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Posts Tagged ‘férocité’

Qui te connaît (Georges Perros)

Posted by arbrealettres sur 24 octobre 2018



Illustration: Zofia Rozwadowski
    
Qui te connaît Georges Perros
Nul au monde ni moi ni vous
Toi peut-être fille aux seins roux
Prêtresse de ce vieil Eros
Je ne sus que te caresser
Alors qu’intense amour à faire
Qu’es-tu devenue ô beauté
Dont je perçus mal le mystère
Qu’est-il devenu ton cher corps
Terreux, dansant avec les morts
L’horrible, l’éternel quadrille
Où es-tu folle jeune fille
Folle d’aimer qui ne sait pas
Être aimé autrement qu’en rêve
Non plus aimer sinon trop brève
La férocité d’un désir
Moins à vivre hélas qu’à mourir.

Si je te rencontrais demain
Tu me verrais main dans leurs mains
A ces enfants que je fis naître
Tu me dirais bonjour peut-être

— Je l’ai vu quelque part mais où
Cet homme près de la vieillesse
Avec ce regard un peu flou
Mais quand mon Dieu mais où était-ce ?

(Georges Perros)

 

Recueil: J’habite près de mon SILENCE et 27 autres poèmes
Traduction:
Editions: Finitude
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Je (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 20 juin 2018



Je

Si je fus tigre et serpent, je m’accuse
D’avoir perdu toute férocité.

J’étais aveugle, en ce temps, bien aveugle
Car je voyais hors de moi seulement.

Lèvres, pourquoi mentir à d’autres lèvres ?
Les mots sont là pour tuer les baisers.

Un oiseau meurt en moi lorsque je chante.
Reviendra-t-il, musique sous les plumes,
Pour me bercer ? Auprès de moi, la mer
Dans une barque en vieux bois de cithare
Vient déposer mes dernières victimes.

(Robert Sabatier)

Illustration: Zdzislaw Beksinski

 

 

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Aubépine (J.J. Grandville)

Posted by arbrealettres sur 1 juin 2018



Aubépine

Une aubépine voyant un jour ses enfants et ses petits-enfants
s’étendre autour d’elle en jets aventureux,
leur tint ce langage:

—Croyez-moi, mes chers enfants,
ne dépassez pas les limites de la haie natale,
ne vous avancez pas ainsi que vous le faites sur le bord du chemin,
ne vous hasardez pas au milieu des arbres voisins;
prenez garde, autrement le sécateur vous croquera.
—Qu’est-ce que le sécateur? s’écrièrent à la fois les jeunes Aubépines.
—Le sécateur, mes enfants, n’a que deux jambes et une gueule,
ses lèvres minces sont effilées et tranchantes comme le fer.
Il n’obéit qu’à un maître encore plus cruel que lui;
ce maître s’appelle l’horticulteur.
—L’horticulteur, mes enfants, est l’ennemi juré des pauvres plantes
et des malheureux arbustes; les arbres même n’échappent pas à sa férocité.
Il rêve sans cesse quelles nouvelles tortures il pourra leur infliger.
J’ai vu des abricotiers qu’il clouait les bras en croix contre un mur
exposé tout le jour au soleil.
D’autres fois, c’est un cerisier et un prunier qu’il ampute;
puis, par une amère dérision, il ente le bras de l’un sur l’épaule de l’autre.
L’if et le buis sont ses victimes ordinaires;
il les force à marcher sur la tête, à ramper en cerceau, à prendre les poses les plus contre-nature.
S’ils ont l’air de réchigner, et de vouloir revenir à leur posture naturelle,
vite, il appelle le sécateur pour les mettre à la raison.
—N’imitez pas ces plantes et ces arbustes qui ont voulu
mener la vie luxueuse des jardins.
La tyrannie impitoyable de l’horticulteur leur fait expier leur folle ambition.
Restez aux champs, mes enfants, restez solitaires et cachées
si vous voulez éviter le sécateur.

Ces conseils de la vieille mère, ses enfants les ont suivis;
l’Aubépine, est, grâces au ciel, un des rares arbustes
sur lesquels ne se soit point appesantie la main de l’horticulteur.
Dieu protège l’Aubépine!

(J.J. Grandville)

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LE GROS RAT (Textes chinois)

Posted by arbrealettres sur 21 avril 2018




    
LE GROS RAT
Sao-Nan

Gros rat ! Énorme rat !
Ne ronge pas tout mon grain, rat cruel et dévorateur !

Depuis trois ans je subis la férocité de tes dents aiguës,
et j’ai vainement tenté de t’adoucir par des supplications.

Mais enfin je partirai, et je te fuirai,
et j’irai me bâtir une maison dans un pays lointain.

Dans un pays lointain et heureux,
où les remords ne sont pas éternels !

(Textes chinois)

 

Recueil: Le Livre de Jade
Traduction: Judith Gautier
Editions: Plon

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MESSALINE (Alcide Bonneveau)

Posted by arbrealettres sur 5 juillet 2017



Illustration: Eugène Brunet
    
MESSALINE

Messaline, je t’aime, ô superbe païenne,
Pour ton corps merveilleux, tes puissantes amours,
Et l’impudicité de tes désirs de chienne
Errant, inassouvie, à tous les carrefours !

Oui,je t’aime ! Et je veux, prêtresse des luxures.
Dont rameur infini jamais ne fut vénal.
Religieusement panser les meurtrissures
Dont te cingla jadis le fouet de Juvénal.

Tu fus sincère, au moins, grande voluptueuse !
Rome ne t’a point vue hésiter ni choisir.
Sans souci de l’amant ta chair impétueuse
Se ruait, frémissante, à l’assaut du plaisir.

A tous tu prodiguais les splendeurs de ta forme,
Tes baisers énervants, ton regard velouté,
Et ton beau corps était comme une amphore énorme
D’où sans cesse coulait à flots la volupté.

Aussi, comme ils devaient tressaillir, tous ces mâles,
Blonde Lycisca, lorsque, vivant trésor,
Ta gorge pantelante aux tons roses et pâles
Brusquement surgissait de la résille d’or.

Je vous vois : eux rompus, la face convulsée.
Le front vide roulant dans la lourde épaisseur
De tes cheveux, et toi, non encore lassée.
Criant, criant toujours ton désir obsesseur.

Voilà pourquoi je t’aime, ô Femme entre les femmes !
Et pourquoi je méprise avec férocité
Les filles d’aujourd’hui, ces machines infâmes.
Sans passion, sans nerfs, sans force et sans beauté !

(Alcide Bonneveau)

 

Recueil: Poètes du Baiser
Editions: Société des Éditions LOUIS-MICHAUD

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