Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘aumône’

AUTOMNE (Marie-Claire d’Orbaix)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2019



OLYMPUS DIGITAL CAMERA

AUTOMNE

Nul soleil
au jardin,
sauf dans l’arbre
et sa fanfare de feuilles.

Nul mouvement
au jardin,
sauf les gestes légers du vent
dans l’accomplissement de la lumière.

Nulle parole
au jardin,
sauf un murmure de papier,
et, goutte à goutte,
l’aumône des feuilles
vers le sol pauvre

(Marie-Claire d’Orbaix)

Illustration: ArbreaPhotos
 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Comme (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 13 septembre 2018



 

as de coeur

Comme

Come, dit l’Anglais à l’Anglais, et l’Anglais vient.
Côme, dit le chef de gare, et le voyageur qui vient dans cette ville
descend du train sa valise à la main.
Come, dit l’autre, et il mange.
Comme, je dis comme et tout se métamorphose, le marbre en eau, le ciel
en orange, le vin en plaine, le fil en six, le coeur en peine, la peur en seine.
Mais si l’Anglais dit as c’est son tour de voir le monde changer de forme à sa convenance
Et moi je ne vois plus qu’un signe unique sur une carte:
L’as de coeur si c’est en février,
L’as de carreau et l’as de trèfle, misère en Flandre,
L’as de pique aux mains des aventuriers.
Et si cela me plaît à moi de vous dire machin,
Pot à eau, mousseline et potiron.
Que l’Anglais dise machin,
Que machin dise le chef de gare,
Machin dise l’autre,
Et moi aussi.
Machin.
Et même machin chose.
Il est vrai que vous vous en foutez.
Que vous ne comprenez pas la raison de ce poème.
Moi non plus d’ailleurs.
Poème, je vous demande un peu?
Poème? je vous demande un peu de confiture,
Encore un peu de gigot,
Encore un petit verre de vin
Pour nous mettre en train…
Poème, je ne vous demande pas l’heure qu’il est.
Poème, je ne vous demande pas si votre beau-père est poilu comme un sapeur.
Poème, je vous demande un peu… ?

Poème, je ne vous demande pas l’aumône,
Je vous la fais.
Poème, je ne vous demande pas l’heure qu’il est,
Je vous la donne.
Poème, je ne vous demande pas si vous allez bien,
Cela se devine.
Poème, poème, je vous demande un peu…
Je vous demande un peu d’or pour être heureux avec celle que j’aime.

(Robert Desnos)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Deux mendiants (Ko Un)

Posted by arbrealettres sur 31 mai 2018



Deux mendiants
qui partagent le riz de l’aumône

un croissant de lune éclatant

(Ko Un)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , | 1 Comment »

Par les portails de Sinera (Salvador Espriu)

Posted by arbrealettres sur 4 avril 2018



    

Par les portails de Sinera
je passe en mendiant des miettes
de vieux souvenirs. Les rues
silencieuses résonnent
de la faible prière inutile.
Nulle charité ne me taille
le pain que je mangeais,
le temps perdu. Seuls
m’attendent, pour me faire l’aumône,
de fidèles cyprès très verts.

***

Pels portals de Sinera
passo captant engrunes
de veils records. Ressona
ais carrers en silenci
el feble prec inútil.
Cap caritat no em llesca
el pa que jo menjava,
el temps perdut. M’esperen
tan sols, per fer-me almoina,
fidels xiprers verdíssims.

(Salvador Espriu)

 

Recueil: Cimetière de Sinera
Traduction: Mathilde et Albert Bensoussan et Denise Boyer
Editions: Ibériques

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Gratitudes (Max Elskamp)

Posted by arbrealettres sur 17 mars 2018



Gratitudes

Choses qui nous fûtes d’aumône,
Aux jours que nous avons comptés.

En ce pays gris et d’automne
Dans les mois longs comme d’années,

Soleil ici pour commencer,
Qui parfois nous a dit l’été,

Arbres si souvent fraternels
D’abri mouvant les jours de pluie,

Et mer, elle, parfois cruelle,
Mais douce à ses heures aussi,

Justice ici vous soit rendue,
Vous qui nous fûtes de merci,

Choses qui nous avez aimés
Sur la grève, vêtus ou nus,

Quand de rancoeur durs et fermés,
Yeux battants et bouche cousue,

C’était nous silents et muets
Portant nos chagrins, nos regrets,

Et lors, et de tout revenus,
Souvent aigris, parfois mauvais.

Or choses ici de la plage
Avec lesquelles dans le vent

Nous avons vécu en ménage
En ce pays trop de marchands,

Choses qu’on n’achète et ne vend,
Lits tout faits et de sable blanc,

Avec nos bras pour traversin,
Pour bougie, en son temps la lune,

Et pour y boire et dans chacune,
Verres, les creux de nos deux mains ;

Choses aussi mais d’infortune,
Quand, hautes eaux, marée montait

En visites inopportunes
Noire d’embruns déménager

Et porter dans l’ajonc des dunes
Précaire un bien, sien qu’on croyait,

Choses alors, même en la pire,
Choses, ici, qui saviez rire,

Pour amender, pour apaiser,
En nous la colère montée,

Choses alors soyez louées,
Qui riiez pour nous consoler.

(Max Elskamp)

Illustration: Tina Palmer

 

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Il y a trop de lumière sur notre lit (Luis Mizón)

Posted by arbrealettres sur 15 février 2018



 

Il y a trop de lumière sur notre lit
tu enfiles une robe de plume
et tes bas convergent vers ton rêve
je demande l’aumône
près du mur qui sourit
mon reflet sur les briques
se brise en silence
sous les draps
un arbre pousse
déguisé en musicien des rues
et en vendeur de glaces

(Luis Mizón)

Illustration: Alberto Pancorbo

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

L’aumône (Jean Cocteau)

Posted by arbrealettres sur 6 janvier 2018


murciano-Desespoir

Un conseil, s’il vous plaît! Voyez, je tends mon âme…
Remplissez-la des mots qui réconforteront,
N’ayez pas de colère et n’ayez pas de blâme,
Posez votre fraîcheur aux fièvres de mon front.

Vous la voyez, mon âme, elle est laide, elle est vile,
Elle hésite – lancez un doux conseil dedans,
Ainsi qu’on fait tomber un sou dans la sébile
Qu’un chien d’aveugle, aveugle aussi, serre en ses dents.

Un conseil! Un conseil! Un conseil! ou je tombe…
Je tourne… A mon secours si vous ne venez pas,
Je vais mordre la boue, en bas, très bas!! plus bas!!!

Sauvez-moi! C’est trop gras, c’est trop noir, c’est trop laid!
C’est l’horreur, c’est le trou, c’est l’éternelle tombe.
Voyez, je tends mon âme! Un conseil, s’il vous plaît!

(Jean Cocteau)

Posted in poésie | Tagué: , , , , | 4 Comments »

Dans quelques jours (Luis Cernuda)

Posted by arbrealettres sur 4 janvier 2018



 

Illustration: Kazuya Akimoto
    
Chair de la mer

Dans quelques jours très courts ce sera l’automne
en Virginie,
Lorsque les chasseurs, le regard de pluie,
Regagnent le pays natal, l’arbre qui n’oublie pas,
Moutons terribles à voir,
Dans quelques jours très courts ce sera l’automne
en Virginie.

Oui, dans l’étreinte étroite des corps,
Lèvres sur la clé la plus intime,
Que dira-t-il, lui, peau de naufrage
Ou douleur avec la porte close,
Douleur face à douleur,
N’attendant pas non plus d’amour ?

