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Posts Tagged ‘arraché’

Si j’avais comme vous, mignardes colombelles (Jean de Sponde)

Posted by arbrealettres sur 26 juin 2019



 

Jonathon Earl Bowser CelestialApparition-3

Si j’avais comme vous, mignardes colombelles,
Des plumages si beaux sur mon corps attachés,
On aurait beau tenir mes esprits empêchés
De l’indomptable fer de cent chaînes nouvelles,

Sur les ailes du vent je guiderais mes ailes,
J’irais jusqu’au séjour où mes biens sont cachés,
Ainsi, voyant de moi ces ennuis arrachés,
Je ne sentirais plus ces absences cruelles.

Colombelles, hélas ! que j’ai bien souhaité
Que mon corps vous semblât autant d’agilité,
Que mon âme d’amour à votre âme ressemble :

Mais quoi ! je le souhaite, et me trompe d’autant.
Ferais-je bien voler un amour si constant
D’un monde tout rempli de vos ailes ensemble ?

(Jean de Sponde)

Illustration: Jonathon Earl Bowser

 

Jonathon Earl Bowser

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Fragile est la terre (Reiner Kunze)

Posted by arbrealettres sur 17 juin 2019



Fragile est la terre au-dessus des sources: aucun
arbre ne doit être abattu, aucune racine
arrachée

les sources pourraient
tarir

Combien d’arbres ont été
abattus, combien
arrachés
en nous

(Reiner Kunze)

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Par quel foudroyant éblouissement (Robert Mallet)

Posted by arbrealettres sur 26 août 2018



Illustration: Gao Xingjian
    
Par quel foudroyant
éblouissement
découvrirons-nous
la face cachée
de tout et de rien

celle qui dit tout
sans rien contredire
sans rien attester
sans verbe ou silence
dans le tout de rien
dans le rien de tout

celle qui n’est pas
l’envers de la vie
l’endroit de la mort
l’invisible atteint
dès qu’on la retourne

celle qui n’est pas
le tout ou le rien
côté pile ou face
la nuit ou le jour
le mal ou le bien

celle qui n’est pas
un ordre contraire
un monde masqué
car on peut toujours
contrarier l’ordre
arracher un masque

Mais peut-on surprendre
la face cachée
qui n’est d’aucun ordre
d’aucune couleur
d’aucune saveur
et d’aucun côté

sans rien qui la crée
sans rien qui l’efface
sans rien de semblable
à rien de connu
la face cachée
de tout et de rien
dans l’inimaginable
unité?

(Robert Mallet)

 

Recueil: Presqu’îles presqu’amours
Traduction:
Editions: Gallimard

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L’Habitude (Balbino)

Posted by arbrealettres sur 22 août 2018



 

L’Habitude

L’habitude accepte
l’alcool qu’on injecte
dans les corps endormis.
L’aube est douce
le ciel
bleu valium.
Le mépris
cache
cet amour
que je vous porte.
Oh frères rompus
sous les bâtons arrachés
aux branches des peupliers
qui se taisent.

(Balbino)

Illustration: Claude Monet

 

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Réconfort (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 21 août 2018



Réconfort

J’habite un pays serein
D’où le chemin s’éloigne
Interminable et raide
Vers un endroit de douleur
Les soirs sont tièdes
Je me protège de moi-même
Dans l’espoir de durer
Jusqu’à l’aube de partir

Je m’enflamme
À une lumière sacrée
Pour découvrir
Qu’on m’a mortifié
Je m’inflige au coeur et à la chair
D’éternelles brûlures
Pour justifier sans détours
Ma brûlante existence

Avec sa blouse de labeur
Je revêts le chemin
Et j’entends dans le lointain
Battre des mains de femme
Dans ta chaumière la chanson
Monte derrière la vitre
Les vaches te donnent leur lait
Pour le beurre du matin

Avec sa gorge jeune
Ton corps m’a troublé
J’espère que tu n’iras pas
Te confesser dimanche

Sur le toit de chaume
S’accrochent la chair du jour
Et des lambeaux d’étoiles
Arrachés à l’espace.

