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Posts Tagged ‘(Alexandre Blok)’

Quand sous un mur (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2018



Tombe-de-Blok  [800x600]

Quand sous un mur, dans les orties,
Mes pauvres os seront pourris,
Quelque tardif historien
Écrira une oeuvre importante.

Il martyrisera, le maudit,
Des écoliers innocents :
Dates de naissance et de mort,
Tas de citations mal choisies !

Triste sort qu’une vie si confuse,
Difficile ensemble, et oisive :
Devenir la chose d’un docteur,
Et grossir l’armée des critiques !

Ah, pouvoir se terrer sous les herbes,
S’endormir d’un sommeil éternel !
Taisez-vous donc, livres maudits :
Je ne vous ai jamais écrits !

(Alexandre Blok)

 Illustration

 

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Aujourd’hui, Tu marchais solitaire (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2018



Aujourd’hui, Tu marchais solitaire ;
Je n’ai pas vu Tes miracles.
Là-bas, au-dessus de Ta haute montagne,
S’étendait la forêt dentelée :
Et cette forêt étroitement serrée,
Et ces chemins montagneux
M’empêchaient de me fondre dans l’inconnu,
De fleurir de Ton azur.

(Alexandre Blok)

Illustration: ArbreaPhotos
 

 

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Elle a rejoint le choeur des autres astres (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 14 mai 2018




Elle a grandi par-delà les montagnes,
Née dans la solitude des vallées.
Aucun de nous n’a pu jeter sur elle
Un regard de désir. Elle était seule.
L’astre immortel regardait chaque jour
Resplendir son aurore pure.
Elle montait vers lui comme une fleur,
Gardait en elle une trace secrète.
Dans le désir et l’angoisse elle est morte;
Aucun de nous n’a contemplé sa cendre…
Elle a fleuri soudain parmi l’azur,
Triomphante, dans un ailleurs, sur d’autres cimes.
Elle vit maintenant parmi la neige.
Insensés! Qui de vous as visité son temple?
Elle a fleuri par-delà les montagnes,
Elle a rejoint le choeur des autres astres.

(Alexandre Blok)

Illustration: Anne-Louis Girodet de Roussy-Trioson

 

 

 

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À Anna Akhmatova (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 18 avril 2018



Anna Akhmatova
    
À Anna Akhmatova

Quand on vous dit — « La beauté est terrible » —
Indolente, sur vos épaules
Vous jetez un châle espagnol.
Dans vos cheveux — une rose rouge.

Quand on vous dit — « La beauté est simple » —
Vous couvrez, un peu maladroite,
L’enfant d’un châle bigarré.
La rose rouge a chu par terre.

Mais, indifférente à ces mots
Qui résonnent autour de vous,
Vous resterez pensive et triste
Tout en répétant pour vous-même :

« Je ne suis ni terrible ni simple :
Pas assez terrible pour tuer
Tout simplement ; ni assez simple
Pour ignorer que la vie est terrible. »

***

Анне Ахматовой

«Красота страшна» — Вам скажут, —
Вы накинете лениво
Шаль испанскую на плечи,
Красный розан — в волосах.

«Красота проста» — Вам скажут, —
Пёстрой шалью неумело
Вы укроете ребенка,
Красный розан — на полу.

Но, рассеянно внимая
Всем словам, кругом звучащим,
Вы задумаетесь грустно
И твердите про себя:

«Не страшна и не проста я;
Я не так страшна, чтоб просто
Убивать, не так проста я,
Чтоб не знать, как жизнь страшна».

***

To Anna Akhmatova

They say to you, « Beauty is terrible, »
And lazy, around your shoulders,
You wind your Spanish shawl,
You tuck a red rose in your hair.

They say to you, « Beauty is simple, »
And awkward, with your many-colored shawl,
You cover a child
And the rose falls to the floor

Distracted, you listen
to the words around you.
Sad, thoughtful
you say to yourself,

I am not so terrible
nor so simple as that,
Not terrible enough to kill simply
Or too simple to know
that life is terrible.

(Alexandre Blok)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Recueil: Le Monde terrible
Traduction: Pierre Léon – Lenore Mayhew and William McNaughton
Editions: Gallimard

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Nous nous retrouvions (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 18 janvier 2018



Illustration: Zorn
    
Nous nous retrouvions au couchant.
Ta rame fendait l’eau du golfe.
Amoureux de ta robe blanche,
Je n’aimais plus l’élégance du rêve.

Retrouvailles muettes, étranges.
Devant nous — sur la langue de sable —
S’allumaient les cierges du soir.
On songeait à la pâle beauté.

