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Posts Tagged ‘infinie’

LE COURANT INFINI (Juan Ramón Jiménez)

Posted by arbrealettres sur 16 mars 2019



 

LE COURANT INFINI

Je le recueille en moi, à mon heure,
entre les deux rives
de mon âme et de son image infinie ;
je le recueille en moi, pur,
comme si, en lui, le temps obscur et long des hommes
n’eût jamais été que claire éternité.

***

LA CORRIENTE INFINITA

En mí la cojo yo, desde mi hora,
entre las dos orillas
de mi alma y su imajen infinita;
en mí la cojo, pura,
como si, en ella, el largo tiempo oscuro de los hombres
no hubiera sido más que clara eternidad.

(Juan Ramón Jiménez)

Illustration: Bill Viola

 

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Annie (Charles Leconte de Lisle)

Posted by arbrealettres sur 24 janvier 2019



 

Cecile Veilhan _400

Annie

La lune n’était point ternie,
Le ciel était tout étoilé ;
Et moi, j’allai trouver Annie
Dans les sillons d’orge et de blé.
Oh ! les sillons d’orge et de blé !

Le coeur de ma chère maîtresse
Etait étrangement troublé.
Je baisai le bout de sa tresse,
Dans les sillons d’orge et de blé !
Oh ! les sillons d’orge et de blé !

Que sa chevelure était fine !
Qu’un baiser est vite envolé !
Je la pressai sur ma poitrine,
Dans les sillons d’orge et de blé.
Oh ! les sillons d’orge et de blé !

Notre ivresse était infinie,
Et nul de nous n’avait parlé…
Oh ! la douce nuit, chère Annie,
Dans les sillons d’orge et de blé !
Oh ! les sillons d’orge et de blé !

(Charles Leconte de Lisle)

Illustration: Cecile Veilhan

 

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J’AVAIS TEINT LE FRONT (Georges Themelis)

Posted by arbrealettres sur 18 janvier 2019



Abdalieva Akzhan

 

J’AVAIS TEINT LE FRONT

J’avais teint le front avec laideur
au fond d’une rue sans soleil
recherchant l’emblème et la clef

Des marches infinies

Mais ta voix me devint ce message de soleil
de degrés sonores
afin que je me réveille au flanc de la mer

Désir arbre ancien
sein chaud connaissance suave
sein doux la fraîcheur des tombeaux
patrie engloutie

Nous marchâmes à côté des vagues
pour dormir ensemble parmi les pierres
souples et chaudes de feu et de mémoire

Les morts mâchent des remords
ceux qui ne se retournèrent pas sur l’autre flanc
ou ne connurent pas leur double emplacement

Cependant moi je te retrouverai
ombre sans fissure
dans l’éternité

Où deux mains et un baiser
allument le soleil

(Georges Themelis)

Illustration: Abdalieva Akzhan

 

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ENFIN (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 2 décembre 2018




ENFIN l’occasion attendue, du temps libre
De toutes ces tâches, imposées volontairement ou non,
Cependant maintenant, prise au piège, je m’affole, j’essaie
De trouver un prétexte, n’importe quoi pour me dérober
À une confrontation avec la page blanche.
Il n’y a pas d’hôte invisible dans ma chambre:
Les temps et les lieux sont à eux, non à nous,
Rendant leur présence présente, infinie.
Ce vide est le terme
De bien des dérobades: nous nous détournons
Rien qu’un instant en l’incommensurable absence.

***

AT LAST the awaited opportunity, time free
Of all those tasks, imposed or self-imposed,
Yet now, trapped, I panic, try
To think of some pretext, anything to evade
A confrontation with the unwritten page.
There is no invisible visitant in my room:
The times and places are theirs, not ours,
Who make their presence present, infinite.
This blankness is the term
Of many evasions: we turn aside
Only for a moment into immeasurable absence.

(Kathleen Raine)

Illustration: Catherine Mayet

 

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Nuit. Lune. Feuilles noires. (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 2 décembre 2018




Nuit. Lune. Feuilles noires.
J’ouvre grande la fenêtre :
Entre nous d’autres barrières,
Invisibles, infinies.
Sur mon seuil
Quand ma fenêtre s’ouvre sur la nuit,
Phalènes, feuilles noires, clair de lune.

***

Night. Moon. Black leaves.
I open the French window wide
Between us other barriers,
Invisible, infinite.
On my threshold
When my window is open upon the night,
Moths, black leaves, moonlight.

