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Posts Tagged ‘myrrhe’

La fragrance (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 24 janvier 2019



Frederick Arthur Bridgman 1

La floraison du bâton

[43]
Mais elle parla et il la regarda,
elle était timide et simple et jeune ;

elle dit, Sire, la fragrance est des plus belles,
comme de toutes les choses fleuries à la fois ;

mais Kaspar savait que le sceau de la jarre était intact,
il ignorait si elle savait

que la fragrance venait du bouquet de myrrhe
qu’elle tenait dans ses bras.

***

But she spoke so he looked at her,
she was shy and simple an d young;

she said, Sir, it is a most beautiful fragrance,
as of all flowering things together;

but Kaspar knew the seal of the jar was unbroken.
he did not know whether she knew

the fragrance came from the bundle of myrrh
she held in her arms.

(Hilda Doolittle)

Illustration: Frederick Arthur Bridgman

 

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Résurrection (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 18 janvier 2019



Resurrection

La floraison du bâton

[ 7 ]

Pourtant la résurrection est le sens de la direction,
résurrection est une droite ligne,

droit sur la horde et le butin,
le trésor, la réserve,

le rayon de miel ;
la résurrection est rémunération,

nourriture, abri, fragrance
de la myrrhe et du baume.

***

Yet resurrection is a sense of direction
resurrection is a bee-line,

straight to the horde and plunder,
the treasure, the store-room,

the honeycomb;
resurrection is remuneration,

food,shelter, fragrance
of myrrh and balm.

(Hilda Doolittle)

 

 

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Le désir fait brûler mon sang (Alexandre Pouchkine)

Posted by arbrealettres sur 27 novembre 2018



Illustration: Robert Doesburg
    
Le désir fait brûler mon sang,
d’amour tu m’as l’âme blessée.
Donne tes lèvres : tes baisers
me valent la myrrhe et le vin.
Penche sur moi ta tête tendrement
que je goûte un sommeil sans trouble
jusqu’au souffle joyeux du jour
qui chassera l’ombre nocturne.

(Alexandre Pouchkine)

 

Recueil: Poésies
Traduction: Louis Martinez
Editions: Gallimard

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Cachée en ce beau lit de branches… (Charles Van Lerberghe)

Posted by arbrealettres sur 9 juillet 2018



Brad Kunkle  h feuille

 

Cachée en ce beau lit de branches et de feuilles,
Sur cet autel de mousse où j’ai versé des roses,
De la myrrhe et du miel,
Tendrement je te porte, et doucement te pose,
Ô fille morte
De l’éternel soleil !

Et voici que je t’ouvre encore,
Comme autrefois la porte d’or,
Éclatante et sonore,
Et qu’à mon souffle tu renais,
Fille des primitives forêts,
Et que tu danses et t’enivres
De revoir la lumière et de vivre.

Le vent dénoue ta chevelure
De mille étincelles, et ta ceinture
Immense de feu ;
Tu as des ailes
D’abeille blonde et d’oiseau bleu.

Que les airs embrasés gardent ta trace,
Et ta présence parfumée ;
Flamme, ne meurs pas tout entière
Toi dont je baise la cendre ardente,
Ame pure, âme claire,
Divinité future.

(Charles Van Lerberghe)

Illustration: Brad Kunkle

 

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POUR CECILIA GUTIERREZ NAJERA Y MAILLEFERT (José Marti)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2017



 

Berthe Morisot Le Berceau

POUR CECILIA GUTIERREZ NAJERA Y MAILLEFERT

Dans le berceau sans pareil naquit la divine
Enfant aux yeux profonds et à la démarche légère,
Son père le tissa pour elle de merveilleuse
Musique d’azur et d’oeillets de neige.

Du soleil vorace et de la cime andine,
Apportant de la myrrhe nouvelle, le cortège de bardes
Vint répandre sur le berceau fragile
Un parfum de myosotis et une clarté de nards.