Qu’on s’approche, s’effleure et se brûle —
Le silence d’azur n’entend rien.
Mais nous nous retrouvions dans les brumes,
Où l’onde frémit sous les roseaux.

Ni douleur, ni amour, ni offense,
Tout pâlit, tout s’en va, tout s’enfuit…
Ton image blanche, les requiems,
Et la rame d’or dans ta main.

(Alexandre Blok)

 

Recueil: Le Monde terrible
Traduction:Pierre Léon
Editions: Gallimard

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J’attends l’appel (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 20 décembre 2017



 Illustration: Robert Cattan
    
J’attends l’appel, je cherche la réponse,
Le ciel se tait, la terre est muette.
Par-delà les champs jaunes — au loin, là-bas —
Mon cri s’est levé le temps d’un éclair.

Et l’écho qui répond aux paroles lointaines,
Et le ciel de la nuit, les champs assoupis,
Annoncent le mystère de la rencontre prochaine,
Les rendez-vous radieux, mais si vite effacés.

J’attends — un neuf frémissement me touche.
Le ciel devient plus clair, le silence plus sourd…
Le verbe abolira le mystère nocturne…
Aie pitié, Seigneur, des âmes de la nuit!

Par-delà les champs jaunes, le temps d’un éclair,
L’écho lointain de mon cri s’est levé.
J’attends toujours l’appel, je cherche la réponse,
Mais la terre étrangement s’obstine dans le silence.

(Alexandre Blok)

 

Recueil: Le Monde terrible
Traduction:Pierre Léon
Editions: Gallimard

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On s’amusait sous la lumière jaune (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2017



    
On s’amusait sous la lumière jaune,
Le cercle, près des murs, rétrécissait,
La masse des danseurs se dédoublait sans cesse,
Et j’avais l’illusion qu’un ami me suivait.

Le désir faisait se soulever les poitrines,
Sur les visages la chaleur se reflétait.
Je déambulais rêvant de miracle,
Et j’étais accablé par leurs désirs lascifs…

On eût dit que, derrière le voile de poussière,
Quelqu’un vivait, caché parmi la foule,
Et son étrange regard épiait sans cesse,
Et sa voix s’élevait, et chantait et parlait…

(Alexandre Blok)

 

Recueil: Le Monde terrible
Traduction:Pierre Léon
Editions: Gallimard

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FAÏNA (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2017



Illustration: Jean Jacques Henner
    
FAÏNA

J’étais confus, j’étais joyeux.
Et ta soie sombre me hantait,
Lorsque ton lourd rideau enfin
S’ouvrit — le théâtre se tut.

D’un feu vivant nous sépara
Le cercle de la rampe clair,
Et la musique a enflammé
Ton visage transfiguré.

De nouveau les chandelles brillent,
Et l’âme est seule, l’âme est aveugle…
Et tes épaules scintillantes,
Et la foule, enivrée de toi…

Tu es l’étoile fuyant le monde,
Au-dessus de la plaine — au loin…
Et la lyre d’argent tressaille
Et frémit dans tes mains tendues…

(Alexandre Blok)

 

Recueil: Le Monde terrible
Traduction:Pierre Léon
Editions: Gallimard

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Je me souviens des longs tourments (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2017



 

Illustration: Evaristo
    
Je me souviens des longs tourments :
La nuit se mourait aux fenêtres;
Elle se tordait les bras, son image
Luisait dans les rayons du jour.

Cette vie, fuyant, inutile,
Blessait, brûlait et humiliait:
Et tel un spectre se dressant,
Le jour profilait les coupoles;

Sous la fenêtre, plus pressant
Se faisait le pas des passants;
Et, dans l’eau grisâtre des flaques,
La pluie faisait des ronds.

Le matin n’en finissait pas…
La question vaine taraudait,
Et rien n’a résolu l’averse
De larmes folles du printemps.

(Alexandre Blok)

 

Recueil: Le Monde terrible
Traduction:Pierre Léon
Editions: Gallimard

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Qu’il est dur d’avancer (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2017




    
Qu’il est dur d’avancer parmi les hommes
Tout en feignant de n’avoir pas péri,
Et de narrer le jeu tragique des passions
À tous ceux qui n’ont pas vécu encore.

Et de chercher, dans son cauchemar nocturne,
Un ordre au tourbillon désordonné du coeur,
Pour que, dans les pâles lueurs de l’art,
On devine le feu dévorant de la vie!

(Alexandre Blok)

 

Recueil: Le Monde terrible
Traduction:Pierre Léon
Editions: Gallimard

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