Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘compte’

Les faiblesses me soutiennent (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2019




    
Les faiblesses me soutiennent.
Les miennes,
et celles qui errent comme des oiseaux fracturés
par les jours comptés
d’un monde qui ne sait pas compter.

Les omissions de mon écriture délient mon écriture
et l’emportent vers un support
plus fidèle que celui que j’utilise.

La fragilité d’une pensée
fait voler ma pensée
et la transporte vers un autre vol
où penser possède tes ailes.

Seules les branches déjà brisées
recueillent tout l’amour perdu
et collent avec lui leurs morceaux
et repeuplent l’arbre.

***

Las debilidades me sostienen.
Las mías,
y las que vagan como pájaros fracturados
por los días contados
de un mundo que no sabe contar.

Las omisiones de mi escritura desatan mi escritura
y la llevan hacia otro soporte
mas fiel que éste que empleo.

La fragilidad de pensar algo
me hace volar el pensamiento
y lo transporta a otro vuelo
donde pensar tiene tus alas.

Sólo las ramas ya quebradas
recogen todo el amor perdido
y con él pegan sus pedazos
y repueblan el árbol.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Quatorzième poésie verticale
Traduction: Sivia Baron Supervielle
Editions: José Corti

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Au-delà de tes doigts (Yannis Ritsos)

Posted by arbrealettres sur 5 janvier 2019




    

Au-delà de tes doigts
tu ne peux pas compter.
Tu comptes tes doigts.
Le compte n’y est pas.
Il en manque dix.

(Yannis Ritsos)

 

Recueil: La nuit dans le miroir et autres poèmes
Traduction: Dominique Grandmont
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , | Leave a Comment »

Connaissez-vous l’Addition ? (Lewis Carroll)

Posted by arbrealettres sur 28 juin 2018



Illustration
    
Connaissez-vous l’Addition ? demanda la Reine Blanche.
Combien font un et un et un et un et un et un et un et un et un et un ?

Je ne sais pas, dit Alice, j’ai perdu le compte.

Elle ne connaît pas l’Addition, trancha la Reine Rouge.

Connaissez-vous la Soustraction ? Retirez neuf de huit.

Huit moins neuf, je ne sais pas faire, répondit aussitôt Alice, mais…

Elle ne connaît pas la Soustraction, conclut la Reine Blanche.

Connaissez-vous la Division ?
Un pain divisé par un couteau, quelle est la réponse à ça ?

Je suppose…, commença Alice.

Mais la Reine Rouge termina à sa place.
Un pain divisé par un couteau égale une tartine de beurre, bien sûr !
Essayons une autre Soustraction.
Sur un chien je prends un os, que reste-t-il ?

Alice réfléchit :
Pas l’os, bien sûr, puisque je le retiens.
Le chien ne resterait pas, il viendrait me mordre.
Et dans ce cas, je suis sûre que je ne resterais pas non plus !

Alors vous pensez qu’il ne resterait rien ? demanda la Reine Rouge.

Oui, je crois que c’est la réponse.

Faux, comme d’habitude, dit la Reine Rouge.
Il reste le calme du chien.

Mais je ne vois pas comment…

Ecoutez donc un peu ! cria la Reine Rouge.
Le chien perdait son calme, n’est-ce pas ?

Peut être bien, répondit prudemment Alice.

Alors si le chien s’en allait, il resterait son calme !
s’exclama la Reine triomphante.
Le calme pourrait s’en aller dans une autre direction,
dit Alice, aussi gravement que possible. […]

Elle est incapable de faire la moindre opération !
déclarèrent en même temps les Reines,
avec beaucoup de conviction.

(Lewis Carroll)

 

Recueil: Alice au Pays des Merveilles / De l’autre côté du Miroir
Traduction:
Editions: Folio

Posted in humour, méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

J’ai réglé mes comptes avec la vie (Etty Hillesum)

Posted by arbrealettres sur 5 février 2018



Illustration: Hans Baldung
    
En disant « J’ai réglé mes comptes avec la vie »,
je veux dire : l’éventualité de la mort est intégrée à ma vie ;
regarder la mort en face et l’accepter comme partie intégrante de la vie,
c’est élargir la vie.

A l’inverse, sacrifier dès maintenant à la mort un morceau de cette vie,
par peur de la mort et refus de l’accepter,
c’est le meilleur moyen de ne garder qu’un pauvre petit bout de vie mutilée,
méritant à peine le nom de vie.

Cela semble un paradoxe :
en excluant la mort de sa vie on se prive d’une vie complète
et en l’y accueillant on élargit et on enrichit sa vie.

