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Poésie

Posts Tagged ‘intermède’

RONDE D’AVRIL (Francis Vielé-Griffin)

Posted by arbrealettres sur 2 juin 2018



RONDE D’AVRIL

Les oiseaux et le clair soleil;
Les fleurs aux charrettes, en jonchées;
La feuille pointe au bourgeon vermeil;
Toutes les âmes endimanchées;
La brise souffle du vieux Corcyre
Et d’Amathonte en bruits de rames,
Et le monde est jeune encore à ravir
De chansons claires et de clairs rires
Et de blondes femmes:

Voici le marchand de plaisirs,
Mesdames!
N’en goûtez pas, Mesdames,
Ça fait souffrir…

Les roses, les joues; les rayons et les tresses;
Ta marotte, Amour, est un pavot qu’égraine
Aux champs de la joie tout geste d’ivresse:
Et c’est le sommeil et l’oubli que tu sèmes;
N’as-tu pas pour ta lèvre de chanson pire?
N’as-tu pas de meilleure chanson à nous dire,
Grave Amour, au futile épithalame?
Quel petit chant pour ta grande lyre,
Le vieil intermède et le pauvre drame!

Voici le marchand de plaisirs,
Mesdames!
N’en goûtes pas, Mesdames,
Ça fait dormir….

Il tournoie un air de danse aux feuillées,
Un bruit de baisers en des ritournelles;
L’Idée, recluse des longues veillées,
S’étire aux rayons qui convergent en elle;
Sous les charmes en hâte de reverdir,
L’Endormeuse de tous sourires
S’est assise aux carrefours des âmes;
Et l’Amour, devant elle, s’agenouille et se mire
En ses grands yeux fous où le désir est flamme!

Voici la marchande de plaisirs,
Mesdames!
Ah! goûtez-y, Mesdames,
Ça fait mourir…

(Francis Vielé-Griffin)

Illustration: Anne-François-Louis Janmot

 

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Ce mot perdu (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 12 février 2018



Illustration: Alex Nabaum

    
Ce mot perdu

Ce mot perdu que je cache en ma cage,
je l’ai cherché dans toutes mes ravines,
au fond du gouffre, au sein du ciel mouvant,
toute une vie éprise d’absolu
et dispersée en festins dérisoires.

N’hésitez pas si je vous dis Sésame
à vous ouvrir. Vous serez une porte.
Je franchirai respectueux le seuil.
Je suis une âme en quête de son corps.

Dans mon pays d’incertitude passent
des étrangers qui ne s’arrêtent pas.
Si je leur parle, ils cachent leurs oreilles,
touchent leur bouche avec une mimique
et je me tais, muet comme leur encre.

Silence blanc, vers quel amour m’emportent
présent, passé, intermèdes du doute ?
Soudain l’or d’un regard qui réveille
mille parfums, mille époques de fleurs.

(Robert Sabatier)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Albin Michel

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INTERMÈDE (Elvio Romero)

Posted by arbrealettres sur 21 septembre 2017


 

INTERMÈDE

L’amour, oublions-le pour l’instant, mon amour ;
soyons tout à l’écoute de ce cri
dans la nuit, tout à la terreur incroyable
de ce hurlement.
Les chiens
ont été lâchés comme hier, comme toujours,
et un coup de feu émiette les ombres.

L’amour, oublions-le cette nuit, mon amour.

Le mur, à nouveau, est rouge de sang.

(Elvio Romero)

Illustration

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Intermèdes (Jacques Rabemananjara)

Posted by arbrealettres sur 5 janvier 2016



Intermèdes

Je rêve d’une vierge au profil de mystère
Dont les yeux inconnus neigent de bleus regrets.
Et, fleur de sang penchée au puits de mon parterre,
Ses lèvres écloront de sanglotants secrets.

Elle m’aura bercé comme un frère distrait
Dont le songe d’azur se fane sur la terre.
Mon cœur, jusqu’à la mort, aura gardé ses traits
Dans un rayonnement de beauté solitaire.

Elle m’aura caché dans sa virginité.
Et, sous les lourds manteaux des candeurs et des flammes
]’aurais vécu mille ans avec sérénité.

Quelquefois seulement, j’entendrai de ses blâmes,
Quand elle aura compris que, trop longtemps, mon âme
S’attarde sur ses seins pressant l’Eternité…

(Jacques Rabemananjara)


Illustration: Théodore Chassériau

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INTERMEDE (Aragon)

Posted by arbrealettres sur 8 décembre 2015



INTERMEDE

Une barque s’en va sur l’eau
sur l’eau
Comme fait la feuille du saule
Comme ta joue à mon épaule
Comme la paupière l’œil dos
Une barque s’en va sur l’eau
sur l’eau
Comme fait la feuille du saule

Elle fend sans heurt et sans bruit
sans bruit
La rivière profonde et noire
Qui tant ressemble la mémoire
Et comme la mémoire fuit
Elle fend sans heurt et sans bruit
sans bruit
La rivière profonde et noire

Un rire léger qui s’éteint
s’éteint
Une chanson des robes claires
Ce n’est pas pour chercher à plaire
Est-ce le soir ou le matin
Un rire léger qui s’éteint
s’éteint
Une chanson des robes claires

La barque vire tourne et vient
et vient
Innocemment vers le rivage

Chercher caresse du feuillage
Où le coeur battant je me tiens
La barque vire tourne et vient
et vient
Innocemment vers le rivage
Par-dessus bord ii pend un bras
un bras
Lisse et doré de jeune fille

La barque oscille sur sa quille
Comme d’un lit sortait des draps
Par-dessus bord il pend un bras
un bras
Lisse et doré de jeune fille
Les cheveux de l’autre debout
debout
En approchant
touchent les branches
Elle y accroche sa main blanche
La première se penche au bout
Les cheveux de l’autre debout
debout
En approchant touchent les branches

Et la troisième qui me voit
me voit
Que dirais-je de la troisième
sinon que c’est elle que j’aime
Elle chante et j’entends sa voix
C’est la troisième qui me voit
et voit
Ce que je dis de la troisième

(Aragon)


Illustration: Claude Monet

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Une barque s’en va sur l’eau (Louis Aragon)

Posted by arbrealettres sur 7 octobre 2015



INTERMÈDE
(Chanté)

Une barque s’en va sur l’eau
sur l’eau
Comme fait la feuille du saule
Comme ta joue à mon épaule
Comme la paupière à l’oeil clos
Une barque s’en va sur l’eau
sur l’eau
Comme fait la feuille du saule

Elle fend sans heurt et sans bruit
sans bruit
La rivière profonde et noire
Qui tant ressemble la mémoire
Et comme la mémoire fuit
Elle fend sans heurt et sans bruit
sans bruit
La rivière profonde et noire

(Louis Aragon)

 Illustration: David Brayne

 

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