(Jean-Baptiste Besnard)

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Arraché à ce qu’il avait compris (Charles Juliet)

Posted by arbrealettres sur 24 juillet 2018




    
arraché
à ce qu’il avait compris
ce qui le nourrissait
lui traçait son chemin
il s’est avancé
dans l’indéchiffrable

jamais ne lui vint
la consolation de savoir
qu’en glissant chaque jour
plus bas
il s’était élevé

(Charles Juliet)

 

Recueil: une joie secrète
Traduction:
Editions: Voix d’encre

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Du vent (Balbino)

Posted by arbrealettres sur 24 juillet 2018



 

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Du vent

Le vent souffle
avec lui
les cerfs-volants
arrachés
à des mains fragiles.
Un volet grince
au loin
la plainte
du crocodile.
J’ai sa peau
autour
de mon
coeur.
Allez gueule !
souffle !
deviens tempête
si tu l’oses
ou
confusion
profonde.
Tu vois,
déjà
tu te calmes
et laisses mûrir
les fruits
sur les arbres.
Fais voler les caravanes,
salope !
arrache la tente
au-dessus des grilles
d’air chaud
où j’ai laissé
crever
mes souvenirs
sans
domicile.

(Balbino)

 

 

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DIX LIGNES POUR ANTONI TAPIES (Octavio Paz)

Posted by arbrealettres sur 13 juillet 2018



 

Antoni Tapies_ 21

DIX LIGNES POUR ANTONI TAPIES

Sur les superficies urbaines,
les feuilles arrachées des jours,
sur les murs écorchés, traces
signes charbons, numéros en flammes.
Écriture indélébile de l’incendie,
ses testaments et ses prophéties
retours déjà taciturnes splendeurs.
Incarnations, désincarnations :
ta peinture est le linceul de Véronique
de ce Christ sans visage qui est le temps.

(Octavio Paz)

Illustration: Antoni Tàpies

 

 

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Parfois, quand je marche solitaire (Camillo Sbarbaro)

Posted by arbrealettres sur 8 mai 2018



 

Parfois, quand je marche solitaire
dans les rues de la ville tumultueuse,
j’oublie mon destin d’être
homme parmi les autres, et, comme amnésique,
arraché à moi-même, je regarde
les gens avec des yeux ouverts étrangers.

***

Toujours absorbé en moi-même et dans un monde à moi
je me déplace comme endormi parmi les hommes.
De celui qui me heurte du bras je ne m’aperçois pas,
et si je regarde intensément chaque chose
je ne vois presque jamais ce que je regarde.
Je me fâche contre celui qui m’enlève
à moi-même. Toute voix m’importune.
Je n’aime que la voix des choses.
Tout ce qui est nécessaire et habituel
m’irrite, tout ce qui est vie,
comme la brindille irrite l’escargot
et comme lui en moi-même je me retire
[…]

(Camillo Sbarbaro)

Découvert chez Lara ici

Illustration: Philippe Cognée

 

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LES QUATRE TEMPÉRAMENTS (Tomas Tranströmer)

Posted by arbrealettres sur 28 mars 2018



LES QUATRE TEMPÉRAMENTS

L’oeil scrutateur mue les rayons du soleil en matraques
policières.
Et le soir: les rires d’une fête dans l’appartement du
dessous
qui jaillissent comme des fleurs irréelles par les rainures
du plancher.

Je roulais dans la plaine. Obscurité. La camionnette
semblait ne pas vouloir quitter les taches.
Un contre-oiseau criait dans le vide étoilé.
Le soleil albinos se dressa au-dessus des lacs opaques
et changeants.

*

Un homme tel un arbre arraché au feuillage croassant
et un éclair au garde-à-vous virent un soleil aux odeurs
de bête sauvage se lever parmi les ailes crépitantes de
l’île rocheuse

et de l’univers pour jaillir derrière les drapeaux d’écume
la nuit comme
le jour avec des oiseaux marins glapissant
sur le pont et tous avaient un billet pour le Désordre.

*

Il suffit de fermer les yeux pour entendre distinctement
que les mouettes font tinter les cloches dominicales au-
dessus des paroisses infinies de l’océan.
Une guitare pince la corde des ronces et le nuage avance

doucement comme le fait la luge verte du printemps
– où est attelée la lumière hennissante –
qui arrive en glissant sur les glaces.

*

Réveillé par les talons de l’amie qui claquaient dans le
rêve
et dehors deux congères pareilles à des gants oubliés
par l’hiver
alors que les tracts du soleil tombaient sur la ville.

La route ne prend jamais fin. L’horizon se hâte de
filer.
Les oiseaux secouent les branches. Et la poussière
danse autour de la roue.
Toutes ces roues qui tournent et réfutent la mort!

(Tomas Tranströmer)

 

 

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