Aux ailes pâles de l’arpège,
Enlacé au berceau tressé,
Le barde royal accrocha une liane fine
De doux opale et clair de lune.

Dans les mains tremblantes et anxieuses
De l’heureuse mère, comme premier collier,
Le barde créateur versa la chaste perle
Et l’iris de son écrin idéal.

De son petit palais étincelant
Sortit la mystique enfant, comme s’élève
Blanche et bleue, dans l’espace solennel,
Le sein rempli de larmes, la nuée.

Ils sont verts les yeux de l’ensorceleuse
Enfant et le regard y tremble
Comme l’onde vierge de la mer voyageuse
Surprise en sa course dans un coquillage nacré.

Fine et sévère comme l’art austère,
Elle pose sur l’existence un pied ailé,
Elle a le chant et l’inquiétude d’un oiseau
Et sa main est le creux d’un bijou.

Enfant, si le monde infidèle au barde divin
Dérobe les magies dont il ourla ton berceau,
Toi tu lui orneras à nouveau le merveilleux
Vers de doux opale et clair de lune.

(José Marti)

Illustration: Berthe Morisot

 

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Quand dans la compagnie des dieux, j’aimais et étais aimée (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 3 juillet 2017



Hilda Doolittlejpg

Les murs ne tombent pas
[5]

Quand dans la compagnie des dieux,
j’aimais et étais aimée,

jamais mon esprit ne fut ému
jusqu’à tel délire,

mon coeur animé
jusqu’à tel plaisir,

comme ainsi, de trouver
plus que l’Amour, un nouveau Maître :

à Lui, la trace dans le sable
depuis un prunier en fleur

à la porte entrouverte d’un abri,
(ou trace aurait pu être

mais le vent efface les pas dans le sable,
qu’ils soient vus ou pas) :

à lui, le Génie dans la jarre
que trouve le Pêcheur,

il est Mage
portant la myrrhe.

***

When in the company of the gods,
I loved and was loved,

never was my mind stirred
to such rapture,

my heart moved
to such pleasure,

as now, to discover
over Love, a new Master:

His, the track in the sand
from a plum-tree in flower

to a half-open hut-door,
(or track would have been

but wind blows sand-prints from the sand,
whether seen or unseen) :

His, the Genius in the jar
which the Fisherman finds,

He is Mage,
bringing myrrh.

(Hilda Doolittle)

 

 

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Emmène-moi chez moi (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 3 juillet 2017



jaspe

Les murs ne tombent pas
[23]

Emmène-moi chez moi
où les canaux

coulent
entre des talus d’iris :

où le héron
a son nid:

où la mante religieuse
prie sur le roseau d’eau douce :

où la sauterelle dit
Amen, Amen, Amen.

[24]

Ou bien n’importe où
où les étoiles flambent dans l’air clair,

où nous pourrions saluer individuellement,
Sirius, Vega, Arcturus,

où ces entités distinctes
nous sont intimement liées,

où chacune, avec son attribut particulier,
peut être invoquée

avec la précision d’un charme, d’une formule, d’une prière,
qui révélera indiscutablement,

quelle essence curative ou édifiante
est nécessaire pour quelle maladie particulière

à laquelle est disposée l’âme curieuse :
ô étoiles, petites jarres de ce Guérisseur,

Apothicaire indisputable et absolu,
boîtes ouvrées, à facettes,

ornées de pierres, très précieuses, pour de nouveaux
onguents, de la myrrhe, de l’encens :

jaspe, béryl, saphir
qui, quand nous les attirons plus près

par la prière, les formules,
les litanies, les incantations,

révéleront leur fragrance individuelle,
influence magnétique personnelle,

devenues, comme elles l’étaient auparavant,
des messagers personnifiés,

guérisseurs, aides
du Seul, Amen, Tout-Père.

