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Poésie

Posts Tagged ‘vanne’

Purgatoire (Ingerborg Bachmann)

Posted by arbrealettres sur 16 novembre 2019



Illustration: Adolfo Busi
    
Purgatoire

La plénitude ne nous épuise donc pas ?
Dans mes mains lasses j’amasse,
j’aime, offre et accomplis
mais le jour persiste et la clarté aussi.

Je bois et vide tous les puits ;
le temps s’enfonce au plus profond des mers,
l’espace rencontre ma pesanteur
et me presse au soir de rentrer.

Comme une flèche je monte et descends les escaliers ;
il pleut des heures dans le silence,
rompant toutes les vannes, la plénitude s’élance,
je cours jusqu’à mourir éreintée.

Mais de nouveau il fait jour et la clarté persiste
– j’ai beau me tourner et me défendre, en vain –
de moi sans fin poussent des mains,
je dors et ne meurs pas.

***

Fegefeuer

Erschöpft uns denn die Fülle nicht?
Ich häufe in die müden
ich liebe, schenke und vollende,
doch es bleibt Tag und es bleibt licht.

Ich trinke aile Brunnen aus;
die Zeit rückt tiefer in die Meere,
der Raum begegnet meiner Schwere
und drängt mich in das Abendhaus.

Ich flieg’ die Treppen auf und ab;
es regnet Stunden in die Stille,
aus allen Schleusen bricht die Fülle,
bis ich mich totgelaufen hab’.
Doch wieder tagt es und bleibt licht,
-— wie ich mich wehre und mich wende –
mir wachsen unaufhörlich Hände,
ich schlafe und ich sterbe nicht.

(Ingerborg Bachmann)

 

Recueil: Toute personne qui tombe a des ailes
Traduction: Françoise Rétif
Editions: Gallimard

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À partir d’un certain point (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 15 mars 2019



Illustration: Eliane Marque
    
À partir d’un certain point,
recueillir d’autres détails n’importe plus.
Toute information accable ou trouble.
Tout signe est destiné à s’invalider
dans l’inévitable rencontre
avec le signe contraire.

A partir d’un certain point,
seule compte la transposition de réalité
qui défait les signes,
rompt les sceaux arrogants
et ouvre les vannes
des courants imbriqués obscurément.

Alors toute donnée nouvelle
entrave la réalité,
divise l’énergie du fond,
affaiblit la pensée.

Une fleur ne s’actualise pas.
Personne n’a décrit une rose.
Une fleur est le poids de sa vision.

L’être est toujours
le contraire de ses données.
Ou la conflagration qui les détruit.

***

A partir de cierto punto,
no interesa recoger más detalles.
Ya toda información abruma o confunde.
El destino de todo signo es invalidarse
en el encuentro inevitable
con el signo contrario.

A partir de cierto punto,
sólo importa la transposición de realidad
que deshace los signos,
rompe los sellos prepotentes
y abre las compuertas
de los caudales oscuramente imbricados.

Entonces todo dato nuevo
traba la realidad,
divide la energía del fondo,
debilita el pensamiento.

Una flor no se actualiza.
Nadie ha descripto una rosa.
Una flor es el peso de su vision.

El ser es siempre
lo opuesto a sus datos.
O la conflagración que los destruye.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Quatorzième poésie verticale
Traduction: Sivia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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Les voilà débarrassés du rêve (Abdellatif Laâbi)

Posted by arbrealettres sur 19 avril 2018



Les voilà débarrassés du rêve
hommes et femmes aux hanches étroites
Ah ils respirent enfin
se mettent à leurs calculatrices
ouvrent les vannes du bruit
pour remplir leur assiette
avant de se coucher
dans leurs lits séparés

(Abdellatif Laâbi)

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Sirius (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 18 mars 2018



Sirius [800x600]

Les murs ne tombent pas
[41]

Sirius :
quel mystère est ceci ?

tu es graine,
blé près du sable,
enfermé dans du plomb noir,
terre labourée.

Sirius :
quel mystère est ceci ?

tu es noyé
dans la rivière ;
les crues de printemps
forcent l’ouverture des vannes.

Sirius :
quel mystère est ceci ?

là où la chaleur rompt et brise
l’étendue de sable,
tu es une brume
de neige : petites fleurs, blanches.

***

Sirius:
what mystery is this?

you are seed,
corn near the sand,
enclosed in black-lead,
ploughed land.

Sirius:
what mystery is this?

you are drowned
in the river;
the spring freshets
push open the water-gates.

