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Poésie

Posts Tagged ‘dents’

La rouille (Henri Gougaud)

Posted by arbrealettres sur 17 octobre 2019



Elle fait mal aux charnières
mal aux morts mal à la scie
et mal aux vieilles prières
elle tue le sabre aussi

Rampe et jamais ne s’enlise
elle est l’eau elle est le feu
elle est déjà dans la brise
au premier souffle de Dieu

Mieux que rage mieux que foudre
elle est la crasse du ciel
et passerelle de poudre
entre l’abeille et le miel

Je sens bien sa langue brune
à chaque tour de mon sang
à grands efforts sur l’enclume
mon coeur lui forge des dents.

(Henri Gougaud)


Illustration

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Ma famille est formidable! (Claire Poutiers)

Posted by arbrealettres sur 24 avril 2019


comics

Ma famille est formidable:
Quand Maman quitte la table,
Elle s’envole dans les airs
Pour faire la course aux éclairs!

Ma famille est formidable:
Papa a l’air d’un comptable,
Mais c’est un super-héros
Avec des chaussures turbo!

Ma famille est formidable:
Mon grand frère est imbattable;
II arrive, rien qu’en sifflant,
A renverser quinze éléphants!

Ma famille est formidable:
Mon grand-père a des érables
Qu’il soulève d’un orteil
Pour se curer les oreilles!

Ma famille est formidable!
Et si vous m’appelez « minable »
Prenez bien garde à vos dents
Si ma famille vous entend!

(Claire Poutiers)

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L’aveugle (Jacques Chessex)

Posted by arbrealettres sur 10 novembre 2018



Illustration: Pablo Picasso
    
L’aveugle

J’ai vu tes filles,
Dieu des armées
Et tout de suite j’ai aimé leurs yeux de brume
J’ai aimé leur chevelure de fougère nocturne
Et l’odeur de la menthe des ruisseaux à leurs tempes

J’ai respiré tes filles, ô Éternel
J’ai bu les gouttes de sueur à leur aisselle
La poussière de l’été à leur cou
J’ai bu leurs larmes à leurs paupières

J’ai mangé tes filles, Dieu jaloux
J’ai tenu la pointe de leurs seins entre mes lèvres
J’ai tenu leur pulpe entre mes dents
J’ai pressé ma bouche sur leur bouche noire et sur leur bouche blanche
J’ai happé le serpent charnu de leur langue avec ma langue

Maintenant je suis vieux et je suis aveugle, Dieu vainqueur
Je n’ai plus ma force d’arbre et mes mains tremblent
Que me reste-t-il de tes filles innombrables ?
Que me reste-t-il de leur rire sous mes doigts morts?

Le calviniste

(Jacques Chessex)

 

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LIBERTE (Bartolo Cattafi)

Posted by arbrealettres sur 24 avril 2018



LIBERTE

En mouvements heurtés, les dents serrées,
tu découds le paysage
et tandis que tu le réduis
en bandes, lambeaux, lanières,
tu voyages vers une confuse,
ivre liberté,
sur des bandes,
parmi les lambeaux et les lanières d’un âge ancien.

***

LIBERTA

A scatti a denti stretti
scuci il paesaggio
e mentre lo riduci
in strisce lembi bande
viaggi verso un’ebbra
confusa libertà
su strisce
fra lembi e bande d’una vecchia età.

(Bartolo Cattafi)

 

 

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Cet amour (Dylan Thomas)

Posted by arbrealettres sur 1 avril 2018


 

Cet amour – je le surestime peut-être
Faisant de n’importe quelle femme une déesse
Aux cheveux et aux dents admirables,
Et de ses gestes vides un monde de signification,
Et de son sourire, la fidélité même,
Et de sa moindre parole
L’immortalité.
Je suis trop gai peut-être,
Trop solennel, insincère,
Noyé dans mes pensées
Affamé d’un amour que je sais vrai
Mais trop beau
Trop d’amour affaiblit,
Tous mes gestes
Dérobent mes grandes forces
Et les offrent
A ta main, à ta lèvre, à ton front.

(Dylan Thomas)

 

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St-Gervais (Pierre Albert-Birot)

Posted by arbrealettres sur 21 septembre 2016



Quand je prends à pleines mains
A pleines lèvres à pleines dents
Le corps de ma maîtresse
Je vous promets que je le tiens
Mais je ne sais pas l’envelopper
Comme l’eau dans laquelle elle se baigne
Une ombre a passé sur la mienne

(Pierre Albert-Birot)


Illustration: Gustave Courbet

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Les demoiselles (Jyssé)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2016



Une hirondelle dans le ciel
C’est promesse de printemps
Et quand une jeune demoiselle
Vous sourit, c’est signe de beau temps…

Mon cœur bondit, croyant
Qu’il bat au rythme de ses vingt ans!

