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Poésie

Posts Tagged ‘pesanteur’

PRIÈRE (Giuseppe Ungaretti)

Posted by arbrealettres sur 11 octobre 2019




    
PRIÈRE

Lorsque je me lèverai
du tourbillon de la promiscuité
en une sphère limpide émerveillée

Lorsque ma pesanteur me sera devenue légère

Accorde-moi Seigneur le naufrage
au premier cri de cette jeune journée.

(Giuseppe Ungaretti)

 

Recueil: Vie d’un homme Poésie 1914-1970
Traduction:
Editions: Gallimard

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L’lNTIME ABSOLU (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 6 juin 2019



    
L’lNTIME ABSOLU
Antaratama

L’objet de mon désir que je poursuivais
divaguant
n’était que peu de chose.
J’arpentais le désert —
ce qu’y cherchait mon coeur altéré
n’était ni or ni diamant,
rien qu’un peu d’eau au creux des mains
rien qu’une ombre sous les palmes d’une source
pour un instant.
Ce rien réconcilie la mort et la vie,
ce rien délasse la fatigue du chemin.

Au marché où l’air n’est que bruit
et poussière
entendre quelques notes d’un chant
est entre tout rarissime et pourtant
ce n’est que peu de chose.

C’est comme une averse éphémère
au passage imprévu d’un nuage
qu’attend la terre aride
en fin de baishakha brûlant,
comme une douce main qui réveille
d’un cauchemar suffocant.

C’est si peu de chose et pourtant
que son manque m’accable
et mon coeur inconsolable
le recherche éperdument.

Il était d’impossibles rêves
que je poursuivis et fis miens
mais que je désertai
en passant.

Le trésor qu’on ne sent que sourdre
dans ses veines,
qui fait la trame des songes,
qui siège au coeur du mouvement,
qui ne laisse d’épigraphe
ni de gloire ni de mémoire
sur écriteau de pierre ;

dans l’étoile du soir de phâlguna
s’inscrit son histoire,
son langage seule ma flûte le connaît —
ce don au tréfonds de ma vie fusionné
qui fut au-delà de mon espérance,
pour qui je ne bâtis aucune maison,
qui hors pesanteur reste dérobé à la vision,

c’est sa douleur qui emplit
mon être tout entier
c’est sa nostalgie
qui fait mon univers.

(Rabindranath Tagore)

 

Recueil: L’écrin vert
Traduction: Saraju Gita Banerjee
Editions: Gallimard

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Il reçut le don rigoureux (Guy Lévis Mano)

Posted by arbrealettres sur 15 mai 2019



 

Rockwell Kent  t

Il reçut le don rigoureux.
Et il perçut le noir en même temps que le blanc…
A force de vouloir le blanc sans ombre
il perdit ce qui persistait du blanc et du nu.
Et il eut la pesanteur du don, noir.

(Guy Lévis Mano)

Illustration: Rockwell Kent

 

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Pesanteur et tendresse (Ossip Mandelstam)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2019



 

Illustration
    
Pesanteur et tendresse, vos signes sont les mêmes, ô sœurs.
La rose pesante est sucée par guêpes et abeilles.
L’homme agonise. Du sable reflue la chaleur,
Et sur de noirs brancards on emporte l’ancien soleil.

Ah, lourds rayons de miel et tendres rets!
Plus légère est la pierre que ton nom sur mes lèvres.
Il me reste au monde qu’un souci désormais,
Un souci d’or : épuiser le fardeau du temps, sa fièvre.

L’air est trouble, je le bois comme une eau qui s’obscurcit.
On laboure le temps, et même la rose fut terre.
Dans un lent tourbillon les lourdes, tendres roses ainsi,
Les roses pesanteur et tendresse doublement se tressèrent.

***

(Ossip Mandelstam)

 

Recueil: Les poésies d’amour
Traduction: Henri Abril
Editions: Circé

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Mer et brume (Claude Pujade-Renaud)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2018




Illustration
    
Mer et brume
fusion laiteuse

Chacune se nourrit
de l’autre
l’absorbe

Au loin la corne
dite de brume
tente de les séparer

De glisser entre elles
le tranchant aigu
de la différence

N’y parvient pas

Brame
insistante
impuissante

Profil bas
le jour
et pesanteur du ciel

Brume de mort
infiltrée
dans le crépuscule
des cellules

Ni lame
ni corne
sachant disjoindre

Fusion morne

(Claude Pujade-Renaud)

 

Recueil: Instants incertitudes
Traduction:
Editions: Le Cherche Midi

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AZRAEL (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 13 décembre 2018



Illustration: Gustave Doré 
    
AZRAËL

Ailes mortes, ailes mortes en moi,
Tomber, c’est renaître
Hors de la solitude, dans la mer —
La mère des âmes égarées, des voyageurs perdus
Et des exilés du ciel.

