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Poésie

Posts Tagged ‘défiler’

TENEBRES (Gyula Illyès)

Posted by arbrealettres sur 14 avril 2020



 

Talon Abraxas 1980 - British Surrealist painter - Tutt'Art@ (30) [1280x768]

TENEBRES

Nous marchons sans lanterne
Le sol est plat.
A gauche ondoient les blés
A droit — odeur de cèpes —
Nous suit un petit bois.

Noyaux de nuit plus dense
Un à un détachés
Des peupliers s’avancent
Vers nous pour défiler.

On ne voit pas la route
Où s’enfoncent les pieds
Nuit au ras de la bouche
Mais l’oreille émergée.

A fleur de paysage
S’allume à nos tympans
Un film dont les images
Se heurtent sur l’écran.

On tâtonne. A l’ami
Lointain, la bonté proche
La Parole nous lie
Seule : combien humaine !

Un train à l’infini
Siffle. La chouette ulule.
Monde, étroite cellule,
Plafond de galaxies.

La peur nous ratatine
Mais nous dilate aussi.
On passe des abîmes
Sans remuer d’ici.

Le flair renaît en nous
Aussi fin qu’à l’époque
Où l’homme était un loup.
Ses pistes sont les nôtres.

Des yeux nous en avons
Derrière notre crâne,
Au nez comme aux talons,
Au fer de notre canne

Tout au bout des antennes
Qui précèdent l’esprit
Fouillant la nuit, jumelle
De l’aveugle patrie.

Suivons l’aïeul farouche
L’instinct. Nulle clarté
Sinon quand ma main touche
La tienne, électrisée.

Marchons. La terre écoute.
Par chance de là-bas
Nos coeurs ne se voient pas
Vers luisants sur la route.

(Gyula Illyès)

Illustration: Talon Abraxas

 

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Mots perdus (Gaëtane Drouin Salmon)

Posted by arbrealettres sur 4 janvier 2020



Mots perdus

Tant de ruisseaux vivent dans ma tête
tant de musiques
de soleils
et de vents

je ne peux les écrire
les mots se sont perdus

reste une fleur effeuillée
qui renaît de ses cendres
et cherche en vain l’été

je regarde les ans défiler dans tes yeux

(Gaëtane Drouin Salmon)


Illustration

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L’OISEAU D’ENFER (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 2 septembre 2019



 

L’OISEAU D’ENFER

Cet oiseau noir dans ma tête
Ne se laisse pas apprivoiser
Il est comme un nuage qui se défile
et qu’on n’attrape jamais
comme la fumée entre les doigts
et la brume sur les yeux

Et cependant je n’ose le confier à personne
et je le vois disparaître avec regret
Il s’accroche à tous les sourires
se pose sur les mains tendues
et se nourrit du sucre des paroles
sans même pousser un cri de joie

Longtemps j’ai essayé de ne pas le voir
de ne plus l’écouter quand il croasse la nuit
et qu’il déchire de ses serres
les filets de la certitude
ll est le fils de l’insomnie
et du dégoût mélancolique

Mon oiseau noir mon fidèle
la haine n’est pas ta cousine
Je te donne trois jours et trois nuits

(Philippe Soupault)

Illustration: Alberto Pancorbo

 

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BANLIEUE (Louis Simpson)

Posted by arbrealettres sur 1 mars 2019




    
BANLIEUE

Pas question d’en sortir.
Tu es né pour rater ta vie.
Tu es né pour cette vie de classe moyenne

Comme d’autres avant toi
Etaient nés pour défiler en procession
Jusqu’à l’église en chantant.

***

IN THE SUBURBS

There’s no way out.
You were born to waste your life.
You were born to this middleclass life

As others before you
Were born to walk in procession
To the temple, singing.

