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Souvent, nous suivons à la trace des rêves (Claude Mourthé)

Posted by arbrealettres sur 19 septembre 2018



 

Ana Cruz 3

Souvent, nous suivons à la trace des rêves
qui, sans se lasser, nous entraînent
par les mêmes chemins.
Nous les croyons connus, parce qu’ils défient le temps.
Mais le promeneur angoissé est-il toujours le même

(Claude Mourthé)

Illustration: Ana Cruz

 

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Les espaces du sommeil (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 2 septembre 2018



 

Les espaces du sommeil

Dans la nuit il y a naturellement les sept merveilles
du monde et la grandeur et le tragique et le charme.
Les forêts s’y heurtent confusément avec des créatures de légende cachées dans les fourrés.
Il y a toi.

Dans la nuit il y a le pas du promeneur
et celui de l’assassin et celui du sergent de ville
et la lumière du réverbère
et celle de la lanterne du chiffonnier.
Il y a toi.

Dans la nuit passent les trains et les bateaux
et le mirage des pays où il fait jour.
Les derniers souffles du crépuscule
et les premiers frissons de l’aube.
Il y a toi.

Un air de piano, un éclat de voix.
Une porte claque. Un horloge.
Et pas seulement les êtres et les choses et les bruits matériels.
Mais encore moi qui me poursuis ou sans cesse me dépasse.
Il y a vous, vous que j’attends.

Parfois d’étranges figures naissent
à l’instant du sommeil et disparaissent.
Quand je ferme les yeux,
des floraisons phosphorescentes apparaissent
et se fanent et renaissent comme des feux d’artifice charnus.
Des pays inconnus que je parcours en compagnie de créatures.
Il y a toi sans doute, ô belle et discrète espionne.

Et l’âme palpable de l’étendue.
Et les parfums du ciel et des étoiles
et le chant du coq d’il y a 2000 ans
et le cri du paon dans des parcs en flamme et des baisers.

Des mains qui se serrent sinistrement dans une lumière blafarde
et des essieux qui grincent sur des routes médusantes.
Il y a toi sans doute que je ne connais pas,
que je connais au contraire.

Mais qui, présents dans mes rêves,
Obstinés à s’y laisser deviner sans y paraître.
Toi qui restes insaisissable
dans la réalité et dans le rêve.

Toi qui m’appartiens de par ma volonté
de te posséder en illusion
mais qui n’approches ton visage du mien
que mes yeux clos aussi bien au rêve qu’à la réalité.

Toi qu’en dépit d’un rhétorique facile
où le flot meurt sur les plages,
où la corneille vole dans des usines en ruines,
où le bois pourrit en craquant sous un soleil de plomb.

Toi qui es à la base de mes rêves
et qui secoues mon esprit plein de métamorphoses
et qui me laisses ton gant quand je baise ta main.
Dans la nuit il y a les étoiles
et le mouvement ténébreux de la mer,
des fleuves, des forêts, des villes, des herbes,
des poumons de millions et millions d’êtres.

Dans la nuit il y a les merveilles du mondes.
Dans la nuit il n’y a pas d’anges gardiens
mais il y a le sommeil.
Dans la nuit il y a toi

Dans le jour aussi.
(Robert Desnos)

Illustration: Jean Libon

Découvert ici: http://www.ville-maurecourt.fr/evenement/printemps-des-poetes-2016-a-la-mda

Merci pour la belle soirée du 20/05/2016 : lecture et chants de textes de Robert Desnos par

L’atelier d’écriture Gaz à tous les étages et les jadilleurs 

 


 

 

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AU BORD DU QUAI (Émile Verhaeren)

Posted by arbrealettres sur 21 août 2018



AU BORD DU QUAI

En un pays de canaux et de landes,
Mains tranquilles et gestes lents,
Habits de laine et sabots blancs,
Parmi des gens mi-somnolents,
Dites, vivre là-bas, en de claires Zélandes !

Vers des couchants en or broyé,
Vers des caps clairs mais foudroyés,
Depuis des ans, j’ai navigué.

Dites, vivre là-bas,
Au bord d’un quai piqué de mâts

Et de poteaux, mirés dans l’eau ;
Promeneur vieux de tant de pas,
Promeneur las.

Vers des espoirs soudain anéantis,
L’orgueil au vent, je suis parti.

La bonne ville, avec ses maisons coites,
Carreaux étroits, portes étroites,
Pignons luisants de goudron noir,
Où le beffroi, de l’aube au soir,
Tricote,
Maille à maille, de pauvres notes.

J’ai visité de lointains fleuves,
Tristes et grands, comme des veuves.

