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Poésie

Posts Tagged ‘éclatement’

LA ROUE (Robert Guiette)

Posted by arbrealettres sur 10 janvier 2020



LA ROUE

I
Chante, étranger sur le trottoir
Ta voix n’écarte aucun volet

Au soleil blanc reste en arrêt
Chante plus fort chante plus noir

Dos au mur aveuglant
Face au fronton des façades

La note frappera la seule vitre en flammes
Aux mille éclairs vois le sourire du temps

Comme
un grand visage
qui se nomme

II
O doux éclatement
Le livre s’est ouvert
et j’ai vu du coeur qui ne ment
déborder les souvenirs de mon enfance

Comment
dis-moi comment
ce passé s’est ouvert
que tu gardais si pieusement
pour habiter ce coeur d’abondance

La bouche de blessure
avait-elle mis son secret
dans la grenade mûre
Si longtemps
si longtemps après

C’est bien ma solitude
comme une ancienne fleur
qui plus tard a germé dans ce feu
Où donc
jadis perdue

III
La parole est morte
Et le monde est venu
Et les rues sont pleines de monde

Personne ne passe la porte
Tout se nomme refus
Et les ruines s’enivrent de monde

Au fond de la chaussée
une grande fleur d’encre
qui rature la joie

L’attente folle
couleur de fuite
un souvenir géant
qui efface tout

IV
Coeur dévasté pour rire
beauté usée par les sales regards

Le triste et le gai
comme des éventails
et la blessure comme un loup

L’histoire finit
lorsqu’il n’est plus temps

V
La rue suit sa pente
Les hommes leur chemin
ou suivent les passantes
Moi seul je me souviens
Le soleil las poursuit sa route
Les fenêtres s’entrouvrent
au silence à la fraîcheur

Une grande roue tourne
et tourne grande roue
où les hommes s’usent

La terre mâche la terre

(Robert Guiette)

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ENERGIE REVEUSE (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 14 septembre 2018




ENERGIE REVEUSE

Une énergie rêveuse
s’en prend à la promenade
aux montées d’escaliers blonds
à ce présent qui les redécouvre
le monde s’évertue
une tenace illusion
fait mouvoir les marteaux
et conserver
la cuirasse d’acier aux lueurs familières
le lit d’où montèrent
des soupirs

et que dore un rayon ancien.
Les machines usinières
gémissent aux aurores
jusqu’à l’éclatement possible des atomes,

(Jean Follain)

 

 

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Energie rêveuse (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 6 août 2018


Une énergie rêveuse
s’en prend à la promenade
aux montées d’escaliers blonds
à ce présent qui les redécouvre
le monde s’évertue
une tenace illusion
fait mouvoir les marteaux
et conserver
la cuirasse d’acier aux lueurs familières
le lit d’où montèrent
des soupirs
et que dore un rayon ancien.
Les machines usinières
gémissent aux aurores
jusqu’à l’éclatement possible des atomes.

(Jean Follain)

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Rien que le sable et l’air (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 25 janvier 2018




    

Rien que le sable et l’air
Et ce désir farouche
Ta bouche lourde sur ma bouche
L’empreinte bleue du sein
Dans la paume encor fraîche

Ici
L’arbre se fond
Se confond avec l’herbe
Mais l’âme dégagée
A pris de la hauteur

Soleil
Eclatement des yeux
Soleil en marche

Des mois et des années
Et cette fleur au coeur qui ne s’est pas fanée
Le dernier compagnon
Et le dernier visage
Tous ces haillons dorés qui font le paysage
Une fumée là-bas
La première douceur

(René Guy Cadou)

 

Recueil: Poésie la vie entière
Traduction:
Editions: Seghers

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Je voudrais je ne pourrai pas m’habituer (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 9 décembre 2017



    

Illustration

Je voudrais je ne pourrai pas
M’habituer aux chevaux et aux fleurs de lilas

Le train qui passe à l’horizon est très ancien
Sa mécanique très moderne n’y fait rien

Il est graissé et sans défaut comme un poème
Mais ce sont les chants du Gaélique que j’aime

Je voudrais je ne pourrai pas
M’absenter des chevaux et des fleurs du lilas

L’aéroplane est vieux l’automobile est vieille
Seul le vrombissement mélodieux d’une abeille

Est jeune et jeune aussi ce vieillard attardé
Dans sa marche par la marche d’un scarabée

Je voudrais je ne pourrai pas
M’habituer aux chevaux et aux fleurs du lilas

Car j’ai peur de ne plus savoir mourir comme on s’aligne
Côte à côte pour un concours de pêche à la ligne

J’ai peur de n’être pas à la hauteur de mes voisins
Qui conduisent des automobiles et prennent le train

Et meurent dans leur lit sans souci des campagnes
Où l’amour tue comme un éclatement de châtaigne

Je mourrai mais je ne pourrai pas
M’absenter des chevaux et des fleurs du lilas

(René Guy Cadou)

 

Recueil: Comme un oiseau dans la tête
Traduction:
Editions: Points

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C’est par une naissance (Mohammad Iqbal)

Posted by arbrealettres sur 8 septembre 2017




    

C’est par une naissance
que tu es venu dans ce monde des quatre directions,
c’est par une autre naissance
que tu peux t’en échapper
et que se peuvent briser les chaînes qui te lient.
Mais celle-là n’est pas d’eau et d’argile,
seul la connaît celui qui a le coeur en éveil.

L’une est contrainte,
l’autre est libération,
l’une est voilée,
l’autre manifeste.

L’une est pétrie de pleurs,
l’autre de rires;
l’une est le symbole de celui qui cherche,
l’autre de celui qui trouve.

L’une est séjour parmi les choses créées,
l’autre errance en dehors des dimensions du monde sensible.
L’une est besoin de jours et de nuits,
jours et nuits ne sont que le destrier de l’autre.

L’enfant naît de l’éclatement du ventre maternel,
l’homme naît de l’éclatement du monde…
Lorsque surgit dans le corps une âme en éveil,
ce vieux palais du monde
se trouve ébranlé dans ses fondations!

… Ô toi qui ressembles à un mort
dans les profondeurs du sépulcre,
sache que la résurrection est possible
sans que retentisse la Trompette Divine.

Tu as dans la gorge des mélodies suaves et délicates,
combien de temps demeureras-tu sur la terre
à coasser comme un crapaud ?
Enfourche le Temps et l’Espace…

Aiguise tes yeux et tes oreilles,
que ton intelligence en éveil absorbe tout ce que tu vois!
Apprends de moi ce regard qui brûle tous les voiles,
ce regard qui ne sera jamais prisonnier à l’intérieur d’un oeil!

(Mohammad Iqbal)

 

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Entre les villages (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 14 août 2017



Illustration: Vincent Van Gogh
    
Entre les villages séparés par le silence,
les chaumes se tendent comme des oiseaux
aux aguets et l’on entend parfois le bruit
que fait une feuille pour rentrer dans la terre.

Il y a tant de litres de clarté jamais bus
jamais vides de leur éclatement facile
que la terre reste blanche comme les routes
dont la poussière cache un peu de soleil.

Le ciel trop haut n’a pas retenu ton regard
la terre n’a pas gardé ton pas sur les chemins
Il reste un peu de buée sur la tête trop claire,
un peu de tendresse mal assemblée dans la main.

Tu as vécu jusqu’au dernier papier de peau
jusqu’à la dernière goutte de regard.
Pas une femme ne se souvient de ta vie
comme la terre se souvient des étoiles.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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Le guetteur (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 7 juillet 2017



Le guetteur tendu contre la nuit
pressent un dieu sous la muraille
où conspire un sommeil d’oiseaux.

Il caresse l’arme inutile,
rosaire de sa peur,
pour conjurer une invisible proie.

Contre son corps se glisse
le gel aux seins menus
qui l’embrasse et le lie
alors que monte des marais
par les degrés de brume
l’odeur violente de la mort.

L’aube enfin, l’éclatement
des pavots et des cris!

Décue, l’archer funèbre,
Orion pâlit.

Mais le jour rend au guetteur
un masque étroit de fourmi.

(Jean Joubert)


Illustration: Daniel Cuq

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La fascinante mort immobile (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 19 juin 2017



Rugosité,
paraphe des volcans,
éclatement du gel.

Les nerfs s’accrochent,
tissent la toile.

Ailleurs, l’envol de l’eau du marbre:
la fascinante mort immobile.

(Jean Joubert)

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Ensemble (Eugène Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 31 mars 2017



Ensemble
(extraits)

Dans la paume des chemins, dans l’éclatement de l’herbe,
Ton visage tout défait d’aimer

Tes mains au soleil couchant
Pétrissant l’argile, caressant les cous des chiens
Mouillés de la boue des pâturages

Ecoute: le pollen des rochers,
L’abri au fond de la mer.

C’est ta paume qui s’épanouit,
C’est la peau de tes seins
Tendue comme une voile au soleil couchant.

Ecoute encore: ton pollen au pollen des rochers
Se mélange sur mer,
Ton ventre amène et retire les marées,
Ton sexe occupe les sables chauds des profondeurs.

*

Tous les suintements sont lavés dans la mer

Et l’homme peut le soir retrouver dans un lit
Le goût frais de la mer
Entre des cuisses ouvertes

(Eugène Guillevic)

Illustration: Raphaëlle Zecchiero

 

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