***

Take me home
where canals

flow
between iris-banks:

where the heron
has her nest:

where the mantis
prays on the river-reed :

where the grasshopper says
Amen, Amen, Amen.

Or anywhere
where stars blaze through clear air,

where we may greet individually,
Sirius, Vega, Arcturus,

where these separate entities
are intimately concerned with us,

where each, with its particular attribute,
may be invoked

with accurate charm, spell, prayer,
which will reveal unquestionably,

whatever healing or inspirational essence
is necessary for whatever particular ill

the inquiring soul is heir to:
O stars, little jars of that indisputable

and absolute Healer, Apothecary,
wrought, faceted, jewelled

boxes, very precious, to hold further
unguent, myrrh,incense:

jasper, beryl, sapphire
that, as we draw them nearer

by prayer, spell,
litany, incantation,

will reveal their individual fragrance,
personal magnetic influence,

become, as they once were,
personified messengers,

healers, helpers
of the One, Amen, All-father.

(Hilda Doolittle)

 

 

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Les premiers (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 3 juillet 2017



La floraison du bâton

[12]
Ainsi les premiers — c’est écrit,
seront les individus tordus ou torturés,

hors-ligne, hors-champ du soi-disant progrès du monde ;
le premier à recevoir la promesse était un voleur ;

la première à voir en réalité Sa vie-après-la-mort ,
était une femme déséquilibrée, névrotique,

honnie naturellement pour avoir quitté sa maison
ne pas s’être occupée du ménage… ou était-ce Marie de Béthanie ?

en tout cas — quant à cette autre Marie
et ce qu’elle fit, tout le monde le sait,

mais il n’est pas attesté
où exactement et comment elle trouva la boîte d’albâtre ;

d’aucuns disent qu’elle avait pris l’argent du ménage
ou l’argent du tronc des pauvres,

d’aucuns disent qu’elle n’avait rien avec elle,
ni bourse, ni besace,

ni pièce d’or ou d’argent
frappée à l’effigie de César.

[ 13]
En tout cas, elle conclut un étrange marché
(du moins, certains le disent) avec un Arabe,

un étranger sur la place du marché ;
en fait, il avait une petite maison, une échoppe

installée à gauche, à l’arrière du marché
quand on passe par la porte du bas ;

ce qu’il avait n’était pas à vendre ; il allait
à un couronnement, à des obsèques — en même temps –

ce qu’il avait, sa myrrhe inestimable, introuvable ailleurs
était pour la double cérémonie, funérailles et intronisation ;

sa myrrhe et son encens n’étaient pas ordinaires
et d’ailleurs, n’étaient pas à vendre, dit-il ;

il écarta sa robe d’un geste noble
mais la femme peu virginale ne saisit pas l’allusion ;

elle avait vu la noblesse de première main ;
rien ne l’impressionnait, c’était facile à voir ;

elle ne s’inquiétait pas de se voir acclamée ou
dédaignée par lui ou pire ; que sont les insultes ?

elle savait comment rester détachée,
un autre péché impardonnable,

et quand des pierres étaient lancées,
elle n’était tout simplement pas là ;

elle n’était pas là et puis elle apparut,
pas vraiment une belle femme — ne penses-tu pas ?

certainement pas jolie ;
ce qui frappa l’Arabe était qu’elle était imprévisible ;

ce n’était encore jamais arrivé — une femme —
eh bien — en tout cas, lui, il connaissait le monde — une dame

n’avait pas saisi l’allusion, ne s’était pas gracieusement soustraite
devant un geste implicite de congé

et sans offense apparente en fait,
pour sortir par la porte.