Le souvenir de la terre est comme un poids
De vagues et d’îles; dans mon sang et mes os
La pesanteur de mon incarnation,
Plus forte que ma volonté d’être singulier,
Me brise et me détruit, me rappelle en mon lieu.

Prisonnier de ma faute, de ma beauté, de mon vouloir,
Des cellules de la vie transparentes mais murées,
Délivré par la mort innocente, je m’abîme avec joie
Dans la tombe ouverte de la terre, de la mer et de l’air,
Docile comme une pierre, un ange, ou une étoile.

Tomber, c’est renaître,
Attiré au sommet profond d’un baiser;
La mort et la naissance
Ne sont qu’un même sommeil, une grâce unique
Qui infléchit tous les trajets à la courbe de la terre.
Mon désir superbe est inféodé à la paix de l’amour
Qui régit les orages, les guerres, l’essor des ailes.

***

AZRAEL

Dead wings, dead wings in me,
To fall deep is to rise
Out of the solitude, into the sea
Mother of all lost souls, lost travellers
And aliens of the skies.

The memory of earth is like a burden
Of waves and Islands, in my blood and bone
The heavy substance of my incarnation
Stronger than my will to be atone
Breaks me and destroys me, calls me home.

Frisotter of my guilt, my beau*, and my will
The cells of life with windows but no door,
Freed now by harmless death, I gladly fall
Info the open grave of earth and sea and air
Obedient as a stone, an angel, or a star.

To fall deep is to rise
Drawn to the deep summit of a kirs,
And death and birth
Are but the same sleep and the single grace
That bends all courses to the round of earth.

My grandiose Just is subject to love’s peace
That rules all storms, and soaring wings, and vars.

(Kathleen Raine)

 

Recueil: Sur un rivage désert
Traduction: Marie-Béatrice Mesnet et Jean Mambrino
Editions: Granit

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Tous mes sens sont dardés (Norge)

Posted by arbrealettres sur 16 octobre 2018



Illustration: Renaud Baltzinger
    
Tous mes sens
sont dardés
et sonores comme
une lentille de microphone.

Je ressens la pesanteur
graduelle
du crépuscule en dépression.

Je capte les piqûres sucrées
de ces parfums
à la pointe de mes doigts,
au tranchant ouvert de mes nerfs.

Il est vrai aussi que je t’aime.

(Norge)

 

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La musique (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2018




    
La musique dissout la pesanteur de l’homme,
éclaire la maison des signes,
accélère les corrélations du coeur,
perfore les rêves et soude les morceaux détachés de l’éternité,
signalant à la fois que celle-ci n’est pas une seule.

Les mots sont une partie mystérieuse de cette musique,
à laquelle ils incorporent les subtiles métamorphoses musicales du sens jumelées au silence,
qui recueille les vaet-vient de l’occulte et allume les coïncidences du réel,
comme s’il rapprochait la flamme des cierges éteints
et toujours disponibles d’un candélabre aux bras infinis.

La poésie multiplie la musique et, en le faisant,
parfait d’une certaine manière le langage expectant de la réalité.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Martine Broda pour Roberto Juarroz
Traduction: Martine Broda
Editions: José Corti

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Le mot PIERRE (David Du Mortier)

Posted by arbrealettres sur 16 juillet 2018



Illustration
    
Le mot PIERRE : il contient un p,
celui qu’il a emprunté aux planètes
pour avoir leur pesanteur, très bien,
J’approuve. Mais il contient aussi
Un i, c’est-à-dire une colonne verticale
Surmontée d’un point ascétique
Si sec et léger qu’il ne touche plus notre monde,
Un éclat perdu…
Deux r qui roulent entre les deux e
En réalité, seuls ces deux r sont solides, durs
Et très difficiles à briser.
Autour, c’est de la terre,
Pour traîner dans les champs.

Recueil: Notes prises pour une pierre

(David Du Mortier)

 

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Pesante douceur (Hannah Arendt)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2018



Pascal Renoux

Pesante douceur

La douceur est
dans le creux de nos mains,
quand la paume
consent à la forme étrangère.

La douceur est
dans le ciel et sa voûte nocturne,
quand le lointain
à la terre s’accommode.

La douceur est
dans ta main et la mienne,
quand la proximité brusquement
nous enferme.

La mélancolie est
dans ton regard et le mien,
quand la pesanteur
nous accorde l’un à l’autre.

***

Schwere Sanftmut

Sanftmut ist
Im inneren unserer Hände,
wenn die Fläche sich
zur fremden Form bequemt.

Sanftmut ist
Im Nacht-gewölbten Himmel,
wenn die Ferne sich
der Erde anbequemt.

Sanftmut ist
In deiner Hand und meiner,
wenn die Nähe jäh
uns gefangen nimmt.

Schwermut ist
In Deinem Blick und meinem,
wenn die Schwere uns
ineinander stimmt.

(Hannah Arendt)

Illustration: Pascal Renoux

 

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