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Posts Tagged ‘préférence’

Mieux que les ours et la tigresse (Louise de Vilmorin)

Posted by arbrealettres sur 21 août 2018



Catherine Musnier  cirque [800x600]

Mieux que les ours et la tigresse,
La chatte grise, un gris d’iris,
La chouette devineresse,
La guenon, plurent à mon fils
Mieux que les ours et la tigresse.

« Je les ferai rire à mon tour.
Allons leur dire bon voyage;
Elles s’en vont au petit jour.
Rien qu’en leur demandant leur âge
Je les ferai rire à mon tour. »

Mon amour, en sa préférence
Aimait prolonger les plaisirs.
Elle reconnut son enfance
En cet enfant de nos désirs,
Notre amour et sa préférence.

Ces bêtes n’attiraient que nous,
Chacun s’en allait vers les cages
Où rampe et tourne le courroux
Des fauves grondant leur orage.
Ces bêtes n’attiraient que nous.

De la lune, les eaux laiteuses
Baignaient le campement forain.
Curieux, dompteurs et jongleuses,
Les acrobates et les nains
Se mouvaient en cette eau laiteuse.

Alors, devant les animaux
Qu’il voulut revoir dans leur cage,
Mon fils agita son chapeau,
Les taquina jusqu’à la rage.
Il taquina ces animaux.

Le feu d’une lampe à pétrole,
Troublé par un souffle de vent,
Projetait autant d’ombres molles
Que de lueurs en se mouvant,
Et cette flamme de pétrole

Tremblait sur de jeunes amants,
Baiser premier, seul baiser rare
Qu’interrompit le jeu dément
De mon fils et ses cris barbares.
Ce jeu fit trembler les amants.

« Enfant, ces bêtes sont savantes
Et, savantes, peuvent punir.
Ton jeu méchant les mécontente,
Prends garde, dis je, il faut partir.
Enfant, ces bêtes sont savantes. »

(Louise de Vilmorin)

Illustration: Catherine Musnier 

 

 

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Rien n’est plus proche (Franck André Jamme)

Posted by arbrealettres sur 25 mai 2018




    
Rien n’est plus proche de la fin
que l’Un qui règne, que Dieu, que l’amour fou.

Mais tout cela est même chose.
Et chaque fois mes proches lèvent les yeux.

Evidemment, l’amour tout court, sans préférence,
pour cet homme et pour cet enfant,
pour l’abeille et pour le chemin, ce serait autre chose
– comme une délicieuse vérité.
Les songes ne seraient pas loin.

(Franck André Jamme)

 

Recueil: La récitation de l’oubli
Traduction:
Editions: Flammarion

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LA CONSCIENCE (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 11 décembre 2017



Illustration: Xing Jianjian 
    
LA CONSCIENCE

Est-ce toi dans cette petite vie
Dans l’intérieur si mal tenu de ma poitrine
Tu fais si peu de bruit que je crains de te perdre
Et tu passes sur moi comme une main mouillée
Je peux t’abandonner comme au cours d’un voyage
On oublie dans un lit d’hôtel ou d’un meublé
Une fatigue de dix ans un corps maussade
Malgré moi je saurai bien te retrouver
Au détour d’un jour creux et doux comme une ruine
Dans l’avenue trop courte où mes jours sont comptés
Car j’ai besoin de toi comme l’enfant prodige
Ballotté dans les draps brûlants de la pensée
Se réveille en criant c’en est trop du vertige
Un peu d’eau douce
Dans cette grande solitude salée
Je saurai te donner toujours la préférence
Ce peu de moi si loin de moi qui me revient
Épousé par tant d’angles durs de murs atroces
Cette balle sanglante et triste comme un poing.

(René Guy Cadou)

 

Recueil: Comme un oiseau dans la tête
Traduction:
Editions: Points

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PEINE DE MORT (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 11 décembre 2017



PEINE DE MORT

Je suis prêt à vous suivre
C’est encore une chance de vivre
Un moyen comme il faut pour mourir
Et l’idée d’être un homme
Me donne envie de rire

Regarde-moi
Je ne veux que tes yeux pour me photographier
Tes cils sont plus secrets que les fils barbelés

Je pars sans haine et sans défense

Oh sont les clés de mon enfance
Le dernier carré de ciel bleu
Et ceux qui partageaient leur coeur
Pour me donner la préférence.