[ 14]
Il était aisé de voir qu’il n’était pas un marchand ordinaire ;
elle en était certaine — il était ambassadeur ;

presque personne à qui l’on puisse faire confiance
avec cette marchandise précieuse,

bien que les jarres fussent scellées,
la fragrance s’en échappait un peu,

et la rumeur s’était propagée,
même quand on parvenait à rester à l’écart

des lieux habituels des marchands ;
certains disaient que cette distillation, cette essence

durait littéralement à jamais, avait ainsi duré —
bien que personne naturellement, ne sût en fait

ce qu’il y avait ou non dans les boîtes d’albâtre
des princesses des rois de Hyksôs,

c’étaient des jarres d’onguent, sans nul doute ;
mais qui allait les ouvrir ?

des charmes y étaient gravés,
sigils et figures étaient peints sur toutes les jarres ;

personne ne démantelait les tombes,
ce serait pure méchanceté — mais il savait une chose,

son peuple avait pendant des siècles et des siècles,
chuchoté les secrets des processus sacrés de la distillation ;

ce n’était jamais écrit, même en symboles, car ils savaient ceci —
aucun secret n’est en sécurité avec une femme.

***

So the first—it is written,
will be the twisted or the tortured individuals,

out of line, out of step with world so-called progress;
the first to receive the promise was a thief;

the first actually to witness His life-after-death,
was an unbalanced, neurotic woman,

who was naturally reviled for having left home
and not caring for house-work … or was that Mary of Bethany?

in any case—as to this other Mary
and what she did, everyone knows,

but it is not on record
exactly where and how she found the alabaster jar;

some say she took the house-money
or the poor-box money,

some say she had nothing with her,
neither purse nor script,

no gold-piece or silver
stamped with image of Caesar.

In any case, she struck an uncanny bargain
(or so some say) with an Arab,

a stranger in the market-place;
actually, he had a little booth of a house

set to the left, back of the market
as you pass through the lower-gate;

what he had, was not for sale; he was on his way
to a coronation and a funeral—a double affair—

what he had, his priceless, unobtainable-elsewhere myrrh
was for the double ceremony, a funeral and a throning;

his was not ordinary myrrh and incense
and anyway, it is not for sale, he said;

he drew aside his robe in a noble manner
but the un-maidenly woman did not take the hint ;

she had seen nobility herself at first hand;
nothing impressed her, it was easy to see;

she simply didn’t care whether he acclaimed
or snubbed her—or worse; what are insults?

she knew how to detach herself,
another unforgivable sin,

and when stones were hurled,
she simply wasn’t there;

she wasn’t there and then she appeared,
not a beautiful woman really—would you say?

certainly not pretty;
what struck the Arab was that she was unpredictable;

this had never happened before—a woman—
well yes—if anyone did, he knew the world—a lady

had not taken a hint, had not sidled gracefully
at a gesture of implied dismissal

and with no apparent offence really,
out of the door.

It was easy to see that he was not an ordinary merchant;
she saw that certainly—he was an ambassador;

there was hardly anyone you could trust
with this precious merchandise,

though the jars were sealed,
the fragrance got out somehow,

and the rumour was bruited about,
even if you yourself managed to keep out

of the ordinary haunts of the merchants;
some said, this distillation, this attar

lasted literally forever, had so lasted—
though no one could of course, actually know

what was or was-not in those alabaster boxes
of the Princesses of the Hyksos Kings,

there were unguent jars, certainly;
but who would open them?

they had charms wrought upon them,
there were sigils and painted figures on all the jars;

no one dismantled the tombs,
that would be wickedness—but this he knew,

his own people for centuries and centuries,
had whispered the secret of the sacred processes of distillation;

it was never written, not even in symbols, for this they knew—
no secret was safe with a woman.

