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Poésie

Posts Tagged ‘dolente’

La peine (Maurice Carême)

Posted by arbrealettres sur 11 octobre 2018



La peine

On vendit le chien, et la chaîne,
Et la vache, et le vieux buffet,
Mais on ne vendit pas la peine
Des paysans que l’on chassait.

Elle resta là, accroupie
Au seuil de la maison déserte,
A regarder voler les pies
Au-dessus de l’étable ouverte.

Puis, prenant peu à peu conscience
De sa force et de son pouvoir,
Elle tira d’un vieux miroir
Qui avait connu leur présence,

Le reflet des meubles anciens,
Et du balancier, et du feu,
Et de la nappe à carreaux bleus
Où riait encore un gros pain.

Et depuis, on la voit parfois,
Quand la lune est dolente et lasse,
Chercher à mettre des embrasses
Aux petits rideaux d’autrefois.

(Maurice Carême)


Illustration

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Déjà venait une femme vivante (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 13 avril 2017



Déjà venait une femme vivante
porter au creux de pierre et d’ossement
ses doigts de pluie sur la sève dolente.

Qui va disant que la terre prépare
un lit de noce où se dépouillera
le peu de chair anxieuse qui la pare

et que le vent de neige et ses vautours
exileront cette infime poussière
qui fut sa bouche aux saisons de l’amour?

Sa langue veille aux passes du silence,
sa main repousse une ombre d’étrangleur
et se donnant elle donne patience,

plus belle d’opposer à ce lieu mort
le simple poids de songe et de lumière
que l’aube laisse à l’arbre de son corps.

(Jean Joubert)


Illustration: Marie-Paule Deville Chabrole

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Le crabe amoureux (Pierre Béarn)

Posted by arbrealettres sur 27 novembre 2016




Le crabe amoureux

Un crabe aimait une méduse
que l’éloquence du lourdeau
rendit bientôt toute confuse.

« Belle dolente entre deux eaux,
disait le crabe usant de ruse,
Soyez la Muse des Tourteaux!
Je jouerai de la cornemuse
et vous deviendrez sur les flots
le château d’eau où l’on s’amuse! »

Il offrit sa pince en cadeau.
« Pour te croire, dit la Méduse,
j’attendrai que tu sois manchot! »

(Pierre Béarn)

Illustration

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PRÉSAGES (Alexandre Pouchkine)

Posted by arbrealettres sur 24 novembre 2015




PRÉSAGES

J’allais à vous : en tourbillon
les rêves joyeux m’escortaient,
la lune brillait sur ma droite,
accompagnant ma course allègre.

Au retour j’eus bien d’autres rêves,
mon âme éprise était dolente
et la lune mélancolique
luisait à gauche du chemin.

Dans le silence un rêve unique
captive l’âme des poètes,
bons ou mauvais, les signes sont
en harmonie avec leur coeur.

(Alexandre Pouchkine)

Illustration: MUSTAPHA MERCHAOUI

 

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Intemporels (Michel Fardoulis-Lagrange)

Posted by arbrealettres sur 16 octobre 2015


Fille-au-Violoncelle

 

Intemporels, vous périssez
en vertu d’une cause,
celle du bruissement de la parole,
parmi les champs arborescents
d’aujourd’hui
où vibrent les cordes
d’une matinée dolente.

(Michel Fardoulis-Lagrange)

 

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Au temps de la mort des marjolaines (Stuart Merrill)

Posted by arbrealettres sur 25 février 2015



 

Au temps de la mort des marjolaines,
Alors que bourdonne ton léger
Rouet, tu me fais, les soirs, songer
A tes aïeules les châtelaines.

Tes doigts sont fluets comme les leurs
Qui dévidaient les fuseaux fragiles.
Que files-tu, soeur, en ces vigiles,
Où tu chantes d’heurs et de malheurs ?

Seraient-ce des linceuls pour tes rêves
D’amour, morts en la saison des pleurs
D’avoir vu mourir toutes les fleurs
Qui parfumèrent les heures brèves ?

Oh ! le geste fatal de tes mains
Pâles, quand je parle de ces choses,
De tes mains qui bénirent les roses
En nos jours d’amour sans lendemains !

C’est le vent d’automne dans l’allée,
Soeur, écoute, et la chute sur l’eau
Des feuilles du saule et du bouleau,
Et c’est le givre dans la vallée.

Dénoue – il est l’heure – tes cheveux
Plus blonds que le chanvre que tu files ;
L’ombre où se tendent nos mains débiles
Est propice au murmure des voeux.

Et viens, pareille à ces châtelaines
Dolentes à qui tu fais songer,
Dans le silence où meurt ton léger
Rouet, ô ma soeur des marjolaines !

(Stuart Merrill)

Illustration: Gustave Courbet

 

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