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Poésie

Posts Tagged ‘abolir’

ORAISON (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 6 juin 2019




    
ORAISON
Dhyâna

Hier je suis revenu sans vous dire mot.

J’ai mis fin pour toujours
au duel entre espoir et désolation,
aux griefs accablants des envies excédées.

Au sombre ciel d’absence il fait soir.
Je vous contemple
vous tiens dans l’infini
dans l’absolu.

Le cours du monde n’est plus,
ni soleil ni lune
ni astre ni planète aucune ;
l’air se tient coi, nul tracé d’arbres
à l’horizon ne se dessine.

Point de gens ni de chuchotements,
le bruit des pas du temps aboli
arrêté l’instant inachevé
dont je ne compte pas les fragments.

N’est plus ni jour ni obscurité —
ni moi ni attache vous liant à moi.
Il n’y a ni plaisir ni peine ni crainte,
tout désir se trouve éteint —
une quiétude se sent
dans le silence du ciel.

Tout est en vous recueilli,
en vous solitaire —
dans mon esprit sans moi ne se profile
que l’intime vision de vous.

(Rabindranath Tagore)

 

Recueil: L’écrin vert
Traduction: Saraju Gita Banerjee
Editions: Gallimard

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Sang d’étoile (Alain Suied)

Posted by arbrealettres sur 31 mars 2019



Illustration: Renaud Baltzinger
    
Sang d’étoile

Tu viens des étoiles
et ta parole de lumière
brille
— un défi au néant
ou l’ultime feu d’une mémoire
abolie ?

Tu reviens
des étoiles
et ton regard enfin
s’ouvre
sur la lumière perdue
mais future
de notre exil inassouvi.

(Alain Suied)

 

Recueil: Sur le seuil invisible
Traduction:
Editions: Arfuyen

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AH! Instants qui abolissent le lendemain (Juan Ramón Jiménez)

Posted by arbrealettres sur 16 mars 2019



 

Gurbuz Dogan Eksioglu (48) 

AH!
Instants qui abolissent
le lendemain ; qui s’achèvent
dans le présent ; quand nous sommes prêts
à tout, n’importe quoi,
ni avec quoi !

Comme se redresse
notre être ; que nous sommes grands,
alors ! Que nous sommes seuls !

…Et que nous avons peu besoin
de l’homme, et de dieu !

***

¡AY!
¡Instantes, en que el mañana
no vale nada; en que es hoy
el fin; y estamos dispuestos
a todo, no importa qué,
ni con qué!

¡Cómo se alza
nuestro ser; qué grandes somos,
entonces! Que solos somos !

… ¡Y qué poquísima falta
nos hace el hombre, ni el dios!

(Juan Ramón Jiménez)

Illustration: Gurbuz Dogan Eksioglu

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ON frappe à la porte (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 4 mars 2019



Illustration: George Clair Tooker
    
ON frappe à la porte.
Mais les coups résonnent au revers,
comme si quelqu’un frappait de l’intérieur.

Serait-ce moi qui frappe ?
Peut-être les coups de l’intérieur
veulent-ils couvrir ceux de l’extérieur ?
Ou bien la porte elle-même
a-t-elle appris à être le coup
pour abolir les différences ?

Ce qui importe est que l’on ne distingue plus
entre frapper d’un côté
et frapper de l’autre.

***

LLAMAN a la puerta.
Pero los golpes suenan al revés,
como si alguien golpeara desde adentro.

¿Acaso seré yo quien llama?
¿Quizá los golpes desde adentro
quieren tapar a los de afuera?
¿O tal vez la puerta misma
ha aprendido a ser el golpe
para abolir las diferencias?

Lo que importa es que ya no se distingue
entre llamar desde un lado
y llamar desde el otro.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Onzième Poésie Verticale
Traduction: Fernand Verhesen
Editions: Lettres Vives

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Onctueux le chat (Claude Pujade-Renaud)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2018




Illustration: ArbreaPhotos
    

Onctueux le chat
se coule dans un rêve
lui impose son rythme

Liquide il abolit
la densité des os
étire son squelette

Au creux des arbres
il flaire ses origines
feuillage et pelage

Son royaume sans âge
de courbes et frémissements
et d’envols furtifs

Vigilant fainéant
s’endort attentif
au silence des oiseaux

(Claude Pujade-Renaud)

 

Recueil: Instants incertitudes
Traduction:
Editions: Le Cherche Midi

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L’estampe (Yves Di Manno)

Posted by arbrealettres sur 24 août 2018



 

Hokusai   rl

(l’estampe) (à isabelle)

longtemps j’ai cherché dans
le poème l’ombre
d’une mémoire plus vaste
que la mienne
aujourd’hui sans oser
l’écrire j’attends — l’encre l’estampe ?
la forme vers — laquelle me
conduit la strophe
inscrite la — poésie peinte ?
au revers d’une
vie-nouvelle toile-mentale
inaugurale ? — augurant d’un
temps sans dessein — abolissant
essence & sens — signes-destins ?

(Yves Di Manno)

Illustration: Hokusai

 

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Salut au poète (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 11 août 2018



Salut au poète

Poète
Qui chantes la naissance téméraire de la rose d’azur
Cette jamais rencontrée

Poète
Au seuil des présages
Malgré tes poings en feu
Nous t’avons rejeté et pourchassé de paroles
Le faisceau de nos discordes éloigne
Le fruit essentiel
Que tu appelais

Poète
Nos villes s’endorment en leur écriture de pierre
Satisfaites de ne songer qu’à l’opiniâtre saison
Oublieuses des merveilles qui dévastent les toits
Qui abolissent les routines

Poète
Tu voles le vent pour nos faces
Le clair pour nos yeux
Le sel pour nos lèvres

Tu risques l’étoile
Tu cries notre raison.

(Andrée Chedid)


Illustration: William Blake

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Inaugurer la transparence (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 4 juillet 2018



Illustration: Laurence Dutilleul
    
Inaugurer la transparence.
Voir à travers un corps, une idée,
un amour, la folie,
distinguer sans obstacle l’autre côté,
traverser de part en part
l’illusion tenace d’être quelque chose.
Non seulement pénétrer du regard dans la roche
mais ressortir aussi par son envers.

Et plus encore :
inaugurer la transparence
c’est abolir un côté et l’autre
et trouver enfin le centre.
Et c’est pouvoir suspendre la quête,
parce qu’elle n’est plus nécessaire,
parce qu’une chose cesse d’être interférence,
parce que l’au-delà et l’en-deçà se sont unis.

Inaugurer la transparence
c’est te découvrir à ta place.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Martine Broda pour Roberto Juarroz
Traduction: Martine Broda
Editions: José Corti

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J’avais cessé de nommer (Roger Munier)

Posted by arbrealettres sur 22 juin 2018



Illustration: Vincent Van Gogh
    
J’avais cessé de nommer.
J’étais le lieu seulement comme d’une avancée végétale.

La proie d’un moutonnement vert, argenté sur ses crêtes par les jeunes feuilles,
et qui venait à moi, en marche vers moi.

Il n’y avait colline ni pente ni prairie ni bocage.
Une masse fluide coulait vers moi, m’immergeant lentement.

La fine pluie qui se déplaçait en nuages bas, de l’est,
en abolissant tout recul de quelque importance, en noyant les confins, même proches,
rendait d’autant plus immédiat et instant ce qui m’entourait.

La tiédeur humide de l’air accusait encore la continuité, le continu, mettait tout en contact.
Une lumière irréelle, opaline et dorée, baignait, c’est bien le mot, toutes choses.

Je fus un temps sous l’effet de cette instance en marche, sans nommer, ni presque percevoir.
En proie seulement. Envahi. Bienheureux. Délivré.
N’étant pas plus, mais cela.
Et de la sorte venant moi-même à moi comme du dehors, me rejoignant peu à peu.

Quand ce fut fini, quand j’eus en quelque sorte regagné mes limites, mes fonds,
quand de nouveau je me reconnus, je reconnus aussi ce qui était venu… et qui s’était évanoui.

(Roger Munier)

 

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Écho (Roger Munier)

Posted by arbrealettres sur 19 juin 2018



Illustration
    
Écho, juste et seule voix, obsédante rumeur.
L’écho redit. L’écho répète.
Il répond dans le même.
Il répond dans l’absence.
Voix répondante sans réponse au lieu de l’absence.

Qui répétant la question et la question de la question,
peu à peu la réduit, l’exténue, l’abolit
dans l’élément du Même.

(Roger Munier)

 

Recueil: Terre sainte
Traduction:
Editions:

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