(Hilda Doolittle)

Illustration: Léonard de Vinci

 

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L’île-centre perdue (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 3 juillet 2017



La floraison du bâton

[31]
Et la fleur, ainsi contenue
dans la graine ou le grain infiniment petit,

s’ouvrit pétale après pétale, un cercle,
et chaque pétale était séparé

et pourtant maintenu, pour ainsi dire,
par quelque force d’attraction

à son centre dynamique ;
et le cercle continua à grandir

et continuerait à s’ouvrir
il le savait, à l’infini ;

mais avant de se perdre,
complètement hors-du-temps,

il vit les îles des Bienheureux,
il vit les Hespérides,

il vit les cercles et les cercles d’îles
autour de l’île-centre perdue, Atlantis ;

il vit ce que la légende sacrosainte
disait encore exister,

il vit le pays des bienheureux,
les terres promises, perdues ;

lui, dans cette demi-seconde, vit
toute la portée tout le dessein

de notre et de sa civilisation ici,
sur sa et notre terre, avant Adam.

[32]
Et il vit tout cela comme agrandi sous un verre solaire ;
il vit tout cela dans les plus petits détails,

les falaises, les quais, la citadelle,
il vit les navires et les routes maritimes

toutes les rivières, les ponts et les habitations
et les terrasses et les jardins intérieurs suspendus ;

il vit les nombreuses colonnes et la pierre du Foyer
et même le feu qui brûlait dans le Grand Foyer,

et dans tout cela un bruit comme de grandes eaux,
des rivières qui coulaient, fontaines et vagues se brisant sur les rochers,

et bien que ce fut à très grande échelle,
c’était aussi petit et intime,

le Paradis
avant Ève.

[33]
Et il entendit, pour ainsi dire, l’écho
d’un écho dans un coquillage,

des mots ni chantés ni psalmodiés
mais prononcés en rythme ;

les syllabes de ce charme ainsi renvoyées
ne correspondaient au son

d’aucun mot qu’il eût jamais entendu,
et Kaspar était un grand voyageur,

un voyageur célèbre ;
mais il comprenaient les mots

bien que le son fût autre
que ceux auxquels nos oreilles sont habitués,

le ton était différent
pourtant il le comprenait ;

il se traduisait tout seul
tout en transmuant son message

dans spirale après spirale du coquillage
de la mémoire qui nous lie encore

aux cités englouties de la pré-histoire ;
Kaspar comprenait et son cerveau traduisait :

Lilith née avant Ève
et celle née avant Lilith,
et Ève ; nous trois pardonnées,
nous sommes trois des sept
démons chassés d’elle.

[34]
Puis en laissant retomber son bras
pendant la seconde demi-seconde,

son esprit le lui avait soufflé,
tout comme si son esprit

se devait de distinguer nettement,
de définir clairement les limites de la beauté ;

haies et clôtures et forteresses
doivent défendre le secret le plus profond,

même les haies et forteresses de l’esprit;
ainsi pensa son esprit,

bien qu’il eût l’esprit ailleurs
et que son corps fonctionnât, mais lui-même ;

lui-même n’était pas là ;
et son esprit formula la pensée,

la dernière défense interne
d’une citadelle, à présent perdue,

il était inconvenant qu’une femme
apparaisse en désordre, échevelée;

il était inconvenant qu’une femme
apparaisse, tout simplement.

[35]
Ce qu’il pensait était en contradiction directe
avec ce qu’il comprenait,

ce qu’il voyait était une femme discrète,
nouant un foulard,

et une femme imprévisible
se glissant dehors ;

nous ne savons pas si lui-même
la suivit ou pas

avec la jarre d’albâtre ; nous savons seulement
que la myrrhe ou le baume d’aspic de grand prix, était à Kaspar,

nous savons seulement que tout cela fut si vite terminé,
le festin, les rires.

***

As he stooped for the scarf, he saw this,
and as he straightened, in that half-second,

he saw the fleck of light
like a flaw in the third jewel

to his right, in the second circlet,
a grain, a flaw, or a speck of light,

and in that point or shadow,
was the whole secret of the mystery;

literally, as his hand just did-not touch her hand,
and as she drew the scarf toward her,

the speck, fleck, grain or seed
opened like a flower.

