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Poésie

Posts Tagged ‘opacité’

A qui donc se confiera l’homme (Guy Lévis Mano)

Posted by arbrealettres sur 2 mai 2019



Spectrum-SMH

A qui donc se confiera l’homme que l’opacité blesse au ventre
A qui se confiera l’homme qui sait ses yeux pleins de litanie
et n’ouvrira pas sa bouche parce que sa bouche est pleine de litanie…
et que la litanie est étang aux oreilles et croulière à l’âme

(Guy Lévis Mano)

Illustration: Euan Macleod

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RIVIÈRE (Annie Salager)

Posted by arbrealettres sur 9 février 2019




    
RIVIÈRE

Ma main d’eau ouverte
— mais qu’aurait-elle aimé
retenir entre ses doigts —
ne se soucie pas de
celles à l’insatiable avoir
qui blessent écrasent tuent
ma main aime l’oubli
et pauvreté l’a enrichie,

main devenue rivière
reverdit le champ
où le chant d’oiseau
fait l’eau des matins
quand le blé viril vole
et le féminin en lui
sourit du même désir,

main d’eau, elle s’est ouverte
malgré tant de saisons
passées à s’ignorer,
sur l’opacité de l’ombre
et la nuit des mots
qui les roule et luit

(Annie Salager)

 

Recueil: La Mémoire et l’Archet
Traduction:
Editions: La rumeur libre

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GALET (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 18 novembre 2018



 

GALET

Le moins
Le peu
Le bref
L’exigu
Prennent corps
En ce galet
Dépourvu de veines
Et de détours
Son opacité
S’oppose
Aux transparences
De l’océan
Sa cohésion
Défie
La sinueuse écume

(Andrée Chedid)

 

 

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Poésie, tu t’éloignes… (Lionel Ray)

Posted by arbrealettres sur 28 août 2018


Musicien

Poésie, tu t’éloignes sans apparence de douleur,
cela fait longtemps déjà.

Mais les arbres et les routes sont toujours là,
Les maisons résistent, les matins réapparaissent

Avec la liberté sans déchirure des vents,
La suave pluie, les baisers de rencontre,

Et nul n’ignore que le passé est un brouillard,
Une ville aux portes toutes fermées,

Ainsi les voix que nous aimions sont à jamais
Glacées, captives de l’ombre et de l’opacité,

Sauf un enfant peut-être qui aura perdu le sommeil
Et qui regarde
l’éblouissante nuit.

(Lionel Ray)

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Racine du cri (Mohammed Dib)

Posted by arbrealettres sur 28 mai 2018


le cri_Munch

annonce
à tout coup
première
beauté
soudainement
urgente

ô souffrance
et plus avant
opacité

(Mohammed Dib)

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L’attachement à soi (Philippe Jaccottet)

Posted by arbrealettres sur 19 mai 2018




    
L’attachement à soi augmente l’opacité de la vie.
Un moment de vrai oubli,
et tous les écrans les uns derrière les autres deviennent transparents,
de sorte qu’on voit la clarté jusqu’au fond, aussi loin que la vue porte;
et du même coup plus rien ne pèse.
Ainsi l’âme est vraiment changée en oiseau.

(Philippe Jaccottet)

 

Recueil: La semaison
Editions: Gallimard

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Vous êtes ô Parfums (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 16 novembre 2017



Illustration
    
Vous êtes ô Parfums,

D’une ivresse plus délectable et plus choisie
Que la caresse aux yeux, où leur splendeur s’imprègne,
Des chappes raidissant leur moire cramoisie
Et portant, d’or fané, l’agneau blessé qui saigne;

Plus naïfs et plus doux que n’est au crépuscule,
Sous des pins bleuissants embaumant la résine
Où quelque lueur d’astre en frissonnant circule,
Un champêtre duo de flûte et de clarine;

Plus somptueux et lents que le cours de l’Erèbe
Fluant son onde lourde aux plages léthargiques;
Qu’en l’honneur d’un héros, une marche funèbre
Déroulant pesamment son rythme pathétique.

Vous remplissez les coeurs d’un plus triste vertige,
D’un effroi plus aigu que l’aboi spleenitique
Lointainement d’un loup dans la nuit qui s’afflige,
Endeuillant les crénaux des donjons romantiques.

