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Poésie

Posts Tagged ‘racler’

BERCEUSE (Jan Skacel)

Posted by arbrealettres sur 12 mars 2019




    
BERCEUSE

Puis il s’est adossé à sa soif
et lui a demandé
de ne pas cesser
Et il avait peur de ce peu
Il avait une peur d’enfant
Une grande peur

Et tout d’un coup est apparue
la mort petite vieille raclant les pieds
avec une cruche d’argile
pleine d’eau fraîche

Et il a bu
Il a effacé de ses lèvres
la cendre des jours
de cette gorgée il a lavé
toute la souffrance
et il n’en a rien gardé

Ni la soif

(Jan Skacel)

 

Recueil: Millet Ancien
Traduction: Yves Bergeret & Jiri Pelan
Editions: Atelier la Feugraie

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Ce qui meurt nous reste sur les bras (Antoine Emaz)

Posted by arbrealettres sur 18 octobre 2018



ce qui meurt
nous reste
sur les bras
mais nous
on n’a rien à voir avec la mort
c’est elle qui vient
nous serrer
du dehors
seulement un jour de plus
au bout d’un jour
au jour le jour
ainsi
des années durant
l’apprivoiser
simplement et sans bruit
elle se tait et croît doucement
même au soleil
d’une journée de printemps
dans le remuement des corps
lui faire sa part
la banaliser autant que possible
pour parvenir à croire un peu
qu’elle fait partie des choses
et que cela est bon
ainsi
au moins
tout le monde sait ce que cela veut dire
il est mort
c’est simple
elle recule encore
plus au fond
et nous ne verrons guère les visages
que par accident
remous
un pas lourd un rire une poigne
puis
un peu d’eau ou de temps
recouvrent le peu
puis
rien
mais de façon presque claire
on entend ce qu’on ne voit plus
tomber profond
loin
dedans
on rôde autour d’un manque
une zone devenue d’ombre
vite
cela tient mal à la mémoire
on reste autour du creux
les bords s’éboulent dedans
bientôt on ne verra plus
qui pleure
on dort avec elle au fond de soi
comme un chien roulé en boule
on sait que montera un jour ou l’autre
un vent de terre
et on attend les yeux ouverts
un corps infusé d’encre
une éponge gorgée
et dans la bouche la terre
au lieu des mots
les mots pesant enfin leur poids exact
terre et corps
dehors et dedans
et plus rien d’autre
que de l’herbe ou des arbres
d’ordinaire
les choses vont
et nous aussi
nous allons avec les choses
c’est clair
mais parfois il y a ce qui s’arrête
ou s’abat
en bloquant
et on est brutalement à nouveau
où il faut rire
fou
tout seul
on racle encore
entre le mensonge ancien
et ce qui vient
on a du mal à rester debout
à la fin
qu’est-ce qu’on a donc à voir avec la vie
la mort
on bouge avec ce qui bouge
on se tait avec ce qui reste
il n’y a pas grand-chose d’autre

(Antoine Emaz)

Découvert ici: https://eleonoreb.wordpress.com/

Illustration: Mathieu Triolet

 

 

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POSTLUDIUM (Tomas Tranströmer)

Posted by arbrealettres sur 4 septembre 2018



POSTLUDIUM

Je racle comme une drague sur le fond de la terre.
Ne s’accrochent que des choses dont je n’ai nul besoin.
Indignation lassée, résignation ardente.
Les bourreaux emportent les rochers. Dieu écrit sur le
sable.

Chambres calmes.
Les meubles sont prêts à l’envol dans la clarté lunaire.
Doucement j’entre en moi
par une forêt d’armures creuses.

(Tomas Tranströmer)

 

 

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Lait noir de l’aube (Paul Celan)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2018



violon camp  [800x600]

Lait noir de l’aube nous le buvons dans le noir
nous le buvons le matin le midi nous le buvons dans la nuit
nous buvons et buvons
nous creusons une tombe dans l’air nul n’y est à l’étroit
Un homme habite la maison il joue avec les serpents il écrit
il écrit vers le soir en Allemagne ta chevelure d’or marguerite
il l’écrit et passe devant la maison et brillent les étoiles il siffle ses dogues
il siffle ses Juifs creusez donc une tombe dans la terre
il nous ordonne à présent jouez donc pour la danse

il crie jouez la mort de façon plus suave la mort est un maître venu d’Allemagne
il crie raclez vos violons de façon plus sombre ainsi vous monterez dans l’air en fumée
ainsi vous aurez une tombe dans les nues nul n’y est à l’étroit

Lait noir de l’aube nous te buvons dans la nuit
Nous te buvons le midi la mort est un maître venu d’Allemagne

ta chevelure d’or marguerite
tes cheveux de cendres Sulamith

(Paul Celan)

Illustration

 

 

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Premières feuilles sèches (Antoine Emaz)

Posted by arbrealettres sur 28 mars 2018




    
premières feuilles sèches de glycine
qui raclent le sol de ciment
dès que l’air court un peu

c’est lent

à chaque instant
tout
sentir
on ne peut pas

(Antoine Emaz)

 

Recueil: Peau
Traduction:
Editions: Tarabuste

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LE FRUIT PROVISOIRE (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 20 mars 2018



 

Michael Whelan d_XL

LE FRUIT PROVISOIRE

Paroles interprétant nos brumes
Interrogeant nos déserts
Jours en charpies
Mots en tessons raclant nos terriers

Quel chant soudain vous échappe
Disloque vos mailles
Surplombe vos pages tressées ?

Partout la graine imagine
Et le printemps s’accorde à ce qui le détruit

Partout se recompose le fruit provisoire
La fleur sans détours habite parmi les bruits.

(Andrée Chedid)

Illustration: Michael Whelan

 

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Je t’aime (Yvon Le Men)

Posted by arbrealettres sur 10 octobre 2017



Illustration: René Julien
    
Je t’aime

voilà
c’est dit.

Mais qu’ai-je dit
ente disant je t’aime?

J’ai dit je
j’ai dit tu
j’ai dit aime.

Mais le chemin entre les deux
l’ai-je parcouru
avec toi?

Je t’aime
mais qu’ai-je fait de ce verbe
trop grand pour moi

comme des habits de fête
qui ne sortent pas le dimanche

des chants
qui raclent au fond de la gorge

des pas qui trébuchent
aux frontières de la danse?

Je t’aime
et je suis là
le verbe ballant au bout des bras

ne sachant plus que faire de mes mains
ni où les mener.

(Yvon Le Men)

 

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Assigné à résidence (Bernard Montini)

Posted by arbrealettres sur 26 novembre 2015



Assigné à résidence
il oscille
entre le goutte à goutte
de la pendule
et les trains là-bas raclant la nuit

(Bernard Montini)


Illustration: Tamara Lunginovic

 

 

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