And the flower, thus contained
in the infinitely tiny grain or seed,

opened petal by petal, a circle,
and each petal was separate

yet still held, as it were,
by some force of attraction

to its dynamic centre;
and the circle went on widening

and would go on opening
he knew, to infinity;

but before he was lost,
out-of-time completely,

he saw the islands of the Blest,
he saw the Hesperides,

he saw the circles and circles of islands
about the lost centre-island, Atlantis;

he saw what the sacrosanct legend
said still existed,

he saw the lands of the blest,
the promised lands, lost;

he, in that half-second, saw
the whole scope and plan

of our and his civilization on this,
his and our earth, before Adam.

And he saw it all as if enlarged under a sun-glass;
he saw it all in minute detail,

the cliffs, the wharves, the citadel,
he saw the ships and the sea-roads crossing

and all the rivers and bridges and dwelling-houses
and the terraces and the built-up inner gardens;

he saw the many pillars and the Hearth-stone
and the very fire on the Great-hearth,

and through it, there was a sound as of many waters,
rivers flowing and fountains and sea-waves washing the sea-rocks,

and though it was all on a very grand scale,
yet it was small and intimate,

Paradise
before Eve …

And he heard, as it were, the echo
of an echo in a shell,

words neither sung nor chanted
but stressed rhythmically;

the echoed syllables of this spell
conformed to the sound

of no word he had ever heard spoken,
and Kaspar was a great wanderer,

a renowned traveller;
but he understood the words

though the sound was other
than our ears are attuned to,

the tone was different
yet he understood it;

it translated itself
as it transmuted its message

through spiral upon spiral of the shell
of memory that yet connects us

with the drowned cities of pre-history;
Kaspar understood and his brain translated:

Lilith born before Eve
and one born before Lilith,
and Eve; we three are forgiven,
we are three of the seven
daemons cast out of her.

Then as he dropped his arm
in the second half-second,

his mind prompted him,
even as if his mind

must sharply differentiate,
clearly define the boundaries of beauty;

hedges and fences and fortresses
must defend the innermost secret,

even the hedges and fortresses of the mind;
so his mind thought,

though his spirit was elsewhere
and his body functioned, though himself,

he-himself was not there;
and his mind framed the thought,

the last inner defence
of a citadel, now lost,

it is unseemly that a woman
appear disordered, dishevelled,

it is unseemly that a woman
appear at all.

What he thought was the direct contradiction
of what he apprehended,

what he saw was a woman of discretion,
knotting a scarf,

and an unpredictable woman
sliding out of a door;

we do not know whether or not
he himself followed her

with the alabaster jar; all we know is,
the myrrh or the spikenard, very costly, was Kaspar’s,

all we know is that it was all so very soon over,
the feasting, the laughter.

(Hilda Doolittle)

Illustration: Catherine Abel

 

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Je suis Marie, la fleur d’encens (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 30 juin 2017



La floraison du bâton

[ 15]
Elle dit, j’ai entendu parler de vous ;
il s’inclina ironiquement et ironiquement murmura,

je n’ai pas eu l’honneur,
les yeux à présent posés sur la porte entrouverte ;

elle comprit ; c’était sa seconde rebuffade
mais résolument, elle ferma la porte ;

elle se tenait, dos contre la porte ;
figée, là, elle ouvrit les bras,

autre barrière,
et son foulard glissa à terre ;

son visage était très pâle,
ses yeux plus sombres et plus grands

que beaucoup de ceux dont la profondeur lumineuse
avait inspiré quelques poètes, pas vraiment insignifiants ;

mais des yeux ? il avait connu nombre de femmes —
c’était sa chevelure — peu virginale —

il n’était pas vraiment décent qu’elle se tienne là,
dévoilée, dans la maison d’un étranger.

