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Poésie

Posts Tagged ‘défunt’

DÉPART (Jacques Madeleine)

Posted by arbrealettres sur 7 novembre 2019



DÉPART

Quand, après l’exquise journée
Qui n’aura pas de lendemain,
L’heure du départ fut sonnée,
Je ne t’ai pas tendu la main.

La nuit tombait, la nuit profonde ;
Les contours flottaient indécis.
Mes yeux de larmes obscurcis
Ne voyaient plus ta tête blonde.

Peut-être en tes yeux passait-il
Un regret qui s’envola vite
Ou l’angoisse étrange et subite
D’un rêve doux, triste et subtil ?

Dans la grande mélancolie
De cette belle nuit d’été,
Je n’aurai pas même emporté
Leur expression affaiblie.

Tristes jusqu’à la mort, les cieux
Étaient pleins dans la nuit profonde
De rêves défunts, et mes yeux
Ne voyaient plus ta tête blonde.

(Jacques Madeleine)

Illustration: Ryszard Miłek

 

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Week-end des morts (Henri-Frédéric Blanc)

Posted by arbrealettres sur 1 novembre 2019


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A la Toussaint un grand silence blême
semble émaner des choses elles-mêmes.
Les morts sont les champions du mystère:
écoutez comme ils savent se taire!

Il est une joie qui n’a rien de funèbre,
celle d’être une ombre parmi les ténèbres.

C’est un grand mystère
d’être sur la terre,
mais être défunt
en est aussi un
pas piqué des vers.

Ils sont tant à n’être rien
que cela me fait du bien;
c’est pourquoi, quand vient
novembre le brun,
je dis: Vive les défunts!
Je ne les plains pas du tout,
je crois qu’ils sont parmi nous.

(Henri-Frédéric Blanc)

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Pastel (Théophile Gautier)

Posted by arbrealettres sur 10 août 2019



Pastel

J’aime à vous voir en vos cadres ovales,
Portraits jaunis des belles du vieux temps,
Tenant en main des roses un peu pâles,
Comme il convient à des fleurs de cent ans.

Le vent d’hiver, en vous touchant la joue,
A fait mourir vos oeillets et vos lis,
Vous n’avez plus que des mouches de boue
Et sur les quais vous gisez tout salis.

Il est passé, le doux règne des belles;
La Parabère avec la Pompadour
Ne trouveraient que des sujets rebelles,
Et sous leur tombe est enterré l’amour.

Vous, cependant, vieux portraits qu’on oublie,
Vous respirez vos bouquets sans parfums,
Et souriez avec mélancolie
Au souvenir de vos galants défunts.

(Théophile Gautier)

Illustration

 

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Une clef à East Lansing (Jorge Luis Borges)

Posted by arbrealettres sur 17 juillet 2019



 

Une clef à East Lansing

Je suis une pièce d’acier limé.
Mon bord cranté n’est pas fruit du hasard.
Dans une armoire que je ne peux voir
Je somnole accrochée aux autres clefs.
Il est une serrure qui m’attend,
La seule. La porte est de fer forgé,
Et de verre épais. De l’autre côté,
Cachée, la maison existe vraiment.
Dans leur haute pénombre, désertés,
Des miroirs voient passer les jours, les nuits
Et les photos des défunts oubliés,
Et le fin passé des photographies.
Le jour venu je pousserai la dure
Porte, je ferai tourner la serrure.

(Jorge Luis Borges)

Illustration

 

 

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ÉLÉGIE (Alexandre Pouchkine)

Posted by arbrealettres sur 18 décembre 2018




    

ÉLÉGIE

La défunte gaieté d’années insensées
pèse sur moi comme un vin mal cuvé.
Mais comme le vin, la tristesse de jours passés
croît en mon âme à mesure des années.
Triste vie ! De la mer houleuse du futur
ne m’attend plus guère que peines et labeurs.

Pourtant non, je ne veux pas mourir !
Mais je veux vivre et penser et souffrir
et même trouver certaine jouissance
aux soucis, aux peines et adversités
— il m’arrive d’en tirer des larmes —
et une certaine harmonie de mon cru.
Et qui sait si l’heure crépusculaire
ne m’enverra, de l’amour, un dernier sourire ?

***

(Alexandre Pouchkine)

 

Recueil: L’heure de la nuit Poèmes
Traduction: Christiane Pighetti
Editions: De la Différence

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ÉLÉGIE (Alexandre Pouchkine)

Posted by arbrealettres sur 28 novembre 2018



Alexandre Pouchkine
    
ÉLÉGIE

La défunte gaieté des années de folie
me pèse au cœur comme un vin mal cuvé.
Mais, tel le vin, les chagrins d’autrefois
en vieillissant sont en moi plus puissants.
Morne voie que la mienne.
Je ne vois que labeurs et malheurs
sur les eaux troubles de l’avenir.

Et pourtant, mes amis, je ne veux pas mourir.
Je veux vivre. Et penser, et souffrir;
je le sais bien, des jouissances viendront
se mêler aux émois, aux chagrins, aux soucis,
des sons harmonieux reviendront me griser,
un poème entrevu m’arrachera des larmes ;
et peut-être qu’au temps douloureux de l’adieu
l’amour fera sur moi rayonner son sourire.

(Alexandre Pouchkine)

 

Recueil: Poésies
Traduction: Louis Martinez
Editions: Gallimard

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Recueillement (Charles Baudelaire)

Posted by arbrealettres sur 19 novembre 2018



Recueillement

Sois sage, ô ma Douleur, et tiens-toi plus tranquille.
Tu réclamais le Soir ; il descend ; le voici :
Une atmosphère obscure enveloppe la ville,
Aux uns portant la paix, aux autres le souci.

Pendant que des mortels la multitude vile,
Sous le fouet du Plaisir, ce bourreau sans merci,
Va cueillir des remords dans la fête servile,
Ma douleur, donne-moi la main ; viens par ici,

Loin d’eux. Vois se pencher les défuntes Années,
Sur les balcons du ciel, en robes surannées ;
Surgir du fond des eaux le Regret souriant ;

Le Soleil moribond s’endormir sous une arche,
Et, comme un long linceul traînant à l’Orient,
Entends, ma chère, entends la douce Nuit qui marche.

(Charles Baudelaire)

 

 

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Roses (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 6 octobre 2018




    
Roses écloses
Roses défuntes
Brefs les pétales
Long le parfum…

(François Cheng)

 

Recueil: Enfin le royaume
Traduction:
Editions: Gallimard

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La mort viendra et elle aura tes yeux (Cesare Pavese)

Posted by arbrealettres sur 3 août 2018




La mort viendra et elle aura tes yeux –
cette mort qui est notre compagne
du matin jusqu’au soir, sans sommeil,
sourde, comme un vieux remords
ou un vice absurde. Tes yeux
seront une vaine parole,
un cri réprimé, un silence.
Ainsi les vois-tu le matin
quand sur toi seule tu te penches
au miroir. O chère espérance,
ce jour-là nous saurons nous aussi
que tu es la vie et que tu es le néant.

La mort a pour tous un regard.
La mort viendra et elle aura tes yeux.
Ce sera comme cesser un vice,
comme voir resurgir
au miroir un visage défunt,
comme écouter des lèvres closes.
Nous descendrons dans le gouffre muets.

(Cesare Pavese)

Illustration: Fred Einaudi

 

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Samedi matin (Petr Král)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2018




    
Samedi matin,
le défunt locataire du dessus
passe toujours son aspirateur.

(Petr Král)

 

Recueil: Cahiers de Paris
Traduction:
Editions: Flammarion

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