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Poésie

Posts Tagged ‘assourdir’

Ce piano voyage en dedans (César Vallejo)

Posted by arbrealettres sur 25 juillet 2019




    
Ce piano voyage en dedans,
voyage par sauts joyeux.
Ensuite il médite, en repos ferré,
cloué par dix horizons.

Il avance. Il se traîne sous des tunnels,
plus loin, sous des tunnels de douleur,
sous des vertèbres qui fuguent naturellement.

D’autres fois, ses trompes vont,
lents et jaunes désirs de vivre,
vont s’éclipsant
et s’épouillent d’insectiles cauchemars
déjà morts pour le tonnerre, héraut des genèses.

Obscur piano qui guettes-tu
avec ta surdité qui m’entend,
avec ton mutisme qui m’assourdit ?

Oh pouls mystérieux.

(César Vallejo)

 

Recueil: Poésie complète 1919-1937
Traduction: Nicole Réda-Euvremer
Editions: Flammarion

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L’ÉCART (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 30 octobre 2018



 

Aat Verhoog (14)

L’ÉCART

Souvent j’habite mon corps
jusqu’aux creux des aisselles
Je me grave dans ce corps
jusqu’aux limites des doigts
Je déchiffre mon ventre
Je savoure mon souffle
Je navigue dans mes veines
à l’allure du sang

Sur mes pommettes la brise prend appui
Mes mains touchent aux choses
contre ma chair ta chair m’établit

Souvent d’être mon corps
J’ai vécu
Et je vis

Souvent d’un point sans lieu
Ce corps je l’entrevois
martelé par les jours
assailli par le temps

Souvent d’un point sans lieu
J’assourdis mon histoire
De l’avant à l’après
je conjugue l’horizon

Souvent d’un point sans lieu
Ce corps je le distance

Et de cet écart même
en alternance
Je vis.

(Andrée Chedid)

Illustration: Aat Verhoog

 

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Que la route est longue (Herbert Zbigniew)

Posted by arbrealettres sur 2 août 2018



    

Que la route est longue
du dernier soupir
à l’éternité la plus proche

Et lourdes sont les épines de la rose, le long du chemin tracé :

Saint Ignace
blanc et flamboyant
passant près d’une rose
se jeta sur le buisson
et meurtrit sa chair

avec la cloche de son habit noir
il voulait assourdir
la beauté du monde
jaillissant de la terre comme d’une blessure

gisant au fond
du berceau de piquants
il vit
le sang couler de son front
se figer sur ses cils
en forme de rose

et sa main aveugle
cherchant les épines
fut percée
du doux toucher des pétales

le saint dupé pleurait
au milieu des moqueries des fleurs

épines et roses
roses et épines
nous cherchons le bonheur

(Herbert Zbigniew)

 

Recueil: Corde de lumières oeuvres poétiques complètes
Traduction: Brigitte Gautier
Editions: LE BRUIT DU TEMPS

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LE PAYS FROID (André Pieyre de Mandiargues)

Posted by arbrealettres sur 1 juillet 2018



 

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LE PAYS FROID

Parlez plus haut l’hiver nous assourdit
Les bruits des pas que l’on entendait hier
Au bord du lac gelé
Ne sonnent plus que dans le souvenir
Et notre vie devient une habitude triste
Derrière la paroi des vitres blanches.

La neige tombe depuis bien des semaines
Le charbon le café diminuent tous les jours
Chaque jour s’amoindrit
Le lendemain toujours est pire que la veille.

Notre mémoire même égare les réponses.

La faim le froid chassent les cerfs hors des bois
Jusque dans les rues du village
L’un s’est couché devant la croix
Bouche bée la tête à la renverse
Fauve image de notre amour.

Avez-vous entendu crier les loups le soir
Quand ils viennent rôder autour des étables ?
Sous la haute cheminée le feu languit
Le chien nous regarde avec tant d’indulgence
Avec tant de pitié
Que notre coeur se serre.

Nul ne balayera les marches de l’entrée.

L’hiver s’accroît comme un jeune géant
La neige tombe le givre s’épaissit
Et nous vieillissons à mesure.

Parlez bas il n’est plus besoin de nous entendre
Bientôt l’homme de pierre ouvrira le chemin.

(André Pieyre de Mandiargues)

Illustration: ArbreaPhotos
 

 

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Ce sont des dieux d’enfants (Werner Lambersy)

Posted by arbrealettres sur 1 avril 2018



Ce sont des dieux d’enfants
ils ne défendent rien

Se content de jouer
entre eux

Supportent
clochettes et tambours dont
nous assourdissons
la chute du soleil

L’absence dont ils sont nés
jamais ne les inquiète

Seuls ceux qui écoutent
le fleuve
connaissent le poème sans fin

(Werner Lambersy)


Illustration

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Nocturne (Tadeusz Miciński)

Posted by arbrealettres sur 6 février 2018



 

mouette neige 9

Nocturne

Un bois couvert de neige,
des bouleaux qui sont en pleurs,
mes tulipes ont toutes été
coupées, fendues par le gel.
Une mouette agonisante
repose à mes pieds —
les arbres songeurs
observent son cadavre.
Je nettoie le sang avec la neige,
mais rien ne l’assourdit —
j’entends un chant étrange
dans le château noir de l’âme.

(Tadeusz Miciński)

Découvert ici : poetespolonais

Illustration

 

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Dans ton nom est le sans-mesure (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2017



 

Dans ton nom est le sans-mesure,
Et la rousse pénombre de tes yeux
Cache une infidélité de serpent
Et tout une nuit d’orageuses légendes…

Entre en rampant tel un serpent qui rampe,
Assourdis-moi par un sourd minuit,
Torture-moi de tes lèvres langoureuses,
De ta natte noire étrangle-moi !

(Alexandre Blok)

Illustration: Cesar Santos

 

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Un ange passe (Fabienne Casteilain)

Posted by arbrealettres sur 11 mai 2017



 

Un ange passe
Et le silence pesant
Avant-goût du chaos
L’assourdit de son
Oppressante masse
Un ange n’y comprend rien
Quel enfer l’ici-bas

Un ange repasse
Le haut de ma chemise
En vibre imperceptiblement
La brise qu’il déplace
Dans mon cou dénudé
Signe son désespoir
De ne plus jamais avoir
D’oreilles sur la terre

Un ange trépasse

(Fabienne Casteilain)

 

 

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Les cinq couleurs aveuglent l’homme (Lao Tseu)

Posted by arbrealettres sur 2 novembre 2016



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Les cinq couleurs
aveuglent l’homme.
Les cinq notes
assourdissent ses oreilles.
Les cinq saveurs
rendent sa bouche insensible.
Les courses et la chasse
égarent son esprit.
Les richesses
l’empêchent de progresser.
Ainsi
le Sage tourne
son regard en lui-même et,
loin du tumulte et des passions,
exerce librement son choix.

(Lao Tseu)

 

 

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Demain le fameux silence de l’éther déferlera sur nous (Jean Rousselot)

Posted by arbrealettres sur 6 août 2016



Demain le fameux silence de l’éther
Déferlera sur nous
A grandes houles de syllabes insensées
Qui nous assourdiront
Arracheront les haillons d’idées
Qui nous protègent encore
Et nous drosseront
Sur l’éboulis incandescent des galaxies
Pêle-mêle avec nos morts
Nos partitions de sommeil
Et nos traités d’espérance

En vain nous débattrons-nous
Avec des cris inaudibles pour nous-mêmes
Il nous faudra choir et gésir
Abominablement éveillés pour toujours
Dans l’incommensurable trou de mémoire
Que nous étions accoutumés de nommer Dieu.

(Jean Rousselot)

 

 

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