[ 16]
Je suis Marie, dit-elle, d’une ville tourelée,
en tout cas autrefois elle était sans doute tourelée

car Magdala est une tour ;
Magdala se trouve sur la rive ;

je suis Marie, dit-elle, de Magdala,
Je suis Marie, une grande tour ;

par ma volonté et mon pouvoir,
Marie sera myrrhe ;

je suis Marie — oh, les Marie ne manquent pas,
(bien que je sois Mara, amère) je serai Marie-myrrhe ;

je suis ce myrrhier des gentils,
les païens ; il y a des idolâtres,

même en Phrygie et en Cappadoce,
qui s’agenouillent devant des images mutilées

et brûlent de l’encens à la Mère des Mutilations,
à Attis-Adonis-Tammuz et à sa mère qui était myrrhe ;

elle était une femme affligée,
car le fils qu’elle avait porté n’était pas consacré ;

elle pleura amèrement jusqu’à ce qu’un dieu païen
l’eût transformée en myrrhier ;

je suis Marie, je vais pleurer amèrement,
amèrement… amèrement.

[ 17]
Mais sa voix était ferme et ses yeux étaient secs,
la pièce était petite, à peine une pièce,

c’était une alcôve ou un grand placard
avec une porte fermée, une fenêtre ombragée ;

il n’y avait qu’un peu de lumière à la fenêtre
mais la lumière semblait venir de quelque part,

comme une lumière lunaire sur une rivière perdue
ou un cours d’eau englouti, vu en rêve

par un homme assoiffé, mourant, perdu dans le désert…
ou un mirage… c’était sa chevelure.

[ 18]
Lui qui était sans nul doute
maître des caravanes,

se courba vers le sol ;
il lui tendit son foulard ;

il était inconvenant qu’une femme
apparaisse en désordre, échevelée ;

il était inconvenant qu’une femme
apparaisse, tout simplement.

[19]
Je suis Marie, la fleur d’encens de l’arbre à encens,
moi-même j’adore, je pleure, serai changée en myrrhe;

je suis Marie, bien qu’ayant fondu,
je serai une tour… dit-elle, Sire,

Je n’ai besoin ni de pain ni de vin,
ni de tout ce que vous pourriez m’offrir,

et avec modestie, elle noua son foulard
et se retourna pour ouvrir la porte.

[20]
D’aucuns disent qu’elle s’esquiva et disparut,
d’aucuns disent qu’il la suivit et la trouva,

d’aucuns disent que jamais il ne la trouva
mais qu’il envoya un messager la chercher

avec la jarre d’albâtre ;
d’aucuns disent que lui-même était un Magicien,

un Chaldéen, pas du tout un Arabe
et avait vu le début et la fin,

qu’il était Balthasar, Melchior,
ou cet autre de Bethléem ;

d’aucuns disent qu’il se dissimulait,
qu’il était un Ange déguisé

et avait en fait arrangé cette rencontre
pour se conformer au dessein prévu

que lui ou Balthasar ou un autre
avait calculé exactement à partir des étoiles ;

d’aucuns disent que ce n’est jamais arrivé,
d’aucuns disent que ça arrive encore et encore ;

d’aucuns disent qu’il était un ancien amant
de Marie Madeleine et que le don de la myrrhe

était la reconnaissance d’une ancienne infatuation
consumée et pourtant tout à coup réapparue ;

d’aucuns disent qu’il était Abraham,
d’aucuns disent qu’il était Dieu.

[21]
En tout cas il est écrit précisément,
la maison fut pleine de la senteur du baume ;

c’était plus tard et ce n’était pas une si petite maison
sans doute déjà fragrante de branches et de guirlandes,

car il y avait là banquet, une fête ;
tout était très gai et les rires fusaient,

mais Judas Iscariote fit une grimace,
il murmura Extravagant dans sa barbe,

car le nard bien que peu puissant
possédait cette essence subtile, indéfinissable,

qui dure plus longtemps et coûte plus ;
Judas chuchota à son voisin

et ils se mirent tous alors à parler des pauvres ;
mais Marie, assise par terre,

comme une enfant à une fête, ne faisait pas attention ;
elle était occupée ; elle défaisait adroitement

les tresses longues et tressées avec soin
de son extraordinaire chevelure.

