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Poésie

Posts Tagged ‘(Guillevic)’

Ma fille et la mer (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 25 mai 2018



Ma fille et la mer

Ma fille, la mer,
Tu l’as deviné,
N’est pas un cadeau
Que l’on peut te faire.

Ma fille, la vague
Est un autre monde
Où le pied s’enfonce
Et pas de réponse.

L’horizon, ma fille,
Est un grand seigneur
Qui te recevra
Quand tu l’ouvriras.

Ma fille, la ronce,
Tu l’as vu déjà,
Ne fait amitié
Qui ne soit de hargne.

Ma fille, la danse,
Que puis-je t’apprendre,
Elle est dans tes yeux
Plus fort que la mer,
Et tu la suivras.

Et l’espoir, ma fille,
Plus fort que la ronce,
La vague et la danse.

(Guillevic)


Illustration

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Je t’écris (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 22 mai 2018



Je t’écris d’un pays où il fait noir
et ce n’est pas la nuit.

Je t’écris
parce qu’il fait noir.

Je t’écris sur le mur
qui est au fond du noir.

*

Il y a le noir puisqu’il me fait t’écrire.
Il y a un mur puisque j’écris dessus
Et c’est pour toi.

Je ne sais pas ce qu’est ce noir,
Je suis dedans.

Je t’écris sur un mur au fond du noir.

*
Je sais que dehors
Il ne fait pas noir.

*

Le plus souvent le mur est droit,
Mais je crois qu’il s’incurve.

Lorsque je dis
Qu’il est au fond du noir,
c’est pour me rassurer.

J’écris sur lui
Pour que ce soit utile.

*

Si jamais tu lis sur ce mur,
Ce que j’écris pour toi,

Tu sauras peut-être
Où j’étais parqué.

*

Mais pourtant si c’était
Sur ton mur que j’écris,
Sur le mur au fond
Du noir où tu es
Et tu ne saurais pas
Que j’y écris pour toi?

*

Je te sais soleil,
Je vous sais pommiers.

Je connais l’étrange
Variété du noir
Qui a nom lumière.

De son royaume j’ai tremblé.

*

Je n’ai pas d’horizon
Au-delà de ce mur
Sur lequel je t’écris.

Je n’écrirais pas plus
Que je ne peux savoir.

*

J’écris la vérité que supporte le mur
Au fond du noir.

*

Dehors il y aurait un autre champ d’action
La trompette où souffler le jour plus fort que lui,
Comme souffle un seul feu à nu dans les chemins,
Quand midi vient éperonner
Toute la terre permanente.

Mais dehors,où t’écrire
A défaut de ce mur?

*

Dehors mais je ne saurais plus
A qui j’écris.

Et que sera dehors,
Dans le feu et dans le vent,
Celui qui doit t’écrire?

*

À moins qu’un jour –
Est-ce que ce sera le jour? –
Nous sachions être ensemble, je le veux,
Pour le dehors et pour le noir.

En notre honneur alors
Brûleront de lumière,
Mais à notre mesure,
Les pommiers, les rivières.

Alors je t’écrirais sur ce que tu verras
Flamboyer de tendresse,
Sur toutes les choses autour de nous
Dans le dehors et dans le noir.

Je n’aurais plus besoin
De chercher à t’écrire
Sur le mur introuvable
Où j’écris maintenant.

*

Qu’importe après cela
Qu’il reste encore du noir
Dans la grande lumière,
Au fond de la lumière,

Puisque tu seras là
Pour tâtonner ensemble

Et que je t’écrirai
Avec mes lèvres sur ton corps.

*

En attendant j’écris
Sur le mur qui doit être au fond du noir:

« Je bénis tes genoux,
« Je pense au jour
« Où sous mes mains ils trembleront
« Comme font les feuillages
« Avec moins de raison. »

Et nous irions
Vers la lumière guérissable.

(Guillevic)

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Comme les racines (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 11 mai 2018



On peut rêver
De partir.

On peut rêver
De rester.

Le mieux
Est de partir dans le rester,

Comme le soleil,
Comme la source,

Comme les racines.

(Guillevic)

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Point (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 11 mai 2018


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Point

Je ne suis que le fruit peut-être
De deux lignes qui se rencontrent.Je n’ai rien.

On dit : partir du point,
Y arriver.

Je n’en sais rien.

Mais qui
M’effacera ?

(Guillevic)

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Iris (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 11 mai 2018



L’iris en fleur creusait
Le jour qui le montrait.

Il s’enroulait en lui
Pour le garder à lui,

L’empêcher de partir
Pour une autre étendue.

(Guillevic)

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L’éternité (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 7 mai 2018


L’éternité
Est un espace ouvert,
Un point
Où s’enfermer.

(Guillevic)

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N’attendez pas (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 3 avril 2018


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N’attendez pas
Que vienne la dame
A quelque fenêtre.

(Guillevic)

Illustration

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Boeuf écorché (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 8 mars 2018


chagall-boeuf-ecorche

 

C’est de la viande où passait le sang, de la viande
Où tremblait la miraculeuse,
L’incompréhensible chaleur des corps.

Il y a encore
Quelque chose de la lueur du fond de l’oeil.
On pourrait encore caresser ce flanc,
On pourrait encore y poser la tête
Et chantonner contre la peur

(Guillevic)

 

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Un au-delà (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 8 mars 2018



Ce que nous approchons,
Que nous touchons,
Nous montre encore
Un au-delà
A traverser,
A caresser.

(Guillevic)

Illustration: ArbreaPhotos

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J’ai vu le menuisier (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 8 mars 2018



J’ai vu le menuisier
Tirer parti du bois.

J’ai vu le menuisier
Comparer plusieurs planches.

J’ai vu le menuisier
Caresser la plus belle.

J’ai vu le menuisier
Approcher le rabot.

J’ai vu le menuisier
Donner la juste forme.

Tu chantais, menuisier,
En assemblant l’armoire.

je garde ton image
Avec l’odeur du bois.

Moi, j’assemble des mots
Et c’est un peu pareil.

(Guillevic)

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