Les demoiselles dans leurs dentelles,
Leurs froufrous et leurs rubans,
Jouent des dents, des lèvres, des prunelles
Pour capter le regard des passants…

Mon cœur bondit, croyant
Qu’il bat au rythme de ses vingt ans!

Mais les jeunots sont pour ces belles
Et les vieux, pour les couvents!
Déjà, j’entends la cloche qui m’appelle
Et qui tinte doucement dans le vent…

Ding, ding, dong! Ding, ding, dong!
Ding, ding, dong! Ding, ding, dong!

(Jyssé)

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Les astres se sont croisés (Ali Hamouda)

Posted by arbrealettres sur 16 juillet 2016



Les astres se sont croisés
et nos langues sont devenues deux lames acharnées
sur le fil ténu de l’amour.
Que mes doigts se déchirent sous vos morsures
Ô dents du temps folles de déchirer!
Je couvrirai de mon corps l’invisible rayon qui verse l’ivresse
et à l’aurore, éternel comme l’horizon,
notre fil portera le soleil.

(Ali Hamouda)

Illustration: Gustave Doré

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Le sourire (Remy de Gourmont)

Posted by arbrealettres sur 11 décembre 2015



Le sourire

Le sourire est un dieu équivoque, lumière
Éphémère, fuyante risée des libellules
Qui rasent l’eau dormante et claire des étangs verts.

Frère d’Eros, il a des ailes minuscules
Et aux flèches d’argent qui peuplent son carquois
La pointe est un désir et la barbe un scrupule.

Ses yeux sont des saphirs heureux, discrètes joies
D’amour, mais quand l’oubli amuse ses prunelles,
Ils ont l’air de lapis, souvent, ou de turquoises.

La bouche est rouge, elle a la grâce d’un pastel
Et le pourpre très doux, le velours d’un œillet ;
Quand elle s’ouvre, il en sort un ruban d’étincelles.

Le sourire est un être équivoque, si léger
Qu’il ne pose pas plus qu’un oiseau sur la branche.
Il vole et se renvole, il nargue les aguets.

On croyait le tenir, il a fui comme un charme.
Pas plus qu’une hirondelle on ne le prend au piège
Et s’il était captif, il mourrait dans sa cage.

Il s’arrête par-ci par-là, dans un cortège
D’éclairs, jase et d’un seul coup d’aile part en fusée.
Il fait joujou, il raille, car il est très espiègle.

Il est lumière, il est parfum, il est rosée,
Il se métamorphose : flambeau, phosphorescence,
Étoile au crépuscule ; feu follet dans les prés.

Il est lumière, il a autour de ses cheveux,
Les violets, les zinzolins, les améthystes,
Les sinoples, les roses, les mauves et les bleus,

Les nuances, mais surtout les douteuses : les tristes,
Ces fleurs pâles d’avoir trop aimé le soleil,
Les blondes, ces plaisirs où l’on s’endolorise,

Les blancs trempés un peu de chair ou de paillet,
Les outre-mer, les pers et les glauques divins,
Dont se teignaient les yeux moqueurs des Immortelles.

– Oh ! les piquants bitumes sous des yeux libertins !
Oh ! les brûlants cinabres sur des joues de déesses,
Diane aux genoux blancs, et toi Vénus aux seins

Prédestinés ! – Il est parfum, et les caresses
Des odeurs souveraines animent ses baisers,
Baumes métaphysiques, spasmes par catachrèse !

Il est lumière, il est parfum, il est rosée.

Le sourire est un dieu équivoque et charmeur.
– Envoi. – Ah ! chère ! Il t’aime, il vient à toi en roi.
Il installe son charme et sa grâce en ton cœur,

Il adore tes lèvres, tes yeux, tes dents, ta voix.

(Remy de Gourmont)

 

 

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Retour (Teresa Rita Lopes)

Posted by arbrealettres sur 26 novembre 2015



Retour

Avec un cabas
de syllabes
entre les dents

avec un projet
ancien
qui déborde
du couvercle

avec un noyau
vieux
d’où point
un feuillage

avec un envol
depuis des siècles
retenu
sous les aisselles

je débarque

Sauront-ils mes pas
mes oiseaux
mes chevaux

si longtemps
clandestins
dans des tiroirs
dans des poches

respirer
l’air
libre?

***

Regresso

Com um cabaz
de silabas
nos dentes

com um projecto
antigo
a transbordar
da tampa

com um caroço
velho
a querer deitar
folhagem

com um voo
hà séculos
retido
nos sovacos

desembarco

Saberâo meus passos
meus pâssaros
meus cavalos

clandestinos
ha tempo
em bolsos
e gavetas

respirar
o ar
livre?

(Teresa Rita Lopes)


Illustration

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