(Louis Simpson)

 

Recueil: Nombres et poussière
Traduction:
Editions: Atelier La Feugraie

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NOTES D’AUTOMNE (George Bacovia)

Posted by arbrealettres sur 26 février 2019



John Atkinson Grimshaw  [800x600]

NOTES D’AUTOMNE

Silence… l’automne règne en la ville…
Il pleut… et c’est la pluie, uniquement…
Paix de plomb… le vent… et avec le vent
Les feuilles, en toute hâte, défilent…

Ouvre, laisse-moi entrer, adorée,
Avec branches, feuilles sèches, j’accours ;
Triste, une fille est morte dans le bourg, —
Sous la pluie on l’a conduite, enterrée…

Ouvre-moi… l’automne règne en la ville,
La terre entière est un tombeau béant…
Il pleut… et sur le bourg, avec le vent,
Les feuilles, en toute hâte, défilent…

(George Bacovia)

 Illustration: John Atkinson Grimshaw

 

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Dans le ciel (Joël Sadeler)

Posted by arbrealettres sur 10 décembre 2018



 

soleil

Dans le ciel défile
le peloton des nuages
maillots gris
maillots blancs
maillots noirs
soudain l’échappée du soleil
maillot jaune

(Joël Sadeler)

Illustration

 

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Quel exil (Jean Pérol)

Posted by arbrealettres sur 3 novembre 2018



Illustration: Pascal Renoux
    
Quel exil

Quel exil sous notre peau
quels bateaux en nous défilent

qui s’éloignent du repos
vers des peines très subtiles

quel sanglot dans notre dos
insatiable nous rappelle

sous les doigts crispés plus haut
quelle pierre se descelle

quel bonheur mis à l’écart
vient s’asseoir parfois à table

ses mains frappent la guitare
la perdue parmi les sables

le miracle de son corps
l’horizon sur lui s’est clos

pour une ombre qui dévore
son visage sous ces mots.

(Jean Pérol)

 

Recueil: Poésie I (1953-1978)
Traduction:
Editions: De la Différence

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J’ai été souvent seul dans ma vie (Jean-Claude Demay)

Posted by arbrealettres sur 20 mai 2018



J’ai été souvent seul dans ma vie
Défilaient les jours noirs et les blanches nuits
Heureusement me restaient les amis
Et cela me console et cela me suffit

Un jour je révélerai la mouvance de tous les là-bas
Le diamant des étoiles au fond des galactiques lacs
Où se perdent les cœurs les âmes et les pas
De ceux qui ne se souviennent pas
Du chemin qu’ils viennent d’emprunter
Et qui se nomme l’amitié

(Jean-Claude Demay)

Illustration: Stéphane Pencréac’h

 

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Horaires des trains (Ismaïl Kadaré)

Posted by arbrealettres sur 20 janvier 2018



Horaires des trains

J’aime les horaires
affichés dans les petites gares secondaires,
planté sur un quai mouillé à contempler
les rails à l’infini.
Cri lointain d’une locomotive. Qu’est—ce qu’elle dit?
(Allez comprendre ce que les machines à vapeur baragouinent!)
Trains bondés de voyageurs, wagons-citernes, bennes remplies
de minerai défilent sans répit
à travers la gare. Ainsi passent à travers toi les jours de ta vie,
chargés de voix, de signaux, de bruits
et du lourd minerai des souvenirs.

(Ismaïl Kadaré)

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Comment me lasserai-je de chanter mon amour (Alain Borne)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2017




    
Comment me lasserai-je de chanter mon amour
j’ai chanté j’ai chanté d’autres liens
c’était le neige et les pas de l’hiver
purs comme des fleurs
c’était l’espoir et son rosier sans ronce
où le plus long été jamais n’inscrivit une rose
c’était l’absence et cet appel dans le noir
qui devient un visage dans la fièvre du sang
c’était le sang et ses jeux suraigus
le jeu sans gloire qui veille sur la cendre.

Comment me lasserai-je de chanter mon amour
jamais aucun visage à portée de mes lèvres
digne de mon baiser
et pourtant et pourtant ô potence
tu n’as pas pu attendre la douce condamnée
elles ont défilé celles du doux bétail
s’étrangler à l’échafaud cruel
dont le bourreau dormait.

(Alain Borne)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Curandera

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