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Poésie

Posts Tagged ‘moquerie’

Que la route est longue (Herbert Zbigniew)

Posted by arbrealettres sur 2 août 2018



    

Que la route est longue
du dernier soupir
à l’éternité la plus proche

Et lourdes sont les épines de la rose, le long du chemin tracé :

Saint Ignace
blanc et flamboyant
passant près d’une rose
se jeta sur le buisson
et meurtrit sa chair

avec la cloche de son habit noir
il voulait assourdir
la beauté du monde
jaillissant de la terre comme d’une blessure

gisant au fond
du berceau de piquants
il vit
le sang couler de son front
se figer sur ses cils
en forme de rose

et sa main aveugle
cherchant les épines
fut percée
du doux toucher des pétales

le saint dupé pleurait
au milieu des moqueries des fleurs

épines et roses
roses et épines
nous cherchons le bonheur

(Herbert Zbigniew)

 

Recueil: Corde de lumières oeuvres poétiques complètes
Traduction: Brigitte Gautier
Editions: LE BRUIT DU TEMPS

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Ta moquerie d’oiseau et ton pas dansant (Christian Bobin)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2018




Ta moquerie d’oiseau et ton pas dansant
me disaient la même chose
que les yeux mouillés des boutons d’or
ou ceux affolés des marguerites.

(Christian Bobin)

Illustration: Eugene Blaas

 

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Hurle, ô foudre ! … (Tadeusz Miciński)

Posted by arbrealettres sur 11 mars 2018



 

Prométhée enchaîné

Hurle, ô foudre ! …

Hurle, ô foudre ! ô vent, déchire ces cordes
où ce nabot misérable — la Terre — me retient et m’étrangle,
jette-les au large de l’étendue où l’âme perd la parole,
dans le grand poème cabalistique de la nature.
Ombre souterraine ! Tes pentes escarpées et tes versants sourds
me mènent aux allées oubliées des tombeaux —
moi — le Prométhée enchaîné aux galères —
je crains les insultes et les moqueries des étoiles froides.
Un feu secret réduit mon cœur en cendres,
comme le bloc de glace détruit la roche de granit.
Pélion sur Ossa ! la mer furieuse, déchaînée,
les volcans, les soleils pour la conquête de l’âme —
qu’ai-je pris en possession ? la fleur des champs célestes —
et une douleur inconcevable — silencieuse, infinie.

(Tadeusz Miciński)

Découvert ici : poetespolonais

Illustration

 

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Des flammes nous entourèrent (Georges Bataille)

Posted by arbrealettres sur 25 juin 2017



George Frederic Watts endymion-large [1280x768]
    
Des flammes nous entourèrent
sous nos pas l’abîme s’ouvrit
un silence de lait de gel d’ossements
nous enveloppait d’un halo

tu es la transfigurée
mon sort t’a cassé les dents
ton cœur est un hoquet
tes ongles ont trouvé le vide

tu parles comme le rire
les vents dressent tes cheveux
l’angoisse serrant le cœur
précipite ta moquerie

tes mains derrière ma tête
ne saisissent que la mort
tes baisers riant ne s’ouvrent
qu’à ma pauvreté d’enfer

sous le baldaquin sordide
où pendent les chauves-souris
ta merveilleuse nudité
n’est qu’un mensonge sans larmes

mon cri t’appelle dans le désert
où tu ne veux pas venir
mon cri t’appelle dans le désert
où tes rêves s’accompliront

ta bouche scellée à ma bouche
et ta langue dans mes dents
l’immense mort t’accueillera
l’immense nuit tombera

alors j’aurai fait le vide
dans ta tête abandonnée
ton absence sera nue
comme une jambe sans bras

en attendant le désastre
où la lumière s’éteindra
je serai doux dans ton cœur
comme le froid de la mort

(Georges Bataille)

Illustration: George Frederic Watts

 

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Age (Esther Raab)

Posted by arbrealettres sur 8 novembre 2016




Age

La vieille dans le miroir –
qui est-elle?
Soixante-dix ans-
plus un –
à qui sont-ils?
Elle arrache
des narcisses
dans l’étang,
cueille des champignons
après la pluie,
sur la terre à « butin »
noire et fertile
saute au dos de « Hans » –
au coucher du soleil
pour un dernier galop
avant la tombée de la nuit;
arrache des feuilles
hâtivement
les écrase
pour en dégager le parfum
mille tours espiègles
plus un
dansent dans ses yeux,
dans son coeur:
la moquerie, la rage, la tendresse-
et maintenant elle s’endort
dans les couronnes des pins
serrée par leurs bras
parfumés.
Elle a soixante et onze ans …

