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Poésie

Posts Tagged ‘ancêtres’

SILEX (Jacques Lacarrière)

Posted by arbrealettres sur 13 septembre 2018



SILEX

Quartz d’ombre ou de nuit, incrusté dans la paix
des mers. Tumeur des craies serties de tes silices
noires. Tu es cri opaque du temps, serre
close des ères où tu entas
le bras novice des Ancêtres.

(Jacques Lacarrière)


Illustration

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Le sommeil (Jorge Luis Borges)

Posted by arbrealettres sur 10 mai 2018



 

Le sommeil

La nuit nous dicte sa tâche magique.
Détisser les mailles de l’univers,
les ramifications inépuisables
des effets et des causes, qui se perdent
dans ce vertige insondable, le temps.
La nuit exige que cette nuit même
tu oublies ton nom, ton sang, tes ancêtres,
chaque parole humaine et chaque larme,
ce que la veille a pu te révéler,
le point illusoire des géomètres,
la ligne, le cube, la pyramide,
et plan, sphère, cylindre, mer et vagues,
ta joue sur l’oreiller et la fraîcheur
du drap neuf…
les empires, les César et Shakespeare
et, plus difficile, ce que tu aimes.
Étrangement un comprimé pourra
gommer le cosmos, créer le chaos.

(Jorge Luis Borges)

 

 

 

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Cette terre n’est pas à toi (Mohammad Iqbal)

Posted by arbrealettres sur 8 septembre 2017



    

Qui fait germer la graine
dans les ténèbres de la terre ?

Qui soulève le nuage
sur la crête de la vague ?

Qui amène ici de l’ouest
le vent bienfaisant ?

Qui a fait ce sol
et qui cette lumière du soleil ?

Qui a empli de grains
les épis de blé ?

Qui a appris
leur ronde aux saisons ?

Propriétaire!
Cette terre n’est pas à toi
ni à tes ancêtres;

Non, elle n’est pas à toi
ni à moi.

(Mohammad Iqbal)

 

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UNE ROSE POUR… (Oscar Milosz)

Posted by arbrealettres sur 25 juin 2017



UNE ROSE POUR…

Une rose pour l’amante, un sonnet pour l’ami,
Le battement de mon cœur pour guider le rythme des rondes;
L’ennui pour moi, le vin des rois pur mon ennui,
Mon orgueil pour la vanité de tout le monde,
Ô noble nuit de fête au palais de ma vie !

Et la complainte, pour mon secret, dans le lointain,
De la citronnelle, et de la rue, et du romarin…

Le rubis d’un rire dans l’or des cheveux, pour elle,
L’opale d’un soupir, dans le clair de lune, pour lui:
Un nid d’hermine pour le corbeau du blason;
Pour la moue des ancêtres ma forme qui chancelle
D’illusions et de vins dans les miroirs couleur de pluie,

Et pour consoler mon secret, le son
Des rouets qui tissent la robe des moribonds.

Un quart d’heure et une bague pour la plus rieuse,
Un sourire et une dague pour le plus discret;
Pour la croix du blason, une parole pieuse.
Le plus large hanap pour la soif des regrets,
Une porte de verre pour les yeux des curieuses.

Et pour mon secret, la litanie désolée
Des vieilles qui grelottent au seuil des mausolées.

Mon salut pour la révérence de l’étrangère,
Ma main à baiser pour le confident,
Un tonneau de gin pour la gaie misère
Des fossoyeurs; pour l’évêque luisant
Dix monnaies d’or pour chaque mot de la prière.

Et pour la fin de mon secret
Un grand sommeil de pauvre dans un cercueil doré.

(Oscar Milosz)

Illustration: Alberto Pancorbo

 

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J’ai vu tout à l’heure une chenille qui avait des ailes (Pierre-Albert Birot)

Posted by arbrealettres sur 22 janvier 2017



J’ai vu tout à l’heure une chenille qui avait des ailes
Mais elle ne se servait pas de ces ailes
Et peut-être que maintenant
Le papillon s’est envolé

Combien y a-t-il de mots d’ici au tournant de la route
Ils n’entreront pas tous j’ai mis un tourniquet à la porte
Beaucoup de ceux qui sont ici ne devraient pas y être
Ou du moins pas à la place où ils se sont assis tout seuls

Un poète après tout n’est peut-être qu’un placeur de mots
Mon habitude est venue s’asseoir ici je l’ai suivie
Et pourtant je croyais bien être seul avec le soleil sur la route
Et les mots qui ont l’air d’être seuls suivraient-ils aussi quelque chose

Les habitudes qu’on ne suit plus où vont-elles
Peut-être qu’elles meurent
J’ai horreur de tuer mais il le faut
Me nourrirais-je donc des mots que les générations ont déjà mâchés

Vous les grands aïeux mes ancêtres je vous salue
Mais je ne veux point que vous me donniez la becquée
Comment dirai-je la joie du monde
Maintenant que me voici tout seul

Je la dirai mathématiquement

(Pierre-Albert Birot)

 

 

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Villanelle d’un vieux papa (Valérie Rouzeau)

Posted by arbrealettres sur 28 décembre 2016



Villanelle d’un vieux papa

J’avais fini mes haricots
L’écuelle sous l’ampoule grillée
J’attendais de vivre bientôt

Mes ancêtres dans leurs sabots
Trépignaient depuis le passé
J’avais fini mes haricots

Et je buvais un noir pinot
A leur mémoire à ma santé
Espérant de vivre bientôt

J’étais le dernier des idiots
Ou le premier si vous voulez
J’avais fini mes haricots

Le front collé sur le carreau
Enfin de ma nuit relevé
J’attendais de vivre bientôt

Ici s’arrête ce lamento
Ou mes enfants vont me siffler
J’avais fini mes haricots
J’attendais de vivre bientôt

(Valérie Rouzeau)

Illustration

 

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