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SI JE VEUX UNE RECOMPENSE (Mihai Beniuc)

Posted by arbrealettres sur 12 juin 2020



Mihai Beniuc
    
SI JE VEUX UNE RECOMPENSE

Je ne me grise pas de l’idée d’être grand,
Et je croirais plutôt être une apparition
Comme on en voit monter au carrefour des âges
En ce monde, jamais appelées par personne.
Et si ces visions même n’ont pas de voix,
Elles sèment l’inquiétude en toute vie.

Je ne veux guère, au vrai, paraître davantage,
Quand bien même pour le silex je sois briquet
Et, pour les eaux, une suite de cataractes.
Mais je n’ai pas signé de pacte avec le diable
Pour avoir en échange une once de bonheur.
Je vais, au long du temps, calmement, à ma perte.

Si je veux une récompense, qu’elle soit
De laisser après moi le monde plus humain.
Qu’il y ait plus de pain, de livres, de lilas
Et de chaleur dans la maison du démuni,
Et, s’il se peut, je veux, non certes des miracles,
Mais de plus en plus rare la pluie des mensonges

(Mihai Beniuc)

 

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Elle aura bu toutes les nuances de la rosée (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 22 février 2020



Elle aura bu
Toutes les nuances
De la rosée.

Ne te trouvera pas indigne
De prendre la suite.

(Guillevic)


Illustration

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HAPPY NEW YEAR (Julio Cortázar)

Posted by arbrealettres sur 1 janvier 2020




    
HAPPY NEW YEAR

Écoute, je ne demande pas grand-chose,
seulement ta main, la tenir
comme une rainette qui dort contente ainsi.
J’ai besoin de cette porte que tu m’offrais
pour entrer dans ton monde, ce petit bout
de sucre vert, joyeux de sa rondeur.
Me prêtes-tu ta main cette nuit
de fin d’année et de chouettes enrouées ?
Tu ne le peux pas pour des raisons techniques. Alors
je la tisse avec l’air, ourdissant chaque doigt,
la pêche soyeuse de la paume
et le verso, ce pays d’arbres bleus.
Je la prends ainsi et je la soutiens, comme
si de cela dépendaient
beaucoup des biens du monde,
la suite des quatre saisons,
le chant des coqs, l’amour des hommes.

***

Happy new year

Mira, no pido mucho,
solamente tu mano, tenerla
como un sapito que duerme así contento.
Necesito esa puerta que me dabas
para entrar a tu mundo, ese trocito
de azúcar verde, de redondo alegre.
¿No me prestás tu mano en esta noche
de fìn de año de lechuzas roncas?
No puedes, por razones técnicas.
Entonces la tramo en el aire, urdiendo cada dedo,
el durazno sedoso de la palma
y el dorso, ese país de azules árboles.
Así la tomo y la sostengo,
como si de ello dependiera
muchísimo del mundo,
la sucesión de las cuatro estaciones,
el canto de los gallos, el amor de los hombres.

(Julio Cortázar)

 

Recueil: Crépuscule d’automne
Traduction: Silvia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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Suite ininterrompue… (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 22 janvier 2019



Suite ininterrompue…

Le ciel ouvre son oeil-de-boeuf
Derrière lequel le soleil gesticule dans des contrées de bruine
Je regarde déguerpir le paysage et se dissiper le clocher
Je découvre le port sous le soleil laiteux d’un ciel nébuleux
Où les mouettes ricanent au-dessus du lancinant tangage des barques
Je parcours ces grèves grises d’herbe salée
Le long de rus obscurs
Jusqu’à cet horizon hermétique
De terres sans fin

Une meute de nuages assaille le rivage salutaire
Je guette une éclaircie pour découvrir des dunes indolentes
Que frôlent d’infimes faisceaux de lumière opaline

À travers un ciel vaporeux
Je pénètre au cœur des forêts clémentes sous de sombres futaies
Où la végétation étouffe le sol

Jour neige ou jour pluie en absence de soleil
Gouttes ou flocons léthargiques et légers
Qui se précipitent et s’alourdissent
Sur la campagne désolée

Les oiseaux s’enfuient
L’eau galope dans les rigoles
L’éclat tendre de l’aube tarde
Au début de cet instant
J’en vis la fraîcheur

J’accompagne l’onde dans la clarté fauve du midi
Jusqu’à cette brume bleue sur la mer
À travers ce bosquet enveloppé de vapeur
Sur ce mystérieux sentier de sable

Je découvre les coloris qu’arborent les parfums
Un brisant d’écume aux arêtes marquées
D’un vert qui est celui d’une vague sertie
Dans une émeraude de la plus belle eau

(Jean-Baptiste Besnard)

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Je n’ai jamais très bien su (Alain Jouffroy)

Posted by arbrealettres sur 22 juin 2018



    

Je n’ai jamais très bien su,
quand je commençais d’écrire un livre,
ou même un poème, n’importe quel texte,
ce que je voulais exactement dire.