(Esther Raab)

 

 

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J’écoute Istanbul, les yeux fermés (Orhan Veli)

Posted by arbrealettres sur 31 octobre 2016



 

J’écoute Istanbul, les yeux fermés
Une beauté marche sur le trottoir
quolibets, chansons, ballades, moqueries
Quelque chose tombe de sa main
ce doit être une rose
j’écoute Istanbul, les yeux fermés

J’écoute Istanbul, les yeux fermés
Un oiseau bat des ailes autour de ta robe
je sais si ton front est tiède ou frais
si tes lèvres sont humides ou sèches, je sais
Une lune blanche se lève derrière les pins
je perçois tout du battement de ton coeur
j’écoute Istanbul

***

Istanbul’u dinliyorum, gözlerim kapali;
bir yosma geçiyor kaldirimdan ;
küfürler, sarkilar, türküler, lâf atmalar.
Bir sey düsüyor elinden yere;
bir gül olmali;
istanbul’u dinliyorum, gözlerim kapali;

Istanbul’u dinliyorum, gözlerim kapali;
bir kus çirpiniyor eteklerinde ;
almn sicak mi, degil mi, biliyorum ;
dudaklarin islak mi, degil mi, biliyorum;
beyaz bir ay doguyor, fistiklarin arkasindan
kalbinin vurusundan anhyorum;
Istanbul’u dinliyorum.

(Orhan Veli)

 

 

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Il suffit d’un instant (Ramón Sampedro)

Posted by arbrealettres sur 6 mai 2016



Il suffit d’un instant
pour savoir où se trouve l’être humain :

Là où il y a de la tendresse
pour qui est affaibli.

Où il y a, pour qui a froid, un acte de chaleur.
Où il y a, pour la vie, un respect absolu.

Là où un être vit l’humiliation
d’un semblable comme sa propre humiliation.

Là où l’humour ne se confond pas avec la moquerie,
ni l’hypocrisie avec l’amour.

Il suffit d’un instant pour comprendre la douleur.

***

Basta un instante
para saber dónde hay un ser humano :

Allí donde haya ternura
para una debilidad.

Donde haya, para un frío, un acto de calor.
Donde Haya por la vida, absoluto respeto.

Allí donde haya un ser que siente la humillación
de un semejante comme su propia humillación.

Allí donde no se confunda humor con burla
ni hipocresía con amor.

Basta un instante para entender el dolor.

(Ramón Sampedro)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Illustration: Tamara Lunginovic

 

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LE PIEGE (Georges Henein)

Posted by arbrealettres sur 2 août 2015



 

LE PIEGE

le sort est une panthère chaude
et l’instant où l’on est frôlé
prend — dans la grande moquerie nocturne —
un goût d’orgie sarrasine

puis se fait la lumière
et l’on s’aperçoit que l’essentiel
c’est de bien conserver
les objets que l’on ne désire plus.

(Georges Henein)

 

 

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Le Moujik (Yakoub Kolass)

Posted by arbrealettres sur 25 juin 2015



Le Moujik

Je suis le moujik, le malheureux au dos courbé
Tout le monde tape sur le moujik.
On lui suce le sang et les veines,
On déchire ses forces,
Ses mains sont pleines d’ampoules.

Je suis le moujik, le fils de la souffrance,
J’ai été élevé à la bouillie de paille,
Les fanes me gonflent le ventre,
Je suis chaussé de lapti,
Pauvre est mon vêtement.

Je suis le moujik, le fils de la misère,
Je ne mange ni ne dors assez,
Je plie sous le poids de la peine,
Je travaille pour deux sous pas jour,
Je supporte toutes les moqueries.

Je suis le moujik, je n’entends pas les cloches,
Et un ver toujours me ronge :
Est-ce qu’il ne ment pas le pope en chaire
Qui dit que le tsar tient sa couronne de Dieu ?
Oh, il ne peut en être ainsi !

Je suis le moujik, j’ai ma fierté,
Je me courbe, mais attendez !
Je me tais, me tais et supporte,
Mais bientôt je vais crier :
« Paysan ! Prends ton fusil !  »

(Yakoub Kolass)


Illustration: Lucien Louis Bernard Lantier

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