***

Some say she slipped out and got away,
some say he followed her and found her,

some say he never found her
but sent a messenger after her

with the alabaster jar;
some say he himself was a Magician,

a Chaldean, not an Arab at all,
and had seen the beginning and the end,

that he was Balthasar, Melchior,
or that other of Bethlehem;

some say he was masquerading,
was an Angel in disguise

and had really arranged this meeting
to conform to the predicted pattern

which he or Balthasar or another
had computed exactly from the stars;

some say it never happened,
some say it happens over and over;

some say he was an old lover
of Mary Magdalene and the gift of the myrrh

was in recognition of an old burnt-out
yet somehow suddenly renewed infatuation;

some say he was Abraham,
some say he was God.

Anyhow, it is exactly written,
the house was filled with the odour of the ointment;

that was a little later and this was not such a small house
and was maybe already fragrant with boughs and wreaths,

for this was a banquet, a festival;
it was all very gay and there was laughter,

but Judas Iscariot turned down his mouth,
he muttered Extravagant under his breath,

for the nard though not potent,
had that subtle, indefinable essence

that lasts longer and costs more;
Judas whispered to his neighbour

and then they all began talking about the poor;
but Mary, seated on the floor,

like a child at a party, paid no attention;
she was busy; she was deftly un-weaving

the long, carefully-braided tresses
of her extraordinary hair.

She said, I have heard of you;
he bowed ironically and ironically murmured,

I have not had the pleasure,
his eyes now fixed on the half-open door;

she understood; this was his second rebuff
but deliberately, she shut the door;

she stood with her back against it;
planted there, she flung out her arms,

a further barrier,
and her scarf slipped to the floor;

her face was very pale,
her eyes darker and larger

than many whose luminous depth
had inspired some not-inconsiderable poets;

but eyes? he had known many women—
it was her hair—un-maidenly

It was hardly decent of her to stand there,
unveiled, in the house of a stranger.

I am Mary, she said, of a tower-town,
or once it must have been towered

for Magdala is a tower;
Magdala stands on the shore;

I am Mary, she said, of Magdala,
I am Mary, a great tower;

through my will and my power,
Mary shall be myrrh;

I am Mary—O, there are Marys a-plenty,
(though I am Mara, bitter) I shall be Mary-myrrh;

I am that myrrh-tree of the gentiles,
the heathen; there are idolaters,

even in Phrygia and Cappadocia,
who kneel before mutilated images

and burn incense to the Mother of Mutilations,
to Attis-Adonis-Tammuz and his mother who was myrrh;

she was a stricken woman,
having borne a son in unhallowed fashion;

she wept bitterly till some heathen god
changed her to a myrrh-tree;

I am Mary, I will weep bitterly,
bitterly … bitterly.

But her voice was steady and her eyes were dry,
the room was small, hardly a room,

it was an alcove or a wide cupboard
with a closed door, a shaded window;

there was hardly any light from the window
but there seemed to be light somewhere,

as of moon-light on a lost river
or a sunken stream, seen in a dream

by a parched, dying man, lost in the desert .. .
or a mirage … it was her hair.

He who was unquestionably
master of caravans,

stooped to the floor;
he handed her her scarf;

it was unseemly that a woman
appear disordered, dishevelled;

it was unseemly that a woman
appear at all.

I am Mary, the incense flower of the incense-tree,
myself worshipping, weeping, shall be changed to myrrh;

I am Mary, though melted away,
I shall be a tower … she said, Sir,

I have need, not of bread nor of wine,
nor of anything you can offer me,

and demurely, she knotted her scarf
and turned to unfasten the door.

(Hilda Doolittle)

Illustration: Jean-Jacques Henner

 

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