chante.
Les miroirs sont voilés de pleurs.
De la saison qu’amour invente
Le temps ne cueille pas la fleur,
Blanche edelweiss, étoile blanche
Dont la montagne est une hanche
Et dont la neige est de chaleur.

En l’indécis les heures sonnent.
Est-il déjà temps de dormir ?
La plus belle n’est plus personne,
Vous ne pourrez y revenir,
Son regard est de coquillage
Et sous les sables de son âge
L’oubli s’enlace à l’avenir.

—  » Venez, venez.  » —  » La méfiance
Me dit de ne vous suivre pas,
Les jeux de votre préférence
Sont passe-temps vers le trépas.  »
—  » Non, non je t’ouvre les espaces
Où la caresse se déplace
Suivant l’empreinte de tes pas.  »

Des peureux les lèvres sont sèches.
De la peur les pas sont comptés
Et le cheval de leur calèche
Ne peut descendre ni monter.
Dans l’attelage qui m’emporte
Je fuis du temps les saisons mortes.
Mes chevaux ne sont pas domptés.
—  » Dans la chambre aux heures fermée
Notre voyage sera grand.
L’étendue y est enfermée
Nous en serons les continents.  »
—  » Non, l’heure est couchée à ma place,
A sa lèvre une fleur de glace,
En ses mains mon baiser mourant.  »

Le temps d’amour est d’autre monde,
Son flot se cache dans la nuit
Des gorges où le baiser gronde,
Et sa belle étoile luit
Qu’au fond de la nuit des prunelles,
Dans ces ténèbres personnelles
D’où le désir n’est éconduit.

Je voyage et mon ombre porte
Celui qui me porte en m’aimant.
L’amour se tient à notre porte,
Ses soupirs sont mes diamants.
En me voyant ainsi parée
L’heure s’enfuit désemparée
Et retourne à ses battements.

D’imprudence je suis la reine,
De mes biens mes doigts sont les monts
Que gravit celui qui m’entraîne
A suivre ce que nous aimons.
Les lèvres des amants sont claires ;
L’amour les lave de prières.
Son accent chasse les démons.

(Louise de Vilmorin)

Illustration: Pascal Renoux

 

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Une larme (Louise de Vilmorin)

Posted by arbrealettres sur 6 juin 2018




Une larme au bord de mes cils
Je dois poursuivre mon voyage.

(Louise de Vilmorin)

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Ah! ne montez pas à mon bord (Louise de Vilmorin)

Posted by arbrealettres sur 27 mai 2018



Salvador Dali

Ah! ne montez pas à mon bord.
Je suis un navire en détresse
Sous l’offense du mauvais sort.
Ma cargaison n’est que tristesse,
Ah! ne montez pas à mon bord.

(Louise de Vilmorin)

Illustration: Salvador Dali

 

 

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CHAMBRE VOISINE (Louise de Vilmorin)

Posted by arbrealettres sur 10 mai 2018



CHAMBRE VOISINE

Écho de la chambre voisine
Mon oreille folle était là,
Tendue à l’écho qui chagrine,
Offerte aux glaives et aux glas.

L’oreille est menteuse et démente
Et le coeur est un mendiant.
L’écho de la chambre tourmente
Ma craintive oreille d’amant.

Coeur, petit chien de mon oreille,
Dévore et mon doute et ma peur
Et poursuis l’écho qui réveille
Tous les échos de ma douleur.

(Louise de Vilmorin)

 

 

 

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Oh, le plaisir de ta venue (Louise de Vilmorin)

Posted by arbrealettres sur 18 mars 2018




Oh, le plaisir de ta venue,
Oh, l’impatience retenue,
Contenue, continue,
De ton baiser chagrin.
Oh, ta gorge d’espoir bombée
Ta présence du ciel tombée,
Dérobée, absorbée
Par mes voeux souverains.

Perce-neige des matinées
Dans la neige des destinées,
Fleur aimée, condamnée
Aux sources de mes mains.
Oh, battement des nuits prochaines
Fantôme-roi de mes domaines,
Oh, ma reine en neuvaine
Je suis ton pèlerin.

(Louise de Vilmorin)

 

 

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LE MIROIR DU SORT (Louise de Vilmorin)

Posted by arbrealettres sur 18 janvier 2018



LE MIROIR DU SORT

Ainsi lorsque je pars vers un nouveau séjour
Protégeant cet enfant que je berce et console,
Souvenir insoumis tu montes à mon bord
Et pour mieux incliner mon choix vers tes trésors
Tu tends à mes refus un peu de cette eau folle
Où je vois le passé délivré qui accourt.

Assoiffée à présent de ce flot hors d’atteinte
Je retourne au rivage où dansent mes témoins,
Je cherche à retrouver les ombres qui m’appellent,
Mais tandis que je crie où les sentiers se mêlent
La route et le ruisseau vont se rejoindre au loin
Et le silence est seul à épouser ma plainte.

Sur le pont suspendu quel est ce promeneur?
Ah! c’est lui : « Hâte-toi. Tourne les yeux. Je t’aime.
Je suis à demi morte et la nuit nous attend. »
Il est là, près de moi, mais ce n’est qu’un absent
Et le chagrin revient. L’image est un problème
Qui surgit de l’espoir et se noie en nos pleurs.

Appuyée à ton bras nous partons en voyage,
C’est la fin de septembre et le vent sent les feux.
Tu souris, et je vois au-delà des platanes
Passant à contre-jour un seul corbeau qui plane
Et pour nous saluer nous trouvons que c’est peu.
A Soudain le temps se ferme et me prend ton visage.

Un rire en robe blanche arrive du lointain
Je reconnais ces voix dont l’éclat m’encourage.
Oui ce sont trois enfants qui courent dans les bois
Et sous les champignons cherchent de petits rois
Pour venir partager le gâteau de leur âge.
Revenez. Revenez. Mais le gâteau s’éteint.

La soirée est là-bas au bout de l’avenue.
Une feuille tournoie et tombe sur ma main
Comme un baiser du ciel puis tremblante s’envole
Amour, oh! mon amour tu n’as qu’une parole
Elle est partie au vent qui la rapporte en vain
Au seuil de ces jardins où j’étais bien-venue.

Laissez-moi souvenirs, déliez mes genoux,
La vision du bonheur m’est trop grande dépense
Et le baiser vautour lorsqu’est passé le temps
Vient déchirer la lèvre où le désir attend
Et l’heure en ses filets ne pêche que l’offense
Et le miroir du sort ne reflète que vous.

(Louise de Vilmorin)

 

 

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