(Kathleen Raine)

Illustration: Vincent Lafargue

 

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Correspondances (Charles Baudelaire)

Posted by arbrealettres sur 19 novembre 2018




Correspondances

La Nature est un temple où de vivants piliers
Laissent parfois sortir de confuses paroles ;
L’homme y passe à travers des forêts de symboles
Qui l’observent avec des regards familiers.

Comme de longs échos qui de loin se confondent
Dans une ténébreuse et profonde unité,
Vaste comme la nuit et comme la clarté,
Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.

Il est des parfums frais comme des chairs d’enfants,
Doux comme les hautbois, verts comme les prairies,
– Et d’autres, corrompus, riches et triomphants,

Ayant l’expansion des choses infinies,
Comme l’ambre, le musc, le benjoin et l’encens,
Qui chantent les transports de l’esprit et des sens.

(Charles Baudelaire)

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Les papillons (Gérard de Nerval)

Posted by arbrealettres sur 18 octobre 2018



Les papillons

De toutes les belles choses
Qui nous manquent en hiver,
Qu’aimez-vous mieux? – Moi, les roses;
– Moi, l’aspect d’un beau pré vert;
– Moi, la moisson blondissante,
Chevelure des sillons;
– Moi, le rossignol qui chante;
Et moi, les beaux papillons!

Le papillon, fleur sans tige,
Qui voltige,
Que l’on cueille en un réseau;
Dans la nature infinie,
Harmonie
Entre la plante et l’oiseau!

(Gérard de Nerval)


Illustration

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QUAND LES CORPS SERONT JUGES (Georges Themelis)

Posted by arbrealettres sur 6 août 2018



 

Júlia Fernández Sánchez 727

QUAND LES CORPS SERONT JUGES

Tu t’es présenté, tu es apparu dans la lumière
comme une icône.

Tu as vu beaucoup de soleils
Et tu ne les as pas comptés.

Le crépuscule et l’aube.

Tu as ouverts les yeux,
De grands yeux étonnés.

Tu as fait pousser des mains à la racine des ailes.

Tu as touché des fruits divers,
Beaucoup de pommes, des lys et des roses.

Tu portes la trace des clous.

Tu as marché sur la terre, tu as retenti
Dans le vide, dans le désert du temps,
Tu as émis un son, puis fait beaucoup de bruit.

Le soleil t’a vu, le vent t’a écouté et te fait vibrer.

Qui se portera témoin de ton sang,
Le sang qui a coulé et a teint
Le sommeil, le choses, la lumière.

Quand les corps seront jugés,
Ta poudre vaine sera pesée,
Ta pauvreté, ta nudité.

Ta tristesse est infinie et elle aura du poids.

(Georges Themelis)

Illustration: Júlia Fernández Sánchez

 

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Dis moi étoile éternelle (Pär Lagerkvist)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2018



Dis moi étoile éternelle,
pourquoi plonges-tu en moi ton regard.
Tel un ennemi scrutant au loin,
tu me surveilles sans répit.

Pénétrant est ce regard qui s’enfonce
au plus profond de mon âme.
Flèche acérée jaillie de l’infini,
je doute que tu veuilles mon bien.

Je ne suis pas éternel, mon essence
se dissout dans le sable.
Pourquoi alors me transpercer
de ta flèche de feu ?

***

Säg mig du eviga stjärna,
varför stirrar du ner i mig.
Som fienden spejar ur fjärran
sa vaktar du ständigt på mig.

Vass är din blick och den borrar
sig ner, djupt ner i min själ.
Spjutspets ur evigheten,
du vill mig nog inte väl.

Jag är ej evig, mitt väsen
rinner i sanden ut.
Varför då genomborra
mig med ditt lågande spjut ?

(Pär Lagerkvist)

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«Rien n’est » (Jean Mambrino)

Posted by arbrealettres sur 5 juillet 2018



«Rien n’est », c’est le mot de passe
de l’esprit étouffé par la matière,
mâchant tout ce qui passe à sa portée.

Toujours plus d’engloutissement,
d’avidité. Elle ramène chacun
au même instant du rien.

La seule issue est l’obscure prière,
l’obscure et muette prière,
filtrant d’une Source ignorée.

Flamme infinie, dont la mèche
s’enracine dans la nuit
de l’esprit, qui sans elle se dessèche

au contact de l’être absent.

(Jean Mambrino)


Illustration

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