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Posts Tagged ‘Psyché’

Elle est Notre Dame universellement (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 11 août 2018



Mermet  Marie

Hommage aux anges
[37]

Ceci est un symbole de beauté (poursuis-tu),
elle est Notre Dame universellement,

je la vois comme tu la projettes,
pas du tout déplacée

flanquée de colonnes corinthiennes,
ou dans une nef copte,

ou figée au-dessus de la porte centrale
d’une cathédrale gothique ;

tu t’es montré généreux envers elle
(pour répéter ta propre expression),

tu l’as sculptée haute et on ne peut s’y tromper,
une figure hiératique, la Déesse voilée,

que ce soit des sept délices,
que ce soit des sept fers de lance.

[38]

Oh oui — tu comprends, dis-je,
tout cela est des plus satisfaisants,

mais elle n’était pas hiératique, elle n’était pas figée,
elle n’était pas de grande taille ;

elle est la Vestale
de l’époque de Numa,

elle transporte le culte
de la Bona Dea,

elle porte un livre mais ce n’est pas
le tome de la sagesse ancienne,

les pages, j’imagine, en sont les pages blanches
du volume non écrit de la nouvelle sagesse ;

tout ce que tu dis, est implicite,
tout cela et bien davantage ;

mais elle n’est pas enfermée dans une grotte
comme une Sibylle ; elle n’est pas

emprisonnée dans les barreaux de plomb
d’une vitre colorée ;

elle est Psyché, le papillon,
sortie du cocon.

[39]

Mais plus proche de l’Ange Gardien
ou bon Démon,

elle est le verso de la médaille
de la terreur primitive ;

elle est non-peur, elle est non-guerre,
mais elle n’est pas une figure symbolique

de paix, charité, chasteté, bonté,
foi, espoir, récompense ;

elle n’est pas Justice aux yeux
bandés comme ceux de l’Amour ;

je t’accorde la pureté symbolique de la colombe,
je t’accorde que son visage était innocent

et immaculé et ses voiles
tels ceux de l’Épouse de l’Agneau,

mais l’Agneau n’était pas avec elle,
ni futur Époux ni Enfant ;

son attention est pleine et entière,
nous sommes son époux et agneau ;

son livre est notre livre ; écrit
ou non écrit, ses pages révéleront

une histoire de Pêcheur,
une histoire de jarre ou de jarres,

les mêmes — différents — les mêmes attributs,
différents et pourtant les mêmes qu’auparavant.

***

This is a symbol of beauty (you continue),
she is Our Lady universally,

I see her as you project her,
not out of place

flanked by Corinthian capitals,
or in a Coptic nave,

or frozen above the centre door
of a Gothic cathedral ;

you have done very well by her
(to repeat your own phrase),

you have carved her tall and unmistakable,
a hieratic figure, the veiled Goddess,

whether of the seven delights,
whether of the seven spear-points.

O yes—you understand, I say,
this is all most satisfactory,

but she wasn’t hieratic, she wasn’t frozen,
she wasn’t very tall;

she is the Vestal
from the days of Numa,

she carries over the cult
of the Bona Dea,

she carries a book but it is not
the tome of the ancient wisdom,

the pages, I imagine, are the blank pages
of the unwritten volume of the new;

all you say, is implicit,
all that and much more;

but she is not shut up in a cave
like a Sibyl; she is not

imprisoned in leaden bars
in a coloured window;

she is Psyche, the butterfly,
out of the cocoon.

But nearer than Guardian Angel
or good Daemon,

she is the counter-coin-side
of primitive terror;

she is not-fear, she is not-war,
but she is no symbolic figure

of peace, charity, chastity, goodness,
faith, hope, reward;

she is not Justice with eyes
blindfolded like Love’s;

I grant you the dove’s symbolic purity,
I grant you her face was innocent

and immaculate and her veils
like the Lamb’s Bride,

but the Lamb was not with her,
either as Bridegroom or Child;

her attention is undivided,
we are her bridegroom and lamb;

her book is our book; written
or unwritten, its pages will reveal

a tale of a Fisherman,
a tale of a jar or jars,

the same—different—the same attributes,
different yet the same as before.

(Hilda Doolittle)

Illustration

 

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Psyché, ma soeur (Pierre Louÿs)

Posted by arbrealettres sur 17 juillet 2018



Illustration: Paul Delvaux
    
Psyché, ma soeur, écoute immobile, et frissonne…
Le bonheur vient, nous touche et nous parle à genoux.
Pressons nos mains. Sois grave. Écoute encor… Personne
N’est plus heureux, ce soir, n’est plus divin que nous.

Une immense tendresse attire à travers l’ombre
Nos yeux presque fermés. Que reste-t-il encor
Du baiser qui s’apaise et du soupir qui sombre?
La vie a retourné notre sablier d’or.

C’est notre heure éternelle, éternellement grande,
L’heure qui va survivre à l’éphémère amour,
Comme un voile embaumé de rose et de lavande
Conserve après cent ans la jeunesse d’un jour.

Plus tard, ô ma beauté, quand des nuits étrangères
Auront passé sur vous qui ne m’attendrez plus,
Quand d’autres, s’il se peut, amie aux mains légères,
Jaloux de mon prénom, toucheront vos pieds nus,

Rappelez-vous qu’un soir nous vécûmes ensemble
L’heure unique où les dieux accordent, un instant,
À la tête qui penche, à l’épaule qui tremble,
L’esprit pur de la vie en fuite avec le temps.

Rappelez-vous qu’un soir, couchés sur notre couche
En caressant nos doigts frémissants de s’unir,
Nous avons échangé de la bouche à la bouche
La perle impérissable où dort le Souvenir.

(Pierre Louÿs)

 

Recueil: Les chansons de Bilitis
Traduction:
Editions: Gallimard

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Psyché (Pierre Louÿs)

Posted by arbrealettres sur 24 juin 2018



Psyché

Psyché, ma soeur, écoute immobile, et frissonne…
Le bonheur vient, nous touche et nous parle à genoux
Pressons nos mains. Sois grave. Écoute encor…Personne
N’est plus heureux ce soir, n’est plus divin que nous.

Une immense tendresse attire à travers l’ombre
Nos yeux presque fermés. Que reste-t-il encor
Du baiser qui s’apaise et du soupir qui sombre?
La vie a retourné notre sablier d’or.

C’est notre heure éternelle, éternellement grande,
L’heure qui va survivre à l’éphémère amour
Comme un voile embaumé de rose et de lavande
Conserve après cent ans la jeunesse d’un jour.

Plus tard, ô ma beauté, quand des nuits étrangères
Auront passé sur vous qui ne m’attendrez plus,
Quand d’autres, s’il se peut, amie aux mains légères,
Jaloux de mon prénom, toucheront vos pieds nus,

Rappelez-vous qu’un soir nous vécûmes ensemble
L’heure unique où les dieux accordent, un instant,
À la tête qui penche,à l’épaule qui tremble,
L’esprit pur de la vie en fuite avec le temps.

Rappelez-vous qu’un soir, couchés sur notre couche,
En caressant nos doigts frémissants de s’unir,
Nous avons échangé de la bouche à la bouche
La perle impérissable où dort le Souvenir.

(Pierre Louÿs)

Illustration: François Gérard

 

 

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Psyché (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 4 juin 2018



Illustration: Zinovy Shersher
    
Psyché dans ma chambre est entrée,
Et j’ai dit à ce papillon :
– « Nomme-moi la chose sacrée.
« Est-ce l’ombre ? est-ce le rayon ?

« Est-ce la musique des lyres ?
« Est-ce le parfum de la fleur ?
« Quel est entre tous les délires
« Celui qui fait l’homme meilleur ?

« Quel est l’encens ? quelle est la flamme ?
« Et l’organe de l’avatar,
« Et pour les souffrants le dictame,
« Et pour les heureux le nectar ?

« Enseigne-moi ce qui fait vivre,
« Ce qui fait que l’oeil brille et voit !
« Enseigne-moi l’endroit du livre
« Où Dieu pensif pose son doigt.

« Qu’est-ce qu’en sortant de l’Érèbe
« Dante a trouvé de plus complet ?
« Quel est le mot des sphinx de Thèbe
« Et des ramiers du Paraclet ?

« Quelle est la chose, humble et superbe,
« Faite de matière et d’éther,
« Où Dieu met le plus de son verbe
« Et l’homme le plus de sa chair ?

« Quel est le pont que l’esprit montre,
« La route de la fange au ciel,
« Où Vénus Astarté rencontre
« À mi-chemin Ithuriel ?

« Quelle est la clef splendide et sombre,
« Comme aux élus chère aux maudits,
« Avec laquelle on ferme l’ombre
« Et l’on ouvre le paradis ?

« Qu’est-ce qu’Orphée et Zoroastre,
« Et Christ que Jean vint suppléer,
« En mêlant la rose avec l’astre,
« Auraient voulu pouvoir créer ?

« Puisque tu viens d’en haut, déesse,
« Ange, peut-être le sais-tu ?
« Ô Psyché ! quelle est la sagesse ?
« Ô Psyché ! quelle est la vertu ?

« Qu’est-ce que, pour l’homme et la terre,
« L’infini sombre a fait de mieux ?
« Quel est le chef-d’oeuvre du père ?
« Quel est le grand éclair des cieux ? »

Posant sur mon front, sous la nue,
Ses ailes qu’on ne peut briser,
Entre lesquelles elle est nue,
Psyché m’a dit : C’est le baiser.

(Victor Hugo)

 

Recueil: La chanson des rues et des bois
Traduction:
Editions: Gallimard

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SOIENT AMOUR ET PSYCHÉ (Yves Bonnefoy)

Posted by arbrealettres sur 24 novembre 2017



Illustration:  Louis Jean Francois Lagrenée
    
SOIENT AMOUR ET PSYCHÉ

Ces mains qui se prenaient à elle dans la nuit,
Elle les ressentait sans nombre, ne cherchait
À leur donner figure. Il lui fallait
Ne pas savoir, désirant ne pas être.

Âme et corps, pour nouer vos doigts, unir vos lèvres,
Faut-il vraiment l’approbation des yeux ?
Peinent nos yeux, qu’oblige le langage
À déjouer sans répit trop de leurres !

Psyché avait aimé que ne pas voir,
Ce soit comme le feu quand il enveloppe
L’arbre d’ici des autres mondes de la foudre.

Eros, lui, désirait garder tout ce visage
Entre ses mains, il ne l’abandonnait
Qu’à grand regret aux caprices du jour.

(Yves Bonnefoy)

 

Recueil: L’heure présente
Editions: Mercure de France

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A HÉLÈNE (Edgar Allan Poe)

Posted by arbrealettres sur 2 septembre 2017




A HÉLÈNE

Hélène, pour moi, ta beauté
Est pareille à ces nefs antiques de Nicée,
Qui, paisiblement, sur une mer embaumée,
Portaient le voyageur défait et fatigué
Jusqu’à son rivage natal.

Moi, l’éternel errant des mers du désespoir,
Tes cheveux hyacinthe, tes traits de madone,
Tes airs de nymphe m’ont au logis ramené
Vers la gloire que fut la Grèce
Et vers la grandeur que fut Rome.

Là, dans l’encadrement de ta haute fenêtre,
Et tenant cet objet d’onyx, lampadophore !
Ne m’apparais-tu pas telle quelque statue,
Psyché, fille des régions
Qui sont la Terre Sainte ?

***

Helen, thy beauty is to me
Like those Nicéan barks of yore,
That gently, o’er a perfumed sea,
The weary, wayworn wanderer bore
To his own native shore.

On desperate seas long wont to roam,
Thy hyacinth hair, thy classic face,
Thy Naiad airs have brought me home
To the glory that was Greece
And the grandeur that was Rome.

Lo! in yon brilliant window-niche
How statue-like I see thee stand,
The agate lamp within thy hand!
Ah! Psyche, from the regions which
Are Holy-land!

(Edgar Allan Poe)

Illustration: Evelyn De Morgan

 

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DISCOURS POUR PSYCHÉ DANS LE LIVRE D’OR D’APULÉE (Ezra Pound)

Posted by arbrealettres sur 21 décembre 2015




DISCOURS POUR PSYCHÉ
DANS LE LIVRE D’OR D’APULÉE

Toute la nuit, et comme le vent se tient
Dans les cyprès, il se tenait
Sans me prendre, sinon comme l’air qui nous caresse
Tout près, et, comme les pétales de fleurs en tombant
Vacillent et semblent éviter la terre, il semblait
Sur moi planer, léger comme les feuilles,
Plus près de moi que l’air,
Et la musique qui coulait en moi semblait ouvrir
Mes yeux sur des couleurs nouvelles.
O vents, quel vent peut rivaliser avec sa légèreté!

(Ezra Pound)

Illustration: Jacques-Louis David

 

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DES L’AUBE… (Jean Rousselot)

Posted by arbrealettres sur 25 mars 2015



épeautre 51

Dès l’aube, on s’ébroue, on s’étrille :
A grande eau, la merde des langes !
Et puis on s’épile, on s’arrange
Dans la grande psyché du jour.
Déjà, l’on est de vieux amis,
Nous deux le chewing-gum de la vie !

On mâche, on mâche et si, parfois,
C’est la carotide d’un autre,
Des mots bizarres comme « Epeautre »
Ou le soleil tombé d’un toit,
Qu’importe, puisque l’on est là ?
Qu’importe, puisque l’on est sauf ?

(Jean Rousselot)

 Illustration

 

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DES L’AUBE… (Jean Rousselot)

Posted by arbrealettres sur 5 mars 2015



PetitEpeautre02 [800x600]

DES L’AUBE…

Dès l’aube, on s’ébroue, on s’étrille :
A grande eau, la merde des langes !
Et puis on s’épile, on s’arrange
Dans la grande psyché du jour.
Déjà, l’on est de vieux amis,
Nous deux le chewing-gum de la vie !

On mâche, on mâche et si, parfois,
C’est la carotide d’un autre,
Des mots bizarres comme « Epeautre »
Ou le soleil tombé d’un toit,
Qu’importe, puisque l’on est là ?
Qu’importe, puisque l’on est sauf ?

(Jean Rousselot)

Illustration

 

 

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