Mais c’est l’ignorance de la suite à donner aux premiers mots
qui m’a toujours stimulé.

Pour moi, il n’y a jamais de fin possible à rien,
mais des suites, rien que des suites.

Je ne cesse de commencer le commencement de ce que je ne saurais jamais finir
et que d’ailleurs personne ne saurait achever à ma place.

(Alain Jouffroy)

 

Recueil: Être-Avec
Traduction:
Editions: De la Différence

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II (Suite Mystique) (Edmond-Henri Crisinel)

Posted by arbrealettres sur 9 juin 2018



Illustration: Gilbert Garcin
    
II (Suite Mystique)

O sainteté !
En ce désert
Où j’ai lutté,
J’ai vu ta palme
Profuse et calme :
Haut dans les airs,
Un faible cri
A retenti.
Depuis, je tourne
Autour de l’arbre,
Et tout s’ajourne
Jusqu’à mourir.
Le froid désir
D’un fût de marbre
Sèche les pierres
De mes prières.

(Edmond-Henri Crisinel)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Recueil: Oeuvres (complètes)
Traduction:
Editions: L’âge d’homme

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La Folle (Edmond-Henri Crisinel)

Posted by arbrealettres sur 9 juin 2018



Illustration: Sara Castro
    
La Folle

Elle a les cheveux blancs, très blancs. Elle est jolie
Encore, dans sa robe aux chiffons de couleur.

Elle emporte, en passant, des branches qu’elle oublie:
Les jardins sont absents et morte est la douleur.

Elle a des yeux d’enfant qui reflètent les jours,
Eau transparente ou passe et repasse une fuite.

Sa sagesse est donnée avec des mots sans suite,
Des mots divins qui vont mourir dans le vent lourd.

(Edmond-Henri Crisinel)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Recueil: Oeuvres (complètes)
Traduction:
Editions: L’âge d’homme

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Quand trouverai-je la réponse (Sylvie Fagre G.)

Posted by arbrealettres sur 31 mars 2018




    
Quand trouverai-je la réponse,
l’intimité d’une réponse au vide torturant qui m’entoure ?
Et comment survivre aux défaillances et aux peurs,
replis et troubles, ciels et pentes où l’esprit s’égare ?

Sans suite et sans retour, pourtant j’avance,
je ne peux m’arrêter sur ce chemin
où le mal me ressemble aussi,
où la vie perd sa substance,
où je deviens cet effacement progressif d’un moi
qui est figure dérisoire de souffrance.

Et c’est à la lisière des nuits que m’arrive le brin de connaissance,
le plus fragile des biens que mon coeur ait conquis par tant de peine.
Fermée aux larmes, lèvres serrées, et soulevant la tête,
j’entends ce cri semé de météores,
ce cri fort d’espérance qui lapide l’obscur.

Je me penche et reçois le reflet de sa lumière.

(Sylvie Fagre G.)

 

Recueil: Frère humain
Traduction:
Editions: L’AMOURIER

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La feuille d’un palmier (Jules Supervielle)

Posted by arbrealettres sur 6 mars 2018



Illustration: Andrey Bobir
    
La feuille d’un palmier privé de ses racines,
Murmure à mon oreille une chanson sans suite.
Le ciel tout près de moi me tourmente et me ment,
Il m’a pris mes deux chiens gelés restés derrière,
Et j’entends leur exsangue, immobile aboiement,
Les étoiles se groupent et me tendent des chaînes.
Faudra-t-il humblement leur offrir mes poignets ?
Une voix qui voudrait faire croire à l’été
Décrit un banc de parc à ma fatigue humaine.
Le ciel est toujours là qui creuse son chemin,
Voici l’écho des coups de pic dans ma poitrine.
Ô ciel, ciel abaissé, je te touche des mains
Et m’enfonce voûté dans la céleste mine.

(Jules Supervielle)

 

Recueil: Le forçat innocent suivi de Les amis inconnus
Traduction:
Editions: Gallimard

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Des brindilles (Jean-Pierre Chambon)

Posted by arbrealettres sur 1 mars 2018




    
Des brindilles composent sur la neige
des suites de signes discontinues
ça et là sur le lac la glace fendillée
laisse affleurer une langue d’eau tremblante
le chuchotis des flocons couvre
l’étendue silencieuse
tout veut parler
tout se tait

(Jean-Pierre Chambon)

 

Recueil: Tout-venant
Traduction:
Editions: Héros-Limite

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