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Posts Tagged ‘(Jorge-Luis Borges)’

L’échiquier (Jorge Luis Borges)

Posted by arbrealettres sur 24 mars 2022




Dans leur grave recoin, les joueurs
Gouvernent les pièces lentes.
L’échiquier
Les retient jusqu’à l’aube dans son sévère
Territoire où se haïssent deux couleurs.
A l’intérieur irradient de magiques rigueurs
Les formes : tour homérique, léger
Cavalier, redoutable reine, roi ultime,
Oblique fou et pions querelleurs.

Quand s’en seront allés les joueurs,
Quand le temps les aura consumés,

Assurément le rite n’aura pas cessé.

Dans l’Orient s’alluma cette guerre
Dont le théâtre est aujourd’hui toute la terre.
Comme l’autre ce jeu est infini.

(Jorge Luis Borges)

Illustration: Veronica Kasatkina

 

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Tous, frêle roi, oblique fou, ou bien reine (Jorge Luis Borges)

Posted by arbrealettres sur 20 janvier 2020




    
Tous, frêle roi, oblique fou, ou bien reine
Opiniâtre, tour verticale et pions madrés,
Sur le parcours en noir et blanc de leur chemin
Recherchent et livrent une bataille rangée.

Ils ne savent pas que la singulière main
Du joueur qui les tient gouverne leur destin,
Ils ne savent pas qu’une rigueur de diamant
Asservit leur vouloir mais aussi leur parcours.
Le joueur, à son tour, se trouve prisonnier
(D’Omar est la sentence) d’un tout autre échiquier
Bâti de noires nuits et de blanches journées.

Dieu pousse le joueur et le joueur la pièce.
Quel dieu, derrière Dieu, débute cette trame
De poussière et de temps, de rêve et d’agonies ?

(Jorge Luis Borges)

 

Recueil: Les échecs
Traduction:
Editions: Seuil

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Il n’est pas nécessaire de construire un labyrinthe (Jorge Luis Borges)

Posted by arbrealettres sur 19 septembre 2019



Illustration:  Jean Zakarauskas
    
Il n’est pas nécessaire de construire un labyrinthe,
quand l’Univers déjà en est un.

(Jorge Luis Borges)

 

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Camden, 1892 (Jorge Luis Borges)

Posted by arbrealettres sur 30 juillet 2019



 

Camden, 1892

Cette odeur des journaux et du café.
Le dimanche, son ennui. Le matin
Et la page entrevue avec les vains
Poèmes allégoriques publiés
Par ce collègue en vue. Blanchi par l’âge
L’homme est là prostré dans son logement
Décent et pauvre. Avec désoeuvrement,
Sur le miroir, il fixe son visage.
Il pense sans surprise que c’est lui
Ce visage. Sa main distraite touche,
En vrac sa barbe et, dévastée, sa bouche.
Sa fin n’est pas très loin. Et sa voix dit :
Je ne suis presque plus, mais mes vers trament
La vie et sa splendeur. Moi, Walt Whitman.

(Jorge Luis Borges)

Illustration

 

 

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Tu n’es aucun des autres (Jorge Luis Borges)

Posted by arbrealettres sur 24 juillet 2019



 

Tu n’es aucun des autres

N’espère rien de ce que t’ont laissé
Écrit tous ceux qu’implore ton effroi;
Tu n’es aucun des autres et tu te vois
Centre du labyrinthe qu’ont tramé
Tes pas. Jésus, Socrate à l’agonie
Ne te sauveront pas, ni le vaillant
Siddharta d’or qui, au jour déclinant,
Dans un jardin à la mort a dit oui.
Poussière aussi est le mot que ta main
Vient d’écrire, le verbe prononcé
Par ta bouche. L’Hadès est sans pitié
Et la nuit divine n’a pas de fin.
Ta matière est le temps, cet incessant.
Tu n’es que chaque solitaire instant.

(Jorge Luis Borges)

 

 

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Sont les fleuves (Jorge Luis Borges)

Posted by arbrealettres sur 24 juillet 2019



 

Sont les fleuves

Nous sommes temps. Nous sommes la fameuse
parabole d’Héraclite l’Obscur,
nous sommes l’eau, non pas le diamant dur,
l’eau qui se perd et non pas l’eau dormeuse.
Nous sommes fleuve et nous sommes les yeux
du Grec qui vient dans le fleuve se voir.
Son reflet change en ce changeant miroir,
dans le cristal changeant comme le feu.
Nous sommes le vain fleuve tout tracé,
droit vers sa mer. L’ombre l’a enlacé.
Tout nous a dit adieu et tout s’enfuit.
La mémoire ne trace aucun sillon.
Et cependant quelque chose tient bon.
Et cependant quelque chose gémit.

(Jorge Luis Borges)

Illustration

 

 

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James Joyce (Jorge Luis Borges)

Posted by arbrealettres sur 24 juillet 2019


 


 

James Joyce

Dans un jour de l’homme sont réunis
les jours du temps, depuis l’inconcevable
jour initial où un Dieu effroyable
fixa d’avance jours et agonies,
jusqu’au jour où le fleuve omniprésent
du temps humain revivra sa naissance,
l’Éternel, et mourra dans le présent,
l’hier, le futur, et dans mon existence.
Entre l’aube et la mort, il y a l’histoire
universelle de la nuit, je peux
voir à mes pieds les chemins de l’Hébreu,
Carthage annihilée, Enfer et Gloire.
Accorde-moi, seigneur, joie, force, amour,
pour affronter la cime de ce jour.

(Jorge Luis Borges)

 

 

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De manière obscure (Jorge Luis Borges)

Posted by arbrealettres sur 17 juillet 2019



 

De manière obscure
les livres, gravures et clefs
connaissent mon sort.

(Jorge Luis Borges)

Illustration

 

 

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Sous le bord du toit (Jorge Luis Borges)

Posted by arbrealettres sur 17 juillet 2019



 

Sous le bord du toit
il n’y a dans le miroir
qu’un reflet de lune.

(Jorge Luis Borges)

Illustration

 

 

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La voici la main (Jorge Luis Borges)

Posted by arbrealettres sur 17 juillet 2019



 

La voici la main
qui parfois venait glisser
sur ta chevelure.

(Jorge Luis Borges)

Illustration: Ráed Al-Rawi

 

 

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