(Etty Hillesum)

 

 

Posted in méditations | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Les jours sont comptés (Penti Holappa)

Posted by arbrealettres sur 12 janvier 2018



Les jours sont comptés,
pas les caresses.

(Penti Holappa)

Illustration: Fernand Khnopff

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , | 3 Comments »

Je froisse mes chansons (Alain Borne)

Posted by arbrealettres sur 5 décembre 2017




    
Je froisse mes chansons
je détourne mes lèvres de mes amours
car le temps est compté
le grain d’or du soleil tombe au lent sablier
qu’aucune main jamais ne saura retourner.

Avant que notre sang ne soit froid comme la mer
et que le silence ne fasse son refuge bien-aimé de nos os
il n’y a que le tire d’ailes d’une alouette

(Alain Borne)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Curandera

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

DE BAISERS IL NOUS FAUT… (René Le Pays)

Posted by arbrealettres sur 30 juin 2017



Illustration: Antoine Picard
    
DE BAISERS IL NOUS FAUT…

De baisers il nous faut combattre.
Donne, et prends-en deux, trois et quatre ;
Longs, chauds, humides, savoureux ;
Et puis mille autres file à file.
Tous également amoureux.

Mais plutôt brouillons-les sans compte :
Notre amour rougirait de honte
Si leur nombre était limité ;
Que leur profusion les cache,
Et que jamais on ne les sache
Que par le mot d’infinité.

(René Le Pays)

 

Recueil: Poètes du Baiser
Editions: Société des Éditions LOUIS-MICHAUD

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Quand tu seras réduit (Max Alhau)

Posted by arbrealettres sur 12 mai 2017



Illustration: Gao Xingjian
    
Quand tu seras réduit
à ta simple apparence,
tu ne réclameras des autres
que l’indulgence de leur regard,
la légèreté de leurs pas sur la neige.
L’air, le vent auront conquis
l’espace que tu habitais.
Tu les auras rejoints
au plus vif cette ligne d’horizon
dont tu fus le guetteur indéfectible.
Tout litige aura alors été passé
au compte de l’oubli.

(Max Alhau)

 

Recueil: Présence de la Poésie
Editions: Editions des Vanneaux

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Si ça est un que serait deux ? (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2017



Si ça est un
que serait deux ?

Ce n’est pas seulement un plus un.
Parfois c’est deux
sans cesser d’être un.
Comme parfois un
ne cesse pas non plus d’être deux.

Les comptes de la réalité ne sont pas clairs
du moins ce qui ne l’est pas,
c’est notre lecture de ses résultats.
Ainsi nous échappe
ce qu’il y a entre un et un,
comme nous échappe ce qu’il y a
simplement à l’intérieur de un,
et nous échappe
ce qu’il y a dans moins un,
ou nous échappe le zéro
qui entoure et accompagne toujours
un et deux.

La rose, est-elle une ?
L’amour, est-il deux ?
Le poème, n’est-il ni l’un ni l’autre ?

(Roberto Juarroz)

Découvert ici: https://ecriturbulente.com/

Illustration

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

CHANSON DE BRACONNIER (Gaston Couté)

Posted by arbrealettres sur 1 février 2017



braconnier-3

CHANSON DE BRACONNIER

Pour tous les bougres qui braconnent
Dedans la Sologne aux bourgeois
Ça n’est pas quand la lune donne
Qu’il faut aller au bois :
Sous les sapinières profondes
On rampe dans le noir.
– J’aime la Françoise qu’est blonde
Faut pas voir tout en noir.

Par la nuit de poix et d’angoisse
Quand on rentre, le carnier plein,
Coucher auprès de sa Françoise,
Le garde au châtelain :
Ce chien vendu qui fait sa ronde
Vous happe dans le noir.
– J’aime la Françoise qu’est blonde
Faut pas voir tout en noir…

Lors, même le jour devient sombre,
Car les juges, ces salopins,
Vous foutent des six mois  » à l’ombre  »
Pour trois méchants lapins.
En prison, le coeur pleure et gronde
Seul ! tout seul dans le noir.
– J’aime la Françoise qu’est blonde !
Faut pas voir tout en noir.

J’ai fait ça que je vous raconte
En retournant vers mes amours
Un soir où j’ai réglé le compte
D’un garde d’alentour
Le sang faisait des flaques rondes…
C’était rouge, et puis noir.
– J’aime la Françoise qu’est blonde
Faut pas voir tout en noir.

(Gaston Couté)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 1 Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :