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Posts Tagged ‘prosterné’

J’ai peur d’aller à Ta rencontre (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 11 décembre 2017




    
J’ai peur d’aller à Ta rencontre,
Mais plus encore de ne pas y aller.
Voilà que je m’étonne de tout,
Et qu’en tout je sens le destin.

Dans les rues, des ombres s’avancent,
Assoupies ou vivantes — je ne sais.
Prosterné sur les marches de l’église,
Je n’ose regarder en arrière.

Sur mes épaules des mains se posent,
Mais je ne sais plus aucun nom.
Dans mes oreilles résonne
L’écho des grands enterrements.

Le ciel morose est bas —
Il a recouvert le temple.
Je sais: Tu es là. Tu es proche.
Tu n’est pas ici. Mais là-bas

(Alexandre Blok)

 

Recueil: Le Monde terrible
Traduction:Pierre Léon
Editions: Gallimard

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LA TERRE, RÊVEUR SOLITAIRE (Emily Brontë)

Posted by arbrealettres sur 7 décembre 2017



    
LA TERRE, RÊVEUR SOLITAIRE

La Terre, rêveur solitaire,
Ne va-t-elle plus t’inspirer,
Ni plus t’inviter la Nature
Si nul feu ne peut t’embraser?

Sans cesse ton esprit parcourt
Des régions obscures pour toi;
Renonce à ces randonnées vaines :
Reviens demeurer avec moi.

Je sais que mes brises des monts
Toujours t’enchantent, puis t’apaisent;
Je sais que mon soleil t’est cher
Malgré ton ondoyant vouloir.

Quand le jour se fond dans le soir
Et déserte le ciel d’été,
J’ai vu ton esprit prosterné
Dans une idolâtre ferveur.

Pour t’avoir guetté à toute heure,
Je sais mon souverain empire,
Je sais mon magique pouvoir
De bannir au loin tes ennuis.

S’il est peu de coeurs ici-bas
Que dévore autant la langueur,
Nul plus que toi ne brigue un Ciel
A l’image de cette terre.

Laisse mes vents te caresser;
Laisse que je sois ta compagne;
Toi que ne satisfait rien d’autre,
Reviens demeurer avec moi.

***

SHALL EARTH NO MORE INSPlRE THEE

Shall Earth no more inspire thee,
Thou lonely dreamer now?
Since passion may not fire thee
Shall Nature cease to bow?

Thy mind is ever moving
In regions dark to thee;
Recall its useless roving—
Come back and dwell with me.

I know my mountain-breezes
Enchant and soothe thee still—
I know my sunshine pleases
Despite thy wayward will.

When day with evening blending
Sinks from the summer sky,
I’ve seen thy spirit bending
In fond idolatry.

I’ve watched thee every hour;
I know my mighty sway,
I know my magic power
To drive thy griefs away.

Few hearts to mortals given
On earth so wildly pine;
Yet none would ask a Heaven
More like this Earth than thine.

Then let my winds caress thee;
Thy comrade let me be—
Since nought beside can bless thee,
Return and dwell with me.

(Emily Brontë)

 

Recueil: Poèmes
Traduction: Pierre Leyris
Editions: Gallimard

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Oh! pardonne-moi ! (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 30 novembre 2017



Illustration
    
Oh! pardonne-moi ! Tu fleuris, solitaire,
Et je ne puis ramener
Tous ces songes dorés, cette foi si profonde…
Ma route est sans issue.

Au comble du bonheur, l’idée somnole en toi,
Tu es forte d’azur.
Mais ma vie est tout autre — tout autre mon chemin,
Et l’âme doit veiller.

Il n’y a pas, crois-moi, de prosterné plus triste
En ce vaste pays,
Où respirait, aimait ton mystérieux génie,
De moi insoucieux.

(Alexandre Blok)

 

Recueil: Le Monde terrible
Traduction:Pierre Léon
Editions: Gallimard

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Cantiques à la lune (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 15 novembre 2017



Illustration: Adolf von Stademann
    
Cantiques à la lune

Lune qui t’endors à côté des charrues,
Attirant jusqu’à toi, comme d’un sein ouvert,
Les parfums du sillon et des sauges bourrues
Que le soc a fendus aux premiers jours d’hiver.

Tu veilles les troupeaux, broutant près des tourbières
Le thym et les orchis aux grappes de rubis,
Et tu tais tressaillir vers ta molle lumière
Les agneaux enfermés au ventre des brebis.

Lune printanière et maîtresse des germes.
Tu exaltes l’odeur des mares croupissant
Au long des murs d’étable et des portes des fermes
Qu’estompe à ta lueur un ténébreux encens.

Tu fais goûter l’odeur, douce comme une amie,
Qui traverse les toits abritant le bétail.
Celle des bœufs repus, des vaches endormies.
De la paille froissée où plonge leur poitrail.

Tu provoques la forte et sereine ambiance
Qui suinte des blés roux tassés sur les greniers
Et cette odeur de paix, qui donne confiance,
Des meules de fourrage et des tas de fumiers.

Lune printanière et telle une déesse
Qui pose sur les joncs l’éclat de tes pieds blancs
Et sème la moelleuse et flottante caresse
De tes cheveux au ras des moires de l’étang.

Lune, tu fais chanter sous l’oseille sauvage
Que frôle ton orteil d’ivoire, les crapauds.
Et pleuvoir la rosée au bleuissant treillage
Des saules prosternés et des tièdes sureaux.

Zébrant de tes lueurs l’ombre chèvrefeuillée.
En ton mauve péplos tu t’assieds sous les troncs
Et parmi l’herbe humide et les sauges mouillés.
Tu penches ton visage et tu baignes ton front.

Lune, voici mon cœur, brin séché de fougère,
Perdu dans l’épaisseur des bois enténébrés,
Lune, voici mon cœur, sombre rameau de lierre
Au pan de ce mur noir durement enserré.

Eclaire-le, ce cœur, mendiant misérable
Et qu’à l’immense fête on n’a point convié.
Triste quand sont joyeux l’églantier et l’érable,
Mon cœur humain qui pense au lieu de verdoyer.

Que ton rayonnement l’apaise et le pénètre.
Ce cœur comblé de nuit, d’un dieu déshérité.
Lune, verse sur lui comme aux branches des hêtres.
Ton calme enchantement et ta sérénité.

(Marie Dauguet)

 

 

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Prosterné (Adonis)

Posted by arbrealettres sur 23 mars 2017



Prosterné
Je monte les membres éteints
Je rassemble mon coeur
dispersé dans mes extrémités
Je reviens au rêve
Je lève mon regard vers toi qui m’appelles :
« Tu as tardé mon aimé tu as tardé
Mon corps est une tente tu en es les cordages
et les piquets
Tu as tardé mon aimé… »

Liber libera phallus…

Un enfant dans mes habits appelle l’amour
Il pleure et s’étourdit
Epuisé il monte le chemin
Les arbres l’éclairent,
l’air est pour lui citadelle et grelot

(Adonis)

Illustration: Pascal Renoux

 

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INSCRIPTION SUR UN TOMBEAU DE LA MONTAGNE FOU-KIOU (La Flûte de Jade)

Posted by arbrealettres sur 2 septembre 2016



INSCRIPTION SUR UN TOMBEAU DE LA MONTAGNE FOU-KIOU

Prosternée devant la vierge bouddhiste, si pitoyable aux malheureux,
je ne lui demande pas de me faire renaître ou de me garder dans le Paradis,
mais je la supplie de laisser tomber sur ma tête une des gouttes de rosée
qui tremblent au bout de sa branche de saule,
afin que je devienne un lotus, qu’il cueillera peut-être.

(La Flûte de Jade)

 

 

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LITANIES D’AMOUR (Georges Rodenbach)

Posted by arbrealettres sur 24 février 2016



LITANIES D’AMOUR

Je lui disais souvent : vous êtes ma Madone
Et mon âme est un lis d’argent que je vous donne.

J’ai pleuré mes péchés comme font les pécheurs
Et je suis maintenant digne de vos blancheurs.

J’ai le ferme propos, le propos salutaire
De ne plus retomber en péché volontaire.

Je ne veux plus aimer d’autre vierge que vous
Et suis l’enfant de choeur qui vous sert à genoux,

Je suis l’enfant de choeur qui passe, qui s’incline
Sous votre souvenir vêtu de mousseline.

Quelquefois je vous donne, et cela m’est charmant,
Des noms de litanie avec recueillement.

Je voudrais bien encore appuyer sur les pointes
De vos souliers brodés, appuyer mes mains jointes.

Et j’enluminerai selon le rituel
Un poème d’amour qui nous soit un missel,

Un missel où, parmi de longues banderoles,
Des strophes tout en fleurs ouvriront leurs corolles,

Où vous verrez sous l’or fluide des ciels fins,
Mes aveux prosternés comme des séraphins,

Où je vous vêtirai d’une robe de moire
Pour que le temps futur vous garde en sa mémoire,

Et qu’à vous voir si belle entre des rameaux verts
Sur le mystique autel qu’auront bâti mes vers

D’autres hommes plus tard, ô ma vierge ingénue,
Vous aiment. comme moi, sans vous avoir connue.

(Georges Rodenbach)

Illustration: Sandro Botticelli

 

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MA FILLE (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 4 octobre 2015


 


Anne Yvonne Gilbert 006846_22 [1280x768]

MA FILLE

C’est beau la vie
Belle par toi,
De toi suivie
Toi devant moi !
C’est beau, ma fille,
Ce coin d’azur,
Qui rit et brille,
Sous ton front pur !

C’est beau ton âge,
D’ange et d’enfant,
Voile, ou nuage
Qui te défend
Des folles âmes,
Qui font souffrir ;
Des tristes flammes,
Qui font mourir.

Dieu fit tes charmes ;
Dieu veut ton coeur ;
Tes jours sans larmes,
Tes nuits sans peur :
Mon jeune lierre,
Monte après moi !
Dans ta prière,
Enferme-toi ;

C’est beau, petite,
L’humble chemin,
Oh je ne quitte
Jamais ta main :
Car dans l’espace,
Aux prosternés
Une voix passe,
Qui dit :  » venez !  »

Tout mal sommeille
Pour ta candeur ;
Tu n’as d’oreille,
Que dans ton coeur :
Quel temps ? quelle heure
Tu n’en sais rien :
Mais que je pleure ;
Tu l’entends bien !

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Anne Yvonne Gilbert

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