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Raison des larmes (Luis Cernuda)

Posted by arbrealettres sur 29 décembre 2017



Illustration: Caroline Duvivier
    

Raison des larmes

La nuit parce qu’elle est triste manque de frontières,
Son ombre, rebelle comme l’écume,
Brise les murs fragiles,
Honteux de leur blancheur ;
Nuit qui ne peut être rien d’autre que nuit.

Peut-être les amants poignardent-ils des astres,
Peut-être l’aventure apaisera-t-elle une tristesse.
Mais toi, nuit, portée par les désirs
Jusqu’à la pâleur de l’eau,
Tu attends toujours debout on ne sait quels rossignols.

Au-delà frémissent les abîmes
Que peuplent des serpents entre les plumes,
Chevet d’hommes malades
Qui ne fixent rien d’autre que la nuit
Tandis que leurs lèvres se referment sur l’air.

La nuit, la nuit éblouissante,
Qui, aux coins des rues, tortille des hanches
Et qui attend, qui sait,
Comme moi, comme tous.

***

Razón de las lagrimas

La noche por ser triste carece de fronteras.
Su sombra, en rebelión como la espuma,
Rompe los muros débiles
Avergonzados de blancura;
Noche que no puede ser otra cosa sino noche.

Acaso los amantes acuchillan estrellas,
Acaso la aventura apague una tristeza.
Mas tú, noche, impulsada por deseos
Hasta la palidez del agua,
Aguardas siempre en pie quién sabe a cuáles ruiseñores.

Más allá se estremecen los abismos
Poblados de serpientes entre pluma,
Cabecera de enfermos
No mirando otra cosa que la noche
Mientras cierran el aire entre los labios.

La noche, la noche deslumbrante,
Que junto a las esquinas retuerce sus caderas,
Aguardando, quién sabe,
Como yo, como todos.

(Luis Cernuda)

 

Recueil: Un fleuve, un amour
Traduction: Jacques Ancet
Editions: Fata Morgana

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La poule (Bernard Lorraine)

Posted by arbrealettres sur 19 août 2017



La poule

Poule poule poule poule,
Insupportable coquette
Qui tortilles de la queue
Et qui le blanc de l’œil roules,
Pourquoi dit-on tantôt que
Tu caquètes, tu caquètes ?
ET tantôt que tu jabotes ?
Poule, poule, ma cocotte,
Poule, vaniteuse et sotte !
Tantôt enfin que tu glousses,
Poule noire ou poule rousse ?
Poule, sauras-tu le dire ?

La poule m’a répondu :
« – Prends cet œuf que j’ai pondu
Et va te le faire cuire ! »

(Bernard Lorraine)

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L’ÎLE NOUS RESTE EN MÉMOIRE (Tennessee Williams)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2017




Illustration: ArbreaPhotos
    

L’ÎLE NOUS RESTE EN MÉMOIRE

L’île nous reste en mémoire
comme le changement sur un miroir
ou une rivière souterraine.

L’île se perd en allant.
Elle semble être tranquille.
Une moitié à présent dans l’ombre

et pourtant elle augmente en allant,
aussi mémorable que les phases de la lune.
Elle fait des avances inaperçues

avec un semblant d’abandon ;
elle glisse entre les doigts,
une pierre au lustre laiteux…

Non, tu ne peux la tenir, elle
se tortille comme une femme ! Ses nuits
nous restent en mémoire : les yeux

d’or de la chèvre noire tirant sur sa
corde nous fixent quand nous passons,
le coq leghorn, blanc

comme un corps nu se tortillant, la croix
incluse dans un code secret, la nuit
incluse dans la rose…

Oh, le poids de nos flots
comparé à celui d’une île
Car nous sommes ancrés, l’île

un constant et blanc glissement !

***

THE ISLAND IS MEMORABLE TO US

The island is memorable to us
as the change of a mirror
or an underground river.

The island loses in going.
It appears to be still.
Half of it, now, is in shadow,

and yet it increases in going,
memorable as the moon’s changes.
It makes unnoticed advances

with an appearance of yielding;
it slips through the fingers,
a stone with a milky luster…

No, you cannot hold it, it
twists like a woman! Its nights
are memorable to us: the black

rope-straining goat’s golden
eyed gaze at our passings,
the leghorn rooster, white

as a bare body’s twisting, the cross
enclosed by the cipher, the night
enclosed by the rose…

Oh, heavy our flow
compared to the weight of an island!
For we are the anchored, the island

a constant white gliding!

(Tennessee Williams)

 

Recueil: Dans l’hiver des villes
Traduction: Jacques Demarcq
Editions: Seghers

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