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Poésie

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À MA DROITE (Anise Koltz)

Posted by arbrealettres sur 7 septembre 2020




    
À MA DROITE

Nous croyons tous
en un Dieu
mais ce qui arrive
n’a pas de nom
Nous sommes comme des ivrognes
devant la nuit –
l’un de nous
fixe trop longtemps son rêve
et devient aveugle
un autre
panse sa vie blessée
un troisième protège
la forme de cire d’une morte contre le matin
qui roule par-dessus les toits
dans un tonneau en feu
C’est un nouveau jour
assourdissant
qui excite la cruauté
Un ange déchu
veille à ma droite
avec des pierres
et des oiseaux morts

Parfois la loi se trompe
la mort tombe dans le piège
dupée comme un gibier
ouvrez le brayon
rendez la liberté
à ce renard enragé
nous avons besoin de ses dents
de la douceur de son pelage
pour aimer

(Anise Koltz)

 

Recueil: Somnambule du jour
Traduction:
Editions: Gallimard

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RONDEAU DE LA CHAIR TROP LOURDE (André Berry)

Posted by arbrealettres sur 19 août 2020



Illustration
    
RONDEAU DE LA CHAIR TROP LOURDE

Toujours ce poids qui t’attache à la terre,
Ce pied de plomb tirant sur le genou,
Et cette tête à ton tronc peu légère,
Mal emmanchée à ton douloureux cou;
Toujours le fiel dans cette bouche amère,
Des yeux piquants l’âcre larme qui sourd,
La cire épaisse au creux du tympan sourd;
Du gros cerveau que la tempe resserre
Toujours ce poids!

Toujours ces dents dont l’ivoire s’altère,
Ce crin hirsute en guerre avec le pou,
Toujours ce ventre enflant en demi-sphère
La pommaison de son grotesque chou.
A sa grinçante et peineuse charnière
Toujours ce bras qui pend débile et gourd,
Cette main moite où toute crasse accourt;
Du sang, de l’os, du muscle et du viscère
Toujours ce poids!

Nul réconfort au fond de ta misère
Que de presser un être encor plus mou,
Encor plus creux : tel lard en souricière,
Offrant l’appât de son funeste trou.
Lors sans bonnet sur ton occiput glabre,
Sans gant le carpe et le fémur sans bas,
En toute paix par les luneux sabbats
Tu branleras le tarse au bal macabre.
Courage encor!

(André Berry)

 

Recueil: Poèmes involontaires suivi du Petit Ecclésiaste
Traduction:
Editions: René Julliard

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PASSE TA ROUTE (Herri Gwilherm Kerouredan)

Posted by arbrealettres sur 4 juillet 2020



PASSE TA ROUTE

I
L’égire du matin
stances muettes sur le seuil
lave ton corps déchu

avant qu’un fouet de houx
porteur d’une voix sans écaille
sillonne l’horizon

d’une main rejeté
à ta limite de l’épaule
dans la nuit de l’extase.

II
Lavandières voici minuit
l’eau trouble de la fontaine
attend déserte dans les pierres
recel d’une arche de frai
votre rencontre du blasphème
un siècle l’autre parfois

vierges jusqu’aux primes lueurs
lustrez d’oxyde les glaives
sous l’argile bleue répandus.

III
Salve dans l’oreille
dure fuyant par les ajoncs
certains qui le guettent
se terrent dans l’ajour des volets

jaunes sont les yeux
durant que le chemin se trace
déjà saccagé
par un geste aveugle de l’obscur

visage entre les bibelots
d’argile brûlé.

IV
Etreinte sombre de l’aïeul
des icônes se dérobe
lorsque cerné d’un linceul de plomb
se lève le soleil
lui franc gladiateur déjà ivre
d’un signe assèche les fleuves

bercée loin de l’étoile du gîte
sur les dalles se révulse
une complainte des sources.

V
Soleil de trembler
entre la plaine
la chute des épis
dans l’oreille vespérale
tu soulèves le vent
poitrine nue
à perte d’horizon.

VI
A midi germe de l’obscur
un pas sous le cèdre mesure
terreau d’ancienne douleur
le lieu perfide du repos

par la profusion des épis
l’oeil s’aveugle de désir.

Qui du ciel de l’été
épuise par l’hiver
l’aube des frissons

de ce geste figé
un pas dans les frimas
l’autre sous la lampe

enchante-t-il ce ciel
carmin de l’horizon
sur les routes blanches

où se bercent les corps
près des sources du soir
embaumés de songes.

Le fruit se gâte
quinquet sous la pluie
femme de ta main noire
guide vers le seuil

va quérir l’urne
mais le vent referme
qui de l’aube à la nuit
se trace des fleuves

terroir veux-tu
s’évasent les mains
brodeuses de repos
pour l’arbre du soir.

lX
Ses doigts se joignent sur sa plaie
par le sillon il titube
avant l’arbre de chez nous

le ventre s’ouvre sur la terre
appelant de l’océan
l’ondée du matin sur lui

passe ta route dira l’hôte
une pierre dans les yeux.

X
Mante glaciale du regard
contre la vitre dressé
recouvre de ton charme l’os
d’une blême nudité
hors la pluie se glissant caverne
flammes sur des lèvres de cire

brise la fleur des fournaises
souffle ce maître verrier
teintant de nuit l’âme des sables.

(Herri Gwilherm Kerouredan)

Illustration: Josiane Moïmont

 

 

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Lorsque parait la lune citadine (Ossip Mandelstam)

Posted by arbrealettres sur 4 juillet 2020




Lorsque parait la lune citadine sur les places
Et la ville assoupie s’en illumine lentement,
Et la nuit s’épaissit, pleine de cuivre et de mélancolie,
Et la cire mélodieuse au temps cruel fait place;

Et le coucou gémit au sommet de sa tour de pierre,
Et la blême moissonneuse, en ce monde sans souffle descendue,
Fait bruire doucement les énormes aiguilles d’ombres
Et répand la paille jaune sur le plancher de bois…

(Ossip Mandelstam)


Illustration: Alina Maksimenko

 

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Retouche à la sérénité (Daniel Boulanger)

Posted by arbrealettres sur 1 juin 2020



 

petale_nuit_arbre

retouche à la sérénité

le soir a l’odeur de la cire

nuages
biscuits fin de siècle
sur la mer en marbre

l’espace n’est pas plus grand que ma chambre
un oiseau tombe avec la lenteur d’un pétale

(Daniel Boulanger)

 

 

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L’arc de triomphe (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 29 mai 2020


L’homme assis dans l’escalier
des heures durant
médite la beauté malheureuse
marches et rampe sont de chêne
à trous de vers et cire dure.
Il saisit la main dans les ombres calmées
d’une femme fragile.
Si par la lucarne le couple regardait
il verrait qu’entourent des champs arides
l’arc de triomphe romain
ce jour-là haut vestige,
à couleur du pain brûlé.

(Jean Follain)

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Lampe fleur de patience (Daniel Boulanger)

Posted by arbrealettres sur 29 mai 2020



 

Adolph Friedrich Erdmann von Menzel  emilie-the-artists-sister-asleep

retouche à l’étude

lampe fleur de patience

dans le demi-jour craque
le meuble ciré du silence

(Daniel Boulanger)

Illustration: Adolph Friedrich Erdmann von Menzel

 

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Invérifiable (Etienne Paulin)

Posted by arbrealettres sur 23 avril 2020




Illustration: ArbreaPhotos
    
Invérifiable

chère enfance,
avec toi je ne gagnerai pas d’argent

je veux juste le bord du trottoir
le ciment esquinté
jointure un peu poudreuse
dessins mal faits à la craie sur le goudron
riens qu’on a laissés
que le ciel use

cires suies le square est doux
ses quelques arbres parlent

(Etienne Paulin)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Recueil: Là
Traduction:
Editions: Gallimard

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L’épingle (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 21 avril 2020


La ville face au flot se dresse
au grand large
les queues d’un troupeau de baleines
battent ensemble sous les nuages
malgré tout s’entend
l’épingle qui tombe
d’un manteau de cheminée
sur une lame d’un parquet
point ciré depuis des années.

(Jean Follain)

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LE RETOUR DES DIEUX (Georges Henein)

Posted by arbrealettres sur 19 avril 2020


 


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LE RETOUR DES DIEUX

Seins issus d’une fête labiale
et cachetés à la cire du souvenir
une fille sourit à sa peau
dans le vent nu des campagnes
puis ses mains descendent le long
comme l’ancre d’un vaisseau
reconduit à la terre

Reflet exténué des saisons vécues
elle se replie sur un mal
plus secret que toute mort
sur la tige nacrée de sa solitude
de son corps
sur l’odeur brusque de l’amour
dans un tiroir d’embruns

les doigts à l’épreuve du tambour
la taille sur la pente du cerceau
elle s’affaiblit dans l’eau légère
de sa propre distance
comme un sort mal jeté

Aucun réveil pourtant
aucun réveil possible
sans le retour des Dieux
auxquels nulle croyance n’est due.

(Georges Henein)

Illustration: Campos Edson

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