Plus que le son des cors aux ténébreuses fresques
Des forêts déchaînant le hurlement des meutes,
Parfums, vous provoquez, des désirs titanesques,
Dans l’ombre de nos coeurs les rougeâtres émeutes.

Vous êtes, ô parfums, plus comblés d’inertie
Que les violets sourds qui tombent des verrières,
Distributeurs savants de cette ataraxie
Qu’implorent nos douleurs dont le cri s’exaspère;

Plus résignés qu’ils sont en leur torpeur hindoue,
Où tout geste s’est tu, où nul désir ne râle,
Les tons silencieux dont la houle se joue,
Mer extatique, au dallage des cathédrales.

Endormeuse harmonie errante dans l’espace
Et qui bercez d’oubli nos âmes faméliques,
Vous surpassez la paix qui descend des rosaces
Quand s’unit l’orangé aux bleus mélancoliques.

Perçant l’opacité morne où nos sens résident,
Vous êtes, défiant le plus subtil orchestre,
De l’immense inconnu le langage fluide,
La voix de l’au-delà dans sa forme terrestre.

(Marie Dauguet)

 

 

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OMBRE (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 6 novembre 2017




    
OMBRE

Opacité des murs, silence
tombé sur d’obscures clameurs,
temps où sombre la patience,
soleil de plomb sur la douleur
et les ténèbres de soi-même,
formes de fer, masques de feu,
rochers refermés sur les dieux
ruisselants de pluie et de pleurs,
ouvrez, ouvrez à qui les aime,
ouvrez vos portes dont je meurs!

(Jean Tardieu)

 

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CREDO (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 1 août 2017



 

CREDO

je crois à l’opacité solitaire
au pur instant de la nuit noire
pour rencontrer sa vraie blessure
pour écouter sa vraie morsure

je crois à ces chemins
où le corps avance dans l’esprit
où l’on surprend
le bruit de fond des univers
par ces yeux
que la nuit
a pleurés en nous
par ces yeux que la vie
a lavés en nous

je crois comme Trakl
qu’il faut habiter la lumière
par un long questionnement
sans réponse

je crois à Zoran Music
dessinant ses fagots de cadavres
sur de mauvais papiers
trouvant encore la vie
au fond du désarticulé
au fond de l’incarné
au fond de l’éprouvé
exorciste
vertical

je crois aux cassures
de fièvres aux sursauts de nuit
aux césures de nerf

je crois
qu’ il faut prendre appui
sur le vent
s’agenouiller en mer
et se vouer
à l’infini

(Zéno Bianu)

Illustration: Zoran Music

 

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POULS (Tennessee Williams)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2017



    

POULS

Les larmes qui passent, devenant
notre domaine,

le conseiller bien intentionné
elles attendent, attendent !

L’opacité qui s’est glissée
sur l’oeil,

la bouche chaude, arche de désir,
asséchée par le sel,

la langue enracinée qui a imité
la libre alouette,

la névrose lasse qui
pourtant ne s’arrête,

et moi, et toi,
et tous les hommes renards,

tous les hommes pourchassés,

et seulement pour un instant,
de temps à autre,

la rencontre féroce devant
le portail brisé,

la lampe qu’on se passe en vitesse
de la main à la main,

le soupir haletant et
le contact, l’étincelle,

l’élan qui, en un battement de pouls,
laisse la main

bondir comme un poisson hors du filet
en bataille de la nuit !

***

PULSE

The tears that pass, becoming
our estate,

the well-intended counsel
wait and wait!

Opacity that crept
upon the eye,

the hot mouth, arch of want,
grown salty dry,

the rooted tongue that copied
the free lark,

the tired neurosis that
still never stops,

and I, and you,
and all foxlike men,

and all hunted men,

and only for one moment,
now and then,

the fierce encounter at
the broken gate,

the lantern quickly snatched
from hand to hand,

the gasping whisper and
the touch, the spark,

the flush that, for one pulse beat,
lets the hand

leap fishlike from the struggling
net of dark!

(Tennessee Williams)

 

Recueil: Dans l’hiver des villes
Traduction: Jacques Demarcq
Editions: Seghers

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