Sirius:
what mystery is this?

where heat breaks and cracks
the sand-waste,
you are a mist
of snow: white, little flowers.

(Hilda Doolittle)

 

 

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Sa chair est venue (Edward Estlin Cummings)

Posted by arbrealettres sur 1 février 2018



Illustration: Pascal Renoux
    
sa
chair
Est venue
à

moiteldusabledé V
alantsuru
Ne
gouttière
j’avais du ciment pour elle,
joyeusement
nous nous sommes l’un
l’autre mélangés pour retomber

gâchis lorsqu’
un
rien
ouvrant les vannes

est sorti.

le béton

***

her
flesh
Came
at

meassandca V
ingint
oA
chute
i had cement for her,
merrily
we became each
other humped to tumbling

garble when
a
minute
pulled the sluice

emerging.

concrete

(Edward Estlin Cummings)

 

Recueil: Erotiques
Traduction: Jacques Demarcq
Editions: Seghers

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J’ouvre les vannes (Aya Cheddadi)

Posted by arbrealettres sur 15 janvier 2018




    
J’ouvre les vannes de l’énergie
Tournez les disques chanson en sol
Je suis le tournesol
coeur de terre pétales de feu
L’ombre n’a plus de secrets

(Aya Cheddadi)

 

Recueil: Tunis marine
Traduction:
Editions: Gallimard

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Ta saveur (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 15 novembre 2017




    
Ta saveur

Ta saveur est profonde et pleine de mystère
Quand tu blanchis la roue au flanc du vieux moulin,
Frôlant le bois moussu verdi de pariétaires
Où l’eau calme dégoutte en filet opalin.

La vanne est là, béant comme une énorme cuve
Dont l’âcreté ternit ton disque cristallin
Baigné au tournoiement des noirâtres effluves
Qui s’expriment tout bas en termes sybillins.

Le magique parfum sort des eaux remuées,
Evocant la caresse et ses gestes hardis,
Et les baisers d’amour sur des lèvres pâmées,
Et l’étreinte reprise et les aveux redits.

(Marie Dauguet)

 

 

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LETTRE (Axel Toursky)

Posted by arbrealettres sur 3 avril 2016



LETTRE

Tu portais, ce dimanche-là,
Ma tristesse à fleur de visage,
Et Septembre était comme la
Vingt-huitième année de ton âge.

Il avait plu. Le boulevard
Coulait vers la ville, pareil
A la rivière quand le soir
Y perd les feuilles du soleil.

La corde à l’épaule, halant
Mon tirant d’eau lourde vers Cannes,
Je descendais au gré du lent
Echelonnement des platanes.

Pressentais-je alors quelle voix
Commanderait l’écluse ? Quelle
Force ferait crier le bois
Pour une descente nouvelle ?

Et tes bras m’ont ouvert sans le
Savoir les vannes d’une vie
Dont je n’attendais plus qu’un peu
De repos au creux de la pluie.

(Axel Toursky)

 

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Ne t’éloigne pas des beautés du jour (Marc Baron)

Posted by arbrealettres sur 29 mars 2016



Ne t’éloigne pas des beautés du jour

Elles te cherchent depuis le matin
quand la rosée donne à l’herbe sa respiration

Quand tu te lèves pour ouvrir les vannes de la rivière
et comprendre comment la clarté nous emporte

Les beautés du jour arrivent de partout
pour te guérir de ce qui meurt en toi

(Marc Baron)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Illustration: Andrzej Malinowski

 

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LYS (Robert Goffin)

Posted by arbrealettres sur 2 septembre 2015


 


 

LYS

Gerbe de temps, cheveux de lune
Qu’une main de nuit importune
Aux linières de la rosée
Un rossignol chantait pour l’une
Ou l’autre de ses bien-aimées.

Le bruit blanc du vent dans les feuilles
L’horizon s’ouvrait comme un oeil
Et déjà de jeunes lumières
Aux souplesses de chèvrefeuille
Lavaient l’aube dans la rivière

Et les eaux pâles de la Lys
Charriant d’éteintes étoiles
De la nuque au tréfond des moelles
Mélangeaient l’aurore aux pétales
Des femmes de cygne et de lys.

Aube à la margelle des saules
Où se turent les rossignols
Redevenus d’autres oiseaux
je me désaltérais aux geôles
Charnelles de ton sable chaud.

Et quand les fenêtres bleuirent
Aux vannes d’azur du soleil
J’essayais en vain de traduire
La chair de femme qui soupire
De rossignol et de sommeil.

(Robert Goffin)

Illustration: Pascal Renoux

 

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