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Poésie

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L’ENTERREMENT (Charles-Ferdinand Ramuz)

Posted by arbrealettres sur 20 août 2018



L’ENTERREMENT

Il y a six hommes pour porter la bière ;
un mort, c’est plus lourd qu’un vivant ;
le cortège va lentement
sur le chemin du cimetière.

Lorsque le pasteur a eu fini la prière,
le mort était sorti, les femmes étaient sorties aussi,
les femmes s’étaient mises à pleurer.
On avait voulu les consoler,
mais elles n’en pleuraient que plus fort,
à cause du mort,
dans les escaliers.

Il y a six hommes pour porter la bière ;
un mort, c’est plus lourd qu’un vivant
le cortège va lentement
sur le chemin du cimetière.

C’est un vieux. N’est-ce pas ? les vieux
qui passent leur temps au coin de leur feu,
ça doit s’attendre à s’en aller,
mais c’est dur quand même, et c’est dur pour eux
et puis pour la femme.

A présent il pleut, il fait de la boue,
on est arrivé, le trou est creusé,
le fossoyeur est à côté,
les gens se sont découverts,
on met le cercueil sur la fosse,
le cercueil descend, les cordes grincent,
la terre en tombant sonne creux,

et les gens s’en vont se mouchant
avec leur mouchoir sur les yeux,
parce que, de voir ça, ça remue.

(Charles-Ferdinand Ramuz)

Illustration: Pablo Picasso

 

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Le poète immobilise l’espace (Charles-Ferdinand Ramuz)

Posted by arbrealettres sur 6 août 2018



Le poète immobilise l’espace ;
il tâche de le guérir de sa maladie
qui est le temps.

(Charles-Ferdinand Ramuz)

 

 

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MIDI (Charles-Ferdinand Ramuz)

Posted by arbrealettres sur 20 octobre 2015




MIDI

Les lézards dorment en bougeant la queue dans les pierres ;
l’avant-toit ne fait plus par terre
la barre droite qu’il faisait ;
sur le talus, pour avoir frais,
les doigts cherchent une touffe d’herbe.

Tout est silence dans la maison, la cour est déserte ;
les canards bleus, les canards verts, les canards blancs
sont rangés, comme si on leur avait coupé la tête,
l’un à côté de l’autre au bord de l’étang.

Le chien, dans sa niche de paille et d’ombre,
le museau sur ses pattes, ronfle,
et seul le bout de son museau se montre.

De temps en temps seulement, on voit
un paquet de moineaux qui se laisse tomber du toit ;
ils font dans l’air une tache légère,
puis ils se roulent dans la poussière,

ils font alors une petite fumée, ? oh ! apportez-moi
une de ces pommes pas encore mûres, pleines d’acidité,
qu’on cueille aux arbres du verger,
avant le temps, avec la queue,

et dont le jus entre les dents
a une fraîcheur délicieuse.

(Charles-Ferdinand Ramuz)

 

 

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La poésie (Charles-Ferdinand Ramuz)

Posted by arbrealettres sur 6 octobre 2015



La poésie est dans l’extrême précision.
On dit « épouser les contours » : c’est trop de pudeur.
Il faut faire infraction ; il faut épouser tout court.

(Charles-Ferdinand Ramuz)

 

 

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Je comprends mal un paysage sans eau (Charles-Ferdinand Ramuz)

Posted by arbrealettres sur 6 octobre 2015



Je comprends mal un paysage sans eau
un ruisseau, d’ailleurs, me suffit.
Mais l’immensité des terres, sans une source, sans une fontaine,
sans une mare où le ciel vienne se mirer,
de tels sites, malgré le charme de leurs lignes ou la grandeur de leurs contours,
me semblent vite une prison…

(Charles-Ferdinand Ramuz)

Illustration

 

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Qu’aimez-vous ? (Charles-Ferdinand Ramuz)

Posted by arbrealettres sur 6 octobre 2015



On demande à l’écrivain : « Qu’aimez-vous ? » —
J’aime l’eau, dit-il, un tas de planches, une belle fille,
le chaud, le froid, des bras de femme, une main d’homme,
un vieux pantalon, un pantalon neuf ; j’aime hier,
mais j’aime demain, j’aime le soleil, mais j’aime la pluie ;
j’aime tout ce en quoi je suis ; j’aime tout, parce que je suis tout,
et moi-même je n’existe pas.

(Charles-Ferdinand Ramuz)

Illustration

 

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L’acte de poésie (Charles-Ferdinand Ramuz)

Posted by arbrealettres sur 6 octobre 2015



L’acte de poésie est éminemment un acte de transformation ;
il est donc indispensable que la poésie se fournisse
dans le « pas encore transformé ».

(Charles-Ferdinand Ramuz)

 

 

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MATIERE (Charles-Ferdinand Ramuz)

Posted by arbrealettres sur 6 octobre 2015



MATIERE

— Ce n’est pas en fuyant la matière,
c’est en s’enfonçant dans ses profondeurs
qu’on distingue enfin les approches de la spiritualité.

(Charles-Ferdinand Ramuz)

Illustration

 

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Toute vraie composition est concentrique (Charles-Ferdinand Ramuz)

Posted by arbrealettres sur 6 octobre 2015



Toute vraie composition est concentrique ;
elle a besoin d’un centre, et puis c’est tout.

Toute composition véritable est un système de gravitation.
Toutes les choses vivantes tournent autour d’un centre,
qui lui même tourne autour d’un centre, à l’infini.

Notre modèle est dans le ciel ;
le bon exemple nous est donné par la circulation des astres.

Nous imiterons dans nos ouvrages la disposition des étoiles ;
leurs parties tomberont sans cesse et sans cesse,
par leur mouvement, seront empêchées de tomber.

(Charles-Ferdinand Ramuz)

 

 

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CHANSON (Charles-Ferdinand Ramuz)

Posted by arbrealettres sur 4 octobre 2015



CHANSON

Vivre, c’est un peu
comme quand on danse :
on a plaisir à commencer —
un piston, une clarinette —
on a plaisir à s’arrêter —
le trombone est essoufflé —
on a regret d’avoir fini,
la tête tourne et il fait nuit

(Charles-Ferdinand Ramuz)

Illustration: Henri Matisse

 

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