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Posts Tagged ‘passionné’

TU ME REPROCHES… (Mihai Beniuc)

Posted by arbrealettres sur 12 juin 2020



    

TU ME REPROCHES…

Tu me reproches d’effleurer ta lèvre à peine
Comme un vent caressant les feuilles en chemin
Et d’enfoncer ensuite avidement mes mains
Dans la terre vers les racines qui l’étreignent.

J’aime bien le feuillage au murmure enivrant,
Pourtant c’est la racine que je lui préfère :
Elle, qui n’a pas le baiser de la lumière,
Transmet à l’arbre son frisson en gémissant.

Ce qui se passe en nous, en nos jeux passionnés,
Certes ni toi ni moi nous ne le savons guère;
Mais je comprends que tu voudrais te dominer,
Pour ne pas me céder m’être plus étrangère.
Une force inconnue et qu’on ne peut soumettre
Nous couche tous les deux au sol et nous pénètre.
Notre amour, ce frère jumeau de la folie,
Etait un feu, c’était un immense incendie.
Et, sachant bien qu’il ne pouvait que nous détruire,
Qu’à ce maudit éclatement aucun de nous
Ne saurait échapper, comme dans la forêt
En flammes, sans aucun espoir de se sauver,
Toutes les bêtes vont périr épouvantées,
Hurlant et s’entre-déchirant, luttant à mort,
Cherchant en vain de quel côté prendre la fuite,
Alors que sur les eaux passe un courant de feu —
Nous deux, serrés l’un contre l’autre, restons là,
Ainsi que dans un conte, ne comprenant rien.
Nous avons mis le feu au bois de la sagesse
Et brûlons vifs, dans les flammes, dans la fumée.

(Mihai Beniuc)

 

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HONTE (Annie Salager)

Posted by arbrealettres sur 18 février 2019



lllustration: Céline Roussin
    
HONTE

Ils sont partout sur terre
tu les sens dans tes veines
douleur, malheur, présents en toi,
honte de ne pouvoir même les mesurer
savoir passionné où tu t’étouffes jour à jour
en adjurant une improbable évolution
de s’en charger et, tout en feignant de croire
que ta peau pénétrée du rien suffit
à l’harmonie du vivre,
tu regardes à l’horizon les nuages
pâlis se faire peu à peu
larme de jour et fleuve de lumière
puis malgré l’ombre amère au coeur
tu te remets à boire silencieux le goût de vivre

(Annie Salager)

 

Recueil: La Mémoire et l’Archet
Traduction:
Editions: La rumeur libre

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LE POISSON ROUGE (Allen Upward)

Posted by arbrealettres sur 10 novembre 2018




    
LE POISSON ROUGE

Comme un souffle de musc amassé,
Comme les nageoires d’or qui vont
Vers les ombres vertes du bassin —
Flammes vivantes issues du crépuscule —
Sont les battements lumineux de l’amour
Dans le coeur de l’amant passionné.

(Allen Upward)

 

Recueil: Des Imagistes Anthologie
Traduction:
Editions: La Nerthe

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LE COQUILLAGE (Allen Upward)

Posted by arbrealettres sur 10 novembre 2018



Illustration: Vladimir Kush
    
LE COQUILLAGE

À l’amant passionné, dont les soupirs lui reviennent à chaque brise,
le monde entier ressemble à un coquillage qui murmure.

(Allen Upward)

 

Recueil: Des Imagistes Anthologie
Traduction:
Editions: La Nerthe

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Ma chambre a des charmes de palmier (Pier Paolo Pasolini)

Posted by arbrealettres sur 9 octobre 2018




    
Ma chambre a des charmes de palmier.
Le lit blanc et pur, défait,
les innocents cahiers : la présence
en moi de cette joie physique
que donne la vie qui se vit en soi.

Puis des moineaux se dispersent comme
un vol confus de papillons; la terre, au soleil
passionnée et indifférente…

Et dans les vignes brûlées de soleil
et les maisons aux enduits incandescents,
un son de cloche obsédant.

***

La mia camera ha incanti di palmizio.
Il candido letto disordinato,
i quaderni innocenti: la presenza
in me di questa fisica allegrezza
che è la vita che si vive sola.

Poi passeri si sparpagliano corne
confuse farfalle; la terra, al sole,
appassionata e indifferente…

E tra le vigne roventi di sole
e gli intonachi accesi delle case,
un invasato suono di campana.

(Pier Paolo Pasolini)

 

Recueil: Je suis vivant
Traduction: Olivier Apert et Ivan Messac
Editions: NOUS

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La Carte du Royaume des Précieuses (Charles Sorel)

Posted by arbrealettres sur 7 octobre 2018



La Carte du Royaume des Précieuses

On s’embarque sur la Rivière de Confidence
pour arriver au Port de Chuchoter.

De là on passe par Adorable, par Divine, et par Ma Chère,
qui sont trois villes sur le grand chemin de Façonnerie
qui est la capitale du Royaume.

A une lieue de cette ville est un château bien fortifié
qu’on appelle Galanterie.
Ce Château est très noble,
ayant pour dépendances plusieurs fiefs,
comme Feux cachés, Sentiments tendres et passionnés
et Amitiés amoureuses.

Il y a auprès deux grandes plaines de Coquetterie,
qui sont toutes couvertes d’un côté par les Montagnes de Minauderie
et de l’autre par celles de Pruderie.

Derrière tout cela est le lac d’Abandon,
qui est l’extrémité du Royaume.

(Charles Sorel)

voir ici: Carte DE Tendre (et pas « du ».. Tendre est un Pays.. un BEAU Pays!)  de Madeleine de Scudéry (15/11/1607  02/06/1701)

https://fr.wikipedia.org/wiki/Carte_de_Tendre
http://www.miscellanees.com/t/tendre01.htm

 

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Adieux (Tou Mou)

Posted by arbrealettres sur 3 août 2018




    
Adieux

Passionnée, elle laisse paraître son indifférence,
En s’efforçant de rire devant la coupe, mais en vain!
Même la chandelle a du coeur et regrette notre séparation;
Pour nous, elle fond en larmes jusqu’à l’aube.

(Tou Mou)

 

 

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Moi Jean (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2018



saint_jean_baptiste

Hommage aux anges
[3]

Moi Jean, vis. Je test ;
que si quelqu’un ajoute

Dieu lui ajoutera les plaies,
mais dit celui qui est assis sur le trône,

je ferai tout nouveau.
Moi Jean, vis. Je testifie,

mais je ferai tout nouveau,
dit Celui des sept étoiles,

Lui des soixante-dix-fois-sept
injustices passionnées, amères,

Lui des soixante-dix-fois-sept
guerres amères, sans fin.

***

I John saw. I testify;
if any man shall add

God shall add unto him the plagues,
but he that sat upon the throne said,

I make all things new.
I John saw. I testify,

but I make all things new,
said He of the seven stars,

he of the seventy-times-seven
passionate, bitter wrongs,

He of the seventy-times-seven
bitter, unending wars.

(Hilda Doolittle)

 

 

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Il est autour des êtres (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 18 mai 2018



Il est autour des êtres une ligne secrète,
Épris ou passionné, on ne la franchit pas,
Les lèvres ont beau s’unir dans un silence terrible,
Et l’amour déchirer le coeur.

L’amitié même est sans pouvoir, ici, et les années
De grand, d’ardent bonheur,
Quand l’âme est libre, indifférente
Au lent abandon de la volupté.

Fous ceux qui cherchent à l’atteindre, et ceux
Qui l’ont touchée, la nostalgie les frappe…
Tu comprends maintenant pourquoi
Mon coeur ne bat plus sous ta main.

(Anna Akhmatova)

 

 

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Ma mortelle dame (Edward Estlin Cummings)

Posted by arbrealettres sur 4 février 2018



Illustration: Katsushika Hokusai
    
ma mortelle dame au corps cadavérique

d’une douceur bête exquisément,équipée
(devenant exactement passionnée agrippe

Volontiers en des gloussements de suprême sexe

ma protubérance muette-articulée)
Désirant que mon bel obus vexe

l’intuitif sillon qui se moque…
Et le vif clapotis-de-son-cerveau me mord

tendrement,
comme la lente concession-de-chair

chaude me,Prend;en de plus folles vagues de lumière
sentantbon
parfumées :
d’éclats imprononçables
Arrachés,
au soleil immense(dont le jour bave
sur la nuit—)et l’abrupt navire-de-ses lèvres

se désintègre,en une explosion!mièvre

***

my deathly body’s deadly lady

smoothly-foolish exquisitely,tooled
(becoming exactly passionate Gladly

grips with chuckles of supreme sex

my mute-articulate protrusion)
Inviting my gorgeous bullet to vex

the fooling groove intuitive…

And the sharp ripples-of-her-brain bite
fondly into mine,
as the slow give

of-hot-flesh Takes,me;in crazier waves of light
sweetsmelling
fragrant:
unspeakable chips
Hacked,
from the immense sun(whose day is drooled
on night—)and the abrupt ship-of-her lips

disintegrates,with a coy!explosion

(Edward Estlin Cummings)

 

Recueil: Erotiques
Traduction: Jacques Demarcq
Editions: Seghers

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