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Posts Tagged ‘grouiller’

L’Arlequin décontenancé (Michel Butor)

Posted by arbrealettres sur 30 novembre 2019



Illustration
    
L’Arlequin décontenancé

Je me demande un peu ce qui m’arrive
il a dû y avoir quelque erreur de ma part
gaffe impair inadvertance faux pas
balourdise faute bêtise imprudence
encore une fois je n’apprendrai donc jamais

C’est que ça chauffe bouge grille gratte
grogne grouille tremble grince remue
bruisse murmure marmonne frissonne
craque gronde grignote s’agite gargouille
et de plus en plus

Si seulement je pouvais me souvenir
de la personne qui me l’a remis
si c’est bien quelqu’un qui me l’a remis
ou de celle à qui je dois le remettre
s’il est encore possible de le remettre à quelqu’un

Sinon je ne sais vraiment pas ce que je vais faire
c’est que j’ai de plus en plus l’impression
que cela fait partie de mon propre corps
et j’ai l’impression que l’on me regarde
de plus en plus

(Michel Butor)

 

Recueil: Collation précédé de HORS-D’OEUVRE scandés par les SOUVENIRS ILLUSOIRES D’UN JAPON TRES ANCIEN
Traduction:
Editions: Seghers

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AU NET (Jean Mambrino)

Posted by arbrealettres sur 7 novembre 2019



AU NET

Dans l’ombre de la montagne
sous les sapins foudroyés
ce mamelon d’aiguilles roses
grouille du lent tourbillon
des fourmis-hiéroglyphes
qui entrelacent et brouillent
un dessin dicté.

(Jean Mambrino)

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Dans le Paris de Notre-Dame (Edmond Bacri),(Marius Herschkovitch)

Posted by arbrealettres sur 16 avril 2019



 

    

Dans le Paris de Notre-Dame
De Notre-Dame de Paris
Y a un clochard qu’en a plein le dos
De porter Notre-Dame sur son dos
Il se prend pour Quasimodo
Regarde en l’air, la vie qui grouille
Au lieu de faire des ronds dans l’eau
Tu peux pas vivre comme une grenouille
Moitié sur terre, moitié sur l’eau
Moi, je préfère rester là-haut

Dans le jardin de Notre-Dame
Où l’on se fait de bons amis
Y a qu’à se promener chaque matin
Un peu de maïs au creux des mains
Les pigeons, moi, je les aime bien
Les péniches
Se fichent
Des pigeons de la Cité
Goélettes
Mouettes
Elles n’ont que ça dans l’idée

Oui, mais autour de Notre-Dame
Y a des voyages à bon marché
Et ces petits coins où le bonheur
Empêche les maisons de pousser
On l’appelle « Marché aux fleurs »
Henri Quatre
Verdâtre
Aime sous son verre de gris
La vieille flèche
Qui lèche
Le plafond gris de Paris

Et toi, sous le pont de Notre-Dame
Regarde en l’air, tu comprendras
Que si tout le monde faisait comme toi
Dans ton pinard y’aurait de la pluie
Même les ponts, ça se construit
Car pour aller de Notre-Dame
De Notre-Dame jusqu’à Paris
Il a bien fallu se mettre au boulot
Et porter de pierres sur son dos
Pour passer par-dessus l’eau

Voilà pourquoi Paris s’enroule
S’enroule comme un escargot
Pourquoi la terre s’est mise en boule
Autour des cloches du parvis
De Notre-Dame de Paris

(Edmond Bacri),(Marius Herschkovitch)

 

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Il a l’air de faire sombre (Stéphane Bataillon)

Posted by arbrealettres sur 9 avril 2019



Illustration: Alexandra Cecconi
    
Il a l’air de faire sombre
dans ce coin de forêt

À peine une lueur
entre les troncs impatients
semble nous y inviter

Il n’y a pas de nature
pas de vert, pas d’oiseaux
juste une peur terrible

Qui grouille, qui s’infiltre
qui dresse ses frontières
et veut nous y inclure

On n’irait pas, normalement
on s’enfuirait à toutes jambes

On courrait assez vite
pour que nos larmes sèchent

Mais là, non.
Là, on reste.
On avance.
On s’engouffre.

Pour terrasser les cris
pour faire sortir les bêtes

pour faire sonner le chant

Comme une déflagration
qui érige le lieu
de nouveaux ralliements

Une clairière
Une simple clairière.

(Stéphane Bataillon)

 

Recueil: Où nos ombres s’épousent Vivre l’absence
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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L’INTERHUMAIN (Jean Rousselot)

Posted by arbrealettres sur 6 avril 2019




    
L’INTERHUMAIN

Tous les abonnés sont absents. Qu’ils disent.
Par la voix d’une indulgente aux griffes rouges, qui promet,
ça n’engage à rien, de transmettre mon message.