L’amour s’en vient, s’en va, regarde ;
L’amour s’en vient, s’en va,
Sans faire l’aumône aux nuages mutilés,
Ses vêtements sont des haillons de terre,
Et lui il ne sait pas, il ne saura jamais plus rien.
Inutile aujourd’hui de passer la main sur l’automne.

***

Carne de mar

Dentro de breves días será otoño en Virginia,
Cuando los cazadores, la mirada de lluvia,
Vuelven a su tierra nativa, el árbol que no olvida,
Corderos de apariencia terrible,
Dentro de breves días será otoño en Virginia.

Sí, los cuerpos estrechamente enlazados,
Los labios en la llave más íntima,
c Qué dirá él, hecho piel de naufragio
O dolor con la puerta cerrada,
Dolor frente a dolor,
Sin esperar amor tampoco ?

El amor viene y va, mira;
El amor viene y va,
Sin dar limosna a nubes mutiladas,
Por vestidos harapos de tierra,
Y él no sabe, nunca sabrá más nada.
Ahora inútil pasar la mano sobre otoño .

(Luis Cernuda)

 

Recueil: Un fleuve, un amour
Traduction: Jacques Ancet
Editions: Fata Morgana

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Je ne regrette rien J’avance (Paul Eluard)

Posted by arbrealettres sur 13 décembre 2017


funambule

 

L’aube grise les yeux ternis
La faim calmée par une aumône
La plaie pansée par l’ennemi
La plaie léchée par un ami
La maison habitée même par le désastre
Les routes mêmes défoncées
Les mains si douces abîmées
Les lèvres roses déflorées
Une chasse sans gibier
Une corde sans pendu
Une femme sans enfants
Les murs de ma cécité
Tout autour de ma vision
Une voix sans contredit
Une intime surdité
Un passé hypothétique
Un avenir assuré
Un amour non éternel

Je ne regrette rien
J’avance

(Paul Eluard)

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , | 10 Comments »

DÉJÀ ! (Henry Bataille)

Posted by arbrealettres sur 14 novembre 2017



Illustration: Edvard Munch
    
DÉJÀ !

Hé quoi ?… Déjà ?… Amour léger comme tu passes !
A peine avons-nous eu le temps de les croiser
Que mutuellement nos mains se désenlacent.
Je songe à la bonté que n’a plus le baiser.

Un jour partira donc ta main apprivoisée !
Tes yeux ne seront plus les yeux dont on s’approche.
D’autres auront ton coeur et ta tête posée.
Je ne serai plus là pour t’en faire un reproche.

Quoi ? sans moi, quelque part, ton front continuera !
Ton geste volera, ton rire aura sonné,
Le mal et les chagrins renaîtront sous tes pas ;
Je ne serai plus là pour te le pardonner.

Sera-t-il donc possible au jour qui nous éclaire,
A la nuit qui nous berce, à l’aube qui nous rit,
De me continuer leur aumône éphémère,
Sans que tu sois du jour, de l’aube et de la nuit ?

Sera-t-il donc possible, hélas, qu’on te ravisse,
Chaleur de mon repos qui ne me vient que d’elle !
Tandis que, loin de moi, son sang avec délice
Continuera son bruit à sa tempe fidèle.

La voilà donc finie alors la course folle ?
Et tu n’appuieras plus jamais, sur ma poitrine,
Ton front inconsolé à mon coeur qui console,
Rosine, ma Rosine, ah ! Rosine, Rosine !

Voici venir, rampant vers moi comme une mer,
Le silence, le grand silence sans pardon.
Il a gagné mon seuil, il va gagner ma chair.
D’un coeur inanimé, hélas, que fera-t-on ?

Eh bien, respire ailleurs, visage évanoui !
J’accepte. A ce signal séparons-nous ensemble…
Me voici seul ; l’hiver là… c’est bien… Nuit.
Froid. Solitude… Amour léger comme tu trembles !

(Henry Bataille)

 

Recueil: Le Beau Voyage

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »