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Posts Tagged ‘carquois’

L’amour ne brûle plus (Honoré d’Urfé)

Posted by arbrealettres sur 9 juillet 2019



Alexander Sulimov _1282074920

L’amour ne brûle plus, ou bien il brûle en vain ;
Son carquois est perdu, ses flèches sont froissées,
Il a ses dards rompus, leurs pointes émoussées,
Et son arc sans vertu demeure dans sa main.

Ou, sans plus être Archer d’un métier incertain,
Il se laisse emporter à plus hautes pensées,
Ou ses flèches ne sont en nos coeurs adressées,
Ou bien, au lieu d’amour, nous blessent de dédain.

Ou bien, s’il fait aimer, aimer c’est autre chose
Que ce n’était jadis, et les lois qu’il propose
Sont contraires aux lois qu’il nous donnait à tous.

Car aimer et haïr, c’est maintenant le même,
Puisque pour bien aimer il faut être jaloux.
Que si l’on aime ainsi, je ne veux plus qu’on m’aime

(Honoré d’Urfé)

Illustration: Alexander Sulimov

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Il brûle dans tes yeux un mystère (Antonio Machado)

Posted by arbrealettres sur 30 août 2018



Il brûle dans tes yeux un mystère, vierge
farouche, ma compagne.

Haine ou amour — le sais-je? — la lumière inépuisable
de ton noir carquois.

Tu seras près de moi, tant que mon corps projettera
de l’ombre et qu’à mes sandales s’attachera le sable.
— Es-tu la soif ou l’eau sur mon chemin?
Dis-moi,vierge farouche, ma compagne.

(Antonio Machado)

Illustration: Dorina Costras 

 

 

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L’enfant nu et son carquois (Armand Lanoux)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2018



L’enfant nu et son carquois
le bel enfant narquois
parce qu’il a des ailes
l’enfant vise l’oiseleur
vise la demoiselle
et d’un trait perce deux coeurs.
Il joue son jeu ardent
le jeu du Petit Dardant.

Le Petit Dardant riait – mon coeur –
quand tu deviens cette drôle de soeur
que je ne respectais que tout bas.
La Loire a des vagues moins douces que tes bas.
La Loire a des mousses moins lisses que tes bras.

J’ai tant tardé à t’aimer
j’ai mis tant de temps à t’attendre
que je ne sais commencer
et que je tremble
devant notre carte du Tendre.

Au bosquet des Mirages partagés
m’a dit le Petit Dardant :
– Va sur les berges de ta belle
le miel de lune t’attend.
Va sur les rives aux mésanges
ta princesse fait l’ange.
Sur les bords de ses hanches
va faire un tour en barque
pêcher ses goujons
et danser sous ses ponts
au Bal du Monarque
à Cithère-le-Pont.

Depuis j’allais sur les bords de toi
les mains le coeur les pieds nus
avec les émois
de celui que je fus.

Tout m’écorche
du passé les souvenirs les roches
pourtant une rose naît à chaque peine
que tu me donnes.
Je la cueille pour que m’abandonne
le mal de douce-mère.

A la Fontaine des Fougères
la rose épousait le lierre
et le Petit Dardant
riait de toutes les dents
du printemps.

(Armand Lanoux)


Illustration:Lambert Sustris

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Notre jour sera-t-il sans fin ? (Luis Mizón)

Posted by arbrealettres sur 15 février 2018



 

Notre jour sera-t-il sans fin ?
jamais n’arrivera la fin de notre étreinte ?
les archers de l’ombre se reposent
aujourd’hui leurs flèches sont
rangées dans leurs carquois
ils nous saluent de loin
un verre à la main

tendrement

un jour ils nous attendront
dans les embuscades du retour

(Luis Mizón)

Illustration: Bruno Di Maio

 

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Les pommes respirent (Jean Cayrol)

Posted by arbrealettres sur 19 décembre 2017




    
Les pommes respirent

Ne laissez pas l’amour s’échapper de ses pommes.
Ce sont des fruits mordus, sucrés, puis oubliés.
On trouve dans l’herbage ce qui reste d’un homme ;
pulpes mortes et fraîches, chair qui perdit son nacré.

Le pommier a fleuri dans le gel d’hiver ;
ses pétales ont été emportés au loin par un vent sec.
L’écorce s’est fendue, la mousse est sa misère ;
une roue a écrasé ses pépins, la neige les enterre.

L’amour charnu bouge dans le vent froid,
pomme jaunie par les soucis :
c’est un nomade abandonné sans être en vie,
quel amant a choisi d’être un dieu sans carquois ?

Amour rouge et rond telle une pomme douce,
on retrouve des traces de dents sur la peau neuve.
Est-ce un baiser perdu dont la sève s’abreuve ?
On oublie le pas discret d’une saison trop rousse.

Amour, quoi de plus secret, perdu, abandonné,
la guêpe a mordu son cœur qui fut le tien.
Tu roules sur le chemin avec les chiens,
tu te laisses enfermer dans un blanc compotier.

Amour comestible dont le jus fait du bien.

(Jean Cayrol)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Recueil: Chacun vient avec son silence
Traduction:
Editions: Points

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Nymphée (José-Maria de Hérédia)

Posted by arbrealettres sur 25 mai 2016




Le quadrige céleste à l’horizon descend,
Et, voyant fuir sous lui l’occidentale arène,
Le Dieu retient en vain de la quadruple rêne
Ses étalons cabrés dans l’or incandescent.

Le char plonge. La mer, de son soupir puissant,
Emplit le ciel sonore où la pourpre se traîne,
Tandis qu’à l’Est d’où vient la grande nuit sereine
Silencieusement s’argente le Croissant.

Voici l’heure où la Nymphe, au bord des sources fraîches,
Jette l’arc détendu près du carquois sans flèches.
Tout se tait. Seul, un cerf brame au loin vers les eaux.

La lune tiède luit sur la nocturne danse,
Et Pan, ralentissant ou pressant la cadence,
Rit de voir son haleine animer les roseaux.

(José-Maria de Hérédia)

Illustration: Giovani di Lutero

 

 

 

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NE ME DITES JAMAIS LE NOM (Michel Manoll)

Posted by arbrealettres sur 8 juillet 2015



NE ME DITES JAMAIS LE NOM

Si je penche malgré mon coeur
Vers un asile sans frontières
Où je vivrais les yeux ouverts
Ne me dites jamais le nom
De ce qui n’a plus forme humaine
Ni de cette ombre sans visage
Qui flotte un instant sur ma peine
Et coule à pic comme l’orage

Ne me dites jamais le nom
Des nuits amassant leur silex
Du flot de lave qui saccage
Le front des statues bien-aimées
De la douleur tissant sa cage
Avec le sang de ses victimes
Et de tous ceux qui vont et viennent
Privés de source et les mains lourdes
D’un fret d’étoupe et de chardons

Je ne veux pas savoir qui rampe
Sur le marbre noir de la mort
Ni pourquoi vacille la lampe
Au fond d’un sombre corridor
Laissez-moi franchir pas à pas
Le chemin mouvant qui va l’amble
De son aurore à son couchant
Je porte en moi mes souvenirs
Comme un carquois vide de flèches
Comme un bouquet qui se dessèche.
Ne me dites pas : cicatrices
Mais le bourgeon qui va s’ouvrir
Et les oiseaux de l’avenir.

(Michel Manoll)

 
Illustration: ArbreaPhotos

 

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