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Poésie

Posts Tagged ‘risque’

Tu t’ennuies ? (Francis Jammes)

Posted by arbrealettres sur 16 juillet 2022



Tu t’ennuies ? —
— Elle dure
cette pluie
qui est dure.

Je prends ma
pipe en glaise
que j’allume à
une braise.

Tu es loin
et tu penses
dans un coin
aux vacances.

Les pavés,
par la pluie
sont lavés.
Je m’ennuie.

Aux carreaux
blancs, j’écoute
tomber l’eau
froide en gouttes.

Tu ne vien-
dras pas, puisque
tu es loin :
pas de risque.

Tu es loin :
je m’ennuie :
je n’entends rien
dans la pluie :

c’est de l’eau
fine ou dure,
passant tôt
ou qui dure.

Je n’y vois
rien. —
Entendre
là des voix
en deuil, tendres? …

Je ne puis :
c’est la pluie
d’un jour gris
qui essuie.

(Francis Jammes)

Illustration : www.ruedulavoir.com

 

 

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Nocturne (Germaine Beaumont)

Posted by arbrealettres sur 4 juillet 2022



Illustration: George Hyde Pownall
    
Nocturne

Des Irlandaises vendaient sous les portes
des pommes de terre qui me brûlaient les doigts.
Quel vent désolé vous apporte
Londres, mon Londres d’autrefois ?

Les chats cousaient les maisons l’une à l’autre
d’un fil noir, d’un fil roux, d’un fil blanc.
Ils faufilaient le jour et la nuit l’un à l’autre.
Des « derelicts » dormaient, distingués, sur des bancs.

La Tamise montait, mais en nappes légères
d’odeurs et de brouillards ténus.
Que de songes ainsi, dans l’ombre, sont venus
se prendre à vos chapeaux, nocturnes passagères !

L’Adelphi, vers le flot glissait en froides pentes
qu’une lanterne transperçait.
Et l’ivresse nouait sa forme titubante
aux « street lamps » qu’elle enlaçait.

Parfois un rat, qu’un bruit insolite déloge
s’enfonçait dans la vase avec un sifflement.
L’éternité bat dans vos cœurs comme une horloge,
Pèlerins de la nuit qui marchez en dormant.

J’ai frôlé, jeune encor, sans mesurer le risque,
ces épaves du temps perdu,
Cléopâtre dressant sa petite obélisque,
montrait le ciel d’un doigt tendu.

Elle perçait de l’aiguille,
votre opaque intensité,
nuit de Londres où scintille,
l’astre du déshérité.

Le bruit d’un pas, ce tendre ami des rues désertes
sonne encor dans mon souvenir.
Mon cœur attend au seuil d’une porte entrouverte,
ce qui ne peut plus revenir.

Mon cœur perçoit au loin le convoi qui déraille
avec ses morts et ses vivants.
Quelqu’un court dans la nuit derrière un brin de paille
mais c’est le vent, mais c’est le vent.

(Germaine Beaumont)

 

Recueil: Poésie au féminin
Traduction:
Editions: Folio

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La stratégie de l’extase (Claude Vigée)

Posted by arbrealettres sur 23 mars 2021



Illustration: Nathalie Mounier
    
La stratégie de l’extase

Esprit, fais-toi mer pour franchir la mer, nature pour surmonter la nature,
Mortel et agonisant pour devancer la mort et l’agonie.
Embrasse le monde afin de traverser le monde, d’absorber en toi tout l’espace et son temps !
Ton cœur fait monde, esprit, sans rien en retenir,
Par la grâce du saut léger te voilà sauvé de toi-même.
Mais le don ne s’achève qu’en te livrant à ce monde triste avec joie,
En t’y abandonnant dès aujourd’hui au risque de ta perte totale.
Au cœur de l’orage il y aura peut être un instant de rencontre:
Un seul éclair suffit, avant la dispersion mortelle dans la nuit.

(Claude Vigée)

 

Recueil:
Traduction:
Editions:

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Il existe un espace que rien ne menace (Christiane Singer)

Posted by arbrealettres sur 1 septembre 2020




Illustration
    
Il existe un espace que rien ne menace, que rien jamais n’a menacé
et qui n’encourt aucun risque de destruction,

un espace intact,
celui de l’Amour qui a fondé notre être.

(Christiane Singer)

 

Recueil: Où cours-tu ? Ne sais-tu pas que le ciel est en toi ?
Traduction:
Editions: LE LIVRE DE POCHE

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Méfiance (Raymond Carver)

Posted by arbrealettres sur 4 juin 2020




    
Méfiance

Essayant d’écrire un poème alors qu’il fait encore noir dehors,
il a la sensation incontestable d’être observé.
Posant la plume il regarde autour de lui. Au bout d’une minute,
il se lève pour parcourir les pièces de sa maison.
Il vérifie les placards. Rien, bien sûr.
N’empêche, il ne veut courir aucun risque.
Il éteint les lampes et s’assied dans le noir.
Fumant sa pipe jusqu’à ce que la sensation se soit dissipée
et que dehors monte la lumière. Il regarde
la feuille blanche devant lui. Puis se lève
pour faire encore une fois le tour de la maison.
Le bruit de sa respiration l’accompagne.
Autrement rien. Évidemment.
Rien.

(Raymond Carver)

 

Recueil: Poésie
Traduction: Jacqueline H. jeem-Pierry Carasso et Emmanuel Moses
Editions: De l’olivier

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L’observance de l’éthique du poème (Pierre Oster)

Posted by arbrealettres sur 16 octobre 2019



    

L’observance de l’éthique du poème
nous donne de nous livrer sans risque
à l’étroitesse de la vie.

(Pierre Oster)

 

Recueil: Paysage du Tout
Traduction:
Editions: Gallimard

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Nos plus Beaux Moments (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 24 avril 2019


beauté

Nos plus Beaux Moments, s’ils duraient –
Détrôneraient le Ciel –
Que peu d’instants – et par Risque -procurent –
Aussi n’en est-il – dispensé –

Que comme stimulants – dans
Les cas de Désespoir –
Ou de Stupeur – Une Réserve –
Sont ces Célestes Heures –

Un Don du Divin –
Qui Tout comme il est Venu –
Se retire – laissant l’Ame éblouie
Dans son Appartement nu –

(Emily Dickinson)

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Les autres attendent notre mort (Miriam Silesu)

Posted by arbrealettres sur 3 mars 2019




    
Les autres attendent notre mort
pour nous pardonner d’être.
Mort ils peuvent nous adorer
sans risque.

(Miriam Silesu)

 

Recueil: Cinéraire
Traduction:
Editions: Lettres vives

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Qui veut se souvenir (Maurice Blanchot)

Posted by arbrealettres sur 23 février 2019


 


 

Brendan Monroe -circulate

Qui veut se souvenir doit se confier à l’oubli,
à ce risque qu’est l’oubli absolu,
et à ce beau hasard que devient alors le souvenir.

(Maurice Blanchot)

Illustration: Brendan Monroe

 

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Pour sortir de prison (Patrizia Cavalli)

Posted by arbrealettres sur 27 décembre 2018



 

Mais vraiment pour sortir de prison
a-t-on besoin de connaître le bois de la porte,
l’alliage des barreaux, d’établir l’exacte
gradation de la couleur? A devenir
comme ça de grands experts, on court le risque,
après, de s’y attacher. Si tu veux vraiment
sortir de prison, sors tout de suite,
et même, avec ta voix deviens une chanson.

(Patrizia Cavalli)

Illustration

 

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