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Etre baigné par les fougères (Tommaso Landolfi)

Posted by arbrealettres sur 30 décembre 2018



Etre baigné par les fougères
Et renouveler l’immersion
Dans l’obscur bosquet d’yeuses –
Telle fut sans doute la plus ancienne image :
Quand à l’onde originelle se mêla
L’humeur de la moite matrice.

Sortir à grand peine de l’eau…
Pour aspirer aussitôt
Au ventre protecteur de la mère.

***

Esser bagnati dalle felci
E rinnovare il lavacro
Nell’atro bosco d’elci –
Tale forse l’immagine più antica :
Ove alla primigenia onda si mesce
L’umore della madida matrice.

Trarsi dall’acqua con fatica…
Per subito agognare
Il grembo della madre protettrice.

(Tommaso Landolfi)


Illustration

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Juin (Leconte de Lisle)

Posted by arbrealettres sur 11 octobre 2018



Juin

Les prés ont une odeur d’herbe verte et mouillée,
Un frais soleil pénètre en l’épaisseur des bois,
Toute chose étincelle, et la jeune feuillée
Et les nids palpitants s’éveillent à la fois.

Les cours d’eau diligents aux pentes des collines
Ruissellent, clairs et gais, sur la mousse et le thym ;
Ils chantent au milieu des buissons d’aubépines
Avec le vent rieur et l’oiseau du matin.

Les gazons sont tout pleins de voix harmonieuses,
L’aube fait un tapis de perles aux sentiers,
Et l’abeille, quittant les prochaines yeuses,
Suspend son aile d’or aux pâles églantiers.

Sous les saules ployants la vache lente et belle
Paît dans l’herbe abondante au bord des tièdes eaux ;
La joug n’a point encor courbé son cou rebelle,
Une rose vapeur emplit ses blonds naseaux.

Et par delà le fleuve aux deux rives fleuries
Qui vers l’horizon bleu coule à travers les prés,
Le taureau mugissant, roi fougueux des prairies,
Hume l’air qui l’enivre, et bat ses flancs pourprés.

La Terre rit, confuse, à la vierge pareille
Qui d’un premier baiser frémit languissamment,
Et son oeil est humide et sa joue est vermeille,
Et son âme a senti les lèvres de l’amant.

O rougeur, volupté de la Terre ravie !
Frissonnements des bois, souffles mystérieux !
Parfumez bien le coeur qui va goûter la vie,
Trempez-le dans la paix et la fraîcheur des cieux !

Assez tôt, tout baignés de larmes printanières,
Par essaims éperdus ses songes envolés
Iront brûler leur aile aux ardentes lumières
Des étés sans ombrage et des désirs troublés.

Alors inclinez-lui vos coupes de rosée,
O fleurs de son Printemps, Aube de ses beaux jours !
Et verse un flot de pourpre en son âme épuisée,
Soleil, divin Soleil de ses jeunes amours !

(Leconte de Lisle)

 

 

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PHIDYLÉ (Leconte de Lisle)

Posted by arbrealettres sur 23 septembre 2018



Jean-Francis Auburtin d [800x600]

PHIDYLÉ

Offre un encens modeste aux Lares familiers,
Phidylé, fruits récents, bandelettes fleuries ;
Et tu verras ployer tes riches espaliers
Sous le faix des grappes mûries.

Laisse, aux pentes d’Algide, au vert pays Albain,
La brebis, qui promet une toison prochaine,
Paître cytise et thym sous l’yeuse et le chêne ;
Ne rougis pas ta blanche main.

Unis au romarin le myrte pour tes Lares.
Offerts d’une main pure aux angles de l’autel,
Souvent, ô Phidylé, mieux que les dons plus rares,
Les Dieux aiment l’orge et le sel.

Plus de neiges aux prés. La Nymphe nue et belle
Danse sur le gazon humide et parfumé ;
Mais la mort est prochaine; et, nous touchant de l’aile,
L’heure emporte ce jour aimé.

Un vent frais amollit l’air aigu de l’espace;
L’été brûle ; et voici, de ses beaux fruits chargé,
L’Automne au front pourpré; puis l’hiver, et tout passe
Pour renaître, et rien n’est changé.

Tout se répare et chante et fleurit sur la terre ;
Mais quand tu dormiras de l’éternel sommeil,
O fier patricien, tes vertus en poussière
Ne te rendront pas le soleil!

(Leconte de Lisle)

Illustration: Jean-Francis Auburtin

 

 

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Part d’héritage (Jean Grosjean)

Posted by arbrealettres sur 6 juillet 2018




    
Part d’héritage

Le mahonia des abeilles,
son parfum de miel.
L’yeuse au détour du chemin.
Au loin le bruit de la mer.

Je ne sais si tu l’entends.
Ton visage est lumineux
mais ton ombre sur la terre…

Me vois-tu te regarder
dans l’ombre où tu m’as laissé?

(Jean Grosjean)

 

Recueil: Les vasistas
Traduction:
Editions: Gallimard

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Quête vaine (Birago Diop)

Posted by arbrealettres sur 27 septembre 2016



Quête vaine

Pour que la quête fût un peu plus fructueuse
Il nous fallait aller loin, encore plus loin
Chercher d’autres chemins, fouiller d’autres recoins
Que la sente perdue et qu’ombrageaient les yeuses

Nous avons écouté, morne voix pleureuse,
Lancinant lamento, prélude sans témoin,
L’appel perçant montant jusques au plus haut point
D’où se détache et meurt l’Adolescence heureuse.

Les bises ont soufflé dessus les arbres tors,
Et comme nos pensers, les feuilles en déroute
Se froissent en fuyant au mur de la redoute…

Nous avons bien crié, hélas! pas assez fort,
Quand les bateaux sortaient cinglant vers d’autres ports…
Et nos pleurs impuissants ont séché sur la route.

(Birago Diop)


Illustration

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