(René Guy Cadou)

Illustration: Benoit Colsenet

 

 

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A l’affût (Pierre Dhainaut)

Posted by arbrealettres sur 18 septembre 2017




Illustration: ArbreaPhotos
    
à l’affût : quelques mots suffisent,
s’ils viennent d’eux-mêmes,

de préférence une syllabe,
par exemple, fruit ou plaine,
lorsqu’ils tressaillent,

accroissant la gorge,
emplissant le corps.

(Pierre Dhainaut)

 

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Pois de senteur (J.J. Grandville)

Posted by arbrealettres sur 20 août 2017



Pois de senteur

Ne vous attendez pas à trouver dans ma vie
des circonstances extraordinaires, des évènements imprévus.
Une fois sur la terre, voulant rester paysanne,
je m’étais mise au service d’un jardinier.
Une autre servante et moi nous composions toute sa maison.

Margot, c’était le nom de ma compagne, était une grosse campagnarde joufflue,
haute en couleurs, carrée d’épaules,
l’objet de l’admiration de tous les villageois.
« Elle fait presque autant d’ouvrage qu’un boeuf »
disait souvent notre maître, pour donner une idée de ses précieuses qualités.

Aussi était-elle l’objet de toutes ses préférences.
Quant à moi, je ne savais rien faire;
je n’étais bonne qu’à danser le dimanche,
à rire et à sauter tout le reste de la semaine.
Elle est assez gentille, disait le fermier en parlant de moi;
mais c’est une tête folle, elle est toujours à mettre le nez à la fenêtre,
à se balancer, à chanter; on n’en fera jamais rien.

Le résultat de cette comparaison entre Margot et moi
était qu’à elle allaient les bons repas,
les succulents morceaux de galette de maïs,
les cuisses d’oies grasses et dodues,
les verres pleins de cidre écumeux.
A moi les vieux morceaux de pain dur,
les os et l’eau du puits; encore avait-on l’air de me la reprocher,
et quelquefois j’étais obligée d’aller m’abreuver
à l’aide de l’arrosoir et à l’insu du fermier.

Il me semblait pourtant que j’étais plus jolie que Margot,
et je ne comprenais pas pourquoi on me la préférait.
[Jusqu’au moment où:]
Je compris: sur la terre, l’utile vaut mieux que l’agréable.

(J.J. Grandville)

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Quand on est amoureux (Christian Bobin)

Posted by arbrealettres sur 31 juillet 2017



  Illustration
    
Quand on est amoureux
on met une seule personne
jolie de préférence
bien au centre du monde
Et quand on aime
d’un amour de personne
on met le monde
au coeur du monde
Bien sûr on n’est jamais à l’abri
d’une rechute
mais quand même quelle douceur
d’aller partout
avec l’insouciance de ce saint
qui entrant dans le château du roi
enlevait son manteau et l’accrochait à
un rayon de soleil
continuant d’avancer impassible
comme si ce geste
était le geste le plus naturel du monde
Oui quel bonheur d’aller ainsi
aimant et ne retenant rien
de ce qu’on aime

Vivre Nella
Vivre respirer chanter
comme si l’on n’y était
plus
pour personne

(Christian Bobin)

 

Recueil: La Vie Passante
Editions: Fata Morgana

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Ce qui sera, quand ce sera, voilà dès lors ce qui est (Fernando Pessoa)

Posted by arbrealettres sur 3 mars 2017



Si je savais que demain je vais mourir
Et que le printemps est pour après-demain,
Je mourrais content, de ce qu’il soit pour après-demain.
Si tel est son temps, quand devrait-il venir sinon en son temps?
J’aime que tout soit réel et que tout soit exact;
Et j’aime ça parce qu’il en serait ainsi, même si je n’aimais pas ça.
C’est pourquoi, si je meurs à présent, je meurs content,
Parce que tout est réel, parce que tout est exact.

Vous pouvez prier en latin sur mon cercueil si ça vous chante.
Si ça vous chante, vous pouvez danser et chanter tout autour.
Je n’ai pas de préférences pour le moment
où je ne pourrai plus avoir de préférences.
Ce qui sera, quand ce sera, voilà dès lors ce qui est.

(Fernando Pessoa)

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Où sont les clés de mon enfance (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 1 mai 2016



 

Derek Gores _collage_09 [1280x768]

Où sont les clés de mon enfance
Le dernier carré de ciel bleu
Et ceux qui partageaient leur coeur
Pour me donner la préférence

(René Guy Cadou)

Illustration: Derek Gores

 

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Il n’y a que des portes (Pierre Dhainaut)

Posted by arbrealettres sur 17 juillet 2015


porte

Courants d’air ou rayons
sans préférence: devant la porte
il n’y a que des portes.

(Pierre Dhainaut)

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