Serait-il calme et frais mon coin,
Qu’une vieille servante, avec grand soin,
Tiendrait propre, comme un dimanche.
Contre le mur d’une chambre blanche,
Une carte pendrait des îles Baléares,
Avec, en or, des rinceaux rares
Et des drapeaux épiscopaux ;
Et sur l’armoire, la merveille

— Petits bâtons, minces ficelles —
D’une fragile caravelle
Qui voguerait, voiles au clair,
Dans la panse d’une bouteille.

J’ai parcouru, sous des minuits de verre,
Des courants forts qui font le tour de la terre.

Au cabaret, près du canal.
Le soir, à l’heure réglementaire,
Je m’assoierais, quand le fanal,
Au front des ponts,
Darde son œil, comme une pierre verte.
J’entreverrais, par la fenêtre ouverte,
Dormir les chalands bruns, les barques brunes,
Dans leur grand bain de clair de lune
Et le quai bleu et ses arbres lourds de feuillée,
Au fond de l’eau, fuir en vallée,
En cette heure d’immobilité d’or,
Où rien ne bouge, au fond du port,
Sauf une voile mal carguée,
Qui doucement remue encor,
Au moindre vent qui vient de mer.

La mer ! la mer !

La mer tragique et incertaine,
Où j’ai traîné toutes mes peines !

Depuis des ans, elle m’est celle,
Par qui je vis et je respire,
Si bellement, qu’elle ensorcelle
Toute mon âme, avec son rire
Et sa colère et ses sanglots de flots ;
Dites, pourrais-je un jour,
En ce port calme, au fond d’un bourg,
Quoique dispos et clair,
Me passer d’elle ?

La mer ! la mer !

Elle est le rêve et le frisson
Dont j’ai senti vivre mon front.
Elle est l’orgueil qui fit ma tête
Comme de fer, dans la tempête.
Ma peau, mes mains et mes cheveux
Sentent la mer
Et sa couleur est dans mes yeux ;
Et c’est la houle et le jusant
Qui sont le rythme de mon sang !

En des lointains de Finistères
J’ai labouré les mers,
Selon l’éclair et le tonnerre.

Au cassement de soufre et d’or
Des cieux d’ébène et de portor,
J’ai regardé s’ouvrir la nuit
Si loin dans l’ombre et l’inconnu,
Que mon désir n’est point encor
Jusqu’aujourd’hui,
Du bout du monde, revenu.

Chaque coup d’heure au cœur du temps,
Chaque automne, chaque printemps,
Me rappellent des paysages
Plus beaux que ceux que mes yeux voient ;
Golfes, pays et cieux, en mon âme, tournoient
Et mon âme elle même, avec l’humanité,
Autour de Dieu, depuis l’éternité,
À travers temps, semble en voyage :
J’ai dans mon cœur l’orgueil et la misère,
Qui sont les pôles de la terre.

Et qu’importe d’où sont venus ceux qui s’en vont,
S’ils entendent toujours l’appel profond

Au carrefour des doutes !
Mon corps est lourd, mon corps est las,
Je veux rester, je ne peux pas ;
L’âpre univers est un tissu de routes
Tramé de vent et de lumière ;
Mieux vaut partir, sans aboutir,
Que de s’asseoir, même vainqueur, le soir,
Devant son œuvre coutumière,
Avec, en un cœur morne, une vie
Qui cesse de bondir au delà de la vie !

Dites, la mer au loin que prolonge la mer ;
Et le suprême et merveilleux voyage,
Vers on ne sait quel charme ou quel mirage,
Se déplaçant, au cours des temps ;
Dites, les signaux clairs des beaux vaisseaux partant
Et le soleil qui brûle et qui déjà déchire
Sa gloire en or, sur l’avant fou de mon navire !

(Émile Verhaeren)

Illustration: Vladimir Kush

 

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Des hommes marchent (Marie Huot)

Posted by arbrealettres sur 6 juin 2018




    
Des hommes marchent
des nomades des promeneurs solitaires
ils lissent sous leur pas la terre comme un galet
D’autres hommes allument des bougies
posent des suppliques sous trois cailloux

(Marie Huot)

 

Recueil: Récits librement inspirés de ma vie d’oiseau
Traduction:
Editions: Le temps qu’il fait

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Tout homme (Grégoire Lacroix)

Posted by arbrealettres sur 21 avril 2018



Tout homme est à la fois le labyrinthe
et le promeneur qui s’y perd.

(Grégoire Lacroix)

Découvert chez la boucheaoreilles ici

Illustration: Salvador Dali

 

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LE CORMORAN (Textes chinois)

Posted by arbrealettres sur 9 avril 2018




    
LE CORMORAN
Sou-Tong-Po

Solitaire et immobile, le cormoran d’automne médite au bord du fleuve,
et son œil rond, suit la marche de l’eau.

