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FERME PROPOS (Marguerite Yourcenar)

Posted by arbrealettres sur 24 avril 2022



    
FERME PROPOS

Ni s’abriter du jour sous l’arbre des ténèbres,
Ni mordre dans les fruits le doux corps de l’été,
Ni baiser longuement sur leurs lèvres funèbres
Les morts évanouis et las d’avoir été.

Ni pénétrer, transis, au coeur froid des algèbres,
Ni clouer sur le vide un masque illimité,
Ni sous l’oubli massif coucher des os célèbres
Et verser son néant dans un cercueil vanté.

Ni caresser, Amour, ta gorge consentante,
Ni brûler son désir au feu noir de l’attente,
Ni tendre à la douleur un garrot résigné.

Ni lever vers le ciel des mains inexaucées,
Mais porter avec soi dans la nuit sans pensées
L’immense creux d’un coeur où la vie a saigné.

(Marguerite Yourcenar)

 

Recueil: Les charités d’Alcippe
Traduction:
Editions: Gallimard

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L’Âme par moments a besoin d’un Pansement (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 27 février 2018




L’Âme par moments a besoin d’un Pansement —
Quand trop terrifiée pour bouger —
Elle sent monter une Peur horrible
Qui s’arrête pour la regarder —

Et la salue, avec ses longs doigts —
Caresse ses cheveux qui se glacent —
Bois donc, Lutin, aux lèvres
Qu’a survolées — l’Amant —
C’est indigne, qu’une pensée si mesquine
Aborde un — si — beau Thème —

L’âme par moments s’échappe —
Quand brisant toutes les portes —
Elle danse au large, comme une Bombe,
Et se balance sur les Heures,

Comme fait l’Abeille — portée par son délire —
Longtemps Emprisonnée loin de sa Rose —
Qui touche la Liberté — puis ne sait rien de plus —
Que le Midi, et le Paradis —

Les moments où l’Âme se fait rattraper —
Quand, telle une Criminelle on l’emmène,
Des fers à ses pieds ailés,
Et des cadenas, à sa chanson,

L’Horreur l’accueille, à nouveau,
Ces choses-là, la Langue se garde de les braire —

***

The Soul has Bandaged moments —
When too appalled to stir —
She feels some ghastly Fright come up
And stop to look at her —

Salute her, with long fîngers —
Caress her freezing hair —
Sip, Goblin, from the very lips
The Lover — hovered — 0’er —
Unworthy, that a thought so mean
Accost a Theme — so — fair —

The Soul has moments of escape —
When bursting all the doors —
She dances likes a Bomb, abroad,
And swings upon the Hours,

As do the Bee — delirious borne —-
Long Dungeoned from his Rose —
Touch Liberty — then know no more —
But Noon, and Paradise —

The Soul’s retaken moments —
When, Felon led along,
With shackles on the plumed feet,
And staples, in the song,

The Horror welcomes her, again,
These, are not brayed of Tongue –

(Emily Dickinson)


Illustration: William Blake

 

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