Non, non, pas de message ! Je voulais seulement leur dire… leur dire…

Leur dire que je suis là. Avec le vent. Avec le temps. Avec le sang. Que je suis là, battant.

Avec deux T, comme une porte ouverte ?

Va pour la porte ouverte !
O Dieu femelle en ton standard ! Peut-être ai-je mis la main sur ta cuisse, un jour, au cinéma.
Tu sens la permanente, j’entends grouiller ton ventre.

Et dire qu’il faut en passer par là. Toujours par là !
Raccrochez donc, Essence du Monde !

(Jean Rousselot)

 

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Loin (Balbino)

Posted by arbrealettres sur 23 août 2018



 

Alain Bonnefoit Lydia-a-la-natte-litho-156-175-37x53cm-500

Loin

Parfois
il faut que je sois loin
pour
savoir
à quel point
j’aime ton sourire
ton ventre
et tes seins
qui sont
d’une sculpture.
Être loin
pour voir ces rues
qui grouillent
de ton absence.

(Balbino)

Illustration: Alain Bonnefoit

 

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C’est vrai (Eugène Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 15 mai 2018




    
C’est vrai
Qu’il y a aussi des étoiles
Et qu’elles sont belles.

Que brûler leur donne
En fruit la lumière,

Et que rien ne dit
Qu’en leurs feux de pierre
Elles ne sauront rien

De nos mains qui grouillent,
De nos mains qui fouillent.

(Eugène Guillevic)

 

Recueil: Terraqué suivi de Exécutoire
Traduction:
Editions: Gallimard

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L’APOCALYPSE (Kôichi Kihara)

Posted by arbrealettres sur 2 mai 2018



 

L’APOCALYPSE
MOKUJI

(En 1945, en même temps que beaucoup
de gens une jeune fille a été tuée par la
bombe atomique larguée sur Hiroshima.
Une partie de son corps est restée sur la
Terre, reflet fidèle du visage de la victime.)

Je ne suis pas un visage humain
épinglé à un morceau de gaze à pansement
nul n’a besoin de me faire taire

l’uranium m’est resté entre les dents
le plutonium grouille au bout de mes narines
l’hélium brille dans les orbites de mes yeux invisibles
des pluies de poison ont inondé
le monde d’aujourd’hui
à peine un petit écueil

je ne suis qu’une cendre d’un bout d’homme
dormant sur un morceau de gaze à pansement
mes autres parties perdues m’appellent par-delà l’horizon

regarde les nuages d’uranium
qui transpercent la terre et la mer de ténèbres
écoute la pluie d’hélium
qui tombe sur les toits et les fenêtres de silence

enfant d’homme
ne péris pas de ta propre main

les êtres vivants d’aujourd’hui
sauterelles qui s’avancent dans les champs dévastés

(Kôichi Kihara)

 

 

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CARCERI D’INVENZIONE (Hans Magnus Enzensberger)

Posted by arbrealettres sur 3 avril 2018



 

Illustration:  Giovanni Battista Piranesi
    
CARCERI D’INVENZIONE *

Ces voûtes sombres claires sombres

éclairs sans ciel
rayons sans astre
ni nocturnes ni diurnes

ces voûtes
rationnelles et énigmatiques

ces fosses et ces trous
sont nos abris
ces crevasses ces galeries
sont nos antres
ces ponts et ces poutres
nos routes vers l’erreur

devant cet attirail
qui nous dépasse
nous paraissons
chétifs et sans voix

rêveurs debout
prisonniers
invaincus

Ces grouillantes
oubliettes
où l’abandon règne

ces voûtes de rêve
à l’infini sombres
à l’infini claires
infinies

impénétrables
sont
nos rêveuses têtes

* Prisons imaginaires : suite de dix-huit eaux-fortes de Piranèse.

(Hans Magnus Enzensberger)

 

Recueil: Mausolée
Traduction: Maurice Regnaut et Roger Pillaudin
Editions: Gallimard

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La grenouille (Pierre Coran)

Posted by arbrealettres sur 1 mars 2018



La grenouille

Une grenouille
Qui fait surface,
Ça crie, ça grouille
Et ça agace.

Ça se barbouille,
Ça se prélasse,
Ça tripatouille
Dans la mélasse.

Puis ça rêvasse
Et ça coasse
Comme une contrebasse
Qui a la corde lasse.

Mais pour un héron à échasses,
Une grenouille grêle ou grasse
Qui se brochette ou se picore,
Ce n’est qu’un sandwich à ressorts.

(Pierre Coran)

 

 

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