Si quelquefois un homme se promène sur le rivage,
le cormoran s’éloigne, lentement, en balançant la tête ;

Mais, derrière les feuilles, il guette le départ du promeneur,
car il aspire à voir encore les ondulations du courant monotone ;

Et, la nuit, lorsque la lune brille sur les vagues,
le cormoran médite, un pied dans l’eau.

Ainsi l’homme, qui a dans le cœur un grand amour,
suit, toujours, les ondulations d’une même pensée.

(Textes chinois)

 

Recueil: Le Livre de Jade
Traduction: Judith Gautier
Editions: Plon

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LA CHANSON DES QUATRE SAISONS (La Flûte de Jade)

Posted by arbrealettres sur 20 mars 2018



 

LA CHANSON DES QUATRE SAISONS

C’est le printemps.
Au pays de Ts’in, prés d’un ruisseau mélodieux,
Lo Fo, dans le soleil, cueille des fleurs de mûrier.
Ses mains, comme des papillons,
se posent sur les branches vertes.
Elle vient de dire au cavalier qui la regarde :
« Les vers à soie ont faim, seigneur!
Il ne faut pas que les sabots de votre cheval
meurtrissent plus longtemps ce gazon. »

C’est l’été.
Le lac King-hou, qui a trois cents li de tour, est un immense nénuphar.
Une jeune fille rêve, assise à l’ombre d’un saule.
Près d’elle, un batelier regarde avec impatience si les promeneurs s’éloignent.

C’est l’automne.
Dans le crépuscule jaune,
le vent éparpille les claquements des battoirs
de ces laveuses accroupies au bord du torrent.
Une ronde de feuilles tourbillonnantes oblige une femme à faire un détour.
La tête basse, elle s’éloigne.
Je devine ses pensées.
« Quand pourrons-nous imposer la paix aux Barbares?
Quand reviendra-t-il, mon époux bien-aimé? »

C’est l’hiver.
Un courrier va partir pour la frontière.
Durant toute la nuit, on a cousu des vêtements chauds.
De jolis doigts ont manié bravement l’aiguille et les ciseaux glacés,
encore plus glacés, à l’aube.
Dans combien de jours ce courrier arrivera-t-il à Lin-tao!

(La Flûte de Jade)

 

 

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UN AMOUREUX ATTRISTÉ PAR UNE INSENSIBLE (Su Shi)

Posted by arbrealettres sur 13 février 2018



UN AMOUREUX ATTRISTÉ PAR UNE INSENSIBLE

Parmi les fleurs rouges fanées et
Les abricotiers verts
Les hirondelles frôlent l’eau émeraude
Qui entoure une maison
Les chatons du saule s’envolent au gré du vent
Où sur notre terre ne peut-on trouver le parfum de l’herbe ?

Dans le jardin une balançoire
Et de l’autre côté de son enceinte un promeneur
Qui longe le chemin
Qui entend l’éclat de rire d’une beauté
Petit petit s’évanouit le rire
Amoureux, le promeneur s’afflige de l’insensible

(Su Shi)

Illustration: Chai Qiu Nong

 

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Avec Toi (Paul Eluard)

Posted by arbrealettres sur 13 décembre 2017


coupechampagne

Avec Toi

Je tiens la rue comme un verre
Plein de lumière enchantée
Plein de paroles légères
Et de rires sans raison
Le plus beau fruit de la terre

Les promeneurs sont de paille
Les oiseaux d’absence bleue
Une fille étroite et pâle
Toujours aussi soucieuse
Ne manque pas d’apparaître

Petite fille ancienne
Elle justifie mes rêves
Elle cède à mes désirs
Et veille reflet d’enfance
Sur le flot d’or de la rue.

(Paul Eluard)

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Toujours cet amour du rien (Rabah Belamri)

Posted by arbrealettres sur 11 août 2017



Illustration
    
toujours cet amour du rien
qui agrandit ta pupille
tu t’éloignes quêteuse de trésor
quel galet
quel coquillage
quel tesson de couleur
mettra un soleil de plus à ta main

je reste sur la roche
les oiseaux se sont tus avec le vent d’ouest
les fougères ne bougent plus

sur la lande au-dessus de la crevasse
un promeneur s’exclame
(parfois le pied ne trouve pas
sa racine d’appui)
plus haut passe une rumeur de poème

un goût de sel voyage aussi sur ma langue

(Rabah Belamri)

 

Recueil: Corps Seul
Editions: Gallimard

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